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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 16:15

Petain.jpgJ’étais hier à Vichy, aux côtés de nombreuses personnalités (le Président du Sénat, le Ministre de l’Intérieur, des parlementaires, des élus locaux…..) pour célébrer le geste des 80 parlementaires qui, il y a 70 ans, « furent l’honneur de la République », en refusant les pleins pouvoirs à Pétain.

Etait présente également la fille d’Augustin Malroux, un des « 80 », député de Carmaux, élu en 1936 dans la circonscription de Jean Jaurès, que j’ai représentée pendant 14 ans à l’Assemblée nationale.

    Autant dire que cette célébration fut empreinte d’émotion. Les discours des responsables politiques, de gauche comme de droite, ont rendu hommage avec justesse au courage de ces hommes et rappelé le contexte particulier de l’époque.

      Souvenons-nous (voir aussi ci-dessous*). En cet après midi du 10 juillet 1940, dans la salle de théâtre du casino de Vichy, les 2 chambres sont réunies en Assemblée nationale pour examiner le projet de loi constitutionnelle de Laval, vice –président du Conseil.

       Il s’agit d’un texte  qui stipule :

« L’Assemblée nationale donne tout pouvoir au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain, à l’effet de promulguer par un ou plusieurs actes une nouvelle constitution de l’État français. Cette constitution devra garantir les droits du Travail, de la Famille et de la Patrie. Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les assemblées qu’elle aura créées. »

     Aucun débat n’a lieu et le représentant des opposants, Vincent Badie, député de l’Hérault,  est même physiquement empêché de prendre la parole ! Le texte est voté par 569 voix contre 80 (20 abstentions et 176 absents).

    Le lendemain, Pétain déclare assumer les fonctions de chef de l’Etat français, fixe l’étendue de ses fonctions et renvoie les chambres ! Il n’y aura jamais de nouvelle constitution et les actes constitutionnels ne seront pas ratifiés par la nation ni appliqués par de nouvelles assemblées. Autant dire que le vote du 10 juillet a ouvert la voie à un véritable coup d’Etat.

     En se replongeant dans cette période noire de notre histoire, on ne peut pas éviter de se poser la question : comment a-t-il été possible que 80 parlementaires seulement aient refusé la mise à mort de la 3ème République !

    Il est vrai que certains députés et sénateurs n’avaient pas pu voter (les « 27 du  Massilia »**, les 61 parlementaires communistes déchus de leur mandat pour avoir refusé de condamner le pacte germano-soviétique, d’autres étaient prisonniers des Allemands, pris dans l’exode….ou simplement absents parce que physiquement menacés). Il n’en demeure pas moins que, si tous ceux-là avaient pu voter, les défenseurs de la République n’auraient représenté que 20% du Parlement.

     Pour comprendre, il faut se souvenir que les divisions des groupes et des partis politiques -celles de la gauche issue du Front populaire, de la SFIO mais aussi de la droite- étaient très fortes. Des deux côtés, on trouvait à la fois des partisans des solutions autoritaires et des républicains sincères. L’anti sémitisme montait, même à gauche. L’éclatement de la scène politique a donc joué un grand rôle dans cette abdication. On ne peut pas non plus négliger le climat terrible qui régnait alors à Vichy, fait de rumeurs (coup d’Etat militaire), de peur, de pressions et de menaces sur les parlementaires.

     Beaucoup n’ont pas vu, ou voulu voir que la manœuvre à laquelle ils se prêtaient était en réalité sous tendue par une volonté de détruire la République. « Plutôt Hitler que le Front populaire », avaient-ils dit quelques années plus tôt! Et Weygand, dans une note du 28 juin 1940 approuvée par Pétain, qualifiait le régime républicain de « régime de compromissions maçonniques, capitalistes et internationales » et réclamait « un programme nouveau et des hommes nouveaux, capables de mettre en pratique un idéal résumé en quelques mots : Dieu, Patrie, Famille, Travail »

    Chaque période de notre histoire a ses particularités, mais il serait dommage de ne pas méditer quelques leçons de ce tragique évènement.

    Personnellement, j’en tire deux enseignements :

      - Le premier est que la République ne doit pas être considérée comme un acquis définitif. Elle est fragile et il faut en permanence en défendre les valeurs, parce que ses adversaires profitent toujours des périodes troublées pour la remettre en cause, même si leurs attaques se font aujourd’hui plus sournoises.

      - Le deuxième enseignement est que, dans les moments de désarroi national, les incertitudes et les doutes peuvent entraîner une perte des valeurs démocratiques dans les corps intermédiaires que sont les partis. Dans la décomposition de la vie politique qui s’en suit, la recherche de « l’homme providentiel » apparaît alors comme la solution et les institutions démocratiques ne sont plus un rempart contre l’autoritarisme.

      Même si le monde a bien changé depuis 70 ans et si de tels risques peuvent paraître improbables, les responsables politiques devraient s’inspirer des enseignements du 10 juillet 1940 et faire du combat pour les valeurs une priorité de leur action.

    Encore une fois, merci aux « 80 » pour leur geste courageux et à ceux qui, en le commémorant, nous rappellent opportunément que la résistance est un devoir lorsqu’il est porté atteinte aux valeurs et aux principes de la République

 

                                                          

* Quelques dates,

pour mieux comprendre le contexte :

13 mai 1940 : les troupes allemandes attaquent les lignes françaises dans les Ardennes et franchissent la Meuse.

14 juin : entrée des troupes allemandes dans Paris. Le gouvernement et les chambres (Assemblée nationale et Sénat) se replient à Bordeaux.

16 juin : Paul Reynaud démissionne. Le Président de la République, Albert Lebrun, nomme le maréchal Pétain président du Conseil des ministres.

18 juin : appel du général de Gaulle à Londres, où il est arrivé la veille.

19 juin : le gouvernement français décide de partir à Alger avec les chambres, pour se soustraire à l’avance allemande.

21 juin : ce départ est différé à la demande de Laval et sur la foi d’informations mensongères indiquant que les Allemands n’ont pas franchi la Loire. Le paquebot « Massilia »** part néanmoins du Verdon avec 27 parlementaires (dont Pierre Mendès France, Georges Mendel, Jean Zay).

22 juin : l’armistice est signé avec l’Allemagne.

23 juin : Laval entre au gouvernement comme vice-président du Conseil.

2 juillet : transfert du gouvernement français à Vichy.

10 juillet : vote du projet de loi accordant les pleins pouvoirs constitutionnels au gouvernement « sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain »

11 juillet : Pétain s’attribue le titre nouveau de « chef de l’Etat ».

18 octobre : loi instituant un statut des juifs.
24 octobre : Pétain rencontre Hitler à Montoire.

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Published by Paul Quilès - dans Réflexions à haute voix
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commentaires

GILLERON Bernard 11/07/2010 18:42


Lire sur la déliquescence du sentiment national entre 1930 et 1940 du patronat de l'époque: "le choix de la défaite" de l'historienne Anne Lacroix-Riz. On comprend comment l'innommable a été
manigancé dans cette période par des capitalistes non seulement cupides mais traitres à leur patrie et à la république: la cagoule, la banque (déjà)représentée caricaturalement par la Banque de
France(pas encore nationalisée), le comité des forges, le patronat minier: c'est à faire frémir!
Se reporter à la longue interview accordée a France-Inter en Juin 2010, à la sortie de son livre, et disponible à l'écoute sur le site franceinter.com(le lien je ne l'ai plus)


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- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
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