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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 09:00

Logo.jpgLe quotidien Libération a publié une version plus courte de ce texte dans son édition du 28 janvier 2010

    L’élection présidentielle est, depuis 1962, l’évènement majeur de la vie politique française. Les décisions prises en 2000 par L. Jospin (quinquennat et inversion du calendrier) ont malheureusement accentué le phénomène. On peut le regretter, ce qui est mon cas(1), mais on est bien obligé d’en accepter les conséquences.
    La principale d’entre elles est que tous ceux qui participent à l’animation de la  vie politique -partis, commentateurs, médias- ont les yeux rivés en permanence sur l’échéance présidentielle. Logiquement, même s’ils s’en défendent, les états-majors des partis se mobilisent très longtemps à l’avance pour bâtir des stratégies de conquête ou de conservation du pouvoir.
    Dans cette tâche, il est essentiel pour la gauche de ne pas se tromper de diagnostic et de ne pas se laisser abuser par de « fausses évidences ». Il est de loin préférable de partir de constats qui, à défaut d’être des évidences, sont largement partagés à gauche. Contentons-nous ici d’en énoncer quelques uns :
 - au niveau international, c’est la fin du modèle soviétique, les insuffisances du modèle social- démocrate dans la crise économique et sociale actuelle, l’origine structurelle de cette crise, la redistribution des influences entre grandes puissances et blocs, les effets discutables du libre échange généralisé, la nécessité de faire évoluer le fonctionnement et les objectifs de l'’Europe;
 - au niveau national, c’est le rejet d’une certaine forme de monarchie républicaine et l’aspiration à d’autres formes de prise de décision, l’attachement au « modèle social » français, l’éparpillement de la gauche institutionnelle et la floraison de lieux de réflexion et d’organisations diverses, la nécessité pour la droite de faire des concessions aux idées d’extrême- droite, si elle veut l’emporter.
     Bien entendu, il ne suffit pas d’énoncer ces constats pour en déduire automatiquement la conduite à tenir. Par contre, ce qui me paraît plus dangereux, c’est la démarche qui consiste à bâtir une stratégie à partir d’hypothèses considérées comme des évidences, parce que « politiquement correctes » et largement véhiculées par les médias, les politologues et les sondages.
    Toute démarche fondée sur ces « fausses évidences » conduit en effet à coup sûr à l’échec. Par exemple:

 N. Sarkozy est en perte de vitesse, voire en chute libre ; il ne se « relèvera » pas.
C’est un raisonnement de ce type qui a conduit à sous-estimer la candidature de J. Chirac en 2002 (L. Jospin) et en 1995 (E. Balladur), avec les conséquences que l’on connaît.
Même si l’image de N. Sarkozy est abîmée, ce que personne ne conteste, la stratégie de la droite peut fonctionner et l’actuel président être réélu, si la gauche continue à se diviser (projets, candidats). De plus, personne ne paraît en mesure de rivaliser avec N. Sarkozy, l’éventuelle candidature de Villepin ne pouvant agir qu’à la marge et celle de F. Bayrou mordant surtout sur l’électorat de gauche.
Le danger pour la gauche d’accepter cette « fausse évidence» est qu’elle accentue l’émulation entre les nombreux candidats. Quand la victoire semble à portée de main,  chacun pense avoir sa chance. Le combat premier consiste alors à chercher à imposer sa candidature dans son propre camp, en n’hésitant devant aucune surenchère interne et en faisant passer les idées et le projet au second plan.

 Il suffit d’observer les sondages prévisionnels pour déterminer dans quel sens il faut aller.
Fausse évidence encore ! Ceux qui en douteraient feraient bien de méditer ces cinq exemples, pris parmi bien d’autres dans l’histoire politique récente. Que nous disaient en effet les sondages et les commentaires dominants?
- 1981 : « V. Giscard d’Estaing sera élu sans problème. Les socialistes ont commis l’erreur de choisir comme candidat F. Mitterrand, qui a une mauvaise image, au lieu de M. Rocard »
- 1995 : « E. Balladur sera élu dans un fauteuil, face à J. Chirac, au plus mal dans l’opinion »
- 2002 : « L. Jospin devrait l’emporter, face à un président sortant, dont l’image s’est dégradée »
- 2004 : «F. Hollande, proclamé homme de l’année, sera certainement le rival de N. Sarkozy à l’élection de 2007 »
- 2006 : « Les socialistes devraient choisir S. Royal comme candidate, car elle est la seule à pouvoir l’emporter »


 Le PS est le parti dominant à gauche et il peut définir seul son projet et choisir son candidat. Les « autres » seront bien obligés d’accepter ses choix et de rejoindre son candidat au 2ème tour de la présidentielle.

Cette thèse s’appuie sur une appréciation ancienne de la situation politique à gauche et d’une vision erronée des rapports de forces, réduite à l’observation des résultats d’élections, dont la nature est très différente de celle de l’élection présidentielle. Depuis 20 ans et même depuis 10 ans, il s’est passé nombre d’évolutions et d’évènements, qu’il serait dangereux de négliger : les 3 échecs successifs du candidat socialiste à la présidentielle, l’hésitation de certains dirigeants du PS sur la question des alliances, la lutte interne pour le leadership, l’incapacité à imposer une ligne, l’éparpillement de la gauche institutionnelle, l’existence d’un foisonnement d’organisations et de clubs, non assimilables aux partis et souvent peu attirés par eux.
Vouloir forcer l’ensemble de la gauche à entrer dans une conception du combat politique de moins en moins adaptée à cette réalité peut conduire à des affrontements brutaux, avec par exemple une multiplicité de candidatures au 1er tour en 2012, au prétexte de laisser aux électeurs la responsabilité de déterminer le rapport de forces entre les partis. On se souvient de ce qu’il est advenu de cette stratégie en 2002 !

 Les alliances doivent se bâtir à partir de considérations chiffrées, issues des précédentes élections.
Pour arriver à 50%, on imagine des alliances sur la base des résultats des précédentes élections, censées  se reproduire fidèlement et permettre d’atteindre le chiffre qui donne la victoire. C’est ce que j’appelle « la fausse évidence arithmétique ». Elle conduit certains socialistes à lorgner du côté du Modem (en feignant de ne pas savoir que F. Bayrou sera, quoi qu’il advienne, candidat au 1er tour). D’autres, au contraire, considèrent que le faible score du PC aux dernières élections rend inutile la recherche d’alliance de ce côté. D’autres socialistes, enfin, attendent que les prochaines élections régionales viennent fixer le rapport de forces avec les Verts.
Tous ces raisonnements négligent les dynamiques inhérentes à la vie politique, qui s’accentuent au moment des campagnes électorales. Plus grave, ils font l’impasse sur la question du contenu du projet, de sa crédibilité et de sa capacité à mobiliser l’électorat.

 Les primaires sont le meilleur moyen de faire émerger un candidat crédible et reconnu.
Vouloir s’inspirer du système américain ou italien n’a pas de sens, compte tenu des différences considérables institutionnelles, politiques, culturelles et historiques entre nos différents pays. Vouloir s’inspirer de la méthode utilisée par le PS en 2006 et désigner le seul candidat socialiste en accroissant et généralisant le système des « adhérents à 20 euros », c’est déconnecter la primaire du choix des alliances et du projet. De plus, il n’est pas compliqué d’imaginer l’ambiance et les dégâts que créerait un affrontement public, largement médiatisé pendant plusieurs mois, entre 6 ou 7 candidats socialistes, tentés de pratiquer une surenchère médiatique pour mieux convaincre des électeurs qui ne seraient plus des militants. Sans dynamique associant la plateforme, les alliances, le rassemblement de la gauche et le choix du candidat de cette unité à la fin du processus, les primaires sont dangereuses et donc inacceptables…si l’objectif est bien de l’emporter en 2012 !


     La seule solution qui permettra à la gauche de mobiliser une majorité autour d’un projet et de désigner un candidat porteur de ses espoirs est d’adopter une démarche comportant plusieurs temps (2) :
  -  le lancement des Etats généraux de la gauche, rassemblant  non seulement les responsables des partis, mais aussi des personnalités du monde associatif, syndical, intellectuel, représentant les forces vives de la gauche  ;
   - l’élaboration d’un «manifeste pour le changement», issu de ces Etats généraux et fixant les grands engagements de la gauche pour 2012, servant de base à une plateforme législative ultérieure et de charte pour tout candidat à l’élection présidentielle ;
   - l’organisation de primaires, auxquelles participeront les militants et adhérents de toutes les organisations ayant accepté la Charte.

     Cette démarche de «nouveau Front populaire» n’est pas encore très médiatisée. Il est vrai qu’elle n’est pas née autour de l’un de ses 12 candidats potentiels actuels (3) . Elle commence néanmoins à faire son chemin dans les esprits et cela est réconfortant pour tous ceux qui espèrent que la gauche saura se défaire des démons de la division et saisir la chance historique d’offrir une véritable alternative aux Français en 2012.
_____________________________________________


[1]  J’ai été l’un des rares à m’élever contre cette décision

[2]
  C’est dans cet esprit que le club Gauche Avenir organise le 28 janvier le forum « La gauche, c’est nous ». Des représentants des forces vives de la gauche exprimeront leurs attentes et interpelleront des responsables des partis de gauche sur les voies démocratiques nouvelles permettant de construire un projet commun. Voir sur ce blog

[3]  Pour l’instant : 3 candidats « certains », 3 candidats qui se positionnent pour 2017, 3 candidats qui hésitent et attendent (« au cas où… »), 3 candidats non socialistes….cela fait bien 4X3=12

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez