Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Paul Quilès

Réflexions et informations sur la paix et le désarmement nucléaire, sur la démocratie et sur l'actualité politique.

Jacques Chirac: celui que j'ai connu

Publié le 27 Septembre 2019 par Paul Quilès in Politique française

Jacques Chirac: celui que j'ai connu
Jacques Chirac: celui que j'ai connu

     Il est normal que la disparition d’un homme politique qui a traversé la vie publique pendant un demi-siècle suscite beaucoup d’émotion et, s’agissant de Jacques Chirac, que cette émotion se traduise par un flot de louanges…. et quelques critiques.

     Loin de moi l’idée de récuser certains jugements très positifs sur son action à plusieurs moments de la vie politique de la France. J’ai apprécié en particulier sa prise de position courageuse en 2003 à propos de la calamiteuse intervention américaine en Irak, dont nous subissons encore aujourd’hui les terribles conséquences.

     J’ai aimé sa formulation visionnaire lors du 4ème Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 (« la maison brûle et nous regardons ailleurs »)…. même si la maison brûle de plus en plus et que ces belles paroles n’ont pas été suivies d’actes conséquents, comme l’a noté Nicolas Hulot après ce sommet : « Un tel déploiement d’énergie et de telles sommes de déclarations d’intention pour, au final, accoucher de quelque chose d’aussi modeste apparaît dérisoire. C’est décevant ». Effectivement, nous avons tous, y compris lui, tellement regardé « ailleurs » que, 17 ans plus tard, c’est une jeune Suédoise de 16 ans qui peut reprendre à peu près la même formule !

     J’ai beaucoup moins aimé sa désastreuse décision, le 13 juin 1995, au lendemain de son élection à la présidence de la République, de reprendre les essais nucléaires, abandonnés par François Mitterrand en 1992. Cette annonce, intervenant deux mois avant les commémorations du cinquantenaire des bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki, suscita une immense émotion dans le monde entier et notamment dans le Pacifique, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et les États-Unis. Jacques Chirac fit preuve à cette occasion de son incapacité à voir (comme ses successeurs) que le monde avait changé depuis la chute du Mur de Berlin et que la fin de la course aux armements nucléaires (70 000 ogives dans le monde en 1990 !) devait conduire à un désarmement nucléaire multilatéral et contrôlé. Le nouveau Président de la République avait dû aussi oublier que le jeune Jacques Chirac avait signé en 1950 le célèbre Appel de Stockholm, qui exigeait notamment « l'interdiction absolue de l'arme atomique » et qui rassembla en France plus de 10 millions de signatures.

     Paradoxalement, la décision de Jacques Chirac de 1995 m’a conforté dans la prise de conscience de la nécessité du combat pour un désarmement nucléaire multilatéral et contrôlé, que je mène maintenant dans le cadre d’IDN . Force est de constater que le débat que j’ai demandé (j’étais alors député) à propos des essais nucléaires et qui s’est déroulé à l’Assemblée Nationale le 13 décembre 1995, a été le dernier à aborder dans l’hémicycle la sacro-sainte notion de « dissuasion nucléaire » !

     Plus globalement, pour le militant socialiste que j’étais dans les années 70, Jacques Chirac incarnait à la fois la politique de la droite que je combattais et les comportements des héritiers du gaullisme finissant. C’est ainsi qu’il a été mêlé aux turpitudes de son mouvement (UNR, puis UDR, puis RPR), notamment à Paris, où je l’ai côtoyé et combattu pendant 10 ans. Je pense par exemple à la difficulté que j’ai eue (j’étais alors ministre de l’équipement et du logement) à lui faire accepter le plan de construction de 10 000 logements sociaux, en raison des fortes réticences de son fameux « bras droit », Jean Tiberi.

     Comment ne pas se souvenir non plus de l’impressionnant record de cumul de mandats atteint par Jacques Chirac : maire de Paris, député de Corrèze, président du conseil général de Paris… mais aussi de Corrèze !

   Cet homme, excessif dans les affrontements politiques, savait être sympathique et même drôle. Bon vivant, il aimait la bonne chère et les bons mots…. quitte à friser la grossièreté (à propos de Margaret Thatcher : « qu’est-ce qu’elle veut cette ménagère ? Mes couilles sur un plateau ? », ou la méchanceté (à propos de Nicolas Sarkozy : « Il faut lui marcher dessus…Et du pied gauche, ça porte bonheur ! »)

     Il a réussi à cheminer à travers les trahisons dont il a été l’objet (Balladur, Séguin, Pasqua, Sarkozy…) et celles qu’il a commises pour gravir les marches du pouvoir (Chaban, Giscard…)

     Pour terminer cette brève évocation de ce que je sais de Jacques Chirac, j’ai apprécié qu’il se démarque de la plupart de ses amis en votant en faveur de l’abolition de la peine de mort, voulue par François Mitterrand…. contre l’avis d’une majorité de Français.

Commenter cet article