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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 23:29
La riposte militaire n'est pas la seule option

Tribune de Paul Quilès, publiée dans le Monde du 18 janvier

 

      On nous dit depuis quelques jours que nous serions engagés dans une guerre. Méfions-nous de ce terme, qui rappelle un mauvais souvenir : celui de cette « guerre totale contre le terrorisme » proclamé par Georges W. Bush au début des années 2000 et qui a conduit à tant de désordres au Moyen Orient et dans le monde.

 

      Il ne faut pas se méprendre sur la nature de ce combat que nous devons mener. Nous ne sommes pas formellement en guerre, mais nous avons un adversaire, organisé, doté d’une idéologie, d’une stratégie, de moyens et d’un objectif essentiellement territorial (au moins pour l’EI). N’oublions pas qu’il commet les mêmes actes terroristes dans tous les pays alliés des Etats-Unis (présentés par Al Qaïda et l’EI comme l’ennemi principal depuis 30 ans) et beaucoup plus encore dans les pays musulmans, où se trouvent la majorité des victimes du terrorisme djihadiste.

 

     L’erreur serait de résumer la réponse à cette menace à une mesure unique, de type sécuritaire, alors que le problème est beaucoup plus complexe. Bien entendu, des mesures concernant l’amélioration de notre système de sécurité sont à prendre rapidement, mais il faut se garder que, sous le coup d’une émotion forte, des mesures viennent remettre en cause les libertés individuelles, auxquelles les Français sont très attachés.

 

      L’exemple à ne pas suivre, souvent cité, est celui du Patriot Act, série de mesures d’exception prises par les Américains au lendemain du traumatisme du 11 septembre 2001 et toujours en application. On sait aujourd’hui qu’il n’a pas apporté de réponse durable à la question posée, celle de la protection face à la menace djihadiste et qu’il a par contre durablement et gravement réduit certaines libertés individuelles.

 

      Il ne faut donc pas céder à la tentation d’une réponse sécuritaire, censée éradiquer de façon quasi magique et instantanée le terrorisme. De nombreux textes ont été votés depuis 20 ans pour améliorer la lutte contre le terrorisme. A la suite de l’attentat du 11 septembre, j’ai moi-même présenté en décembre 2001 un rapport de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale, qui proposait 33 mesures « pour contrer la menace terroriste ». Il ne me semble pas inutile de le relire.

 

     Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, vient de préciser les domaines dans lesquels il considère que des efforts sont encore nécessaires. C’est maintenant au Parlement de travailler rapidement pour donner un contenu juridique à ces mesures et au Gouvernement de dégager les moyens qu’elles nécessitent.

 

Refus de l’obscurantisme

 

      Quelle réponse à la menace terroriste ? Pour être efficace, la réponse doit tenir compte de ce diagnostic et comporter plusieurs volets :

 

- le volet militaire, pour frapper à la source l’adversaire (à condition d’éviter les dérives de la politique américaine, qui, en se fixant comme unique objectif la victoire militaire, a conduit au chaos ou à la déstabilisation de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie, du Yémen…) ;

- le volet financier, pour le priver des ressources matérielles qui alimentent ses opérations terroristes ;

- le volet de la sécurité intérieure, pour améliorer le renseignement et le partage des informations entre ministères de l’Intérieur et de la Justice;

- le volet de l’information, pour mieux contrôler certains sites Internet, qui sont devenus des vecteurs majeurs du terrorisme ;

- le volet social, pour éviter de laisser les populations de certaines zones sombrer dans la désespérance, ce qui contribue à les rendre vulnérables à la propagande et aux campagnes d’enrôlement des djihadistes ;

- le volet éducatif, pour mobiliser les enseignants, grâce à des moyens renforcés, dans leur rôle d’éveilleurs des consciences de la jeunesse.

 

      Il faut aussi ajouter l’attention renforcée qui doit être portée à la prison, trop souvent foyer de radicalisation des délinquants.Il est enfin indispensable que l’Islam de France soit aidé pour qu’il puisse mieux dénoncer l’imposture de ceux qui détournent gravement le sens de leur religion.

 

     On le voit, la tâche est complexe ; elle concerne de multiples intervenants ; elle exige une volonté, de la continuité et des moyens. Ne nous trompons pas sur le sens du message qu’ont voulu transmettre les Français par la formidable mobilisation du 11 janvier. Ils ont manifesté à la fois un ferme refus de l’obscurantisme et de l’islamo- fascisme, mais aussi la volonté d’une France plus solidaire, qui aspire à gommer les différences, pour que ne se crée pas le clivage précisément souhaité par l’idéologie djihadiste. Ne répondons pas à leur élan et à leur attente par une régression des libertés.

 

    Paul Quilès, ancien ministre de la Défense et de l'Intérieur

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez