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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 21:51

undefinedLes résultats des municipales et des cantonales constituent indiscutablement une belle revanche pour la gauche après son échec aux précédentes élections de 2001. Il ne faut pas bouder notre plaisir, car les occasions de se féliciter des succès de la gauche ne sont pas si fréquentes depuis quelque temps. 

Il est vrai pourtant que les élections locales lui avaient bien réussi en 2004, avec le triomphe des régionales. Mais justement, il ne faut pas se tromper dans l’analyse de ce qui s’est passé les 9 et 16 mars 2008. S’il n’est pas question de sous- estimer les mérites des candidats et des équipes qui ont remporté de beaux succès en faisant valoir la pertinence de leurs réponses aux problèmes locaux, force est de constater que le rejet du pouvoir a pesé lourdement dans le résultat. Ce qui a été désavoué, c’est autant la politique de la droite et ses dérives que la façon de gouverner de N. Sarkozy, avec ce mélange de fanfaronnades, de mensonges, de contradictions et de cynisme qui le caractérise. 
 

Comment ne pas s’inquiéter aussi du niveau très élevé de l’abstention, qui est le signe de la mauvaise santé de notre démocratie et une nouvelle preuve de la désespérance des Français devant la politique !

 

Et maintenant, que va-t-il se passer ? La présence majoritaire de la gauche dans la gestion des collectivités territoriales (régions, départements, communes) constituera certainement un contre- poids appréciable au niveau local à la dureté de certaines décisions de la droite au niveau central….mais elle ne pourra naturellement pas inverser le cours de la politique actuelle. On voit bien que cela ne suffira pas notamment pour répondre aux enjeux nationaux : le pouvoir d’achat, les retraites, la protection sociale, le fonctionnement des institutions, l’Europe, le rôle de la France dans le monde….. Quant à croire que de grands succès lors des scrutins locaux entraînent automatiquement la victoire lors des échéances nationales, l’histoire récente (régionales de 2004 et présidentielle de 2007) nous enseigne que c’est une dangereuse illusion.

 

Alors, il est grand temps de se préoccuper de la suite, c'est-à-dire de la conquête du pouvoir central, seule façon de mettre fin à la politique actuelle de régression sociale, culturelle et politique, qui risque de se poursuivre pendant 4 ans encore. Les dirigeants de la gauche et du Parti socialiste en particulier vont avoir une lourde responsabilité dans la préparation de l’échéance cruciale de 2012.

 

Chacun voit bien que la réponse passe par une rénovation profonde de la gauche, que tous les leaders appellent d’ailleurs de leurs vœux. Seulement, voilà, il ne suffit pas de faire de grandes proclamations sur le mode incantatoire, parce que, trop souvent, celles-ci masquent d’autres préoccupations. En effet, il faut être conscient que 3 dangers menacent l’objectif de rénovation :

- « l’ivresse du succès », qui conduirait le PS à considérer qu’il peut mener seul la rénovation de la gauche et qu’il a vocation à englober l’ensemble des forces de gauche ;

- la réduction de la rénovation à des arrangements techniques (pour le PS, modifications des statuts), sous prétexte d’améliorer l’efficacité, mais dont le but réel serait de « présidentialiser » le fonctionnement du parti et de brider le débat de fond ;

- l’obsession de la recherche du leader- candidat qui fera gagner en 2012 -ce que certains appellent déjà le « syndrome du sauveur »-, qui déclencherait une « lutte des chefs » et ferait de cette recherche un préalable à toute réflexion, étouffant ainsi toute volonté d’engager l’indispensable débat de fond.

 

Pour éviter ce qui pourrait ressembler à la « chronique d’un échec annoncé », il faut inverser les priorités, en engageant d’abord et rapidement une réflexion fondamentale avec toutes les forces de gauche et au sein de ces organisations, pour analyser les vraies raisons de l’état actuel de la gauche. Celles-ci se nomment : émiettement, confusion dans les analyses politiques, sous-estimation de l’enjeu idéologique et culturel, assèchement du débat, incapacité d’arriver à des synthèses, manque de stratégie crédible, ambitions nombreuses et contradictoires des leaders, décalage grandissant entre les appareils et la base, recherche prioritaire de la légitimité médiatique.  

Une fois ce travail salutaire effectué, il doit être possible de définir la base commune du projet de la gauche et d’étudier ensemble ce que pourrait être un grand « parti de la gauche », capable de la conduire à la victoire. J'aurai l'occasion d'y revenir prochainement. 
                                                                 Paul Quilès

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Published by Paul Quilès - dans Réflexions à haute voix
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- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
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