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Le blog de Paul Quilès

Réflexions et informations sur la paix et le désarmement nucléaire, sur la démocratie et sur l'actualité politique.

Débat sur l'OTAN et la défense européenne

Publié le 20 Septembre 2008 par Paul Quilès in Politique française

J'ai débattu hier au colloque de Libération à Grenoble avec le secrétaire d'Etat à la défense sur le thème : "Faut-il passer par l’OTAN pour construire une défense européenne ?"

Pour lire l'article de Libération sur ce débat, cliquez ici. 

En conclusion de mon intervention (voir résumé ci-dessous), j'ai expliqué pourquoi la volonté de N.Sarkozy de réintégrer la France dans la structure militaire intégrée de l'OTAN correspondait à une analyse que je récuse: celle qui consiste à penser que le monde va inéluctablement vers une confrontation entre les démocraties et les systèmes autoritaires (Russie, Chine, Islam radical...).
On retrouve cette idée dans un discours récent du ministre de la défense, H.Morin*: "Face à un monde qu'on appelait, il y a moins de vingt ans, le Tiers monde, et vers lequel le pouvoir bascule irrésistiblement, nous aurons besoin de nouvelles solidarités pour porter notre communauté de valeurs". Voila bien une définition du rôle de l'OTAN qui rappelle la thèse américaine du "choc des civilations"!
Au contraire, je considère que le monde est plus complexe et que l'Europe peut aider à trouver des solutions; c'est pourquoi, il faut préserver le caractère distinct de la PESD (Politique Européenne de Sécurité et de Défense).

Résumé de mon intervention: Pendant 40 ans, l’OTAN a représenté le bras armé de ce qu’on appelait « le monde libre ». La place prépondérante des Etats-Unis en son sein, tant dans les moyens que dans les mécanismes décisionnels, en a très souvent donné l’image d’une machine de guerre au service des intérêts américains, particulièrement depuis la fin de la « guerre froide ».

L’OTAN aurait pu disparaître, parallèlement à la dissolution du Pacte de Varsovie et à la fin de l’URSS. Tel n’a pas été le choix des Américains et de leurs alliés, qui ont redéfini le rôle de l’organisation, lui assignant de nouvelles tâches et élargissant sa sphère d’influence.

Le conflit était alors inévitable avec une défense européenne, certes  embryonnaire et hésitante, mais dont on voit bien qu’elle est incontournable et qu’elle doit être autonome, si l’Europe veut peser d’un poids significatif sur la scène internationale. La défense européenne peut être complémentaire de l’OTAN pour certaines missions, mais il est illusoire de penser que sa construction doit se faire dans l’OTAN. Qui pourrait croire en effet que les Américains accepteraient d’abandonner leur leadership et de voir contestés leurs choix stratégiques au sein de l’OTAN?

Et pourtant, c’est ce que N. Sarkozy a tenté de faire croire pour justifier le retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN. En réalité, on n’a rien vu venir de cette promesse, pour la bonne raison que cette décision, inutile sur le plan militaire, a un sens politique précis : l’alignement sur la politique de G. Bush. On a déjà pu en juger les effets, avec l’envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan.

Ce choix n’est pas un service rendu à la France, à l’Europe et à leur contribution à la paix dans le monde.
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Munich- 9 février 2008

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