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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 10:08

   Parmi les nombreuses réactions que je reçois à propos du drame libyen, j'extrais ce texte que m'adresse une lectrice de ce blog.  

   Je le trouve particulièrement éclairant et pertinent.

   J'en partage l'analyse et les conclusions.

                                                                     Paul Quilès

                                             

 

     "La communauté internationale, et en particulier les USA, craignant une somalisation du conflit, a perdu sur le plan des valeurs morales à court terme et peut-être fait un pari dangereux sur le plan stratégique à long terme. Même si je sais que les Etats démocratiques n'agissent qu'en fonction de leurs seuls intérêts (c'est d'ailleurs pour cela que leurs représentants sont élus), toutes autres considérations ne constituant qu'un "habillage" destiné au "sentimentalisme" de leurs opinions publiques, le spectacle qu'ils sont en train de donner risque de laisser des traces. Peut-être pas dans leurs opinions publiques déjà sans illusions au sujet de leur capacité à s'entendre, mais plutôt dans la rue arabe qui a manifesté une confiance sans faille dans l'Occident, les valeurs démocratiques dont il se réclame, ses moyens de communications, sa presse, organe de contre-pouvoirs.

     Cette amertume, je l'ai lue sur un tweet déclarant : "Obama, envoie-nous tes marines et tu auras tout le pétrole que tu voudras". Il reste aux jeunes Arabes qui arriveront à échapper à la torture, à la prison et à la mort, à comprendre que le fait d'avoir du pétrole ne suffit pas à leur donner accès à la liberté. Il leur faudra s'exiler, créer un gouvernement qui ait l'aval des grandes puissances, afin d'obtenir la "légitimité" que le bain de sang a échoué à leur donner. Le jour et à l'heure où les grandes puissances le décideront, si elles le décident, ils seront alors autorisés à lever une armée de libération.

     Mais le fils du tyran pouvant apparaître comme étant plus "présentable", ce jour risque de ne jamais arriver. Quel choix leur reste-t-il donc ? S'enfuir pour aller travailler ailleurs, pour certains, s'enfuir vers des camps d'Al Quaïda (qui d'autre ?) en emmenant assez d'argent pour pouvoir, en exil, se fournir au marché noir (ce qu'ils auraient dû faire déjà) ce qui leur permettra de chasser le tyran (en espérant que la communauté internationale ne lui permettra pas de s'armer à nouveau...), pour les autres.

     On finira donc, peut-être, par obtenir ce que l'on veut précisément éviter : à avoir un Etat hostile à l'Occident en Méditerranée. Car, que restera-t-il comme autre option aux malheureuses tribus qui ne sont pas celles qui bénéficient des largesses du régime ? Il fut un temps où on appartenait au bloc occidental ou à celui de l'Est ; à présent, ils n'ont guère de choix, même s'ils ne le souhaitent pas... Et ils devront en payer le prix par une autre soumission (Castro en sait quelque chose...). Nous aurons donc aussi perdu sur le plan de la stratégie. Le printemps arabe a pris de cours un monde sans souplesse et incapable de s'adapter à des changements rapides, imprévus et de les accompagner. Il faudra aux jeunes arabes tirer les leçons de l'attitude de la communauté internationale et de cette candeur qui les a poussés à manifester pacifiquement. Il leur faudra apprendre à hurler avec les loups et à peser sur la scène internationale, s'ils veulent réussir à exister.

     Les jeunes Baïrenis sont en train d'en faire l'amère expérience... Les Egyptiens comprendront vite que cette armée dont ils sont si fiers est un carcan dont il n'est pas possible de se libérer. Quant aux Libyens, je suis d'autant plus écoeurée par leur drame qu'ils se réclament des Lumières et que nous avons donc une responsabilité morale vis-à-vis d'eux et que Kadhafi n'est pas seulement un dictateur mais aussi un malade mental.    

     Si je vivais en Libye et que je survivais à cet enfer, je me poserais de sérieuses questions sur la démocratie..."

                                            Véronique Pons

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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commentaires

Yves 17/03/2011 09:48


Je comprends votre amertume et je la partage, mais il faut regarder vers demain et ne pas en rester aux regrets de ce qui n'a pas été fait par les uns ou les autres. Ma question est donc ici : que
peut-on faire demain, alors que nous sommes aujourd'hui pratiquement certains que Kahdafi va écraser la révolution dans la sang, avant qu'aucune force internationale ne se soit positionnée pour
l'en empêcher ? Depuis une semaine, la France ne reconnait plus le gouvernement de Kahdafi mais seulement le comité révolutionnaire qui va hélas être écrasé, que va-t-on faire alors ? Ne faut-il
pas permettre à la lutte de continuer avec l'aide de la France, recueillir les réfugiés, voire envisager une opération franco-française ou franco-tunisienne ou franco-égyptienne pour mettre fin à
l'oppression ? Merci de nous donner votre point de vue sur toutes ces questions, nous en avons besoin, pour l'honneur de notre pays.


Paul Quilès 17/03/2011 13:11



Rappelons-nous Winston Churchill, le 5 octobre 1938:  «Nous avons subi une défaite totale et sans mélange (...). Notre peuple doit savoir que nous avons subi une défaite sans
guerre, dont les conséquences nous accompagneront longtemps sur notre chemin». Quelque temps plus tard, il dira: «Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le
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- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
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