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Le blog de Paul Quilès

Réflexions et informations sur la paix et le désarmement nucléaire, sur la démocratie et sur l'actualité politique.

Rwanda: les réponses d'Hubert Védrine

Publié le 28 Mars 2021 par Paul Quilès in Rwanda

Rwanda: les réponses d'Hubert Védrine

Dans cette interview d'Hubert Védrine sur RFI,

on trouvera des mises au point indispensables pour éviter les caricatures

auxquelles donnent souvent lieu les commentaires sur ce dossier douloureux

dont j'ai essayé hier de faire comprendre la complexité (Le Rwanda toujours)

Extrait 

La commission Duclert a donc remis son rapport vendredi à Emmanuel Macron. Comment réagissez-vous à ses conclusions ?

Hubert Védrine : Je crois que ce sont les conclusions de M. Duclert lui-même, pas celle de la commission. Je ne sais pas ce que pense la commission.

En tout cas, on a les conclusions de Vincent Duclert qui sont assez précises. À mes yeux, ce rapport est important pour plusieurs raisons. D’abord, il écarte clairement toute idée de complicité de la France dans le génocide. C’est bien le moins. C’était une accusation non seulement débile mais monstrueuse et fausse. Mais c’est important qu’il le dise. D’autre part, il est assez objectif, me semble-t-il, sur l'opération Turquoise, qui était une opération décidée par le conseil de sécurité des Nations unies, on l’oublie trop souvent. Puis par ailleurs, il ne me prête aucun rôle particulier dans toute cette affaire, que j’ai en effet accompagnée, que je défends et que j’essaie d’expliquer. Mais je n’ai jamais été décideur dans cette affaire. Je ne dis pas cela pour me défausser, car je pense que la France est le seul pays au monde qui a essayé d’enrayer le mécanisme de la guerre civile.

Ce rapport écarte, il est vrai, la complicité, mais il est néanmoins extrêmement sévère vis-à-vis de la politique menée à l’époque par Paris. « La France s’est longtemps investie au côté d’un régime qui encourageait des massacres racistes, est-il écrit dans ce rapport. Elle est demeurée aveugle face à la préparation d’un génocide par les éléments les plus radicaux de ce régime »...

Hubert Védrine : Je suis tout à fait en désaccord avec cette présentation qui me paraît inexacte historiquement et chronologiquement. Car tout démarre en fait en 1990, avec les attaques du FPR. Personne ne dit qu’il y a un risque de génocide au Rwanda en 1990. C’est à ce moment que le président du Rwanda appelle au secours. La France n’accepte de les protéger contre cette menace militaire que parce qu’il y a un deuxième volet : « On vient, on vous protège mais il va falloir régler la question des refugiés tutsis. » Il y avait deux volets, il faut toujours y revenir.

Car ceux qui ne font qu’attaquer l'action de la France ne parlent que du volet militaire. Le volet militaire de la France n'était pas seulement chargé de contenir les attaques du FPR et de l’Ouganda. Il y avait aussi le volet politico-diplomatique grâce à la présence militaire. Les deux sont liés, pour imposer un compromis aux Hutus et aux Tutsis. Les Hutus n'en veulent pas, car le compromis que propose la France - et qu’elle impose finalement à Arusha à l’été 1993 - était très généreux pour les Tutsis. L’armée prévue pour le Rwanda de l’avenir, 40 % de l’armée aurait été tutsi, alors que les Tutsis à l’époque, dit-on, représentaient 12 à 13 % de la population. La France n’était donc pas l’amie du régime. Sinon, elle ne lui aurait pas tordu. L’aboutissement de la politique française d’engagement en 1990 face à la menace, ce furent les accords d'Arusha. Après, la France s'est retirée. Il n’y a donc pas de faillite française. Il y a même une réussite française.

                              (....)

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