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Le blog de Paul Quilès

Réflexions et informations sur la paix et le désarmement nucléaire, sur la démocratie et sur l'actualité politique.

Ne plus parler de dissuasion nucléaire

Publié le 25 Juillet 2021 par Paul Quilès in Désarmement nucléaire

     Depuis une semaine, la découverte du logiciel espion israélien Pegasus et de ses conséquences a fait la une de la presse. Le Monde notamment, dans 5 articles très détaillés, a rendu compte du travail effectué avec 16 autres médias pour consulter une liste de plus de 50 000 numéros de téléphone « sélectionnés comme cibles potentielles depuis 2016 pour le compte d’une dizaine d’Etats ». En France, des personnalités politiques de tout bord – dont Emmanuel Macron- ont été ciblées. L’indignation est générale devant cette atteinte insupportable aux droits individuels et qui touche des journalistes, des avocats, des militants des droits de l’homme, des opposants politiques, des médecins.

     Cependant, il n’est pas évident que toutes les conséquences de ce piratage aient été analysées. Je veux parler de l’accès aux réseaux informatique de certaines entreprises ou institutions.

     Déjà l’an dernier, SolarWinds, une entreprise américaine qui fournit des outils de gestion des infrastructures informatiques, a reconnu avoir été victime de la plus grande cyberattaque jamais menée. La campagne d’intrusion a ciblé le gouvernement américain, ses agences fédérales et plusieurs grandes entreprises privées américaines et mondiales : Sécurité Intérieure, Département de la Justice, du Trésor, du Commerce… 

     Les armes nucléaires sont particulièrement vulnérables à la contamination et à la manipulation de l’information sur laquelle les décisions nucléaires sont fondées. Que se passerait-il, si un pirate informatique usurpait les systèmes d’alerte pour faire croire à une attaque de missiles nucléaires, déclenchant une frappe de représailles ? Les capteurs et les systèmes d’alerte automatisés peuvent être trompés – ils l’ont déjà été par le passé. Les pirates peuvent aussi accéder directement aux systèmes d’alerte ou de communication pour manipuler, contaminer et corrompre l’information, un risque d’autant plus réel lorsque l’on sait que les attaquants de SolarWinds ont pu accéder aux communications de la Sécurité Intérieure américaine.

     Les informations sur lesquelles s’appuient les systèmes nucléaires et leurs opérateurs représentent le vecteur de menace le plus direct, en temps de crise comme en temps de paix. En réalité, le seul fait de savoir que les systèmes nucléaires sensibles pourraient être compromis remet en cause la confiance en ces mêmes systèmes, indépendamment de l’ampleur ou de la nature de l’attaque.

     Cette situation doit conduire à refuser la notion même de « stratégie de dissuasion nucléaire », qui est la doctrine de la France depuis 50 ans et qui consiste à menacer tout Etat qui s’en prendrait à ses « intérêts vitaux » de dommages inacceptables sur ses centres de pouvoir.

     Tant que les armes nucléaires n’auront pas disparu, il faudra désormais parler de « stratégie de terreur nucléaire ».

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