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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 15:58

       Ce texte a également été publié sur le site de Marianne2.fr

 

     Entendons-nous bien : je ne vise pas ici les enquêtes d’opinion générales et celles réalisées pour le compte d’entreprises et d’organismes divers, qui représentent d’ailleurs la source principale du chiffre d’affaires des instituts de sondage. Je veux parler des sondages « prédictifs » concernant les grandes élections nationales.
     Je ne nie pas l’intérêt d’une technique qui peut être utile pour mieux appréhender l’état de l’opinion publique sur des sujets majeurs et d’en hiérarchiser les aspirations. Ce n’est cependant qu’un outil, qu’il faut remettre à sa place, en intégrant les résultats qu’il fournit dans une analyse plus complète de la réalité politique.
     Par contre, lorsqu’il s’agit de « prévoir » le résultat d’une élection 3 mois, 6 mois, 1 an avant la date du scrutin, on tombe véritablement dans le domaine de la pensée magique. Sans être un grand politologue, on sait en effet qu’un sondage réalisé aussi loin de l’échéance ne peut intégrer plusieurs facteurs déterminants, notamment :
    - les conséquences de la campagne électorale proprement dite, qui fait bouger les lignes ;
     - le handicap de celui qui est en tête longtemps à l’avance et qui devient au fil du temps l’objet de toutes les critiques….y compris du monde médiatique, qui résiste rarement à la tentation de brûler ce qu’il a porté au pinacle ;
     - le changement d’attitude de certains électeurs du camp adverse, favorables par effet de mode à un candidat dans les sondages….mais qui retrouvent leur camp quand l’affrontement se radicalise.
      Il n’empêche, on a beau le répéter, rien n’y fait. Presque tous les commentateurs, les partis et les responsables politiques, les candidats potentiels eux-mêmes ont les yeux rivés sur ces indicateurs, qui ne veulent pourtant pas dire grand-chose. Que penserait-on d’un pilote qui conduirait sa voiture avec un tableau de bord donnant des chiffres qu’il sait pertinemment faux et qui déterminerait cependant sa conduite en fonction de ces indications ? de toute façon, l’accident ne serait pas loin !
      Je regrette que les responsables politiques et les médias (et pourquoi pas, les instituts de sondage) ne soient pas plus prudents dans l’exploitation des sondages prédictifs. Je passe sur l’attitude un peu ridicule qui consiste à se gaver de ces chiffres et à s’en flatter lorsqu’ils vous sont favorables et à les rejeter ou à crier à la manipulation lorsqu’ils ne le sont pas.
      La manipulation peut évidemment exister, mais elle serait sans objet si les politiques expliquaient en toute circonstance l’inutilité et la dangerosité de ces prédictions. Combien d’entre eux, qui affirment en public ne pas y croire et ne pas s’en soucier les regardent quand même, comme ceux qui lisent leur horoscope –auquel ils ne croient naturellement pas- en y cherchant un conseil réconfortant !
      Il me semble indispensable à cet égard de rappeler quelques chiffres concernant plusieurs élections présidentielles, oubliés et pourtant particulièrement éclairants pour comprendre les dangers de la « sondomanie ».

 

Election de 1981

                     Octobre 1980              Avril 1981             Mai 1981
                    (sondage IFOP)          (1er tour)            (2ème tour) 
Mitterrand         18%                         25,9%                   51,8%
Giscard             36%                         28,3%                   48,2%
Marchais           16%                         15,3%                     -
Chirac                 8%                         18,0%                     -


Election de 1995

                      Fin janvier 1995               Avril 1995           Mai 1995
                  (sondage IFOP/SOFRES)     (1er tour)          (2ème tour)
Jospin                 15%                                23,3%              47,4%
Balladur              29%*                               18,6%                 -
Chirac                 16%                                 20,8%              52,6%

 

* Ces mêmes sondages indiquaient que 62% des Français pensaient que Balladur ferait un bon président de la République et 65% d’entre eux étaient convaincus qu’il serait élu….

 

Election de 2002

                   Septembre 2001         Avril 2002              Mai 2002
                  (sondage SOFRES)       (1er tour)            (2ème tour)
Jospin                27%                            16,2%                    -
Chirac                26%                            19,9%               82,2%
Le Pen                7%                             16,9%               17,8%
Chevènement     9%                               5,3%                    -

 

Election de 2007

                      Décembre 2006          Avril 2007           Mai 2007 
                        sondage BVA)          (1er tour)            (2ème tour)
Sarkozy                   32%                      31,2%              53,1%
Royal                       35%                      25,9%              46,9%
Bayrou                      8%                       18,6%                 -
Le Pen                      9%                         0,4%                 -

 

          J’espère que ce retour sur le passé, qui se veut un appel à la lucidité, incitera les responsables politiques de la gauche à ne pas fixer leur cap en fonction des indications de cette boussole si peu fiable que sont les sondages prédictifs.

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez