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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 14:49

      Le Sommet sur la sécurité nucléaire qui se déroulera à La Haye les 24 et 25 Mars 2014 est un évènement important. Il doit permettre aux dirigeants politiques de préciser comment il est possible de prévenir le terrorisme nucléaire, qui représente un danger terrible pour l’humanité.

 

      Dans la perspective de ce sommet, j’ai signé, avec 4 personnalités britanniques et françaises*, un appel demandant que soient définies des règles de sécurité pour les 85% des stocks mondiaux de matières nucléaires qui sont insuffisamment sécurisés !

 

      Ce texte est publié dans le cadre des initiatives du réseau ELN (European Leadership Network), qui comprend de nombreuses personnalités européennes.

 

* Malcolm Rifkind et Des Browne, anciens ministres britanniques de la défense ; Hervé Morin, ancien ministre français de la défense ; Général Bernard Norlain, ancien chef de la force aérienne française de combat .

 

 

                                                                Les 85%

 

      Comme anciens ministres de la Défense ou hauts responsables militaires, chacun de nous a passé des nuits blanches à imaginer les horribles conséquences d'une attaque terroriste avec une arme nucléaire dans une de nos grandes villes. Une telle attaque entraînerait des centaines de milliers, voire des millions de victimes immédiates et une panique généralisée. Les dirigeants et les citoyens feraient alors face à des répercussions mondiales à long terme de nature économique et de sécurité.

 

      Il y a cependant une bonne nouvelle : nous savons comment éviter cela. L'étape la plus importante pour éviter l’acquisition d’une bombe nucléaire par les terroristes est de les empêcher d'obtenir les matières nucléaires essentielles pour la fabriquer. Ces matières - plutonium ou uranium hautement enrichi - sont difficiles à produire, nécessitent des investissements importants et de grandes infrastructures industrielles, qui sont à la portée des seules nations. Les terroristes devraient donc voler ces matériaux ou les acheter sur le marché noir.

 

      Mais il y a une mauvaise nouvelle : nous ne faisons pas assez pour prévenir le terrorisme nucléaire. Aujourd'hui, près de 2000 tonnes de plutonium et d'uranium hautement enrichi sont stockées dans des centaines d'installations à travers 25 pays et en grande partie mal sécurisées. Malgré ce risque, étonnamment, il n'existe pas de système international efficace pour indiquer quelles règles de sécurité doivent être mises en place à l’égard de ces matériaux.

 

      Dans d'autres domaines où les risques mondiaux sont partagés, il existe des normes internationales fortes, avec des systèmes de surveillance et de responsabilisation. Dans l'aviation civile par exemple, l'Etat peut décider ou non de laisser des compagnies aériennes atterrir sur ses aéroports, si elles respectent ces règlements. Pourtant, quand il s'agit des matériaux nucléaires les plus dangereux au monde - plutonium et uranium hautement enrichi- il n'existe pas de système de sécurité similaire. C’est un point faible qui nous met tous en danger.

 

      Plusieurs instruments importants fournissent des orientations aux Etats sur la sécurité des matières nucléaires, comme les procédures édictées par l'Agence internationale de l'énergie atomique et par la Convention sur la protection physique des matières nucléaires. Ces instruments sont cependant loin de constituer un système complet. Ils ne fixent pas de normes, ils ne définissent pas les moyens de rendre les États responsables de leur laxisme sécuritaire et ils ne s'appliquent qu'à une fraction de tous les produits utilisés dans les armes nucléaires, les 15% utilisés pour des applications civiles et pacifiques. Pourquoi ? Parce que, sur les 2000 tonnes de matières de qualité dite militaire, 85 % sont classés comme militaires ou non civiles et ne sont pas soumises aux directives existantes.

 

      Le prochain Sommet sur la sécurité nucléaire à La Haye approche et il est temps de faire appel à nos dirigeants pour créer un système international qui nous protège contre l'impensable. Lors de ce sommet, qui se tiendra les 24 et 25 mars, il sera particulièrement important que les dirigeants des Etats dotés d'armes nucléaires s'engagent à prendre des mesures qui augmentent la confiance dans la sécurité de leurs matières nucléaires à des fins militaires ou autres usages non civils (les « 85% »). Personne n'aurait confiance dans le système de sécurité de l'aviation civile internationale, s’il ne s'appliquait qu'à 15% des avions qui volent. Pourquoi devrions-nous concevoir ou accepter un système de sécurité sur les matières nucléaires qui ne s'applique qu’à une petite fraction des matériaux qui pourraient être utilisés pour détruire une ville entière et faire des ravages dans le monde ?

 

      Certains pensent que les matières nucléaires militaires doivent être maintenues à un niveau de sécurité bien plus élevé que les matières civiles. Notre expérience du monde réel nous révèle le contraire, comme le montre le nombre record d'incidents récents. Si les États-Unis peuvent laisser un avion traverser leur territoire avec six armes nucléaires, si des officiers responsables du lancement de missiles nucléaires peuvent s'endormir sur leur lieu de travail en laissant ouvertes les portes d’accès aux installations de contrôle et si une religieuse de 85 ans peut couper avec succès quatre couches de clôtures barbelées et dégrader un bunker de stockage d'uranium hautement enrichi……alors il y a sûrement des raisons d’être inquiet. La récente enquête menée au Royaume-Uni, montrant le personnel de garde des ogives nucléaires en train de dormir sur le lieu de travail et ne terminant pas leurs patrouilles, souligne encore ces préoccupations.

 

     Certains responsables craignent que les mesures de renforcement de confiance ou toute autre forme d’édiction de normes et de rédaction d’inventaire viennent compromettre des secrets d'Etat. Nous leur disons : cela a déjà été fait. Il y a une longue histoire de coopération entre les Etats-Unis et la Russie sur la sécurisation et l'élimination des matières sensibles et des armes à travers le Programme de réduction de la menace par la coopération (Cooperative Threat Reduction Program), le nouveau traité START et l'accord américano-russe sur le plutonium, entre autres. Si les États-Unis et la Russie peuvent le faire, il est certain que tous les États dotés d'armes nucléaires peuvent accepter de prendre de telles mesures de confiance.

 

      À l'heure actuelle, il n'existe pas de normes communes pour la sécurité de ces matériaux nucléaires, aucune action pour renforcer la confiance et rassurer les autres Etats sur nos pratiques, et aucun moyen de tenir les États responsables de ces matériaux. Nous n'avons aucun moyen de savoir si ces matériaux classés comme militaires sont effectivement en complète sécurité contre des terroristes. Le sommet de La Haye offre aux dirigeants une occasion importante de renforcer et de combler cette dangereuse lacune. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France doivent donner l'exemple et s'engager à renforcer la sécurité autour des matériaux militaires, d'une manière qui donne confiance aux autres nations, alors même que nous travaillons à rassembler tous les Etats nucléaires militaires dans ce même processus.

 

      Nous ne pouvons plus tolérer que la question de la sécurité nucléaire, compte tenu des énormes enjeux mondiaux qu’elle implique, soit traitée dans une approche « du cavalier seul ».

 

Paul Quilès, Malcolm Rifkind, Des Browne, Bernard Norlain, Hervé Morin

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Lire la version originale du texte sur le site d'ELN (ci-dessous)

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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez