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Le blog de Paul Quilès

Réflexions et informations sur la paix et le désarmement nucléaire, sur la démocratie et sur l'actualité politique.

Les Talibans, héroïques ou barbares ?

Publié le 22 Août 2021 par Paul Quilès in International, Toujours d'actualité

Les Talibans, héroïques ou barbares ?

     Quand on commente l’actualité, Il n’est pas mauvais de vérifier qu’on ne se laisse pas entraîner dans des polémiques ou des oublis regrettables. C’est ce qui arrive depuis quelque temps à nombre de commentateurs qui s’expriment sur l’Afghanistan.

     J’ai pour ma part publié sur ce blog plus de 25 textes concernant l’Afghanistan  sans avoir ce sentiment. Tel ne devrait pas être le cas de ces éditorialistes dénoncés par Denis Souchon dans Le Monde diplomatique, dans un texte dont voici un extrait:

« Héroïques hier, barbares aujourd’hui. Quand les djihadistes étaient nos amis »

     « Pendant une période comprise entre la défaite cinglante des Etats-Unis en Indochine (avril-mai 1975) et les craquements en chaîne dans les pays européens satellites de l’Union soviétique (notamment en Pologne, où l’état d’urgence est proclamé en décembre 1981), les Etats-Unis et l’Europe occidentale imaginent — ou font croire — que Moscou a lancé une grande offensive mondiale. En Afrique, l’Angola et le Mozambique, nouvellement indépendants, semblent lui tendre les bras ; en Amérique centrale, des guérilleros marxistes font tomber une dictature proaméricaine au Nicaragua ; en Europe occidentale, un parti communiste prosoviétique oriente pendant quelques mois la politique du Portugal, membre fondateur de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. L’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge, en décembre 1979, semble marquer une fuite en avant de Moscou. Elle ouvre une nouvelle étape de la guerre froide entre les deux blocs. Le combat des moudjahidins (« combattants de la foi engagés dans le djihad ») afghans va apparaître comme providentiel pour contrer les ambitions hégémoniques prêtées à l’Union soviétique. Et, souvent, être célébré à la façon d’une épopée.

     Peu importe que la quasi-totalité de ces combattants héroïsés soient des musulmans traditionalistes, intégristes même. A cette époque, la religion n’est pas nécessairement perçue comme un facteur de régression, à moins qu’elle s’oppose, comme en Iran au même moment, aux intérêts stratégiques occidentaux. Mais ce n’est le cas ni dans la Pologne catholique couvée par le pape Jean Paul II, ancien évêque de Cracovie, ni, bien sûr, en Afghanistan.

     Par conséquent, puisque la priorité géopolitique est que ce pays devienne pour l’Union soviétique ce que le Vietnam a été pour les Etats-Unis, un récit médiatique quasi unique va, pendant des années, exalter les moudjahidins, présentant leur révolte comme une chouannerie sympathique, attachée à sa foi. Il dépeindra en particulier la place et la vie des femmes afghanes à travers le prisme essentialiste, naïf (et parfois enchanté) des traditions populaires.

      Revenir trente-cinq ans plus tard sur ce discours général et sur ses images d’Epinal, pléthoriques dans la presse française — du Figaro Magazine au Nouvel Observateur —, permet de mesurer à quel point presque tout ce qui suscitait hier l’admiration quand il s’agissait de populariser le combat contre l’« empire du Mal » (l’Union soviétique selon Ronald Reagan) est devenu depuis source d’exécration et d’effroi. (….) »

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B
Des analogies entre le Viêt-Nam de 1975 et l’Afghanistan de 2021 ?
Une d’elle saute aux yeux : un peuple lutte pour son indépendance. Mais comme cette explication ne suffit pas ou bien parce qu’il faut discréditer son mouvement de libération, on l’accuse d’être une avancée du seul communisme qu’il convient de contenir dans le premier cas ou bien du seul djihadisme qui sème le terrorisme dans le deuxième cas. Sans parler des tentatives vaines de localiser le conflit : vietnamisation ou « afghanisation ». Le rejet de toute occupation étrangère n’est-il pas le moteur principal de ces conflits ? Ce qui ne signifie pas que les accusations idéologiques n’ont aucun fondement. Ho-Chi-Minh ne cachait pas ses idées politiques et les valeureux moudjahidines que vous évoquez avaient déjà une forte réputation d’intolérance ainsi que de rigorisme religieux et moral, au moins auprès des ONG humanitaires. Quoiqu’il en soit, je retiens l’énorme erreur de diagnostic sur l’essentiel, toujours facile à juger après coup il est vrai : qualifier un mouvement d’indépendance par sa fraction répulsive la plus radicale pour le discréditer ne peut que renforcer celle-ci et retarder le moment inévitable où il faudra se replier avec armes et bagages ; de manière plus ou moins rapide voire honteuse. En laissant quelques harkas sur le terrain pour que perdure la honte !
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