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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:43
Vite, vite, des décisions courageuses et efficaces !

      Des avions français viennent de frapper un camp d’entraînement de l’EI en Syrie. Le Président de la République invoque la "légitime défense" pour justifier cette opération, qui contredit la position défendue par la France jusqu’ici. L’utilisation de cet argument, qui s'appuie sur l’article 51 de la Charte de de l’ONU, nécessitera une application complète des dispositions qu’il prévoit et notamment la mise en œuvre d’un plan approuvé par le Conseil de sécurité. J’y reviendrai.

 

      Article 51

Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l'exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n'affectent en rien le pouvoir et le devoir qu'a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d'agir à tout moment de la manière qu'il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

 

      Souvenons-nous de la situation en Syrie il y a 6 mois. Dans une tribune publiée le 2 mars par le Figaro et intitulée « Syrie: il est urgent d’agir pour éteindre l’incendie », après avoir analysé les forces en présence et proposé des "initiatives diplomatiques courageuses", je concluais par une mise en garde :

     

 « Aujourd’hui, notre adversaire principal, notre ennemi, c'est l’organisation de l’Etat islamique. Elle semble subir des revers. (…) Mais si nous laissions la Syrie dériver vers le chaos, nous pourrions lui rendre involontairement de nouvelles forces, au détriment de notre sécurité. » 

 

      Or, que constate-t-on depuis ? Beaucoup de proclamations, d’hésitations, de contradictions, de tergiversations, de revirements et, de façon concrète, une action militaire de bombardements aériens engagée par une coalition militaire autour des Etats-Unis.

 

      Le résultat se lit à travers la litanie effrayante des chiffres qui traduisent le martyre du peuple syrien et qui montrent l’augmentation du nombre de victimes, du nombre de populations déplacées à l’intérieur comme à l’extérieur de la Syrie, ainsi que la progression très nette de l’implantation de l’EI sur le territoire de la Syrie et de l’Irak.

 

      Pour bien prendre conscience de cette réalité, rien de mieux qu’une carte. Ce remarquable schéma interactif CLIQUEZ ICI. vous montrera que les bombardements (plus de 90% sont américains ; la France a procédé de son côté à 215 frappes en Irak), même s’ils infligent de lourdes pertes à l’EI, ne l’empêchent pas d’élargir son l’implantation.

 

      Par ailleurs, le fiasco du programme de 500 millions de dollars lancé par les Etats-Unis au début de l'année, pour former et équiper environ 5 000 rebelles par an pendant trois ans, est préoccupant. Il s’agissait de les préparer et de les équiper pour aller se battre en Syrie contre l’EI. Mais il n'a pour l'instant permis que de former deux groupes de 54 et 70 combattants, selon les chiffres du Pentagone. Devant le Sénat, le général Lloyd J. Austin a admis le 16 septembre que seuls "quatre ou cinq rebelles syriens combattaient de manière effective sur le terrain". De plus, le Pentagone avait affirmé que "toutes les armes et tous les équipements" remis à ces rebelles étaient sous leur contrôle… ce qui n’est plus tout à fait crédible.

 

     Espérons que les contacts prévus à partir de demain à l’ONU permettront de s’engager dans une voie plus sérieuse de définition d’un plan politico-militaire. Cela suppose une négociation entre les pays qui ont intérêt, à des titres divers, à mettre un terme à l’emprise et au développement de l’EI.

 

    Les évolutions de plusieurs pays (Russie, Iran, Arabie Saoudite notamment) indiquent qu’une telle solution est vraisemblable. L’option d’une vaste coopération militaire entre les pays occidentaux, la Russie et les puissances de la région peut donc être envisagée, pour autant que le récent déploiement russe ait pour seule mission de combattre l’EI et pas de sauver le régime syrien

 

      Cette coopération ne permettra d’envisager une sortie de conflit qu’à condition d’être accompagnée par un plan politique visant à la constitution en Syrie d’un gouvernement de transition disposant des pleins pouvoirs exécutifs et rassemblant toutes les forces politico-militaires, à l’exception de l’EI et des fractions radicales des combattants islamistes. Quant à Bachar el Assad, il ne devrait plus jouer, dans un premier temps, qu’un rôle marginal et symbolique, dans la perspective de son éloignement définitif du pouvoir.

 

      Cette hypothèse n’est pas nouvelle, puisque la conférence de Genève de juin 2012 parlait déjà de constituer en Syrie un « gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs » et que, dans une tribune publiée le 27 février 2015, Laurent Fabius et Philip Hammond (ministre britannique des affaires étrangères) ont admis que cet organe gouvernemental devrait comprendre "certaines structures du régime existant".

 

      Si l’on veut enfin traiter les causes des drames qui ensanglantent les pays du Moyen-Orient et qui commencent à affecter dangereusement les pays européens, il devient urgent de prendre vite des décisions courageuses et efficaces !

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez