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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 10:11

          Depuis le 11 janvier, date de l’intervention militaire de la France au Mali, nombre de nos concitoyens ont découvert ce pays africain et sa situation préoccupante.

      

         Il est vrai que la médiatisation autour des nombreux lieux de tension et de conflits internationaux, ainsi que le débat public omniprésent sur le mariage homosexuel, ont éloigné l’attention des Français du drame qui se préparait dans ce pays depuis un an. Certains responsables, dont je suis, avaient pourtant poussé un cri d’alarme dès avril 2012 sur ce que j’appelais alors (voir sur ce blog:«  les risques d’un Mali effondré  ».

 

            Aujourd’hui, même si la pression semble avoir baissé, il est essentiel de bien s’informer pour éviter de se laisser abuser par les simplifications médiatiques et les formules du langage guerrier, qui décrivent mal la complexité de la situation. 

 

            De nombreux documents ont rappelé l’origine des difficultés de ce pays, dont certaines datent de l’époque coloniale. Le développement du Nord (l’Azawad) a été négligé et, après l’indépendance en 1960, l’opposition entre le pouvoir central de Bamako et la population du Nord (peuplé en grande partie de Touaregs) a conduit à plusieurs reprises à des rébellions. En 1991, un « pacte » a accordé une forme d’autonomie au Nord, mais rien n’a été fondamentalement réglé, si bien qu’une nouvelle rébellion a éclaté en 2012.

 

            La faiblesse de l’armée malienne, imputée à l’incompétence du pouvoir civil, a eu comme première conséquence le coup d’Etat militaire du Capitaine Sanogo à Bamako, fin mars. Les pressions internationales ont permis de remettre en place un pouvoir civil, mais sans légitimité. L’autre conséquence a été que le MNLA[1] a pu prendre le contrôle du Nord, en s’alliant aux mouvements djihadistes implantés dans cette région (Ansar Dine, Mujao, AQMI). Les exactions de ces derniers ont amené le MNLA à rompre avec eux dés le mois de juin 2012. C’était malheureusement trop tard et les ambitions territoriales des islamistes sont devenues un danger manifeste pour la région.

 

            Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est alors saisi du dossier, mais il a fallu attendre sa résolution 2085 du 20 décembre 2012 pour que soit décidée la création d’une force d'intervention, la MISMA, composée exclusivement d'Africains, la France et les pays européens devant apporter un soutien, notamment en termes de formation.

 

            Dans les jours qui ont suivi l’annonce de cette résolution, on a appris, par diverses déclarations publiques, que cette force africaine ne serait pas opérationnelle avant octobre 2013! Les responsables politiques de la Communauté internationale (Conseil de sécurité, France, Africains, UE, Etats-Unis.....) pensaient-ils sérieusement que les djihadistes n'avaient rien entendu et qu'ils attendraient pendant 9 mois que la MISMA s'installe avant de réagir? Cette naïveté, qui frise l'incompétence, a conduit les mouvements islamistes[2] à décider d'attaquer rapidement l'armée malienne, de prendre la ville de Konna, avec l'intention affichée de foncer vers Bamako.

           

            Dans ces conditions, du fait de la lenteur, de l’imprévoyance et de l’inefficacité de la Communauté internationale, la France, seul pays capable de donner un coup d'arrêt rapide aux plans des mouvements djihadistes, a été condamnée à intervenir seule et dans l’urgence. L’intervention de ses forces militaires a été un succès, puisque les djihadistes ont subi des pertes sévères et se sont dispersés dans le Nord. Pour autant, il serait dangereux de croire que la « question » du Mali est réglée, comme en témoignent les récents affrontements à Gao.

 

            La stratégie de la France doit maintenant prendre en compte la réalité de la situation. De toute façon, la question demeure de connaître l'objectif ultérieur de cette guerre et de la part que souhaite y prendre notre pays. Le discours martial sur la « guerre contre les terroristes islamistes », avec ses relents « bushistes », ne peut décrire la finalité de l’action de la France et de la Communauté internationale. Pour nécessaire qu’elle soit, la lutte contre le terrorisme ne résume pas les nombreux défis autour de la crie malienne. J’en énumèrerai quelques-uns.

 

            1- Le défi politique : il n’y a toujours pas d’élection depuis le coup d’Etat de mars 2012. La démocratie est à construire, dans un pays gangréné par la corruption et avec un Etat défaillant.

 

            2- Le défi territorial : la vengeance à l’encontre des Touaregs prendra-t-elle le dessus ou les Maliens sauront-ils trouver les voies de la réconciliation ?

 

            3- Le défi économique et social : comment aider le pays à sortir de son sous-développement (relance des programmes cotonniers et céréaliers)? Quid d’un « Plan Marshall » ?

 

            4- Le défi de la sécurité : comment former une armée efficace ? Comment assécher les trafics de drogue, d’armes et de carburant ?

 

            5- Le défi africain : les pays de la CEDEAO vont-ils faire les efforts nécessaires pour prendre la relève de l’armée française et constituer la partie militaire de la MISMA ?

 

            6- Le défi européen : au-delà des belles paroles, l’Europe est-elle prête à s’impliquer dans le développement du pays ? Alors que s’écrit en ce moment en France le « Livre blanc de la défense », qui définit les raisons et les moyens de notre défense nationale, l’Europe est toujours incapable de faire le même exercice, pourtant indispensable si l’on veut vraiment définir ce que nous avons à défendre en commun.

 

            On le voit, la tâche est immense, dans ce pays pauvre, au cœur d’une Afrique qui a le droit de vouloir accéder à un développement que ses richesses, notamment minières, devraient lui permettre d’atteindre.


[1]  Mouvement National de Libération de l’Azawad, mouvement laïque de Touaregs.

[2] Ces mouvements, ainsi que les Touaregs, se sont largement approvisionnés en armement dans les arsenaux de Kadhafi, après la chute du dictateur libyen.

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez