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14 avril 2018 6 14 /04 /avril /2018 11:36
Syrie: des explications confuses

      Ainsi, la « punition » vient d’être infligée cette nuit par les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France et je sais que beaucoup d’entre vous sont inquiets ce matin. Vous vous interrogez probablement sur les conséquences militaires et politiques de cette intervention, comme je le faisais hier sur ce blog 

 

      Pour y voir clair, je vous recommande vivement d’écouter cette excellente interview de Bertrand Badie sur France Inter. Je n’ai pas un mot à rajouter !

 

     Par contre, je n’ai pas apprécié la façon dont notre ministre des Affaires étrangères a justifié le bombardement de cette nuit, en faisant référence au Chapitre VII de la Charte des Nations-Unies. Voici un extrait de son discours

 

« En septembre 2013, le Conseil de sécurité avait pris acte de cet engagement et décidé par sa résolution 2118 que la Syrie devait s’y tenir, sous peine d’encourir des mesures relevant du chapitre VII de la Charte des Nations unies. Le chapitre VII a un sens clair : c’est le recours à des mesures militaires pour contraindre ceux qui menacent la paix et la sécurité internationale. »

 

      Si vous n’êtes pas familier avec le chapitre VII de la Charte des Nations unies, je vous conseille d’en lire ci-après un extrait, qui définit les conditions dans lesquelles peuvent être menées des « actions en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’actes d’agressions ». Vous y constaterez que c’est le Conseil de sécurité qui décide de telles actions et non des pays qui s’érigeraient en défenseurs du droit international.

 

     Quant à la référence que fait le ministre des Affaires étrangères à la résolution 2118 du Conseil de sécurité ayant pour objet l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, adoptée à l'unanimité le 27 septembre 2013, elle n’est pas complète. Ici aussi, il est bien précisé que c’est le Conseil de sécurité qui prend la décision d’intervenir militairement et non tel ou tel Etat.

 

*********

 

Chapitre VII de la Charte des Nations unies

 

Article 39

Le Conseil de sécurité constate l'existence d'une menace contre la paix, d'une rupture de la paix ou d'un acte d'agression et fait des recommandations ou décide quelles mesures seront prises conformément aux Articles 41 et 42 pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

 

Article 41

Le Conseil de sécurité peut décider quelles mesures n'impliquant pas l'emploi de la force armée doivent être prises pour donner effet à ses décisions, et peut inviter les Membres des Nations Unies à appliquer ces mesures. Celles-ci peuvent comprendre l'interruption complète ou partielle des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques, radioélectriques et des autres moyens de communication, ainsi que la rupture des relations diplomatiques.

 

Article 42

Si le Conseil de sécurité estime que les mesures prévues à l'Article 41 seraient inadéquates ou qu'elles se sont révélées telles, il peut entreprendre, au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu'il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales. Cette action peut comprendre des démonstrations, des mesures de blocus et d'autres opérations exécutées par des forces aériennes, navales ou terrestres de Membres des Nations Unies.

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commentaires

Christine TABOURET 14/04/2018 20:08

En complément de l'analyse de Paul Quilès, on soulignera la remarquable tribune de l'écrivain journaliste Jean-Claude Guillebaud publiée aujourd'hui dans le journal Sud-Ouest:

Sud-Ouest-Dimanche, 15 avril 2018
La honte d'un citoyen français

La honte d’un citoyen français

Une fois encore, une guerre en cache une autre. Je vais aller au plus court : j’ai honte. Le citoyen français que je suis est habité par un trouble qui n’est pas prêt de s’éteindre. Je respecte la dignité de la fonction présidentielle mais je me demande ce qui arrive à Emmanuel Macron. Je ne parle pas de ces « communications » de jeudi. Je parle d’une démarche plus étonnante.
Certes, nous connaissions son goût du paradoxe — ou son calcul diplomatique — qui le pousse à courtiser les puissants, les dictateurs, y compris les pires. Début mars, en Inde, on se souvient qu’il avait réservé son « amitié » à Narendra Damodardas Modi, premier ministre indien, dont c’est peu de dire qu’il a du sang sur les mains. (On lui impute la responsabilité de la mort de plusieurs milliers de musulmans.) Comme on le sait, il a aussi choisi d’être l’ami de Donald Trump, le président imprévisible vaguement parano des États-Unis.
Or, cette semaine il a reçu à deux reprises le prince héritier d’Arabie saoudite, pays auquel nous vendons de plus en plus d’armes, dont la nature est couverte par le secret. Je ne ferai pas ici le énième rappel du débat sur les ventes d’armes, débat entre « idéalistes » indignés et « réalistes » résignés. Mais voici que depuis 2015, le débat a changé de nature à cause de la guerre menée par les Saoudiens au Yémen. Il s’agit de bombardements qui ont tué des milliers de civils, y compris des femmes et des enfants.
Du coup, plusieurs ONG respectables, comme Amnesty International et l’ACAT (association Chrétienne contre la torture et la peine de mort) estiment que la France, pourvoyeuse d’armes à l’Arabie saoudite, risque d’être déclarée complice de crimes de guerre. Elle aurait dû surseoir à son profitable commerce d’armes avec Ryad pour respecter ses engagements internationaux de 2008 et 2014. Quant au prince saoudien Mohammed ben Salmane, il a fait l’objet d’une plainte en bonne et due d’une ONG yéménite, pliante qu’on lui a signifié alors même qu’il était encore à Paris. Aujourd’hui, on ne compte plus les tribunes, déclarations, réclamations venues d’observateurs qui demandent à Paris de ne plus « oublier » les droits de l’homme quand il est question de vendre des armes.
Mais cette histoire d’armes et l’activisme commercial de Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires Étrangères ne sont à mes yeux, qu’un aspect du « scandale saoudien ». Le prince ben Salmane assure vouloir réformer son pays. Soit. Chez nous les médias se réjouissent déjà à l’idée que les femmes saoudiennes pourront bientôt conduire elles-mêmes leur voiture. La belle affaire ! Je retiens surtout qu’en 2017, on a encore enregistré plus de cent condamnations à mort dans le royaume Wahhabite. Ces condamnés à mort sont toujours décapités au sabre, en place publique. Sur Internet, on trouve une vidéo récente qui montre une femme décapitée en pleine rue à La Mecque. Faut-il ajouter que l’islam saoudien, le Wahhabisme, est celui dont se réclament la plupart des terroristes djihadistes.
Ces gens seraient devenus les amis de notre président ? De la France ? Oui, une honte habite d’innombrables citoyens. Une honte et un immense regret. Il nous manque aujourd’hui une grande voix capable de relayer notre honte. Une grande voix ? Je repense à l’éditorial qu’Albert Camus publia dans « Combat » le 8 août 1945, deux jours après le bombardement atomique d’Hiroshima. Ce jour-là, il sauva l’honneur de la presse française. En effet les journaux et agences de presse de l’époque se félicitaient du progrès de la science, illustré par l’arme atomique.
Dans son édito Camus fut le seul à s’insurger : « On nous apprend au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. [...] Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. »
Aucun rapport avec le « scandale saoudien » ? Non, bien sûr. Sauf que désormais il nous manque une grande voix pour hurler notre honte.

Jean-Claude Guillebaud
https://www.facebook.com/profile.php?id=100005498628995&fref=nf

Pradines 14/04/2018 15:08

"Ce qui est important est toujours simple" disait Jacques Chirac, lui qui a par ailleurs refusé de suivre l’aventure irakienne de 2003. Merci de signaler ce point très discret, voire occulté dans les médias.

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