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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 10:10

        Jean Musitelli, ancien conseiller diplomatique de François Mitterrand, m'a aidé à préparer la rencontre de Cordes du lundi 9 novembre.
      Il a rédigé ce texte, qui pose de façon très claire les questions qui seront abordées au cours du débat.
                                           
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Le 9 novembre 1989, le Mur de Berlin, symbole de la division de l’Europe, était abattu dans l’allégresse, mettant fin à 28 ans de séparation physique entre les deux parties de l’Allemagne. Une fois de plus, la démonstration était faite que les murs érigés pour séparer les peuples ne servent à rien, sinon à faire des victimes inutiles. A Berlin comme ailleurs, le rempart de béton n’a pas empêché le désir de liberté de triompher. On pouvait alors raisonnablement penser que le temps des murs était révolu.

Pourtant, vingt ans après, le monde se hérisse de barrières, comme si elles devaient être plus efficaces demain qu’elles ne le furent hier.

Certes, les murs d’aujourd’hui sont différents de ceux d’hier. Ils ont changé, d’échelle, de nature, de fonction. Avec ses 155 km, le Mur de Berlin paraît dérisoire face aux 1139 km prévus pour le mur de séparation Etats-Unis-Mexique ou les 790 km de la « clôture de sécurité » dont Israël a engagé la construction. La technologie aussi a évolué. Les murailles de béton intègrent  désormais des capteurs électroniques, des systèmes de détection à infra-rouge, des moyens de surveillance par hélicoptère. Enfin et surtout, le mur a changé de fonction. A Berlin, il s’agissait d’empêcher la population de fuir. Aujourd’hui, il s’agit d’empêcher des indésirables d’entrer. Hier prison, aujourd’hui citadelle.

En ce sens, les murs d’aujourd’hui reflètent l’état du monde globalisé comme ceux d’hier reflétaient le monde façonné par la Guerre Froide. Ce n’est plus l’ère des affrontements idéologiques, de l’hégémonie des deux superpuissances, des stratégies d’intimidation et de dissuasion. C’est un monde où l’antagonisme dominant est celui qui oppose les riches aux pauvres, les nantis aux laissés pour compte du développement. Ce n’est pas un hasard si les murs poussent sur les lignes de fractures Nord-Sud (Rio Grande, Méditerranée) là où les différentiels de richesse sont les plus accusés. C’est la réincarnation moderne du limes antique, cette frontière fortifiée au-delà de laquelle les Romains cantonnaient le monde barbare.

L’objectif est de protéger les ilôts de prospérité contre les vagues migratoires, contre ces nouveaux barbares que sont les populations errantes jetées sur les routes et les mers par la misère. Le projet pharaonique de mur de séparation entre les Etats-Unis et le Mexique, constitué par une double clôture métallique sur plus de 1000 km, et dont plusieurs tronçons existent déjà, en est la manifestation la plus spectaculaire. L’Europe n’est pas en reste. On se souvient des images de ces clandestins agrippés aux grilles qui protègent les enclaves espagnoles au Maroc. Quand à la Méditerranée, loin d’être ce lien entre les continents qu’on célèbre dans des discours incantatoires, elle est devenue un mur d’eau où viennent se noyer les émigrants africains.

Autre type de mur, celui qui vise à séparer des communautés. A Chypre ou en Irlande du Nord, depuis longtemps. Entre Israël et la Palestine désormais, avec la construction d’une ceinture de béton et de barbelés, haute de 9 mètres dans les villes, doublée d’une barrière dite intelligente avec portiques électroniques et caméras tous les 50 m. Au prétexte d’interdire l’intrusion de terroristes palestiniens, cette clôture dont le tracé place de fait une partie des territoires occupés (riche en points d’eau) du côté israélien a été jugée contraire au droit international par la Cour internationale de justice en 2004.

Les murs sont toujours l’aveu d’un échec de la part de ceux qui les érigent : échec à vivre en paix avec ses voisins, échec à réguler les flux migratoires, échec à surmonter ses propres peurs obsidionales. La logique de militarisation des frontières qui les inspire combine l’inefficacité et l’inhumanité. Inefficacité : le nombre de clandestins qui franchissent le Rio Grande se compte par centaines de milliers ne serait-ce que parce que, privés de cette main d’œuvre à bas coût, des pans entiers de l’économie du sud des Etats-Unis s’effondrerait. Inhumanité : à la frontière mexicaine, les victimes se comptent par milliers. En Palestine, la vie quotidienne des habitants est littéralement pourrie par le mur.

Tel est le diagnostic. Alors, les murs sont-ils une fatalité ? Un monde sans murs est-il une utopie ? Comment abattre les murs ? Par quoi les remplacer ? Ce sont là quelques questions pour lancer le débat.

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Published by Paul Quilès - dans Cordes sur Ciel
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commentaires

blase montbroussous 08/11/2009 13:48


Un court extrait de "Quand les murs tombent" co-écrit par P.Chamoiseau et E.Glissant : " La tentation du mur n'est pas nouvelle. Chaque fois qu'une culture ou qu'une civilisation n'a pas réussi à
penser L'Autre, a se penser avec l'autre, à penser l'autre en soi, à se penser avec l'autre....ces raides préservations de fers,se sont élevées ,effrondrées et nous reviennent encore dans de
nouvelles stridences................"La notion même d'identité a longtemps servi de muraille : faire le compte de ce qui est à soi, le distinguer de ce qui tient de l'autre qu'on érige alors en
menace illisible empreinte de barbarie. .... " . Les murs, l'identité sont en étroite relation.Et que dire des pratiques d'évitement (cf lotissements paradisiaques) , racisme sans racistes ! Merci
beaucoup.


babelouest 07/11/2009 19:09


Ces murs sont d'autant plus dommageables, qu'ils séparent souvent les pauvres des pauvres. Les banlieues de Los Angeles, à un ou deux kilomètres de l'opulence insolente de Hollywood ou Beverly
Hills, sont absolument comparables aux quartiers pauvres du côté mexicain. Alors, pourquoi couper les parias des parias ?Les gouvernements marchent sur la tête.

En France, c'est grâce un mur qu'ils veulent formé d'incompréhension et de ressentiment réciproque, que nos édiles au plus haut niveau s'arrangent pour isoler des "cités". Parfois même, ce mur
existe physiquement.

Ces personnages "importants" ne se rendent-ils pas compte que ce mur existe bien, mais entre eux et tout le reste de la population ? Ces derniers temps, il est devenu impénétrable, hideux et
ridicule.


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- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez