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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 17:03
L’affaire Volkswagen : un défi contre la démocratie

Cette excellente tribune de Benjamin Dessus, ingénieur et économiste, président de l'association Global Chance, a été publiée par Alterecoplus

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La presse et la classe politique de tous bords paraissent pour une fois unanimes : l’affaire Volkswagen est un scandale. Tout le monde s’inquiète de l’image écornée de l’industrie allemande, craint une éventuelle contagion du scandale à d’autres marques… Certains même s’inquiètent pour la santé des populations soumises à des émissions de particules plusieurs dizaines de fois supérieures aux normes imposées !

Mais derrière cet épisode, il y a encore beaucoup plus grave : une banalisation du mensonge à grande échelle qui détruit l’idée même de démocratie.

En effet, dans une civilisation technique aussi complexe que la nôtre, la vérité sur les caractéristiques les plus importantes des outils que nous utilisons n’est évidemment plus directement accessible à chacun d’entre nous. Pour exercer nos choix individuels et collectifs, nous avons impérativement besoin de la médiation d’une « expertise publique indépendante », capable d’apporter aux citoyens des informations « fiables » au sens propre du terme, c’est-à-dire des informations auxquelles on puisse se fier. C’est à partir de ces données « factuelles » que les consommateurs mais aussi les citoyens et leurs organisations peuvent mettre en débat les choix collectifs qui engagent des aspects majeurs de leur vie en société.

Discussions biaisées

A quoi bon en effet discuter des mérites respectifs des véhicules diesel, des véhicules électriques ou des véhicules à essence, sur le plan de la santé (microparticules, gaz toxiques, etc.), de l’environnement, de l’effet de serre ou je ne sais quoi encore, si les données d’entrée des exercices de comparaison sont mensongères d’un facteur 10 ? A quoi bon discuter des avantages et des inconvénients des différents moyens de produire de l’électricité, si les pouvoirs publics cautionnent le black-out imposé par certains industriels (EDF et Areva) sur les coûts de leur production ou les risques qu’ils entraînent, sous prétexte de secret industriel ou de secret défense ?

Dans le cas de l’affaire Volkswagen, les normes Euro 6 ont fait pendant des années l’objet d’âpres discussions et de tractations pour tenir compte des intérêts antagonistes des uns et des autres, dont Volkswagen, avant de devenir la loi intangible pour tous les pays de l’Union européenne.

Etais-je simplement d’une naïveté coupable quand, surpris des ambitions affichées il y a un an par le gouvernement à propos des véhicules électriques1, j’avais pris pour argent comptant les normes Euro 6 pour effectuer une étude comparative des mérites et défauts des différentes motorisations des véhicules sur le plan de l’environnement, des ressources et des finances publiques (effet de serre, particules, bruit, énergies fossiles, coûts publics).

Discrédit

Je suis aujourd’hui porté à le croire, en repensant aux sourires condescendants de certains de mes interlocuteurs publics devant mes conclusions : en effet, l’avantage comparatif du véhicule électrique par rapport à un véhicule diesel respectant ces fameuses normes s’amenuisait tant qu’il remettait clairement en cause l’intérêt du scénario gouvernemental. Comme si certains de mes interlocuteurs, sans pouvoir remettre en cause mes calculs, étaient parfaitement conscients qu’ils reposaient sur des données grossièrement truquées.

A quoi bon dans ces conditions continuer à essayer d’apporter aux citoyens une expertise indépendante, comme le font un certain nombre d’associations ou d’organisations qui s’évertuent à rendre compréhensibles les éléments clés des décisions collectives ?

Comment convaincre les consommateurs d’agir dans l’intérêt collectif et les citoyens de s’intéresser aux décisions publiques si les choix qu’on leur propose sont viciés par des mensonges grossiers ?

Au-delà de la question industrielle, c’est bien d’un déni de démocratie qu’il s’agit. Un déni qui risque d’amplifier encore le syndrome du « tous pourris ».

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Published by Paul Quilès - dans Energie et environnement
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- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez