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15 juin 2014 7 15 /06 /juin /2014 19:01

      Le Conseil national du PS d’hier –auquel j’ai participé- se tenait à « huit clos », mais les portes devaient être mal fermées et les informations ont vite circulé. C’est ainsi que la formule du Premier ministre, venu s’adresser aux responsables socialistes et affirmant que « la gauche peut mourir », a été largement reprise et commentée. Je me sens donc autorisé à le faire moi aussi......

 

       S’il s’agit de pointer des risques de montée de l’extrême droite au détriment de la gauche dans les prochaines années, cette inquiétude est salutaire….pour autant que l’on s’interroge lucidement et complètement sur les raisons de ce phénomène, qui doit être pris au sérieux.

 

      S’il s’agit par contre de laisser entendre que cette issue fatale pourrait être causée par les critiques de la politique actuelle venant de la gauche (pas toujours infondées) et par la volonté de réorienter certains choix, c’est à mon tour de m’inquiéter. Je trouve que l’utilisation par Manuel Valls de l’étonnante expression «reparlementarisation à outrance des institutions» témoigne d’un alignement brutal sur les aspects les plus caporalistes du fonctionnement de la Vème République.

 

      Au cours de mon intervention (voir ci-après), j’ai à nouveau souligné à quel point ce repli était dangereux, particulièrement dans une période où la confiance entre les politiques et les citoyens apparaît très entamée. J’ai aussi demandé que les militants socialistes puissent s’exprimer rapidement dans un congrès, autre façon de faire vivre le débat et de renforcer le lien avec les citoyens.

 

       C’est bien à cela que devait penser François Mitterrand quand il disait que les congrès étaient la « Pâques des socialistes », façon d’évoquer la résurrection ! Je préfère ce langage de vie à celui des évocations morbides et des prédictions apocalyptiques.

 

***************************

 

Intervention de Paul Quilès devant le Conseil national du 14 juin

 

   " Le mot de crise est un mot banal pour décrire la situation actuelle :

     - un pouvoir désavoué par les urnes,

     - une victoire incontestable du populisme,

    - une désespérance qui gagne du terrain dans de nombreuses couches de la société….

    - une défiance à l’égard des partis politiques, de leurs leaders et de leurs élus, dont ils pensent qu’ils sont impuissants à peser sur les choix européens et sur les orientations politiques françaises et incapables de faire prendre en compte leurs attentes, leurs besoins et une vision d’avenir pour leurs enfants.

 

   Si l’on ajoute à cela les turpitudes de l’UMP, il n’est pas étonnant que l’on assiste à une sorte de décrochage démocratique, qui pourrait favoriser un peu plus le FN.

 

   Parmi les raisons de cet échec –largement analysés aujourd’hui- je souhaite en souligner une, qui me semble déterminante pour expliquer notre grande difficulté à modifier le cours des choses. Elle ne concerne pas les choix politiques –discutables par ailleurs- mais la façon dont sont préparés, annoncés et mis en oeuvre ces choix.

 

   Je veux parler ici des conséquences des institutions de la Vème République (système de monarchie républicaine) qui renvoient la plupart des décisions au sommet de la pyramide, avec un Premier ministre qui « exécute » la politique définie par le Président, une majorité parlementaire contrainte, un parti majoritaire sans grande marge d’initiative et dont les militants s’interrogent sur leur utilité. Il ne suffit pas de faire signe à des sympathisants tous les 5 ans lors du vote pour la désignation du candidat lors des primaires pour établir un lien avec un électorat désabusé, désorienté et qui croit de moins en moins à la parole des politiques.

 

   Prenez l’exemple de la réforme territoriale, importante, mais très mal engagée. On a mis la charrue avant les bœufs, en annonçant des mesures fortes (parfois démenties un peu plus tard), avant même d’avoir débattu et d’avoir défini clairement et publiquement les objectifs de cette réforme. Comment vont faire nos candidats aux élections sénatoriales pour s’y retrouver entre les annonces contradictoires (Président, ministres, 1er secrétaire, certains grands élus) ? Que vont comprendre les élus locaux à qui l’on veut s’adresser ?

 

   Certains –dont je ne suis pas- auraient tendance, dans cette ambiance préoccupante, à baisser les bras. C’est vrai qu’on peut toujours craindre la dégringolade fatale qu’ont connue d’autres grands partis français au cours du demi-siècle écoulé. C’est vrai aussi qu’on entend de plus en plus d’analystes et de commentateurs qui annoncent la fin des partis politiques.

 

   D’autres, qui s’étaient faits discrets jusqu’ici, joignent leur voix aux critiques et aux demandes de ceux qui étaient traités hier d’irresponsables ou d’incompétents, parce qu’ils demandaient avec insistance que les promesses de la campagne de 2012 soient respectées et qui s’inquiétaient des conséquences du régime infligé au pays, tout en préconisant d’autres réponses à la crise.

 

   La logique de la Vème République voudrait que tout ceci ne se traduise par rien de déterminant dans le cours de la politique du pouvoir. Pourtant, je persiste à penser – et je sais que je ne suis pas seul- que le rôle du PS pourrait ne pas être insignifiant..…..à condition que des décisions fortes soient prises, dès aujourd’hui et qu’elles mobilisent, non seulement les cadres du parti, mais aussi et surtout les militants. Nous avons un peu trop oublié que ce sont eux qui peuvent recréer le lien indispensable avec les Français, notamment ceux qui ont voté à gauche le 6 mai 2012.

 

   Voilà pourquoi il faut donner l’occasion aux militants socialistes de « relever la tête » (comme le souhaite J.C. Cambadélis). Montrons que le PS n’est pas un parti godillot, un simple outil de sélection de candidats, une chambre d’enregistrement, une agence de communication, qu’il est écouté et entendu.

 

    Donnons la parole à nos militants, en leur permettant de débattre librement et en profondeur. Cela s’appelle, chers camarades, un congrès, ce que François Mitterrand décrivait comme la « Pâques des socialistes », une façon pas très laïque mais bien imagée de parler de leur résurrection !

 

   Le temps est donc venu d’annoncer ce congrès, pour faire du PS un acteur…..un acteur utile……. un acteur utile à la gauche…….. un acteur utile à la France."

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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commentaires

benjamin penot 16/07/2014 11:58

en réalité, je pense qu'il est possible d'avoir une analyse un peu différent de la situation.
ce qui amène au délitement actuel de la vie politique et à l'absence de représentativité des élus: depuis la fin des années Mitterrand il faut bien avouer que la droite comme la gauche instaurent une vision totalement bipartite...la politique est un arc-en-ciel et aujourd'hui nous n'avons droit qu'à une vision en noir et blanc entre majorite et opposition, chacun des deux se battant pour obtenir le plus de voix possible au centre, au final, en allant chercher les classes moyennes... qui ne sont représentés par personne...quelque part c'est l'abandon de l'arc-en-ciel au profit du noir et blanc qui a permis l'explosion de choses comme l'arrivée massive du FN aux élections européennes.
aujourd'hui le socialiste est de centre gauche comme l'UMPiste est de centre droit, c'est la "dérive des continents" appliquée à la politique...il faut juste l'assumer, la "gauche" n'est ni socialiste ni communiste, comme la "droite" ne se résume pas à UMP et consort...
La gauche doit être populaire
La droite doit être capitaliste
Le centre doit exister pour être le contrepoint des extrêmes. ..et invalider la logique frontiste dans le vote...
Les solutions sont simples :
1- arrêter la politique de l'opposition pour passer à une politique de proposition.
2- favoriser l'arc en ciel politique pour éviter que le bleu soit l'alternative
3- créer un véritable parti centriste (ni centre droit, ni centre gauche)

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- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez