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Le blog de Paul Quilès

Réflexions et informations sur la paix et le désarmement nucléaire, sur la démocratie et sur l'actualité politique.

Les migrants monnaie d'échange

Publié le 1 Juin 2021 par Paul Quilès in International

Crédit : Antonio Trives, Maydayterraneo.

Crédit : Antonio Trives, Maydayterraneo.

Je fais mienne cette excellente analyse d'Alfonso Zardi, délégué général de Pax Christi France concernant la situation tragique des migrants devenus « monnaie d’échange », même si la conclusion n'est destinée qu'aux croyants.

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     Au milieu du mois de mai, la crise migratoire s’invite de nouveau sur nos écrans tv et dans les pages de nos journaux : des milliers de personnes, surtout des jeunes, arrivent en quelques heures dans l’enclave espagnole de Ceuta, sur la côte méditerranéenne du Maroc. A pieds ou en canot, par vagues entières qui dépassent rapidement les murs couronnés de barbelés et submergent la Guardia Civil, ces migrants, savamment « lâchés » par les autorités marocaines qui les gardaient dans des camps de transit, sont donc « autorisés » à rechercher leur salut dans le territoire d’un Etat membre de l’Union européenne.

     Des refoulements par milliers s’ensuivent, dans un climat délétère : ces opérations sont organisées à la hâte, sans égards pour celles et ceux qui pourraient invoquer de bonnes raisons pour rester en Europe, des dizaines de mineurs demeurent sur le territoire espagnol sans garantie d’une prise en charge respectueuse de leur condition et de leurs droits, les évêques espagnols demandent à leurs autorités d’ « accueillir intégralement les migrants ».

     Force est de constater qu’une fois de plus, un Etat, le Maroc, exploite les migrants présents sur son territoire, pour exercer une pression politique sur un autre Etat, en vue d’avantages ou d’un règlement qui lui soit favorable d’une querelle dans laquelle il est impliqué. Auparavant, la Turquie en avait fait de même avec la Grèce, tout comme la Lybie avec l’Italie, en vue d’obtenir des fonds, des avancées diplomatiques, un traitement de faveur sur un contentieux ouvert avec l’Union européenne.

     Oui, les migrants deviennent monnaie d’échange, pièces à jeter sur le tapis vert d’une roulette dans laquelle la bille peut s’arrêter sur la case « vie » ou la case « mort » avec le plein assentiment des joueurs. Et tant pis si au lieu de débarquer, ces « migrants » échouent au fond de la Méditerranée, s’ils sont refoulés sans pitié, si l’avantage espéré n’est pas obtenu au bout de quelques jours ou d’une semaine. De la « chair à bateau » il en restera toujours assez pour remettre ça dans quelques semaines ou mois, quand une nouvelle crise pointera et il sera utile de jeter quelques centaines de vies humaines sur la table pour avoir enfin gain de cause.

     Le cynisme des gouvernants qui ouvrent les « vannes » des migrants n’a d’égal que la pusillanimité des gouvernants qui, en face d’eux, craignent les réactions d’un électorat, savamment manipulé par des faiseurs d’opinion qui voient en chaque migrant accueilli un terroriste en puissance, un adepte de trafics innommables, un fraudeur aux assurances sociales, un profiteur des aides qui sont chichement administrées aux citoyens du pays. Les chiffres sont là pour montrer, si besoin était, qu’il n’en est rien, mais les croyances ont la vie dure : non, tous les migrants ne sont ni terroristes ni fainéants, si accueillis ils parviennent à s’en sortir, si correctement aidés (langue, toit, formation) ils sont un puissant facteur de progrès social et oui, ils travaillent aussi dur, souvent dans les emplois délaissés par les « nationaux ».

     Le climat actuel, avec les inquiétudes liées à la maîtrise de la pandémie et l’imminence d’élections régionales puis présidentielles, ne facilite pas l’adoption d’une attitude raisonnée et aussi courageuse face au phénomène migratoire. Or, les « pauvres » migrants (Marc 14, 7) seront toujours avec nous, pour une foule de raisons : ils sont le « signe de contradiction » qui nous ramène à ce que nous sommes, des frères qui s’ignorent. Ouvrons nos yeux, et comme la policière de Ceuta, ouvrons à l’autre nos bras et nos cœurs : j’étais migrant et vous m’avez accueilli.

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B
Bonjour, Monsieur QUILES,
Un grand merci pour la communication de cet article.
Bien respectueusement,
Catherine BELLE RENUCCI
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