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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 08:52

Début de l’intervention de Paul Quilès

 

lors de la Fête de la Rose de la Fédération de la Loire

 

 Saint-Etienne- 18 octobre 2014

 

******

 

       D’abord merci à Régis Juanico et à votre Fédération pour cette invitation à m’exprimer devant votre Fête de la Rose. Cela me rappelle beaucoup de bons souvenirs…..

 

      Faire la fête aujourd’hui peut sembler étrange, alors que nous vivons dans une situation du monde très menaçante.

 

       Les évènements actuels sont compliqués, ils font peur, mais aussi ils sont loin de nos préoccupations quotidiennes, si bien que les réactions sont souvent émotionnelles (nombreux drames très médiatisés : Moyen Orient, Ukraine, Afrique, Ebola…..mais combien d’autres drames, de massacres, de conflits violents et atroces, sans images et dont on ne parle pas ?)

 

      En cette année de commémoration du centenaire de la guerre de 14-18, il serait grave d’oublier les engrenages qui conduisent aux grands conflits et de tomber dans deux réactions extrêmes: soit le fatalisme résigné (« on n’y peut rien, c’est trop compliqué »), soit l’indignation qui pousse à prôner l’intervention de la France, sans réfléchir aux moyens, à la légitimité, aux conséquences…

 

      Les socialistes, héritiers de Jaurès, sont des internationalistes et ils doivent s’ intéresser à ces questions, pas seulement parce que le monde est de plus en plus interdépendant et que les crises, même lointaines, peuvent avoir des effets sur nos sociétés (terrorisme, pollution, épidémies, immigration….) ; mais aussi et surtout parce que nous défendons des valeurs : la solidarité, la réduction des inégalités, la recherche de l’arbitrage international, le règlement politique des conflits, l’utilisation mesurée de la force en dernier ressort.

 

      Prenons l’exemple des drames internationaux actuels.

  • Irak, Syrie et EI

       On semble découvrir les problèmes qui se posent, dont certains sont multi centenaires : affrontements Sunnites/Chiites, Croisades, traité de Lausanne (1923)…. La crise actuelle est le résultat  de nombreuses erreurs, la plus récente étant celle commise par les Etats-Unis en Irak en 2003 et dans les années qui ont suivi (destruction de l’armée de Saddam Hussein et de l’ossature du régime, soutien d’un gouvernement sectaire, incapable et corrompu ….)

 

      Il faut bien comprendre qu’il se déroule en ce moment au Moyen Orient plusieurs guerres, qui donnent la mesure des contradictions de la coalition menée par les Américains :

 

- la guerre des Turcs contre les Kurdes. C’est la priorité de la Turquie, bien avant le combat contre l’Etat islamique. 

- la guerre entre Sunnites et Chiites. Neuf pays de la région sont déchirés par cet affrontement (l'Afghanistan, le Pakistan, la Syrie, l'Irak, le Yémen, Bahreïn, le Liban, la Somalie et même la Malaisie). C’est une guerre de religion, dans laquelle nous ne devons pas intervenir.

- une guerre, encore peu visible, entre islamistes, en raison du ralliement à l’EI d’anciens d’Al-Qaïda, ce qui suscite une opposition forte des islamistes en place.

- la guerre que les Occidentaux mènent contre certains pays de la région, ce qui en fait des cibles dans cette partie du monde. C’est le groupe islamiste le plus violent contre eux qui remportera la partie sur le terrain médiatique et attirera des volontaires (du Moyen Orient, mais aussi d’Europe et du Maghreb).

 

      Comme chacun des participants à ces guerres a ses propres objectifs, qui peuvent être contradictoires, on voit la difficulté d’imaginer une issue simple et rapide pour cette nouvelle crise. Ce qui est sûr, c’est qu’une intervention militaire ne peut pas détruire qu’un Etat. Or, contrairement à ce que son nom voudrait indiquer, l’Etat islamique n’en est pas un et il faudra bien aboutir à une solution politique impliquant de nombreux pays, soit ennemis (Iran/négociations actuelles sur nucléaire), soit alliés encombrants (Arabie saoudite/ qui applique les mêmes méthodes que l’Etat islamique : des dizaines de décapitations publiques chaque année, les femmes opprimées, l’interdiction de tout autre culte dans le pays). Il faudra aussi impliquer la Russie, qui peut avoir son mot à dire dans les négociations internationales.

 

  • Ukraine et Russie

      En Ukraine aussi, il va falloir faire baisser la pression. Ce n’est pas le retour de la « guerre froide », mais une véritable guerre civile qui s’est déclenchée à la suite d’erreurs (Europe), de l’inefficacité de gouvernants corrompus, de surenchères russes (Poutine trouvant une occasion de soigner sa popularité et de donner le sentiment aux Russes qu’il met fin à une humiliation liée à la fin du statut de super puissance de l’URSS).

 

     La situation est incertaine, parce que l'affrontement entre la Russie et les Etats-Unis se fait par personnes interposées: les pro-russes d'un côté et, de l'autre côté, une garde nationale ukrainienne où l’on trouve pas mal d'extrémistes de droite. Personne n’a intérêt à l'escalade, mais le risque est que ces groupes leur échappent. Il faut donc que les Américains et les Européens (qui doivent jouer leur propre jeu) fassent preuve de beaucoup de discernement et de responsabilité. On voit bien que les sanctions économiques de part et d’autre peuvent avoir des conséquences terribles (avec notamment la question des livraisons de gaz, pour l’Ukraine et les pays européens).

 

     Quel est le fond de la question pour l’Europe ? Considérer la Russie comme un adversaire nous replongerait dans une situation d’affrontement. Des confrontations militaires indirectes seraient inévitables, comme à l’époque de la Guerre froide, mais dans un contexte plus instable et donc plus dangereux.

 

      Si nous considérons la Russie comme un simple rival, des accords ponctuels sont concevables, mais sans entente durable et stratégique. Il ne peut alors plus être question d’action commune pour faire face aux grands défis de la planète : renforcement de l’ONU, lutte contre la prolifération et le désarmement nucléaire, développement, climat.

 

     Ce qu’il faut donc souhaiter, c’est la restauration d’une relation de partenariat entre la Russie et l’Europe et, plus largement entre la Russie et l’Occident. Il semble que les choses pourraient se calmer (réunion à Milan hier entre Poutine, Porochenko et les représentants de 6 pays européens), mais rien n’est encore joué.

 

  • Afrique

    Une autre bonne nouvelle (à confirmer) vient d’être annoncée : l’aboutissement de la négociation du gouvernement du Nigéria avec le redoutable groupe djihadiste Boko Aram (qui, entre autres exactions, retient en otage 219 jeunes filles !)

   

    Il n’en demeure pas moins que le continent africain est traversé de conflits violents et de drames, dont les solutions ne peuvent se limiter à des opérations militaires, même si parfois elles sont inévitables. Là aussi, les erreurs et même les fautes, les absences de stratégie se payent cher : Mali (problème Touareg demeure), Centrafrique (risque de génocide), Libye (anarchie), sans parler du Soudan, dont on parle beaucoup moins.

 

      A cela s’ajoute l’épidémie d’Ebola. Le danger est réel. Pour l’instant, 3000 morts….mais c’est encore loin des ravages de la grippe saisonnière, qui tue 6000 personnes chaque année, uniquement en Europe !

 

      Là encore, le problème vient de loin : le virus est connu depuis 30 ans et ce n’est pas un hasard si l’épidémie actuelle s’est déclenchée dans d’anciens pays coloniaux –Libéria, Sierra Leone, Guinée, Zaïre, Ouganda…..-, qui ont connu de terribles souffrances liées à des guerres entre Africains mais aussi aux interventions des Occidentaux (esclavagisme, pillage économique, déforestation….). Comme trop souvent quand un drame de cette nature touche de nombreux pays, la communauté internationale (ONU, grands pays) a mis du temps à intervenir et à dégager les moyens financiers considérables nécessaires (40% seulement de l’aide demandée accordée !) Il faut espérer que les dispositions prises vont permettre d’enrayer l’épidémie et d’éviter les graves conséquences qu’elle peut avoir dans plusieurs pays africains, totalement désorganisés.

 

  • La question de la prolifération nucléaire m’inquiète aussi.

      C’est l’objet de mon combat en faveur du désarmement nucléaire. Le silence et le désintérêt de l’opinion en France à l’égard de cette arme d’une autre époque (consensus sur dissuasion ?) est inquiétant. La répétition irréfléchie du catéchisme nucléaire n’est pas digne de ce qui devrait être une vraie réflexion des socialistes sur ce sujet majeur : arme coûteuse, inutile, mais dangereuse. Il faut aussi dénoncer le surarmement mondial, indécent quand on pense à l’énormité des besoins de l’humanité.  (....)

 

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 Suite de l'intervention: voir  "I have a dream"

"Une situation du monde très menaçante"

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez