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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 10:48

     Deux options avaient été soumises au vote des militants socialistes lors de la consultation du 1er octobre 2009 et ceux-ci avaient clairement préféré celle qui faisait le choix de « primaires dans le cadre d’un rassemblement des forces de gauche autour d’une plateforme commune ». 

  

   Le texte proposé au vote des sections socialistes dans quelques jours n’est pas conforme à ce message des militants, car il entérine l’organisation de primaires pour désigner le candidat du seul  PS et non celui d’un large rassemblement de la gauche et de l’écologie. 

 

C'est pourquoi, avec d'autres membres

du Conseil National du PS,

nous proposons d’en revenir à la logique voulue

par le vote militant du 1er octobre 2009

et nous demandons:

 

   1- que la direction nationale du PS prenne les contacts nécessaires avec nos partenaires, dans le but d’élaborer une plateforme commune et d’engager des discussions afin d’évaluer la possibilité d’une candidature de rassemblement désignée par des primaires. 

  

   2- qu’un bilan de l’action entreprise et des contacts réalisés soit présenté en fin d’année 2010.

 

   3- qu'au cas où il serait constaté à cette échéance qu’il faille désigner un candidat des seuls socialistes, des primaires internes au PS soient alors organisées.

 

 

 Pourquoi nous refusons le texte proposé par le Conseil National

du PS du 8 juin 2010

 

Nous considérons qu'il ne représente pas  un atout pour la victoire en 2012, mais plutôt un risque et cela, pour 4 raisons:

 

   • Il s'agit de primaires socialo-socialistes et non des primaires pour un candidat de large rassemblement à gauche.

   • Elles acceptent sans nuance la présidentialisation et elles renforcent la personnalisation de la politique.

   • Elles conduisent à l’effacement des partis et à une dépolitisation accélérée.

   • On peut craindre un vote sous influence.

 

1- Ce projet n’est pas conforme au message prioritairement émis par les militants socialistes lors du vote du 1er octobre 2009.

   Deux options avaient alors été soumises au vote et les militants avaient clairement préféré celle qui faisait le choix de « primaires dans le cadre d’un rassemblement des forces de gauche autour d’une plateforme commune». Ce n’est absolument pas ce qui est maintenant présenté avec l’organisation de primaires pour désigner le seul candidat PS et non pour départager des candidats issus de différentes familles de la gauche et de l’écologie.

   Il ne s’agit plus de créer une mobilisation citoyenne pour réussir l’union mais de mettre en place une machine qui dévitalisera le PS, dont les adhérents seront dépossédés du choix de celle ou celui qui les représentera dans le combat politique majeur.

 

2- Ce projet renforce l’acceptation de la présidentialisation de la Vème République.  

   La composition du « corps électoral » des primaires, ouvert à tous ceux qui veulent soutenir le candidat socialiste, est supposée conférer à celui-ci une légitimité supérieure à celle qu’il aurait par le vote des seuls militants. Mais il se trouve que le programme et le projet seront, eux, arrêtés par une « convention extraordinaire » du PS, donc par les seuls militants socialistes.

   Il est donc clair que le programme et le projet ne s’imposeront pas au candidat retenu…..qui pourra faire valoir que ses positions auront été validées par un nombre bien plus conséquent de Français que les thèses du PS ! On bascule ainsi dans une présidentialisation de notre vie interne et même de la vie politique au sein de la gauche.

   A l’opposé de cette démarche, qui se limite au choix du candidat à la présidentielle, un large débat avec les militants associatifs et syndicaux sur les choix programmatiques permettrait de mieux prendre en compte leurs attentes et leurs idées et contribuerait à redonner force au débat politique.

   Il n’est pas inutile de rappeler que nos valeurs privilégient la délibération collective sur le fond par rapport au casting destiné à choisir celui ou celle à qui on confierait les arbitrages essentiels. Si nous sommes naturellement obligés de « faire avec » les institutions actuelles, il ne faut pas en devenir prisonnier, d’autant que nous disons vouloir les transformer en profondeur et redonner un pouvoir effectif au Parlement.

 

3- Ce projet conduit à l’effacement des partis et à une dépolitisation accélérée

   Il est prévu que le candidat pourra s’exonérer sur tel ou tel point du projet voté, en présentant ses propres options. Or, un programme est nécessairement un équilibre, un compromis entre différents points de vue et des revendications diverses, permettant à chacun d’adhérer à la vision d’ensemble. La politique a justement pour fonction d’assurer cette cohérence et ce rassemblement.Permettre au candidat, s’appuyant sur le vote de personnes n’ayant pas participé aux débats programmatiques, de changer des éléments majeurs de cet équilibre revient à remettre en cause la ligne du PS, son unité et sa capacité à gagner.

   Cette logique risque de porter un coup fatal aux partis et à leur rôle essentiel d’élaboration collective et d’éducation populaire, politique et civique. La formation politique n’est pas un luxe superflu. Elle prépare les adhérents des partis à inscrire leur pensée et leurs analyses dans une réflexion historique, dans une vision globale et collective, construite autour de valeurs.

   Il est frappant de constater que les pays ou des primaires sont organisées sont aussi ceux où les débats idéologiques sont faibles, les clivages gauche /droite estompés, au point d’ailleurs qu’aux Etats- Unis et en Italie (cités comme modèles), il n’y a pas ou plus de parti socialiste ! Est-ce cela que nous voulons ? Est-ce que cela permettrait la victoire de la gauche en 2012? Certainement pas. La gauche ne gagnera que rassemblée et sur la base d’une alternative politique claire.

 

4- Une élection qui risque d’être sous influence

   Il n’est pas certain que le candidat sorte de cette procédure aussi renforcé qu’on l’annonce.

En effet, bien des dérives et des manipulations sont possibles, à partir du moment où les seules contraintes pour voter sont le paiement d’une somme symbolique d’un euro et la signature d’une vague « déclaration de principe (via un émargement) s’engageant à soutenir les valeurs de la gauche ».

   Ce risque est réel, dans la mesure où ce type de désignation est très sensible à l’opinion dominante, aux modes éphémères, à l’air du temps, aux commentaires des médias, sans même parler du poids des sondages….habilement commandés et publiés.

   Ceux qui ont les yeux rivés sur le sondages feraient bien de regarder de près certaines analyses comme celle publiée par "le Parisien" du 4 juin 2010 ( sondage CSA). Ce sondage est clair: 71% des sympathisants socialistes participeraient à ces primaires, ainsi que 20 à 25% des électeurs de droite et même 30% des électeurs d’extrême droite !!

   Il est facile de montrer qu’un candidat pourrait ainsi être élu contre la volonté de l’électorat de gauche. On imagine ce que serait alors les graves conséquences politiques qu’entraînerait un tel cas de figure (voir sur ce blog 2 hypothèses, sur la base du sondage CSA)

.

Pour conclure, ces primaires présentent des risques sérieux.

 

    La comparaison avec l’élection d’Obama est sommaire. C’est le programme, le « Changer » d’Obama qui a fait sa victoire et non les primaires. D’ailleurs, Mac Cain a lui aussi été désigné par des primaires! C’est la capacité des deux principaux rivaux démocrates (Hilary Clinton et Barack Obama) à se rassembler qui a été déterminante et a permis une campagne de terrain. La clef du succès, c’est donc bien la stratégie de rassemblement et le contenu du projet, de la plateforme législative et gouvernementale.  

 

Le meilleur candidat est celui qui assurera le mieux le rassemblement de toutes les forces de gauche, qui portera avec force la plateforme commune et sera capable ensuite de présenter une vision d’avenir de la France, de l’Europe et du monde. Or, le préalable de la recherche de l’union et d’un accord législatif n’existe pas dans les propositions soumises au vote.

 

   A supposer qu’il ne soit pas possible d’avancer vers une candidature de large rassemblement de la gauche et des écologistes, il faut pour le moins oeuvrer à la réalisation d’un manifeste, d’une plateforme législative commune, avant la désignation de tout candidat à la présidentielle. Le calendrier retenu jette l’éponge un peu vite et ne présente la participation éventuelle d’autres forces à ces primaires que comme un ralliement à la procédure décidée unilatéralement par le PS, ce qui n’a guère de chance de convaincre nos partenaires.

   Tout devrait donc être fait d’ici l’été 2011 pour assurer l’établissement d’une plateforme législative avec nos partenaires de gauche et écologistes, évaluer avec eux s’ils souhaitent différentes candidatures à la présidentielle ou s’il est possible de se mettre d’accord sur une candidature de large rassemblement. Dans ce cas seulement, des primaires peuvent avoir un sens. Ce n’est malheureusement pas cette voie qui est proposée au vote des militants socialistes. 

 

De plus, des primaires strictement socialistes, telles qu’elles sont envisagées, seront soit jouées d’avance, soit source de tensions supplémentaires

 

   En effet, s’il s’agit de choisir le seul candidat du PS, le mode de désignation le plus efficace est celui qui permet le rassemblement des socialistes et donc qui limite les tensions autres que la légitime compétition autour des atouts des uns et des autres. Il n’est pas utile de tenter de séduire le plus grand nombre de sympathisants occasionnels à 1 euro.

   Si un candidat s’impose de fait, les primaires strictement socialistes tourneront au plébiscite; elles ne serviront à rien et mobiliseront peu. Si, par contre, le jeu est ouvert entre les candidats et le résultat serré, il sera difficile de recoller les morceaux au sein de l’électorat socialiste comme de réussir le rassemblement de toute la gauche.

   L’organisation de primaires strictement socialistes peut accroître les tensions internes (conflits de légitimité, critique du corps électoral et de sa représentativité, sincérité du scrutin, litiges…...) et compliquer les relations avec nos partenaires, qui risquent de ressentir comme du débauchage l’appel à tous les citoyens « de gauche » à participer à « nos » primaires !

 

Et dans tous les cas, elle accélèrera l’effacement des partis dans notre vie politique. De Gaulle, en instituant la Vème République, voulait faire disparaitre les partis. Ne lui donnons pas raison.  

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Published by Paul Quilès - dans Primaires
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GENDRE Pierre 19/06/2010 14:10


Je suis entièrement d'accord avec cette analyse. De plus, la droite pourrait se permettre le luxe de choisir le candidat socialiste ! Si çà ne coûte qu'un euro, pourquoi s'en priver.


Bernard GILLERON 17/06/2010 17:14


En panne d'ordinateur dans un cybercafé et sans lunettes(!!) J'ai pu lire ce post, et j'en partage entièrement l'argumentaire très complet! Dans un prochain commentaire, je prendrai soin de montrer
combien il est mortifère de décerner à quiconque le titre de citoyen informé de la chose politique.
Marx déjà insistait sur ce point dans ses écrits: la connaissance su système d'exploitation et des forces qui le mettent en œuvre dans chaque pays, ainsi que du "rapport de forces" propre à chaque
pays entre le capital et le travail, est la clef de la réussite d'un changement de système.Ce que d'aucuns disent de Lénine, et que dont nous, français, créditons Jean Jaurès.
Les Léninistes ont à leur tour inventé la notion de "révolutionnaires professionnels", qui ont trouvé leur parfaite expression dans la notion de "permanents" des partis communistes, r rémunérés par
le Parti.
Curieuse évolution de l'idéologie socialiste, voici que nous croulons sous le poids des "politiciens professionnels" (élus, collaborateurs d'élus, agents des collectivités locales dirigées par
nous)et que se rendant compte que beaucoup ont perdu(quand ils l'ont eu) tout contact avec le peuple(les gens)n qu'ils ne sont plus "dans le peuple comme un poisson dans l'eau", les voilà prêts à
remettre leur DEVOIR d'orientation et de décision à un "corps électoral" qui trouverait sa légitimité de définir le dirigeant de gauche, dans le seul fait d'être titulaire d'une carte d'électeur(ce
qui ne signifie nullement qu'il utilise ses droits[cf. + de 50% d'abstentions, essentiellement dans les couches populaires]avec une invraisemblable usine à gaz pour faire participer nos camarades
non-français, donc non inscrits sur les listes électorales.
Et au Conseil National l'immense majorité des membres, élus pour la plupart, prennent part à cette autoflagellation, et remettent le sort de la gauche entre les mans d'inconnus.
Jaurès réveille-toi, ils sont devenus fous!


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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez