Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 18:14

      Dans le climat de tension extrême qui a régné pendant une semaine autour des évènements liés au projet de barrage de Sivens, j’ai préféré attendre pour m’exprimer, afin d’éviter de prononcer à chaud une phrase susceptible d’ajouter à la confusion.

 

       Et pourtant, ce qui s’est passé m’intéresse et me concerne à de multiples titres : comme élu du Tarn, comme ancien ministre et ancien parlementaire, mais aussi parce que ma formation scientifique et mon métier d’ingénieur m’ont amené depuis de longues années à me passionner pour les questions touchant à l’énergie et au développement écologique.

 

      J’ai échangé sur ce sujet avec des responsables politiques, locaux et nationaux, avec des experts, j’ai regardé et écouté ce que disaient les médias audiovisuels, j’ai lu la presse et les tracts et je suis amené à faire un constat, un triste constat.

 

      Au cours de cette période, marquée par un terrible drame humain (la mort d’un jeune homme, certainement convaincu par la justesse de sa cause, mais imprudent, selon les dires mêmes de sa famille), beaucoup de gens ont tout mélangé. Certains n’ont pas hésité à affirmer une chose et son contraire, à procéder à des récupérations politiciennes peu glorieuses, à se livrer à des excès de langage indignes de responsables.

 

      Il est vrai que le dossier est complexe, qu’il n’a pas été bien monté, qu’il traîne depuis des années, que le dialogue –nécessaire, parce que des intérêts contradictoires sont en jeu- n’a pas eu lieu. Raison de plus pour ne pas caricaturer les positions en présence et pour essayer de comprendre les questions majeures auxquelles il renvoie et qui interrogent notre société.

 

      J’en vois au moins cinq :

 

      1) S’agit-il d’un projet banal, à connotation uniquement locale ou d’une problématique beaucoup plus générale d’aménagement du territoire ? Dans ce cas, avant de décider de réaliser un projet local, il faut au préalable en vérifier la compatibilité avec des objectifs nationaux. Cela ne semble pas avoir été correctement fait.

 

    2) Comment devrait fonctionner notre démocratie ? Des décisions respectant la légalité ne peuvent naturellement pas être mises en cause et pourtant, lorsqu’elles ont été mal préparées, il est nécessaire de définir la façon de tenir compte des critiques contestant leur légitimité.

 

      3) Comment faire comprendre que le "maintien de l’ordre" n’est pas, par essence, responsable du désordre et donc a priori coupable de tout débordement? Si erreur il y a eu, c’est à l’enquête en cours de le dire. Mais j’aurais aimé entendre celles et ceux qui ont été si prompts à mettre en cause les forces de l’ordre dénoncer très tôt le rôle néfaste des groupes de casseurs, tenants d’idéologies extrêmes, qui ont largement contribué au climat de violence.

 

      4) Comment convaincre les dirigeants et les responsables politiques du rôle (trop ?) déterminant de leur communication dans leurs actions et leurs propos ? Dans notre société hyper médiatisée, qui favorise les réactions compulsives et parfois même s’en nourrit, il faut éviter les mots qui blessent, les invectives, sans parler des maladresses. La colère légitime et l’émotion ne justifient pas ces dérives ou ces dérapages, qui viennent occulter la nécessité de réfléchir en profondeur et de s’exprimer avec intelligence.

 

      5) Comment inciter les responsables politiques à ne pas exploiter un drame humain pour des raisons politiciennes ? L’instrumentalisation de l’écologie à des fins électorales (locales et nationales) à laquelle on a assisté est non seulement écœurante, mais vraisemblablement peu efficace à terme, pour ceux en tout cas qui prônent le rassemblement à gauche !

 

       Dernière remarque, en forme de regret : si le rapport d’expertise réalisé par deux ingénieurs indépendants à la demande du ministère de l’écologie et destiné à "restaurer le dialogue entre les parties" avait été rendu public plus tôt que le lundi 27 octobre (ce qui, semble-t-il, était possible), on aurait évité un drame humain et un indiscutable gâchis.

Sivens : des questions qui interrogent notre société

Partager cet article

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Politique française
commenter cet article

commentaires

Pradines 12/11/2014 10:32

Merci pour cette analyse. Je partage bien des interrogations et déductions que vous exposez ci-dessus. Toutefois, s’agit-il actuellement d’une instrumentalisation ou bien du fait que les politiques se sont intéressés trop tard aux problèmes écologiques désormais explosifs ? Certains politiques, élus ou non, n’ont-ils pas voulu prendre des décisions concernant l’environnement sans les concertations préalables nécessaires ? Est-il surprenant que de nombreux jeunes soient impliqués dans un projet qui les concernera bien davantage que des élus déjà âgés ? Après tout, est-ce anormal en démocratie que l’on poursuive des fins électorales en prenant des positions sur l’écologie, justifiées ou non ?

Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez