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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 10:24

         Il a fallu que ce soit le Pape qui demande au Conseil de sécurité de l’ONU de se saisir de la situation en Irak pour apporter des réponses urgentes aux exactions intolérables de l’Etat Islamique (EI), notamment contre les communautés chrétienne et yazidie!

 

      Mais qu’attendent donc, pour engager cette démarche, ceux qui ont commencé à intervenir sans mandat international et sans approbation claire des autorités légitimes irakiennes ?

 

       En effet, ce n’est pas à des chefs d’Etat, quelle que soit la puissance de leur pays, de dire quel doit être le droit et de se substituer aux Nations-Unies ou aux autorités d’un pays qu’ils ont eux-mêmes reconnu comme souverain. Depuis 2005 et l’officialisation par la totalité des Etats du rôle de l’ONU dans la « responsabilité de protéger » les populations en cas de risque de génocide, de crimes contre l’humanité ou de crimes de guerre, c’est au Conseil de sécurité de se saisir d’un tel dossier et de définir les moyens susceptibles de répondre à cette menace : moyens diplomatiques et économiques pour prévenir la crise, moyens humanitaires pour répondre à l’urgence, moyens militaires d’une éventuelle intervention.

 

       On comprend que les Etats-Unis aient mauvaise conscience, constatant les conséquences de la calamiteuse invasion de l’Irak en 2003 voulue par George W. Bush et conduite sans mandat avec l’aide des Britanniques et de quelques autres pays. Il n’en demeure pas moins que la justification donnée par Barack Obama des bombardements engagés depuis quelques jours sur les positions jihadistes est plus qu’ambigüe, puisqu’il s’agit à la fois, selon ses propres propos, de protéger des intérêts américains (le consulat d’Erbil) et d’enrayer un début de génocide.

 

       De même, la France n’a pas à se substituer à la communauté internationale, dont la difficulté à se mobiliser ne peut constituer un alibi pour une intervention de caractère unilatéral. Sinon, comment pourrions-nous justifier notre action ou notre inaction dans toutes les tragédies qui agitent la planète aujourd’hui : Syrie, Soudan, Ukraine, Gaza, Nigéria (les lycéennes enlevées par Boko Aram)….pour ne prendre que quelques exemples des drames les plus médiatisés ?

 

       Bien sûr, me dira-t-on, il faut agir, il y a urgence à venir en aide à ces populations menacées d’extermination et à se donner les moyens pour éradiquer ce mouvement terroriste. Certes. Mais alors, pourquoi ne s’y est-on pas intéressé plus tôt ?

 

      Pourquoi les Américains, censés connaître cette région, ont-ils sous-estimé le danger de l’EI et ne se sont-ils pas inquiétés de l’origine de leur armement ?

 

         Quel rôle ont joué les pétromonarchies du Golfe, toutes sunnites (comme les Jihadistes de l’EI) et farouchement opposées au gouvernement chiite irakien ?

 

       Pourquoi n’a-t-on pas su dialoguer avec le parlement irakien démocratiquement élu, pour éviter qu’il tombe sous la coupe de Nouri al-Maliki et de son mode de gouvernement autoritaire, inefficace (avec une armée en lambeaux) et sectaire (en rejetant les sunnites dans une opposition totale à Bagdad) ? Ce sont pourtant bien les Américains qui ont largement inspiré l’actuel système politique irakien, construit sur une base ethnique et communautaire, comme l’a noté le chercheur spécialiste de l’Irak, Pierre Jean Luizard.

 

       Indépendamment de ces erreurs et de l’absence de légitimité des opérations de nature militaire qui se préparent, l’idée de renforcer l'armement des Kurdes irakiens peut se révéler à terme porteuse d’autres difficultés. Les Kurdes représentent 30 millions de personnes, réparties sur 4 pays (Turquie, Syrie, Iran, Irak) depuis les traités de Sèvres (1920) puis de Lausanne (1923) conclus après la Première Guerre mondiale avec la Turquie vaincue. Le renforcement du Kurdistan irakien, déjà en délicatesse avec le pouvoir de Bagdad, peut faire surgir des revendications toujours présentes de modification des frontières et relancer de nouveaux conflits. Il n’est pas certain d’ailleurs que la Turquie verrait cette évolution d’un bon œil (les Kurdes y représentent 20% de la population et le PKK, toujours considéré comme une organisation terroriste par les autorités turques, comme par les Etats-Unis et l’Union européenne, y était encore violemment combattu voici peu).

 

      Dernière remarque, qui concerne la France. La décision de livrer des armes, prise par le seul Président de la République, sans aucune « formalité » démocratique, est une démonstration éclatante et supplémentaire du caractère monarchique de nos institutions…… 

 

**********************

 

       Cette tribune, publiée sur le site de MEDIAPART, donné lieu à des échanges intéressants.

Merci le Pape !
Merci le Pape !Merci le Pape !

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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commentaires

ESPACE EUROPEEN MONTPELLIER 14/08/2014 23:17

Un philosophe américain Robert M. Pirsig écrivait « Quand une personne souffre de délire, on appelle cela de la folie. Quand un grand nombre de personnes souffre de délire, on appelle cela une religion...».

Michel Cibot 14/08/2014 16:04

Il faudra bien un jour faire l'inventaire de toutes les guerres, de toutes les menaces et de toutes les armes pour conclure ensemble que seule la paix peut nous sortir des impasses.
Les outils diplomatiques existent, les moyens économiques existent...à quand une volonté politique conséquente?

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- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez