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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 11:43

     Lorsqu’un personnage politique meurt, ses amis rivalisent de superlatifs pour embellir le souvenir de son action et de sa personnalité. Certains de ses adversaires s’associent même à cet inévitable concert et il est délicat de faire entendre un commentaire qui ressemblerait à une fausse note.

 

     J’ai donc un peu attendu avant de rappeler un souvenir personnel : celui de la passation de pouvoirs au ministère de l’Intérieur, où Charles Pasqua me succéda le 31 mars 1993.

 

     Notre tête à tête ne fut pas très long et il me suggéra de ne pas aborder les dossiers de fond. « Nos directeurs de cabinet s’en chargeront », me dit-il, en me confiant qu’il aurait préféré aller à la Défense, mais que le Premier Ministre (Edouard Balladur) n’avait pas voulu….Il ajouta, avec une emphase très pagnolesque : « Bavardons un peu et attendons quelques minutes. Cela fera sérieux vis-à-vis des journalistes qui nous attendent à la porte pour la poignée de mains et la photo ».


     Nous n’échangeâmes donc que des banalités. Il prit quand même le temps de me dire qu’il trouvait que j’avais « fait de bonnes choses à la tête de ce ministère » et que j’aurais pu être « un grand ministre » si j’étais « resté plus longtemps ». Je n’ai pas pu m’empêcher de de lui répondre en souriant : « cela ne dépendait que de vous…. »

 

     J’ai moins souri quelques mois plus tard, quand je fus amené à constater qu’il avait notamment supprimé une des mesures emblématiques que j’avais prises pour renforcer la sécurité publique : la création des « projets locaux de sécurité ».(voir ci-dessous le résumé du "Plan d'action pour la sécurité" que j'ai présenté le 13 mai 1992)


     Cette remise en cause d’une décision très appréciée et qui s’était traduite par la signature en un an de près de 500 projets dans tout le pays fut la manifestation concrète et regrettable d’une divergence forte sur la façon de concevoir la sécurité publique. On a pu observer par la suite les conséquences de ce refus de considérer, comme je l’avais annoncé et mis en œuvre, que l’action de sécurité publique doit être une « co-production ».

 

*****

PLAN D'ACTION POUR LA SECURITE

21 mesures pour la sécurité publique

 

Augmenter les effectifs sur le terrain

1) Création de 1 000 emplois administratifs

2) 1 000 policiers auxiliaires supplémentaires

3) Renforcement des polices urbaines par les CRS

4) Réduction des gardes statiques et des cortèges

5) Expérimentation d'un système d'heures supplémentaires

6) Extension de la départementalisation de la police

 

Ciblage des actions sur des objectifs prioritaires

7) Renforcement de l'accueil dans les commissariats

8) Création de nouvelles structures de lutte contre les phénomènes de "bandes"

9) Développement de l'îlotage

10) Création de bureaux de police dans les îlots sensibles

11) Renforcement de la sécurité aux abords des établissements scolaires

12) Amélioration de la sécurité dans les transports urbains

13) Protection des personnes âgées dans les centres urbains

14) Renforcement des services de lutte contre la drogue

15) Renforcement de la lutte contre l'immigration irrégulière et le travail clandestin

 

Déontologie des actions de sécurité publique

16) Création du conseil supérieur de l'activité policière

 

Amélioration de la condition policière

17) Mesures indemnitaires

18) Protocole DURAFOUR

19) Accroissement du parc de logements réservés aux policiers en région parisienne

20) Moyens de fonctionnement supplémentaires pour les directions départementales de la Police

 

Définition de projets locaux de sécurité

21) Proposition de projets locaux de sécurité définis entre les Préfets et leurs partenaires

locaux

*****

     L'action de sécurité publique est une "co-production". Pour réussir dans notre lutte contre la délinquance, il faut que le projet de sécurité s'inscrive au niveau le plus adapté et le plus pertinent. Ce niveau, c'est celui de l'agglomération ou de la commune. Je souhaite que des projets locaux de sécurité soient définis au plus près de cette réalité du terrain, qu'ils s'inscrivent dans une analyse et un diagnostic locaux et, bien entendu, dans une mobilisation générale. Les préfets recevront pour mission de préparer ces projets en concertation avec les élus.

 

     Cette mission sera impérative dans les 27 départements sensibles, facultative dans les autres. Les préfets se rapprocheront donc des élus et leur proposeront d'effectuer une analyse conjointe des besoins de sécurité.

 

    Les actions concertées, qui prolongeront ce travail d'analyse, permettront aux collectivités locales, ainsi qu'à tous ceux qui doivent participer solidairement à l'effort de sécurité (je pense aux organismes HLM, aux services sociaux et culturels ...) de prendre en charge un certain nombre de tâches qui ne correspondent pas aux missions prioritaires de la police, en contrepartie d'une présence plus affirmée de la police nationale s u r le terrain. La liste est longue de tâches qui ne correspondent pas aux missions des policiers, pour lesquelles ils ont été formés : sortie d'écoles, accueil du public pour les demandes de documents administratifs, police du stationnement ...

 

     Ces plans locaux de sécurité publique seront également l'occasion de mener une concertation approfondie avec les représentants du personnel, pour que les conditions d'emploi des policiers soient mieux adaptées au contexte local. Cela permettra également d'organiser la complémentarité entre la police nationale et les polices municipales.

 

     Pour conclure, je résumerai ainsi le plan d'action pour la sécurité : plus de policiers sur le terrain; plus d'actions ciblées sur les zones et les secteurs sensibles, une actionpolicière respectueuse de la déontologie, des conditions de travail et de vie améliorées pour les policiers, des projets locaux de sécurité publique adaptés et concertés au niveau de l'agglomération. Je suis persuadé que les conditions de la réussite de notre politique de sécurité publique sont ainsi réunies.

 

     Le service public est au service du public, c'est dire qu'il n'est pleinement légitime que s'il répond efficacement aux demandes exprimées par nos concitoyens. Je m'attacherai, dans le dialogue et dans la concertation, à ce que le service public reprenne confiance dans l'avenir et dans son utilité au service de la collectivité nationale. 

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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commentaires

Marie-Françoise MENARD-DOUCET 06/07/2015 01:17

Ce n'est pas parce que Mr Pascua est mort qu'il est devenu un Saint! Il est parti avec toutes ses casseroles laissant la suite à celui qui lui a ravi la mairie de Neuilly!
Inutile d'en ajouter plus! Paix à son âme!

David 03/07/2015 08:42

Monsieur Pasqua, beaucoup oublie qu'il fut le patron du Sac avec les dérivent des barbouzes. Ministre de l'intérieur il a créé la brigade dite des voltigeurs avec là aussi les excès lors d'une manifestation d'étudiants. En 1995 avec son directeur de cabinet il a supprimé le corps des inspecteurs et le corps administratif ( Police tenue) devient OPJ sans augmentation de salaire. Voilà mes souvenirs très terre à terre de celui que souvent l'on considère comme un " grand flic".
D'accord bien évidemment avec les propositions que tu avais faites. La Police doit être au service du public, supprimer tous les services qui ne sont pas de ses pouvoirs ( détachement au service d'une " élite" Parisienne). Elle doit être au plus près dans les quartiers sensibles, renforcer les effectifs dans ces zones, patrouilles pédestres ( non par détachement en groupe de dizaine de fonctionnaires). Création de commissariats et poste de police avec dissolution d'un certain nombre de compagnies de CRS et compagnies gendarmeries mobiles. Je regrette aussi que certains de nos élus n'aient pas encore pris conscience que ces fonctionnaires avec leurs pouvoirs de police ( OPJ/APJ 20 ) depuis 1995 n'avaient pas à faire certaines missions, du ressort d'une Police municipale.
Les propositions que tu avais faites allées dans l'esprit de ce que souhaitait les syndicats FASP/SGP/SNPT, le syndicat Alliance étant le bras séculier des partis de droite.

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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez