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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 15:44
Pandémie, pandémies….
Pandémie, pandémies….
Pandémie, pandémies….

Le rappel de quelques grandes pandémies qui ont marqué l'Histoire n'est pas inutile. Encore faut-il ne pas oublier de souligner le contexte -ô combien différent- des époques concernées : niveau de vie, connaissances scientifiques, techniques et médicales, modes et vitesse de communication, type de gouvernance….

Il serait par exemple intéressant d'analyser ce qui s'est passé :

  • à Byzance (Constantinople), avec la « peste de Justinien », qui a connu 18 épisodes ou résurgences entre 541 et 750 et qui a touché toutes les régions de l’ancien Empire romain ;
  • à Lyon, en 1564, avec la peste qui a fait 50 000 victimes, et dont Ambroise Paré, le père de la chirurgie moderne, a raconté les effets : une ville à l’abandon, manquant de tout, de nourriture, de soins, de charité… ;
  • à la fin de la Première Guerre mondiale, avec la grippe espagnole, responsable de 25 à 50 millions de morts, soit plus que les combats de la guerre !

En tant que maire de Cordes, je suis sensible à l’histoire de la « peste noire » qui a frappé la cité et ses environs au 14ème siècle. Elle est remarquablement racontée par ce texte de Maurice Diéval, dont je vous recommande la lecture. Vous y verrez en particulier que des mesures prophylactiques, parfois étonnantes, avaient déjà été mises en place.

La peste noire et ses remèdes,

par Maurice Diéval, Président des Amis de Cordes et du Comtat cordais 

Les épidémies de peste connues dans l’histoire n’épargnèrent pas Cordes. Elles débutèrent au 14ème siècle, puis réapparurent en 1564, en 1587 « année de la grande contagion », en 1593-1594 et de 1629 à 1632.

La prévention et les soins émanèrent des pouvoirs politique, médical et religieux. A chaque fois, les consuls prirent des mesures de protection de la population et engagèrent des hommes de l’art : « directeurs de la santé », médecins, « chirurgiens des infects », « parfumeurs », « désinfecteurs », religieux. Ils promulguèrent des « règlements de police sanitaire » (dont celui du 9 août 1652)

La peste noire, réputée pour avoir exterminé près de la moitié de la population européenne, soit entre 20 et 30 millions de personnes, prit les hommes au dépourvu, car ils avaient oublié "ce fléau des Dieux".

« Elle arriva d’Asie par les routes maritimes de la soie et terrestres. Douze galères génoises parties en novembre 1347 de Constantinople, atteintes de la peste firent escale à Messine d’où le mal se diffusa dans les îles voisines puis à Gênes et à Marseille.

Au cours des années 1348 à 1350 la maladie envahit la France entière, en suivant les axes routiers et fluviaux ; elle épargna les régions montagneuses mais ravagea les villes commerçantes et les zones peuplées. »

La maladie fit des ravages, au point de vider la ville de Cordes de ses habitants. On conçoit l’état d’affolement d’une population ainsi décimée. Aucune mesure n’a été efficace, toute résistance au fléau a été vaine, la plupart des familles ont eu à déplorer la perte de quelqu’un des leurs, ceux qui ont conservé la santé ont presque tous abandonné leurs maisons. La ville est déserte, le deuil est partout.

Quelle ressource reste -t-il ?

Le Ciel ! La piété était exacerbée en temps de peste. Le corps médical, mis en danger, implorait ses saints patrons : Cosme et Damien. Quantité de chapelles, sculptures, colonnes, fresques, tableaux et ex-voto de toutes sortes furent offerts aux deux saints protecteurs de la peste : Saint-Sébastien et Saint-Roch. C’est ainsi que naquit le « vœu du Saint-Crucifix », le 31 octobre 1631.

Les catholiques organisèrent des pèlerinages pour conjurer la colère divine.

Les « flagellants », adeptes de la pénitence et de la flagellation en public, firent leur apparition.

Pour préserver les vêtements.

« Si vous ne pouvez changer de vêtements tous les jours étendez ceux que vous avez portés la veille, toute la nuit, dans un endroit bien aéré.

Avant de les revêtir, des précautions supplémentaires s'imposent : on se fera porter une échauffette pleine de charbons ardents sur lesquels on jettera de l'encens, de la myrrhe, des roses, du serpolet, de la marjolaine, du bois d'aloès, des clous de girofles, du genièvre et autres choses odoriférantes et sur les fumées qui s'en dégagent on agitera en tous sens ses habits ».

Conseils pour les déplacements

« On peut se risquer hors de la maison, pourvu que l'on soit muni de deux ustensiles : la pomme de senteur et le massapan, à base d’agrumes et de vinaigre »

Dès la fin du XIVème siècle, une ordonnance médicale contre la peste bubonique, rédigée par Maître Chrétien « médecin espécial du roy nostre sire après les oppinions de tous les physiciens et médecins et conclusions d’yceulx », propose à la fois des mesures préventives, la description des symptômes précurseurs et des conseils d’hygiène.

L’un d’entre eux, Charles de Lorme, premier médecin de Louis XIII imagina le fameux costume protecteur, ancêtre des tenues chirurgicales !

« Le nez long d’un demi pied (16cm) en forme de bec, rempli de parfums n’a que deux trous, un de chaque côté à l’endroit des ouvertures du nez naturel ; mais cela peut suffire pour la respiration et pour porter avec l’air qu’on respire l’impression des drogues renfermées plus avant le bec.

 Sous le manteau, on porte des bottines, faites de maroquin (cuir de bouc et de chèvre) du levant, des culottes de peau unie qui s’attachent aux dites bottines et une chemisette de peau unie, dont on renferme le bas dans les culottes, le chapeau et les gants sont aussi de même peau... des bésicles sur les yeux. »

Le cuir constituait, sans doute, une carapace efficace contre les puces.

Les traitements

Trois corps de spécialistes participaient au traitement des malades : les médecins, les chirurgiens, les apothicaires. Un personnel paramédical gravitait autour d’eux : garçons- chirurgiens, aide-apothicaires, infirmiers. Les docteurs en médecine étaient à la tête de la hiérarchie soignante. C’est à eux que les municipalités s’adressaient dès les premières menaces du mal pour le diagnostic, l’ordonnance des soins et l’organisation sanitaire générale.

Au XIVème et au XVème siècle, à la rumeur d’une épidémie voisine, les autorités se taisaient pour ne pas effrayer les populations mais petit à petit, elles en vinrent à prendre des mesures draconiennes : isolement des suspects, hospitalisation des malades, signalisation par des croix des lieux atteints, nettoyage des rues, désinfection par le feu, parfumage des maisons, des rues, enterrements de nuit dans des fosses communes dans lesquelles la chaux et le feu exterminaient les cadavres, surveillance des déplacements par des patentes pour les marchandises et des billets de santé pour les humains, généralisation des mises en quarantaine pour les denrées et les convalescents...

Les produits désinfectés étaient marqués au fer, le courrier percé par une sorte de gaufrier muni de pointes acérées était placé au-dessus de feux d’encens, myrrhe, romarin, aloès, pin, laurier, genièvre etc. Le soufre, la chaux, le tabac, le vinaigre apparaissaient comme de bons préservatifs. Il fallait porter sur la bouche une éponge imprégnée du vinaigre "des 4 voleurs" composé, outre de vinaigre blanc, d’absinthe, genièvre, marjolaine, sauge, clou de girofle, romarin et camphre.

Le parfumage joua un rôle essentiel dans la prévention comme dans les soins.

Les apothicaires et médecins composèrent des potions et remèdes pour tenter de prévenir, soigner et éradiquer ce terrible mal. Les remèdes se sont limités aux bézoards à base de bave de crapaud ou de sang de vipère. Ce traitement était largement utilisé mais évidemment inefficace.

Issu de la littérature médicale arabe et persane, le bézoard est mentionné dans les écrits médicaux européens depuis le XVe siècle notamment par les écrits de Dioscoride . Les guérisseurs se servaient de nombreuses plantes riches en opium, les thériaques. Elles étaient utilisées pour diminuer les douleurs et les diarrhées.

La « thériaque » était un mélange complexe et secret d’une soixantaine d’ingrédients, préparée une fois par an en place publique : l’opium y tenait sans doute une bonne place à côté des multiples plantes pour la plupart odoriférantes.

Le seul « traitement efficace » était les purges et les saignées qui permettaient, à défaut de guérir les personnes, d'abréger leurs souffrances. 

La crapaudine.

« On dit que l’on trouve quelquefois dans la tête des plus vieux et plus gros crapauds une petite pierre blanche ou d’autre couleur, qu’on appelle ordinairement crapaudine ou pierre de crapaud… On prétend qu’étant broyées et prises par la bouche elles soient capables de résister à la peste et autres maladies malignes. »    Nicolas LEMERY – Docteur en médecine- Académie royale des Sciences.

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commentaires

Bernard PRADINES 05/04/2020 09:59

Ne rions pas trop vite en lisant ce texte.Les temps ont à peine changé. Une proposition qui circule via Internet en ce moment :
"Prendre une inspiration forcée, bloquer sa respiration et essayer de compter jusqu'à trente (1 fois/seconde). Ce qui correspond à une apnée de trente secondes environ. Si la personne échoue, est obligée de reprendre sa respiration ou est très essoufflée en fin de test, cela peut signer une première alerte d'atteinte pulmonaire au coronavirus"
Bon, ici, ce n'est pas comme pour les élections. Abstenez-vous !

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Faites connaissance avec IDN

 (Initiatives pour le désarmement nucléaire),

dont Paul Quilès est président.

IDN travaille chaque jour à la réduction des arsenaux nucléaires et du risque, intentionnel ou non, d’utilisation de l’arme nucléaire.

IDN oeuvre à construire un monde sans armes nucléaires, pour une paix et une sécurité internationale durables.

Faites connaissance avec

Cordes sur Ciel,

la cité médiévale dont Paul Quilès a été le maire pendant 25 ans.

cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg 

site de l'Office du tourisme 

Bibliographie

- 2018: L'illusion nucléaire- La face cachée de la bombe atomique (avec Jean-Marie Collin et Michel Drain)

- 2017: Quelques citations sur les armes nucléaires

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  

- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu) 

- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff ) 

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï) 

- 1992: Nous vivons une époque intéressante 

- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez