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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 15:13

    Ce qui se passe depuis 2 mois dans le monde arabe - et peut-être bientôt dans d’autres régions du monde- constitue un évènement de première grandeur. On va probablement s’apercevoir assez vite que nous sommes en train de vivre un moment charnière de l’Histoire, une sorte de basculement, comme celui qui a suivi la chute du Mur de Berlin en 1989.

    La succession d’erreurs et de silences de notre diplomatie pendant cette période n’est pas seulement le signe d’une improvisation coupable du pouvoir politique, qui a discrédité la France aux yeux du monde arabe. Ce qui est en cause me semble plus profond. Il s’agit du discours de la diplomatie française et des actes internationaux que pose notre pays.
    S’agissant du discours, je pense que la France doit tenir, comme l’a souhaité François Mitterrand au soir du 10 mai 1981, « le langage que des centaines de millions d’hommes sur la terre…..ont appris à aimer d’elle »*. Ce langage, il doit être tenu chaque fois que les droits de l’Homme sont bafoués à travers le monde, sans concession et sans distinguer les faibles et les puissants, sans fermer les yeux lorsque des affaires commerciales le commandent. Il doit être tenu à l’ONU et en particulier au Conseil de sécurité, instance suprême dotée du pouvoir d'adopter des sanctions ou d'autoriser le recours à la force lorsque sont commises des violations massives des droits de l'Homme.

    S’agissant des actes, je considère que deux décisions fortes permettraient de redresser l’image de la France :

- un inventaire devrait être fait des rapports que nous entretenons avec les pouvoirs qui violent systématiquement les droits de l’Homme ;

- une charte devrait définir des « règles de dignité » dans nos relations avec les Etats. Elles concerneraient notamment les contrats économiques, les ventes d’armes, les accords de coopération et de défense, les conventions d’extradition, les rapports du Président de la République et de son gouvernement avec leurs homologues étrangers.

    C’est ainsi, en ne sombrant pas dans cette « realpolitik » qu’on invoque si souvent au nom du réalisme et de la prise en compte exclusive des rapports de force, que l’on ne trahira pas la « déclaration universelle des droits de l’Homme », qui devrait rester la boussole de la politique française dans le monde.

 

La France et la Libye

    Le comportement de la France à l’égard de Kadhafi est un exemple de ce qu’il faut éviter. Khadafi est un dictateur fou, chacun le sait. Au pouvoir depuis 42 ans, assis sur un magot pétrolier, dont il profite abondamment, lui et sa famille, il a longtemps effrayé les pays occidentaux par ses frasques, ses changement de pied, ses menaces. Ce tyran manipulateur ne s’est pas privé d’utiliser et de soutenir le terrorisme, finançant des groupes révolutionnaires sur plusieurs continents, faisant organiser des attentats sanglants contre des avions de lignes**.

    Cela, tout le monde le sait. Mais, voilà, la Libye regorge de pétrole et de gaz*** et elle a beaucoup d’argent et il faut savoir parfois fermer les yeux, disent les diplomaties occidentales, pour expliquer ce qu’il faut bien appeler de la complaisance à l’égard d’un dangereux dictateur.

   Vient alors le traumatisme du 11 septembre 2001, suivi, un an plus tard, de l’invasion de l’Irak par les Américains. Kadhafi, craignant de subir le sort de Saddam Hussein, fait volte face. Il se présente comme un faiseur de paix et comme un rempart contre l’islamisme. Il va même jusqu’à annoncer qu’il renonce à se doter d’armes nucléaires. Rien de tel pour plaire aux Etats-Unis de Georges Bush, qui lui décernent une sorte de brevet de respectabilité !

    Cela ne l’empêche de continuer à suivre ses penchants terroristes et de pratiquer la « prise d’otages d’Etat », en faisant condamner sept infirmières bulgares et un médecin palestinien, tous innocents, après les avoir retenus pendant des années. La mise en scène de leur libération par Nicolas Sarkozy en 2007 est l’occasion de vendre la fable du « changement » de Kadhafi. Un parlementaire de droite, aujourd’hui ministre et compagnon de la ministre française des affaires étrangères, ose même faire croire que « c’est un autre homme et qu’il lit…Montesquieu ! »

    Plus ridicule encore, on assiste à l’accueil fastueux du dictateur libyen à Paris, en remerciement pour la libération des infirmières bulgares. Le voici qui plante sa tente à deux pas de l’Elysée pour y bivouaquer. Les défenseurs des droits de l’Homme se frottent les yeux, incrédules…

    Et, pendant ce temps, les ventes d’armes continuent, sans la moindre transparence, puisqu’il faut attendre les révélations du fils de Kadhafi pour connaître la teneur des juteux contrats passés entre la France et la Libye.

 

    La diplomatie française, incapable de comprendre les évènements de Tunisie, d’Egypte et de Libye, vient de traverser une triste séquence, qui m’amène à penser qu’il faut un changement profond, si nous voulons redevenir  fiers de notre pays. Un changement dans le discours et surtout dans les actes.

                                                      

                                           ***** 

Petit rappel: Contrairement à ce que j’ai entendu à France Inter, qui recevait J.L. Bianco ce matin, les relations entre la France et la Libye se sont dégradées rapidement après la tentative de rapprochement pour régler le conflit tchadien (rencontre entre F. Mitterrand et Kadhafi en Crète, en 1984). Il n’a pas fallu attendre pour cela les attentats de Lockerbie et du DC 10 d’UTA, 5 ans plus tard. Je rappelle en effet que, le 16 février 1986, alors que j’étais Ministre de la défense, j’ai fait bombarder et détruire l’aérodrome libyen de Ouadi Doum, construit par Kadhafi en territoire tchadien, pour l’empêcher de poursuivre sa progression au Tchad, pays qui avait un accord de défense avec la France.

 

 * François Mitterrand, à Château Chinon, dans son premier discours de Président de la République, le 10 mai 1981.

** Attentat contre le Boeing 747 de la Pan Am (21 décembre 1988) à Lockerbie: 270 morts. Attentat contre le DC 10 d’UTA (19 septembre 1989) au Niger : 170 morts. Ces attentats ont fait suite au bombardement du palais de Kadhafi à Tripoli par les Américains .

*** Les réserves de pétrole de la Libye sont les plus importantes d’Afrique. 

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez