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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 07:24
L'OTAN fait-elle de la Russie son adversaire principal?

Tribune que j'ai signée

dans l'Humanité du 9 juin 2016

sous le titre "Avancer vers une solution politique durable"

 

Lire aussi mon intervention sur le site d'ELN:

"Planning for Warsaw, waiting for the next US President"

 

      Née pour combattre une menace soviétique qui avait disparu, l’OTAN s’est attribué en 2010 deux missions principales : la gestion des crises partout dans le monde et la constitution d’un réseau de partenariats avec de multiples pays, parfois lointains.

 

     Du point de vue militaire, la gestion des crises était au centre des préoccupations. L’OTAN s’est ainsi engagée dans une mission de « stabilisation » sur le théâtre afghan. Cette mission de combat, qui a mobilisé jusqu’à une centaine de milliers d’hommes, est aujourd’hui achevée, l’OTAN n’assurant plus qu’une mission d’entraînement et de soutien des forces afghanes.

 

     Le bilan de cet engagement est plus que médiocre : en l’absence de tout dialogue national sérieux, l’Afghanistan n’a pas retrouvé la paix ; ses perspectives de développement sont quasi-nulles ; sa dépendance à l’égard de l’économie de la drogue est considérable.

 

     Par ailleurs, ajoutant au malaise de l’OTAN, Obama avait annoncé dès 2011 un « pivot »  des priorités de la défense américaine vers l’Asie. C’est alors qu’est survenue au printemps 2014 la crise ukrainienne. Le soulagement était perceptible dans les états-majors de l’Alliance, qui pouvait se présenter à nouveau comme l’ultime protection, y compris nucléaire, de l’Europe contre la Russie. Les États-Unis annonçaient un certain renforcement de leur présence militaire européenne.

 

      Parallèlement, l’OTAN développait son rôle de soutien pour les opérations antiterroristes de ses membres, renforçant par là même la militarisation d’une lutte qui devrait au contraire faire d’abord appel aux ressources de la diplomatie, du renseignement et de la police. Elle poursuivait sa politique d’élargissement, avec l’ambition d’acquérir une hégémonie stratégique sur le continent européen.

 

     Il est à craindre que, lors du prochain sommet de l’OTAN à Varsovie, toutes ces tendances soient confirmées et amplifiées: accroissement des capacités de la Force de réaction rapide, consolidation des huit nouveaux états-majors à l’Est, déploiement de trois unités multinationales aux frontières polonaises, installation d’un site de défense antimissile en Pologne, adhésion du Monténégro pour montrer que « la porte reste ouverte » à d’autres…

 

      Ce n’est certainement pas de cette façon que l’OTAN facilitera le dialogue avec la Russie, qu’elle déclare pourtant souhaiter. Il ne suffit pas d’annoncer, comme le fait le Secrétaire général de l’OTAN, une reprise des travaux du Conseil OTAN-Russie. Encore faudrait-il donner une substance à ces travaux, par exemple dans le domaine de la défense antimissile et du désarmement nucléaire.

 

      Au-delà des décisions de l’OTAN, le dialogue entre Ukrainiens, Russes et Occidentaux, dans le cadre de l’OSCE, est par ailleurs essentiel. C’est la seule voie qui permettra d’avancer vers une solution politique durable.

 

Paul Quilès

Ancien ministre de la défense,

Président de l’association IDN

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez