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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 17:15
Les élus pendant la guerre de 14
Les élus pendant la guerre de 14Les élus pendant la guerre de 14

       Ce témoignage exceptionnel décrit de façon détaillée et émouvante l’action des élus municipaux de Cordes pendant la guerre de 14-18. Certes, la France n’est pas en guerre aujourd’hui et les élus ne sont pas soumis aux mêmes contraintes qu’en 14-18, mais, alors qu’il est de bon ton de critiquer leur travail, l’intérêt de ce document n’est pas seulement historique !

 

Paul Quilès

 

****

 

         " La guerre de 14-18 est une guerre « totale » au sens où toute la nation devient combattante et où les populations de l'arrière ont autant d'importance que les poilus des premières lignes. Nous avons évoqué précédemment les femmes, puis les enfants. Parlons aujourd'hui d'une autre catégorie de combattants : les élus municipaux.

        

        On a du mal à se rendre compte de l'énorme travail fourni par le conseil municipal au cours des années de guerre. Rappelons tout d'abord un handicap : au moment même où les problèmes à résoudre augmentent, le nombre des élus diminue suite à la mobilisation générale : sur quinze élus, cinq sont mobilisés. De plus, au début de 1918, le maire Jean-Louis Favarel décède : impossible de le remplacer avant la fin des hostilités. La tâche est tellement lourde qu'il est demandé à l'autorité militaire de nommer, pour un service à temps partiel du conseil municipal, Ernest Tisseyre, élu cordais mobilisé comme réserviste mais détaché au Ministère de l'Agriculture.

 

        Les élus ont à mener la bataille sur trois fronts principaux. Le premier est celui des travaux habituels comme en temps de paix : ils sont rendus plus difficiles à cause du manque de travailleurs et de la montée des prix : un mur qui s'écroule ici, un égout bouché là, de vieux arbres qui menacent de bloquer un chemin en tombant, l'hygiène aux abattoirs qui ne répond plus aux normes...il n'y a pas de répit dans cette offensive aggravée du fait des lois nouvelles décrétées par le gouvernement et qui nécessitent beaucoup de temps et d'énergie, ne serait-ce que pour les étudier.

 

        La deuxième ligne de feu est faite d'impromptus qui viennent comme de soudaines salves d'artillerie : ce sont les demandes de la préfecture imposant une réaction immédiate non seulement pour obéir mais aussi pour donner le compte-rendu de leur exécution : vingt couvertures à rassembler immédiatement : il faut les acheter faute de pouvoir les trouver sur  Cordes même... organiser l'accueil d'une quarantaine de réfugiés qui arrivent à la gare de Vindrac... libérer une maison assez grande pour loger un contingent de prisonniers allemands... visiter chaque exploitation agricole pour voir si toutes les terres sont cultivées et envoyer à la préfecture la liste précise d'éventuelles friches... surveiller chaque foire, chaque marché hebdomadaire et faire connaître l'évolution des prix de base... collecter les emprunts en franc-or pour la défense nationale, etc, etc... De plus, il faut toujours un élu pour accompagner les délégations militaires venant régulièrement réquisitionner des chevaux, des bœufs, des chiens, des céréales, du fourrage...

 

         Enfin et surtout il y a le combat permanent à mener contre la misère pour protéger autant que faire se peut la santé des habitants les plus fragiles, notamment les personnes âgées. Les élus sont certes aidés par quelques personnes formant le Comité de bienfaisance qui recueillent les demandes d'aide et font des propositions mais c'est à eux les élus à prendre les décisions au cas par cas. Cela occupe une part importante des réunions du conseil municipal sans parler du travail d'information en amont. En 1914, l’État a décidé que l'allocation mensuelle donnée aux « indigents » ne pouvait pas dépasser 20 frs.

 

        Le montant de l'allocation dépend de la situation réelle de tout un chacun, ce qui impose aux élus de connaître cette situation ; les comptes-rendus des séances du Conseil municipal montrent par leur précision qu'ils prennent cela très au sérieux. Il faut savoir d'ailleurs qu'ils sont très surveillés par l'administration préfectorale. C'est ainsi par exemple que, le 7 juin 1916 une lettre du préfet ordonne au maire de Cordes de supprimer l'allocation à la moitié environ des bénéficiaires, car leur nombre dépasse trop la moyenne du département (!...). Et voilà les élus prenant la liste des personnes aidées et répondant au préfet pourquoi ils refusent de supprimer l'allocation à telle et telle personne. Non seulement cela montre le sérieux avec lequel ils « défendent » les administrés, mais aussi donne une idée de leur charge de travail car ils ont à s'occuper ainsi, une par une, de quelques 71 personnes, et pour beaucoup, le montant de l'allocation varie de mois en mois selon l'évolution du coût de la vie.

 

        Ajoutons à ce nombre la liste des femmes enceintes dont la situation financière est fragile et qui perçoivent une allocation spéciale pour l'accouchement : entre 1914 et 1918,  elles sont au nombre de 49.

 

        Enfin n'oublions pas les urgences : à huit reprises,  les élus devront décider de l'hospitalisation de malades à la dernière extrémité qu'on ne peut pas prendre en charge sur place, hospitalisation soit au Bon Sauveur d'Albi soit à l’hôpital de Gaillac. Et en 1914 les communications sont loin d'être aussi faciles qu'aujourd'hui !"

                                                           Michel Bonnet

 

 

Ce texte, publié dans Cordes Infos, a été rédigé par Michel Bonnet dans le cadre du travail minutieux qu’il conduit avec la Commission "14-18 en Pays cordais"

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Published by Paul Quilès - dans Cordes sur Ciel
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- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez