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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 09:42
Mes chers élèves...

      Une lectrice de mon blog, Michèle Zémor, recommande le beau texte d'une professeur de lettres au Lycée Paul Eluard de Saint Denis, avec ce commentaire: 

 

     "Ce texte me semble aller assez loin dans l'analyse, le questionnement du sens des mots. Il évoque le mot "juif" ce qui n'est pas toujours le cas dans les textes de profs consacrés à ce sujet. Il est ,en effet salutaire de ne pas faire comme si ce problème n'existait pas puisque la France est à présent, le pays d'Europe où les juifs seraient le plus en insécurité. 

 

    Malgré la belle manif du 11, le climat demeure plutôt délétère. Certains se "lâchent" et tiennent des propos racistes de rejet des "arabes". Ces propos émanent de gens plutôt à droite (pas FN) et assez cultivés : "ils n'ont rien inventés depuis le zéro, quand ils ont un bon écrivain ou cinéaste, il vit ici..." et le sempiternel " s'ils ne sont pas d'accord avec nos lois, qu'ils retournent chez eux...." .

 

      Merci pour vos analyses et mobilisations; on en a bien besoin."

 

***

Mes chers élèves

     Après les événements tragiques de la semaine écoulée, je ne peux pas rester muette vis-à-vis de vous. Pas seulement comme enseignante, mais aussi comme citoyenne, comme être humain, tout simplement.

     Par-dessus tout, je regrette de ne pas avoir pu mener avec vous l'étude du mouvement des Lumières que j'avais prévu de commencer en cette rentrée. J'espère que vous avez compris que ce n'est plus aujourd'hui un thème scolaire poussiéreux, mais bien une aveuglante question d'actualité.

     Les “Lumières”, c'est ce qui a été attaqué, avec le massacre perpétré au journal Charlie Hebdo le matin du mercredi 7 janvier, quand les assassins ont crié“on a vengé le prophète Mahomet”. (....)

                Lire la lettre, publiée par Télérama

***

Réaction d'un ancien professeur, historien

      Merci pour cette belle lettre. A-t-elle été bien comprise par ses destinataires? Elle est bien longue pour eux.  

      Une seule réserve : les valeurs universelles de la démocratie, des droits de l'homme, du droit à la satire et au blasphème ne s'exportent pas à coups de bombardements (Bush en Irak) ou de slogans, ou d'images gratifiantes (pour leurs auteurs). Cela a été, chez nous, un processus lent issu de notre propre histoire. Il en sera de même dans le monde musulman aujourd'hui en crise (et où, signe de cette crise, les tendances fondamentalistes tiennent le haut du pavé). Une des couvertures de Charlie Hebdo était intitulée : "le Coran, c'est de la merde". Je ne crois pas que ce soit la bonne manière d'aider les musulmans "des Lumières". Comme le disait récemment Malek Chebel, on peut regretter que des gens de qualité n'utilisent pas mieux leurs talents. Voltaire, lui, argumentait. Ces blagues de vieux potaches anticléricaux, loin d'affaiblir les barbus, les renforcent dans leur dénonciation de l'Occident. On ne peut pas invoquer la tolérance à l'égard des autres si l'on ne commence pas par en donner des exemples.

      J'ai participé à la manifestation de dimanche mais je distingue la dénonciation des assassinats de l'adhésion à Charlie-Hebdo.Si cela restait une distraction entre nous, ça irait. Cela fait partie de notre histoire culturelle et de nos libertés, mais aujourd'hui tout cela circule dans le vaste monde à coups d'Internet etc...Le monde musulman n'a pas la même histoire et ne vit pas au même rythme. Le moindre commercial sait qu'il faut adapter son message à son public. Il est dommage que la rédaction de Charlie Hebdo, la nouvelle comme l'ancienne, n'ait pas vécu dans les pays du Sud. Ce qui vient de se passer au Niger, un pays où j'ai vécu, me désole profondément.

      Nous devons défendre (Amnesty International, Reporters sans frontière, ACAT, etc...) toutes les victimes dans le monde musulman, en argumentant, en dénonçant les abus,... pas en lançant des grenades qui alourdissent encore la barque de tous ceux/celles qui se battent pour les libertés et qui donnent des armes à la dénonciation de l'immixtion d'un Occident "tout puissant".

      Il ne s'agit pas de mettre nos valeurs sous la table mais de les exprimer autrement, sous peine de rater gravement leur but.

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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Georges 19/01/2015 10:35

Je ne peux m'empêcher de mettre en parallèle une déclaration récente d'un professeur de mathématiques (et agrégé !) d'un collège parisien qui déclarait ("l'Obs du 13/12/2014 p. 76) détester le terme d'éducateur", son "métier consistant à transmettre le mieux possible des connaissances et à noter la façon dont elles sont assimilées"; et la lettre émouvante et si juste de Mme Capel à ses élèves. Sont ici confrontées deux conceptions du métier d'enseigner devant lesquelles les pouvoirs publics tergiversent depuis plus de 50 ans, alternative qu'il faudra bien trancher qund on en mesure ici ou là les dégats. Enseigner la "morale laïque"? Cette lettre en offre un "programme"approprié, parce qu'il repose sur un principe éminemment laïque : penser par soi-même. Il suffit de le décliner au fil des jours; après vient, en appui la théorie des textes fondateurs.

Guy Georges ancien secrétaire général du syndicat national des institutrices, instituteurs et professurs de collège

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- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez