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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 00:23

Afghanistan.jpg   Enfin, les derniers combattants français sont rentrés d’Afghanistan ! Chacun s’en réjouit, mais il ne faut pas oublier qu’il reste encore sur place 1500 soldats, pour des tâches de formation et de logistique, auxquels s’ajoutent des médecins militaires. C’est un peu plus que la présence française en 2007, avant la décision de N. Sarkozy de suivre les demandes américaines de lutte renforcée contre les insurgés, qui porta le nombre des militaires français à prés de 4000.

 

      La satisfaction de voir ce retrait des troupes combattantes –que je demande depuis des années- devenir effectif, ne doit pas interdire de réfléchir à ce qui s’est passé depuis 11 ans en Afghanistan. Je me suis exprimé à ce sujet à de très nombreuses reprises et je ne vais pas détailler ici la liste des erreurs commises par ce qu’on a appelé la « coalition internationale », qui n’était en fait que l’expression militaire de la volonté des Etats-Unis. Force est de constater que la stratégie américaine, qui a changé au gré des choix des présidents et des chefs militaires, n’a jamais été mise en cause par les « alliés » et notamment par la France.

 

    Jusqu’en 2003, nous avons, avec raison, considéré que la reconstruction de l’Afghanistan était d’abord une tâche civile. Puis nous nous sommes laissé entraîner dans une opération militaire otanienne sur la totalité du territoire afghan. Ensuite, comme le souhaitaient les États-Unis, nous avons progressivement accru notre engagement, en souscrivant à chaque fois aux changements de stratégie décidés par les présidents Bush et Obama.

 

    Les arguments utilisés n’ont pas cessé non plus de varier, lorsqu’il s’est agi de justifier la présence d’une force internationale (l’ISAF), dont les effectifs, composé pour les 2/3 d’Américains,  ont atteint 150 000 hommes. A la conférence de Bonn (5 décembre 2001), on avait fixé trois objectifs : reconstruire l’Afghanistan, le démocratiser, le développer économiquement. Puis on a parlé de l’éradication du terrorisme, de la défense des droits des femmes, de la lutte contre l’illettrisme….

 

     Comment ne pas voir aujourd’hui que, malgré les 500 milliards de dollars dépensés, malgré l’engagement de soldats courageux, dont beaucoup ont perdu la vie, l’insécurité est toujours présente sur une bonne partie du territoire afghan, la corruption et la production de drogue continuent à gangréner le fonctionnement politique et social du pays ! Il est malheureusement reconnu que l’Afghanistan n’aura probablement pas la capacité de se gérer de façon autonome et apaisée fin 2014, lorsque la plus grande partie des effectifs militaires occidentaux auront quitté le pays.

 

    Finalement, l’aveuglement des Américains et de leurs alliés sur les causes profondes de la guerre d’Afghanistan a conduit à ce qu’il faut bien appeler un échec. Ainsi que je l’ai proposé il y a 2 ans, une autre voie était possible, celle qui consistait à réunir les pays voisins de l’Afghanistan, les pays détenant un siège permanent au sein du Conseil de sécurité et les membres de l’Union européenne et de l’Alliance atlantique. Cette conférence aurait eu pour tâche d’établir un statut international de l’Afghanistan, pour en faire un État neutre, dont les autorités, issues d’un processus négocié de réconciliation nationale, se seraient engagées à n’apporter aucun soutien au terrorisme international. Un tel règlement aurait été de nature à rassurer à la fois le Pakistan, l’Inde, l’Iran, la Chine et la Russie, qui ont chacun un intérêt direct dans l’évolution de l’Afghanistan. Il pourrait devenir pertinent si la situation se dégrade après le départ de l’ISAF.

 

     Cette guerre a fait également apparaître l’inexistence de l’Europe et son incapacité à donner corps à une stratégie commune face à des évènements internationaux de cette ampleur. Il faut dire que l’Union Européenne n’a pas su (ou voulu) se doter de capacités propres d’analyse et d’action face aux menaces. On attend toujours ce Livre Blanc européen de la défense, que je demande inlassablement depuis 12 ans. Espérons qu’il sortira du sommet des chefs d’Etat sur la défense qu’on nous annonce pour….fin 2013.

 

    Mais, que de temps perdu ! Il devient urgent de clarifier la relation entre OTAN et défense européenne, de définir les réponses de l’Union Européenne face aux désordres du monde : réponses politiques et diplomatiques, réponses militaires si c’est nécessaire, dans le cadre des décisions du Conseil de sécurité. Il faut affirmer que l’OTAN doit rester une alliance militaire et pas politico-militaire. L’Europe, quant à elle, doit avoir ses propres propositions sur la sécurité mondiale, sur la paix au Moyen-Orient, sur la lutte contre le terrorisme ….Elle doit devenir une puissance au service de la paix.

 

    Le Livre Blanc français de la défense, en cours de rédaction, ne constituera qu’une réponse partielle à ce besoin. Il est par ailleurs regrettable que la question de la dissuasion nucléaire ait été exclue, dès le départ, de la réflexion. Je reviendrai prochainement plus en détail sur cet « oubli », significatif d’une volonté française d’empêcher le débat sur un thème majeur de la sécurité mondiale.

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez