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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 23:24

      Ce mardi 3 décembre, l’Assemblée Nationale a voté la Loi de programmation militaire (LPM) et ses 190 milliards d’euros*. Lors de la discussion générale, sur un peu plus de 6 heures de débat, seuls quelques brefs échanges ont concerné la politique de dissuasion de la France….

 

      Il a fallu du courage, ou peut-être une certaine inconscience, à ces quelques parlementaires qui ont ainsi osé interpeller la pensée dominante, structurée autour d’un catéchisme nucléaire présentant la dissuasion comme un dogme.

 

      Toute interrogation sur le rôle et la place de l’arme nucléaire dans la défense de la France est en effet considérée comme inutile, voire insupportable, puisque, par définition, un dogme est « le principe incontournable d’une doctrine ». Encore faudrait-il que cette doctrine, qui a beaucoup évolué dans le temps et qui est toujours aussi confuse, puisse faire l’objet d’un débat sérieux, ce qui n’est toujours pas le cas.

 

      Sur la scène médiatique, un léger frémissement semble se produire (écouter mon débat d'hier avec l’Amiral Alain Coldefy sur RFI….ICI ) mais on continue à entendre les mêmes affirmations péremptoires, qui veulent tenir lieu d’arguments. Prenons 3 exemples. 

 

1/ Ils prétendent que « le débat sur la dissuasion nucléaire existe ».

 

      Rappelons simplement que la Loi de programmation militaire est construite à partir d’un document stratégique, le Livre Blanc…..et que le Président de la République a exclu toute réflexion sur ce thème dans la préparation de ce document. Normal, puisqu’il s’agit d’un dogme irréfutable et incontestable !

 

      D’ailleurs, la remise en cause du dogme donne lieu immédiatement lieu, comme l’a indiqué un député (Gwenegan Bui) « à l’invective pour décrédibiliser ses interlocuteurs ».

 

      Notons que la France est la seule puissance nucléaire au monde où l’on traite de contestataires des personnes ayant occupé de hautes fonctions politiques et militaires qui appellent à un changement de politique de défense. 

 

2/ Ils prétendent que « la crédibilité de la dissuasion repose

sur plusieurs composantes ».

 

      Dans les années 1980, au cœur de la Guerre Froide, on disait que la crédibilité de la force de frappe reposait sur trois composantes nucléaires : sous-marine, aérienne et terrestre. Au milieu des années 1990, la composante terrestre, comprenant des missiles stratégiques (S3D) et de courte portée (Pluton, Hadès) fut démantelée.

 

     Aujourd’hui, la doxa nucléaire affirme que les deux composantes restantes sont complémentaires et ne peuvent être dissociées.

 

      Ce n’est pas ce que pensent les Britanniques, qui n’ont plus qu’une composante depuis 1997 ! Remarquons aussi qu’il faudra « adapter » le discours dans 2 ans, lorsque le porte-avions Charles de Gaulle sera indisponible pour « arrêt technique majeur » (septembre 2016- février 2018), puisque pendant ces 18 mois, la composante aérienne sera amputée d’un escadron, celui qui est embarqué sur le porte- avions……

 

      C’est pour cela que les parlementaires, même s’ils ne remettent pas en cause la dissuasion nucléaire, sont de plus en plus nombreux à souhaiter la suppression de la force aérienne stratégique. 

 

3/ Ils prétendent que « sans la dissuasion nucléaire, notre pays

serait stratégiquement déclassé et ne mériterait plus

son siège au Conseil de Sécurité de l’ONU ».

 

      Il est temps de  se remémorer définitivement l’ordre de marche de l’histoire. L’ONU a été créée le 26 juin 1945 et la première session du Conseil de sécurité (dont les 5 membres permanents étaient les 5 vainqueurs de la seconde guerre mondiale –USA, URSS, Chine, Grande Bretagne, France-) s’est tenue le 17 janvier 1946. Ce n’est que 18 ans plus tard, en 1964, que les Forces aériennes stratégiques françaises ont pris la première posture d’alerte nucléaire, faisant ainsi de la France la troisième puissance nucléaire. Il n’y a donc aucun lien entre ces deux faits.

 

      Pour confirmer cette absence totale de lien entre possession de la bombe et place au Conseil de Sécurité, il suffit de constater que le Président Hollande a indiqué son souhait de voir le Japon (non détenteur d’armement nucléaire !) devenir membre permanent du Conseil de sécurité. Avant lui, le Président Sarkozy avait exprimé le même vœu pour un pays d’Amérique latine.

 

      Par ailleurs, il est profondément réducteur de ramener l’influence de notre pays à sa seule capacité à réaliser des frappes destructrices. Que dire alors de pays comme l’Allemagne, le Japon ou le Brésil ! La notion de puissance d’un pays est beaucoup plus subtile et l’influence de la France compte bien plus à travers son économie, sa culture, son rayonnement culturel et scientifique, sa langue et le poids de son histoire et de ses valeurs.

_______________________________________________________________________ 

*  dont 23 milliards attribués à la dissuasion nucléaire ; ces crédits représentent près de 50 % de ceux destinés à l’équipement conventionnel.

Toujours pas de débat sur le nucléaire au Parlement!

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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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commentaires

Yann Denebet 06/12/2013 16:57

Permettez-moi quelques commentaires :
1.- Oui, il faut un débat, mais celui-ci doit porter sur la défense au sens large : vous mentionnez le Livre blanc "document stratégique" à partir duquel est bâtie la LPM. Mais si vous relisez notre Constitution, vous verrez que c'est le gouvernement, en non le Président, qui définit la politique, et que l'Assemblée valide cette dernière; c'est bien ainsi que l'on peut appliquer le principe de notre République "le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple".
Vous qui faites partie de la classe politique, regardez si vous respectez simplement la Constitution...
2.- Concernant la dissuasion nucléaire, vous faites la même erreur que vos pairs: vous sautez tout de suite à la conclusion sur les équipements, sans vous interroger sur le pourquoi des choses.
Croyez-vous vraiment que la France, nation des droits de l'homme, qui demande à juste titre à ses soldats de limiter les dommages collatéraux, et qui se mobilise pour protéger les populations à travers le monde, acceptera qu'on vitrifie plusieurs villes avec des charges supérieures à celle d'Hiroshima ? Pour quel motif ?
Et qui croira, en face, qu'un président français appuiera sur le bouton, surtout si on y rajoute que depuis M. Giscard d'Estaing on sait (Le pouvoir et la vie) qu'au moins un président n'a jamais eu l'intention d'appuyer sur ledit bouton?
Votre dissuasion ne sera crédible que si le Président en exercice n'est pas placé devant un choix impossible.
Et là, on en arrive aux moyens : vous pouvez garder un ou deux SNLE avec des grosses charges, et vous les ferez appareiller si la tension internationale l'exige - cette dissuasion fonctionnera contre une menace équivalente ; pour les autres cas, des charges bien plus faibles, capables soit de détruire un PC enterré, soit de générer une IEM (c'est plus rapide et demande moins de préparation qu'une cyberattaque) seront largement suffisantes. Et dans ce cadre, des missiles de croisière sont un outil précis.
3.- Enfin, la dissuasion ramène à l'essence de la guerre, à savoir la confrontation de deux volontés. Cela suppose que le Président en exercice ait une vision claire des enjeux et de la stratégie. et qu'il ait un vrai soutien de la nation pour une décision difficile : le débat sans vote à l'Assemblée instauré récemment par la modification à la Constitution n'est de ce point de vue qu'une simagrée.
S'il n'y a pas de volonté claire, l'adversaire ne peut pas savoir où se trouve la ligne rouge... les équipements et leurs opérateurs n'y pourront jamais rien.Le cas malien, où le Président annonce à l'automne 2012 que la France n'interviendra jamais militairement au Mali, est éloquent.

Cordialement;

YD

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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez