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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 23:22

      Vous l’avez sûrement remarqué, il y a « ceux qui savaient » et qui n’ont rien dit et il y a maintenant « ceux qui ne savent pas », mais qui parlent abondamment. Serait-ce trop leur demander que d’attendre un peu avant de conclure? Quand on saura, on pourra juger et il y aura probablement beaucoup à dire. Pour l’instant, mieux vaudrait faire preuve d’une certaine réserve.

     C’est l’attitude que j’ai adoptée depuis l’annonce de « l’affaire », en me gardant de tout commentaire hâtif ou dicté par l’émotion. A quoi bon en effet ajouter sa voix au flot de commentaires plus ou moins bien inspirés et qui déferlent à travers tous les vecteurs de communication ? Je n’ai aucun goût pour ces jugements à l’emporte pièce, ces indignations sélectives, ces exécutions en « live ». Je vois bien que l’on trouve dans cette « affaire » tous les ingrédients susceptibles d’alimenter un formidable feuilleton qui dope les audiences et les tirages : politique, sexe, argent, violence, police, justice, gloire et déchéance…. Autant de sujets -et j’en oublie-, traités de façon sommaire, dans l’agitation et l’approximation qu’imposent les règles désormais incontournables de la transparence absolue et de l’immédiateté.

      Pas surprenant que passent au second plan, écrasés par ce qui est présenté comme « l’évènement qui annonce la fin d’une époque » : les conséquences de la disparition de Ben Laden, la répression sauvage en Syrie, la guerre en Libye, la radioactivité au Japon, la mort du 58èmemilitaire français en Afghanistan…pour ne parler que des évènements récents les plus significatifs des désordres mondiaux.

     Revenons donc à « l’affaire », non pas pour la commenter, mais pour essayer d’en imaginer les conséquences. La quasi-totalité des commentateurs les analysent sous l’angle pessimiste : pour les protagonistes de ce triste drame, pour la vie politique en France, pour la gauche, pour le Parti socialiste….

     Tout ceci n’est pas faux, mais je voudrais, à contre courant, pointer une conséquence optimiste (j’ose à peine écrire le mot). Ce qui vient de se passer montre clairement le danger que représente la focalisation du débat politique sur le choix des personnes, au détriment des idées, des programmes, des projets. Cette déviation est la conséquence d’un système institutionnel, qui imprègne notre vie politique et publique depuis près de 50 ans, avec un président, élu par les Français, qui parle de tout, qui décide de tout, mais qui n’est responsable devant aucune assemblée! Il va bien falloir que la gauche se décide à dénoncer ce système, car, si elle le récuse en paroles, elle l’a pleinement accepté, allant même jusqu’à l’intérioriser en mettant en place une méthode de sélection des candidats à l’élection présidentielle –les primaires socialistes- intégrant les défauts d’une monarchie républicaine qui ne dit pas son nom : les personnes avant les idées, le rôle des partis minoré et ramené à celui d’une machine électorale.

     L’« affaire DSK » confirme qu’en politique, rien n’est sûr un an avant l’échéance. Il faut maintenant espérer que la gauche saura prendre de la hauteur et maîtriser le calendrier de la prochaine période. Elle devra notamment éviter les divisions et les compétitions d’égos, pour se concentrer sur la définition du socle programmatique, seul capable de crédibiliser l’alternative à proposer aux Français.

     C’est le sens de « l’appel du 10 mai », que je vous invite à signer. C’est aussi la raison d’être des « assemblées des gauches » qu’organise le club Gauche Avenir. Après le succès de la première assemblée consacrée au thème du logement, nous travaillons avec les différentes composantes de la gauche à la préparation des assemblées sur l’énergie, puis sur l’éducation. Dans les prochaines semaines, nous ferons ainsi la preuve par l’exemple qu’il est possible de définir un « socle », qui peut être la base sur laquelle la gauche s’engagera à gouverner. Cette démarche me semble plus sûre et plus durable que la recherche du candidat providentiel, objectif dont on a malheureusement vu les limites.

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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commentaires

GOUPI 21/05/2011 10:15


Platon avait bien raison....


Véronique Pons 20/05/2011 20:52


Je pense que le dénominateur commun qui ressort des commentaires épidermiques relatifs à cette affaire est la colère. Colère contre l'impunité dont bénéficient les politiques et les puissants en
France, colère contre le fait que la France (symbolisée par l'impuissance du français menotté) soit devenue peu de choses, colère de constater qu'il faut être riche pour pouvoir se défendre (en
Amérique certes mais ne nous prépare-t-on pas une justice équivalente ?), colère contre le machisme en politique qui révèle la frustration et les difficultés éprouvées par beaucoup de femmes dans
le cadre de leur vie quotidienne, colère due à la peur du déclassement à laquelle la brutale déchéance de DSK renvoie, colère profonde et amplifiée par la crise économique. Il faut un coupable et
DSK polarise sur sa personne toutes les colères et les frustrations du moment, comme il a polarisé l'espoir, mais le rejet de Sarkozy et de la société qu'il veut nous imposer revient rapidement sur
le devant de la scène, j'en suis convaincue.
Aux USA, le rêve américain est encore possible et on peut travailler plus pour gagner plus, espérer changer de condition sociale. En France, on voit que faire des études n'est plus une garantie,
pas plus que de créer son affaire alors que les marchés sont saturés. Dans l'entreprise, le stress peut pousser au suicide, notre "modèle" social n'a jamais autant été menacé et voilà que nos
dirigeants considèrent les chômeurs comme un cancer social ! Il va falloir redonner de l'espoir tout en restant réaliste car il n'est plus question d'ignorer la dette publique...


Véronique Pons 20/05/2011 15:08


Il me semble que certains commentaires montrent des gens déboussolés en ce qui concerne la relation des politiques de gauche à l'argent. Rappelons que l'enrichissement personnel est un délit. Et
que l'apologie, voire la manifestation ostentatoire et décomplexée de l'argent est indécente vis-à-vis de ceux qui n'en ont pas, surtout depuis que la crise économique a jeté des millions de gens
dans le monde dans le dénuement. Rien à voir avec le fait qu'un homme ait la chance d'avoir épousé une femme qui dispose d'un héritage substantiel ! N'avait-on pas, en son temps, reproché à Léon
Blum d'être un bourgeois ? Par contre, je pense que le PS devra évacuer tout doute sur le fait qu'il ait eu connaissance, dans le passé, de faits susceptibles de disqualifier le favori des sondages
dans la course à la présidence. Quant aux rumeurs, voire aux présomptions, quel crédit faut-il leur accorder alors qu'on sait, par exemple, qu'elles ont servi de prétexte à la guerre en Irak ? Il y
a un océan entre le fait de "fermer les yeux" sur une conduite coupable au regard de la loi et susceptible d'éclater au grand jour et celui de refuser de donner prise à des ragots de comptoirs. Un
parti politique en campagne doit se montrer responsable vis à vis de son électorat et le PS devra impérativement communiquer à ce sujet.


Véronique Pons 20/05/2011 13:41


La théorie du complot, accréditée par 57% des français, peut ne pas tenir durablement et le PS faire les frais pendant un certain temps de « l’affaire DSK » mais je suis convaincue que la victoire
d’un socialiste est possible. Car le rejet de Sarkozy par une grande partie des français est très profond ce que ce dernier méconnaît du fait de sa superficialité qui l’amène à miser
essentiellement sur la communication et de ses problèmes psychologiques qui lui donnent le sentiment de son invincibilité. Précisément, ses faiblesses pourraient se transformer en force si le PS ne
s’avérait pas capable de tourner la page DSK d’autant plus qu’un sondage effectué récemment montre que celui-ci était challengé au sein de son propre parti ce qui mérite d’être analysé
méticuleusement. Car même s’il s’avérait qu’il ait commis un crime sexuel, qui plus est sur une immigrée sub-saharienne pauvre et musulmane, ceci ne pourrait qu’accréditer la thèse du coup de folie
et en aucun cas être assimilé à un système tel que le lien de parenté existant entre le pouvoir actuel et les puissances de l’argent, dont on sait qu’il est logiquement rejeté par nos compatriotes
puisqu’il rend le rôle des politiques sans objet. Sont aussi rejetées l’accentuation, depuis la crise, de l’écart entre riches et pauvres qui choque et la peur du déclassement qui hante les
français. La place des politiques se trouve entre le pouvoir de l’argent et les citoyens et lorsque le pouvoir politique ne joue pas son rôle en n’affirmant pas son pouvoir de régulation, il est
logiquement déconsidéré. Le fait de tutoyer les grands de ce monde peut apparaître, un temps, providentiel car que peut-on contre des marchés mondialisés ? Mais c’est bien la détermination et la
volonté politique qui peuvent amener un président à prendre des mesures de nature sinon à réguler, du moins à rendre moins insupportable au citoyen la pression du pouvoir des marchés sans toutefois
niveler par le bas. Comme l’a dit Chirac, l’élection présidentielle est la rencontre entre un homme -ou une femme- et un peuple à un moment donné. Et c’est aussi sur les valeurs morales que ce
combat se gagnera et le seul qui l’ait perdu, c’est Sarkozy parce qu’il n’a jamais compris quel était son rôle. Quel que soit le candidat du PS, il devra apparaître comme étant capable de tenir sa
place entre les français et la formidable puissance que confère l’argent.
Quant à DSK, il est un adulte qui a pris la décision d’être candidat en connaissance de cause. Il a les moyens matériels de s’offrir la meilleure défense face au drame qu’il est, quoi qu’il en
soit, en train de vivre et il faut à présent que le PS, s’il veut convaincre, fasse la différence entre le prévenu objet d’une procédure dont rien ne permet d’affirmer qu’elle ne sera pas équitable
et l’homme, l’ex-champion du PS, voire l’ami, qui peut apparaître comme un coupable potentiel aux yeux d’une partie de l’électorat, notamment féminin. Il faut aussi que M. Aubry cesse de répéter :
« la France qu’on aime » rejetant ainsi l’autre France dans les bras du Front National ! Mais avant tout, il faut un candidat qui ait un mental et une motivation de sportif de haut niveau pour
prétendre gagner une campagne présidentielle car il serait regrettable que Sarkozy soit élu avec 35% de l’électorat... ou 70 ! D’ores et déjà, l’opinion ne tolèrera pas que le PS se déchire à
nouveau, donnant ainsi l’impression que DSK était le seul recours. Ni que quelqu’un « se dévoue ». Moi-même, je n’hésiterai pas à orienter mon vote dans le seul but de faire barrage à Sarkozy, le
cas échéant. J’appelle donc les candidats potentiels à méditer sur la différence entre les militants et sympathisants qui se pressent à leurs meetings et les électeurs qui considèrent, eux, que le
rôle des politiques consiste à défendre l’intérêt public et certainement pas leurs ambitions personnelles. Plus que jamais, le PS devra montrer sa confiance dans sa capacité à gagner cette élection
car il est peut-être un lieu de convivialité, voire une famille pour certains, mais il est avant tout une machine à faire gagner son candidat…
Cordialement.

Le 18/05/2011


GMO 20/05/2011 11:15


Je ne peux que souscrire à votre analyse. Oui, il y a une exigence première dans cette future élection, c'est de s'engager à sortir du système mortifère pour la gauche, car contre sa nature, des
institutions de la Vème république. Nous ne pouvons lier notre destinée à celle d'un homme ou d'une femme providentiel(le), si talentueux(euse) qu'il (elle) soit.
Arnaud Montenbourg avait eu une formule qui me paraissait intéressante aux précédentes présidentielles, lorsqu'il disait : "Notre candidat, c'est le projet". Oui, il faut en revenir au fond de
notre politique, et bien évidement, confronter notre projet avec ceux de nos partenaires, car, aujourd'hui encore plus que hier, nous ne pourrons gouverner seuls. L'intelligence collective doit
prévaloir sur les ego individuels et partisans.
Merci pour votre prise de décision


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- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

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