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22 juin 2006 4 22 /06 /juin /2006 16:47

 

Le combat de Jaurès pour Dreyfus

 

 

 

Article de Paul Quilès paru dans   l'Hebdo des Socialistes du 22 juin 2006

 

 

 

 

 

Il y a un siècle, Alfred Dreyfus était officiellement réhabilité.

Rappel des faits. Le 15 octobre 1894, le capitaine Dreyfus est arrêté, sur ordre du ministre de la guerre, et le 22 décembre de la même année, il est condamné à la dégradation et à la déportation à vie pour avoir livré des renseignements militaires à une puissance étrangère. Ce n’est que vers la fin de l’année 1897 que débutera la véritable “affaire”, celle dont se saisira l’opinion et qui déchirera la République. Il faudra aux défenseurs de Dreyfus douze années de combat pour faire reconnaître son innocence et faire triompher la vérité.

Cent ans après, il nous semble évident d’être du côté de Dreyfus et de commémorer les évènements qui ont scandé l’ “affaire”. C’est ainsi qu’en 1998, à l’occasion du centenaire de sa publication dans “l’Aurore”, un fac-similé de la célèbre lettre d’Emile Zola, “J’accuse”, s’affichait sur la façade de l’Assemblée nationale. En juillet 2006, c’est le dénouement heureux de l’affaire Dreyfus qu’il nous faut célébrer, en rappelant comment il a été rendu possible.

A la fin du siècle dernier, nombreux étaient ceux qui considéraient que la sentence prononcée contre Dreyfus était trop clémente. Jean Jaurès lui-même hésita quelque temps avant de devenir un “dreyfusard” convaincu et militant. Le retentissant article d’Emile Zola “J’accuse” publié le 12 Janvier 1898, ainsi que le procès intenté à son auteur furent décisifs pour Jaurès.

Dix jours après la parution de l’article, Jaurès interpelle le gouvernement sur les illégalités dénoncées par Zola et il se demande si la culpabilité du capitaine Dreyfus ne repose pas sur le mensonge, l’arbitraire, la propagande antisémite et la manipulation de la justice.

A son tour, Jaurès va alors contribuer à relancer l’affaire.  En mai 1898, il n’est plus député. Ce qu’il ne peut plus faire au Parlement, il le fait dans la presse. A partir d’août 1898, il publie dans le journal qu’il dirige, “la Petite République”, une série d’articles dans lesquels il s’attache à réfuter et démonter, avec méthode et efficacité, les illégalités et mensonges accumulés par l’Etat Major. Le salut de l’innocent, le châtiment des coupables, l’honneur de la Patrie sont les objectifs qu’il se donne et qu’il ne cesse de rappeler dans les  écrits qu’il rassemble dans un livre  intitulé “Preuves”, publié “au cœur de l’ actualité” dès le mois de septembre.

L’engagement de Jean Jaurès sera essentiel dans l’évolution judiciaire de “l’Affaire”, qui aboutira à la saisie de la Cour de Cassation, le 26 septembre 1898, puis à l’annulation de l’arrêt de condamnation de 1894 et enfin au renvoi de Dreyfus devant un nouveau Conseil de Guerre, à Rennes. Comme l’a écrit Madeleine Rébérioux, “sans Jaurès, il n’y avait aucune chance que cela se fit”.  Car tout en examinant , tel un expert, la valeur des documents produits devant les tribunaux, tout en reconstituant méthodiquement le déroulement du procès, Jean Jaurès va dérouler une critique de l’Etat qui couvre les pratiques illégales de  l’autorité militaire. “Dans le terrain que doit fouiller la Cour de Cassation, il n’y a pas un seul fragment de vérité qui ne soit recouvert d’un mensonge judiciaire”.

Malgré cela, en septembre 1898, à Rennes, lorsque le verdict tombe, Dreyfus est à nouveau condamné… mais avec des circonstances atténuantes.  C’est la déception chez les dreyfusards !

Jaurès, qui a assisté au procès de Rennes, se joint à Mathieu Dreyfus, Joseph Reinach, Alexandre Millerand, Georges Clémenceau pour convaincre Dreyfus d’accepter la grâce proposée par le Président de la République. C’est lui qui rédigera le texte que publiera Alfred Dreyfus au lendemain de sa grâce : “Le gouvernement de la République me rend la liberté. Elle n’est rien pour moi sans l’honneur. Dès aujourd’hui, je vais continuer à poursuivre la réparation de l’effroyable erreur judiciaire dont je suis encore victime. Je veux que la France entière sache, par un jugement définitif, que je suis innocent”.

C’est encore Jaurès qui accompagnera Dreyfus tout au long du parcours de la procédure de révision ; le 22 novembre 1903, il annonce à Alfred Dreyfus que le dossier de l’enquête a enfin été transmis au Ministre de la Justice. Mais il fallut attendre 1906 pour entendre lecture de l’arrêt de la Cour de Cassation annulant le jugement du Conseil de Guerre de Rennes de 1899 et disant que “c’est par erreur et à tort que cette condamnation a été prononcée”. Par erreur, un homme avait été insulté dans son honneur, condamné, déporté.

Jean Jaurès n’a pas considéré Alfred Dreyfus comme un bourgeois, un officier mais comme un “exemplaire de l’humanité en souffrance”.  Jaurès ne cessera de se battre contre l’injustice et pour Alfred Dreyfus qui en est la victime. A ses yeux, l’intolérance de l'injustice est le fondement  de toute morale politique. “Pour les socialistes, écrivait-il en 1898, la valeur de toute institution est relative à l’individu humain. C’est l’individu humain qui est la mesure de toute chose, de la patrie, de la famille, de la propriété, de l’humanité, de dieu. Voilà la logique de l’idée révolutionnaire. Voici le socialisme”.

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Published by Paul Quilès - dans Toujours d'actualité
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- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

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