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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 16:00

jeu-de-la-mort.jpg     L’intention était probablement louable. Il s’agissait, nous dit-on, de dénoncer les dérives insupportables de la télévision (ou de certaines chaînes de télévision ?) et de sa capacité à manipuler les esprits.

     Le résultat de l’émission diffusée par France 2 en début de soirée le 17 mars est malheureusement plus que discutable. C’est la raison pour laquelle, avec Marie Noëlle Lienemann, j’ai porté plainte contre la direction de France 2 et les réalisateurs de cette émission.

     Par cette action, il ne s’agit naturellement en aucune façon de vouloir brider la liberté d’expression. Ce que nous voulons dire, c’est  qu’il y a des limites à ce que peut montrer –même au nom de louables intentions- ce média fort qu’est la télévision.

     La violence est un redoutable fléau de nos sociétés. Quand elle se banalise, elle brise le lien social et peut conduire à des extrémités redoutables.  La répression des actes violents ne peut être la seule réponse à ce phénomène, contrairement à la vision « sécuritaire » qu’en ont certains responsables politiques. Seule une action globale, passant notamment par l’éducation, est susceptible de l’endiguer.

     La télévision peut jouer à cet égard un rôle majeur. C’est peut être ce qu’ont souhaité les promoteurs de l’émission « le jeu de la mort », mais je crains que l’effet ait été contraire et ce, pour 3 raisons :

     1- la méthode utilisée, qui a consisté à utiliser les procédés les plus « trash » de la télé réalité, que l’on entendait dénoncer ;

     2- le lieu de l’émission, une chaîne de service public, qui se prévaut d’une certaine éthique, comme on peut le lire sur "la charte de l’antenne" :
« En règle générale, France Télévisions s’abstient de diffuser des programmes susceptibles de nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral des mineurs. A ce titre, la société s’abstient de diffuser des programmes comprenant des scènes de pornographie et de montrer, notamment dans les journaux télévisés, le spectacle de la violence pour la violence».

    3- la diffusion de l’émission à une heure de grande écoute, touchant de ce fait un public large (y compris des enfants) et peu averti des « règles du jeu » pour les téléspectateurs n’ayant pas suivi l’émission depuis le début. 

     Les producteurs de l’émission disent avoir voulu créer un « électrochoc » (!). Je ne sache pas  que cette méthode brutale puisse se substituer au raisonnement et à l’intelligence. L’utilisation intensive de l’émotion au cours de l’émission tendrait à prouver que les mots et le raisonnement ne suffisent pas pour démontrer la nocivité de la téléréalité. Ainsi, le résultat est paradoxalement inverse de celui que l’émission souhaitait atteindre.

_______________________________________________________________________________ 
Extraits de la plainte


"Dans la soirée du 17 mars 2010, la chaîne de Télévision France 2 a diffusé un reportage intitulé « jusqu’où va la télé ».
(...............)
Les auteurs ont prétendu vouloir dénoncer la surenchère des programmes de télévision "trash" et l'influence de la "téléréalité", en utilisant un procédé d’une émission fictive impossible à réaliser dans notre pays.
Pour ce faire, Christophe NICK a adapté sous forme de jeu télévisé, l’expérience effectuée dans les années 60 par Monsieur Stanley MILGRAM, alors destinée à évaluer la capacité de l’homme à se soumettre à une autorité « légitime », en l’occurrence, un homme présenté comme un scientifique en blouse blanche.
Les auteurs du documentaire litigieux ont donc procédé à un casting de candidats potentiels, lesquels pensaient participer aux répétitions du pilote d’un nouveau divertissement baptisé « La Zone X Treme ». Ils étaient prévenus qu’il n’y avait rien à gagner et que ce jeu ne serait pas diffusé.
Les candidats devaient infliger des décharges électriques de plus en plus fortes à un cobaye (qui était en fait un comédien complice de la supercherie) à chaque fois que celui-ci ne donnait pas les bonnes réponses à un test de mémoire.
Aux ordres de l’animatrice du prétendu jeu, et sous la pression des encouragements du public, tous les candidats ont accepté de participer et d’infliger des décharges électriques au cobaye, alors même qu’il n’y avait aucun enjeu.
81% d’entre eux sont allés jusqu’à infliger une décharge électrique de 460 volts, la plus forte du jeu et celle susceptible d’entrainer la mort du cobaye et ce malgré ses supplications.
Sous couvert de dénoncer la capacité de la télévision à manipuler les esprits et d’analyser le processus d’obéissance, les auteurs de ce reportage ont tout simplement incité les candidats du « jeu » à commettre des actes de tortures.
Par ailleurs, la scène offerte aux téléspectateurs  a été d’une violence extrême.
Le public a pu voir des gens ordinaires se transformer en bourreau capable d’une barbarie insoutenable, malgré l’agonie parfaitement simulée du cobaye.
La façon dont le documentaire est monté participe également beaucoup à la violence du reportage. Il est fait usage de formules et de raccourcis saisissants, sur fond de musique anxiogène, la bande originale du film « Orange Mécanique » ayant été utilisée.
Au final, la démonstration repose sur une manipulation quasiment similaire à celle qu’elle entend dénoncer, de sorte qu’il est permis de penser que le spectateur est le véritable jouet de cette expérience.
En effet, l’expérience qui a été menée par Monsieur NICK ne saurait être comparée à celle autrefois réalisée par Monsieur MILGRAM.
En l’espèce, les candidats savent qu’ils participent à un jeu, organisé par une chaine de télévision française.
Même si tout est fait pour leur faire croire que la situation est réelle, ils ne peuvent ignorer qu’une telle chose ne saurait être tolérée dans notre pays, au vu des règles édictées par le CSA.
C’est d’ailleurs ce que l’un des candidats va dire, expliquant son geste par le fait qu’il savait que cela ne pouvait pas être réel. Son commentaire n’a pourtant pas été exploité par les auteurs qui ont préféré mettre en avant le résultat obtenu.
Les conclusions qui sont tirées de cette expérience sont finalement assez peu significatives. Dénué de tout intérêt scientifique, ce reportage n’est plus qu’une banalisation choquante de la violence, qui s’en trouve légitimée et encouragée, au prétexte de la dénoncer.
(..........)
Bien loin de prouver que l’homme est capable de comportements abjects dès lors qu’il est soumis à une quelconque autorité, ce reportage légitime avant tout la torture dès lors que l’on peut en retirer des conclusions prétendument scientifiques ou sociologiques.
Ces procédés sont indignes d’une télévision de service public. De tels actes sont d’autant plus graves que le reportage a été diffusé sur une chaîne publique, qui se prévaut d’une certaine éthique, tel qu’il résulte de la « charte de l’antenne » mise en ligne sur le site internet du groupe"
(..........)

Telles sont les raisons pour lesquelles nous avons porté plainte à l’encontre de la direction de France 2 et des réalisateurs de l'émission, en évoquant les articles 24 1°), 61 et 62 de la loi du 29 juillet 1881 pour "des faits de provocation directe à la commission d’atteintes volontaires à la vie et à l’intégrité de la personne". 

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Published by Paul Quilès - dans Médias
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commentaires

Renaud de Montety 27/03/2010 13:25


M. Quiles, je trouve votre réaction bien trop mesurée.
Pourrez-vous trouver un philosophe qui expliquera au procès la portée symbolique de cette émission ? Banalisation du mal ? Destruction de la confiance envers les autorités : comment faire encore
confiance à des journaux, des autorités morales (Ex Boris Cyrulinik et JC guillebaud n'ont rien trouvé à redire!...) qui ne s'émeuvent pas du viol des consciences, du piétinement de l'honneur des
gens ? Généralisation du sentimentalisme comme modèle unique d'éthique. On "réconforte" les tortionnaires en sortie de plateau alors c'est pas grave, rien n'est grave...
Faites que ce débat prenne une grande ampleur !
Merci en tout cas de m'éviter de désespérer de la France.


Pliume 26/03/2010 23:34


Merci infiniment pour cette plainte. Nous cherchions à le faire de notre côté, mais venant de votre part elle aura plus de poids.

Nous avons tenté d'alerter les lecteurs du site Agoravox de la cruauté des organisateurs de cette émission, qui ont amené des personnes à potentiellement en tuer d'autres et ce en les
manipulant.

Pour les non convaincus mais intrigués sur notre point de vue, vous pouvez lire "Jeu de la mort : les organisateurs sont-ils eux aussi des tortionnaires ? " et les commentaires qui suivent. Ils
présentent bien le débat.

http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/jeu-de-la-mort-les-organisateurs-71895


gadjodjo 26/03/2010 22:01


Ce que montre cette émission c'est comment un contexte influe sur notre comportement et rien de plus. Bien sur il est impossible qu'une chaine de télévisions outrepasse les lois du CSA et tue en
direct, et pourtant même s'il s'agit en effet d'une expérimentation et non pas de la réalité les réactions des participants montrent, démontrent que ce qu'ils ont perçu est bien réel, ils ont
torturé et tué parce que le jeu, le contexte le demandait. Un point c'est tout.


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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez