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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 17:04
Contre Daesh, quelle guerre?

      Dans l’avion pour Paris puis pour Londres, où je vais participer à une réunion de personnalités européennes et américaines autour du thème « la sécurité internationale » (terrible coïncidence !), je lis la presse du jour.

 

      Je suis impressionné et même bouleversé par les témoignages poignants de celles et ceux qui ont vécu le cauchemar des attaques barbares perpétrées par les tueurs de Daesh à Paris. Je suis admiratif devant le dévouement des secours et le sang-froid dont les témoins du carnage ont fait preuve.

 

      Je constate qu’une véritable chaîne de solidarité s’est mise en place en France et dans de nombreux pays et j’espère qu’elle durera au-delà de la forte émotion du moment.

 

      Je lis aussi les commentaires, les analyses, les propositions, les débuts de polémique (déjà !) et je me demande : sera-t-il possible que ceux qui parlent beaucoup évitent la surenchère verbale et surtout évitent de jouer avec les mots ? Utiliser les « mots de la guerre » ne doit pas se transformer en une inutile « guerre des mots ».

 

      Nous savons ce qu’est la guerre : un affrontement, généralement violent, entre deux Etats, 2 nations, 2 armées, avec des objectifs clairs de part et d’autre. Il peut s’agir de conquérir le territoire de l’autre et de l’annexer, ou de s’emparer de ses biens, ou de le vaincre militairement pour ensuite négocier une paix et lui imposer ses conditions. Une fois l’objectif fixé, il faut dégager les moyens nécessaires pour mener cette guerre (seuls ? avec des alliés ? lesquels ? sur quel territoire ?) et se fixer un calendrier (guerre éclair ? guerre longue ?)

 

     Comment passer sous silence également que, dans une guerre, il y a toujours des morts de civils (et pas seulement de militaires) des 2 côtés ?

 

     Daesh prétend être un Etat (EI), mais il n’en a pas les attributs, même s’il occupe un territoire qu’il a envahi, profitant de la grave faute des Américains, qui ont détruit toute gouvernance en Irak après la guerre qu’ils ont déclenchée, même s’il dispose de quelques moyens financiers et de troupes composées d’éléments disparates et fanatisés.

 

     J’entendais ce matin quelqu’un dire que Daesh est en fait une  « entreprise » et pas un Etat. Cela me semble bien décrire cette organisation, qui cherche à développer son implantation, ses filiales, son chiffre d’affaires et qui a défini à cet effet une stratégie cohérente.

 

     La réussite du combat contre « l’entreprise Daesh » dépendra de façon prioritaire de la capacité à s’organiser et à agir des pays qui ont intérêt à sa destruction, parce qu’ils sont directement touchés par ses actes criminels. Il s’agit bien de destruction, puisqu’il est évident qu’ici, contrairement à ce qui se passe lors d’une guerre, il n’y aura pas de négociation de paix.

 

      A cet égard, je trouve que la 2ème réunion de Vienne qui s’est tenue hier est un premier pas dans la bonne direction, mais encore très insuffisant. Même si l’on a avancé sur le principe d’un cessez le feu entre les forces du régime et l’opposition démocratique, ainsi que sur le calendrier politique concernant la tenue d’élections en Syrie dans les 18 mois, il demeure toujours des divergences sur la façon de mener le combat contre Daesh.

 

      Et pourtant, il devient urgent d’agir ! Après les 2 réunions de Genève (juin 2012 et janvier-février 2014) et les 2 récentes rencontres de Vienne, il serait temps, comme je ne cesse de le répéter*, de sortir des tergiversations, des contradictions, des ambiguïtés dans les discours et les actes, si l’on veut vraiment trouver une issue au conflit syrien.

 

      * Extrait de "Syrie: tournant politique ou volte face?"

" La réunion de Vienne représente plus qu’une évolution pour la plupart des acteurs. C’est une véritable volte-face pour ceux qui faisaient du départ immédiat d’Assad un préalable à toute discussion, pour ceux qui "jouaient" avec les différentes composantes islamistes, pour ceux qui avaient comme objectif principal de régler le sort de leurs minorités, pour ceux qui ne souhaitaient pas trop s’engager dans l’affrontement militaire contre l’EI, pour ceux qui ne croyaient pas à une issue politico-militaire."

Pour mémoire, voici une intervention sur le terrorisme islamist

 

que j'ai faite en février 2014. 

 

C'était il y a 20 mois!

 

Regarder l'enregistrement vidéo

 

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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commentaires

Claude Piotte 16/11/2015 12:01

Excellent exposé. A communiquer à MM Hollande et Fabius

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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez