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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 14:05
Britta Pedersen/DPA/AFP

Britta Pedersen/DPA/AFP

Table ronde avec:

  • Paul Quilès, président d’IDN, ancien ministre de la Défense et ancien président de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale,
  • Patrice Bouveret, directeur de l’Observatoire des armements, co-animateur d’Ican France (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires)
  • Roland Nivet, vice-président du Mouvement de la paix.

Débat publié dans L'Humanité du 15 septembre 2017

 

Les réponses de Paul Quilès

      1- Un regain des tensions internationales peut être observé depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau président des États-Unis. Cette situation est-elle irréversible ?

Donald Trump n’est pas le seul responsable de ce que vous appelez le regain des tensions internationales, même si ses foucades et son attitude changeante et agressive ont tendance à déstabiliser la scène internationale.

Au-delà de l’effervescence d’une actualité que les médias nous font vivre minute par minute, il faut replacer les évolutions dans leur contexte sur le long terme. Notre monde multipolaire est traversé de nombreux conflits d’intérêts et d’affrontements potentiels. La diminution des tensions ne peut se faire que s’il existe au niveau international une volonté des grandes puissances de dialoguer, ce qui est inconciliable avec la défiance systématique, l’antagonisme radical et les menaces.

La nouvelle course aux armements à laquelle on assiste vient rendre encore plus difficile ce nécessaire dialogue. Il est regrettable à cet égard que la France, signataire du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) ne respecte pas ses engagements[1] et s’apprête à augmenter de façon substantielle le budget de la dissuasion nucléaire. Quant au discours officiel des puissances « dotées » de l’arme atomique (dont la France), il rejoint de façon étonnante celui du dirigeant nord-coréen, justifiant la possession de cette arme par la nécessité d’assurer la défense des « intérêts vitaux » de son pays !  

L’accord négocié il y a deux ans avec l’Iran montre que, même dans un contexte très complexe, une volonté politique bien affirmée et un travail diplomatique persévérant peuvent ouvrir les voies d’un monde moins tourné vers le conflit.

      2- L’ONU a voté un traité d’interdiction de l’arme nucléaire le 7 juillet dernier. Comment sortir de l'ère de la terreur nucléaire ?

Il faut pour cela démontrer que l’arme nucléaire ne sert à rien dans les conflits actuels et à venir, qu’elle est en elle-même cause de prolifération nucléaire, qu’elle est très coûteuse et qu’elle est terriblement dangereuse. Le monde a frôlé la catastrophe lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, sans oublier les dizaines d’accidents recensés ou les possibles erreurs d’interprétation, qui ont failli conduire au déclenchement du feu nucléaire.

Demain, une erreur technique, une cyber-attaque, un attentat terroriste pourraient mettre en cause la sécurité mondiale. L’utilisation, même limitée, de l’arme nucléaire aurait des répercussions environnementales catastrophiques sur une partie de la planète, entraînant, par un « hiver nucléaire », la dévastation de l’agriculture, le froid et la famine.

Le traité qui vient d’être voté à l’ONU a pour but de délégitimer l’arme nucléaire, comme cela a déjà été fait pour éliminer des armes de destruction massive –biologiques, chimiques-, les mines anti-personnel, les sous-munitions, pour interdire les essais nucléaires et même pour réduire les stocks d’armement nucléaires (passés de 70 000 à la fin des années 90 à environ 15 500 aujourd’hui). Il est la preuve indiscutable de la volonté d’une majorité d’Etats de dépasser l’ère de la terreur nucléaire, ceci malgré les fortes pressions contraires des Etats « dotés ».

      3- Quel peut être le rôle des mobilisations populaires dans l'imposition de la paix comme finalité des relations internationales ?

Cette mobilisation serait souhaitable et certainement efficace, même si les dirigeants n’écoutent pas toujours le peuple ! Encore faudrait-il que celui-ci puisse s’exprimer et qu’on lui donne les éléments d’information lui permettant d’apprécier ce qui se passe quand un conflit prend de l’ampleur.

Par exemple, les déclarations alarmistes et parfois caricaturales autour du dossier coréen n’aident pas à comprendre l’origine lointaine de l’affrontement entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, les intérêts en présence, le rôle de la Chine. En suggérant des réponses de nature guerrière (le bombardement des sites nucléaires coréens), en évoquant l’hypothèse d’une 3ème guerre mondiale ou en faisant croire que la France pourrait être à la merci d’un tir de missile coréen, on cherche à prouver à l’opinion publique qu’il n’y a pas d’autre réponse que militaire, ce qui est inexact[2].


[1] " Chacune des parties au Traité s’engage à poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire….. " (article VI du TNP)

[2] Voir: "Corée: comment éviter la guerre?"

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez