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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 15:26

       L'accord qui vient d'intervenir le 24 novembre à Genève sur le nucléaire iranien est certes un accord intérimaire, mais comment ne pas se féliciter de ce qui s’est passé ? Je n’oublie pas qu’il n'y a pas si longtemps, nombreuses étaient les voix qui considéraient une telle issue comme impossible, voire dangereuse et qui conseillaient d'aller jusqu'à l'épreuve de force !

 

       On se rappelle de la formule de N. Sarkozy s’exclamant que ce serait « la bombe iranienne ou le bombardement israëlien » ! On a encore en mémoire les analyses erronées et les discours bellicistes des Républicains américains ou les menaces du Premier Ministre israëlien Netanyahou.

 

                                  

 

      Cet accord, que j’appelais de mes vœux depuis des mois, ouvre le cycle de négociations qui doit conduire en 2014 à un accord général et complet visant à empêcher toute tentative de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.  Il est la preuve que les voies de la paix ne peuvent être trouvées sans persévérance et sans refus de céder aux arguments des "faucons" de toute sorte.

 

       Ne soyons pas naïfs pour autant. Il faudra beaucoup de volonté et d’intelligence politiques aux négociateurs pour arriver à un accord durable et définitif qui désamorce le risque de confrontation avec l’Iran. Cela semble possible, dans la mesure où les Occidentaux ont abandonné l’illusion que l’on pourrait faire accepter aux Iraniens l’idée de démanteler leur programme d’enrichissement et de faire ainsi plier l’Iran pour "restaurer la confiance", sans avoir à reconnaître l’existence de son programme nucléaire. Ils ont compris qu’il serait impossible d’aboutir à un accord par la seule pression, par des résolutions de l’Agence internationale de l’énergie atomique ou du Conseil de sécurité, ou encore par la menace d’une action militaire.

 

      « Ce sont ces illusions qui ont empêché de conclure entre 2004 et 2005 un accord qui aurait beaucoup ressemblé à l’accord actuel, sauf qu’il n’aurait eu à traiter que d’un, deux ou trois milliers de centrifugeuses, et non de 19.000 comme aujourd’hui, et qu’il aurait abordé le réacteur d’Arak comme un projet encore sur le papier. Huit ans de perdus donc, et beaucoup de dégâts inutiles, parmi lesquels l’élection d’Ahmadinejad, pour arriver à un résultat moins satisfaisant que celui que l’on aurait pu alors aisément obtenir. Mais enfin, ne réécrivons pas l’histoire, et ne boudons pas notre plaisir. » (François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France à Téhéran).

 

       L’accord du 24 novembre est équilibré, puisqu’en échange des engagements pris par les Iraniens concernant leur programme nucléaire, les Américains et les Européens ont allégé les sanctions qui leur étaient imposées. Ce faisant, ils ont renforcé la position du Président Rohani et des modérés dans le jeu interne de la politique iranienne, en contribuant à une amélioration de la situation économique et sociale du pays.

 

       Il n’est pas inintéressant de noter au passage que le camp dit occidental comprend les Etats-Unis et le « P5+1 », c’est à dire les 5 membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne. Preuve qu’il n’est pas nécessaire de posséder l’arme nucléaire (l’Allemagne) pour peser sur la scène internationale …..contrairement aux sottises répétées par les adorateurs du nucléaire !

 

       Après 34 ans de gel des relations entre Etats-Unis et Iran, qui a parfois conduit à des situations à la limite d’une confrontation violente, le texte signé pourrait ouvrir une nouvelle ère de l’histoire politique du Proche et du Moyen-Orient, écrite depuis trop longtemps dans le drame et le malheur des peuples.

 

        Les exigences de sécurité régionale sont grandes. Il reste en particulier un sujet important à traiter à l'occasion de prochaines rencontres: celui de l’élimination de toutes les armes de destruction massive de cette région. La récente adhésion de la Syrie au traité d'interdiction des armes chimiques (que les faucons considéraient comme  impossible !) a représenté une avancée, qui montre bien qu’il faut être ambitieux lorsqu’il s’agit de tracer les voies de la paix et de la sécurité. C’est pourquoi il faut maintenant avancer plus rapidement dans la préparation de la conférence internationale sur la négociation d’une "zone exempte d’armes nucléaires et autres armes de destruction massive " au Moyen-Orient, conférence dont le principe a été acté lors du dernier examen de la mise en œuvre du TNP (Traité de Non-Prolifération).

 

      On aimerait à ce sujet entendre un peu plus la voix de la France, malheureusement empêtrée dans un discours contradictoire. D’un côté, elle présente son armement nucléaire comme une "assurance vie" et la garantie de son "autonomie de décision" -concepts au demeurant illusoires- et d’un autre côté, elle refuse que certains pays cherchent à s’en doter. Le respect des engagements du TNP, traité qu’a signé la France, lui impose pourtant de « poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la course aux armements nucléaire à une date rapprochée et au désarmement nucléaire… » (article VI du traité). On en est loin, quand on voit le programme de modernisation de nos équipements nucléaires que vient de voter l’Assemblée nationale !

 

       La France devra être vigilante dans la phase du règlement définitif de l’accord avec l’Iran. En effet, les obstacles ne manqueront pas, ainsi que les manœuvres susceptibles de faire échouer le processus engagé. Il faut espérer qu’on ne retrouvera plus les inquiétudes que l’on a pu ressentir le 10 novembre dernier, lorsque les négociateurs français ont donné l’impression à Genève qu’ils relayaient le discours des camps conservateurs, désireux de faire échouer l'accord.

 

      Notre pays peut jouer un rôle important dans la recherche des voies de la paix internationale, sans pour autant se laisser griser par les analyses (un peu sommaires mais très en vogue chez certains commentateurs), qui voudraient qu’une place se libère dans la région, en raison du prétendu retrait des Etats-Unis et que la France pourrait l’occuper ! C’est sur nos actes que nous serons jugés.

Accord sur le nucléaire iranien : l’échec des faucons

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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez