Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 09:44

Un lecteur de mon blog (Frédéric Vincent, ingénieur, doctorant en astrophysique) 
me communique cette excellente chronique,
qu'il a publiée par ailleurs.
Elle concerne Nicolas Sarkozy, son mode de gouvernance
et ses approximations et mérite d'être lue !


********


     Il faut reconnaître certaines qualités à Nicolas Sarkozy : de l’énergie, un instinct politique et une capacité à capter son auditoire. Malheureusement, comme l’a fait remarquer Michel Rocard, « les qualités qu’il faut pour être élu ne sont pas celles qu’il faut pour gouverner ». Non seulement Nicolas Sarkozy n’a pas montré de qualités pour gouverner et mettre en place les réformes nécessaires, mais il a plutôt montré des prédispositions pour mettre la démocratie en danger : de l'ignorance, un déni de la réalité et un appétit insatiable pour le pouvoir.

     Lors de son entretien télévisé en direct du G20 de Pittsburgh, Nicolas Sarkozy a fait une confusion entre les gaz à effet de serre et les trous dans la couche d'ozone. Tout le monde peut se tromper mais ce n'est pas la première fois que le président s'emmêle les pinceaux et une telle erreur n'est pas acceptable de la part d'un dirigeant qui veut être en pointe sur le problème du climat.

     Le président devrait savoir que la couche d'ozone nous protège du rayonnement ultraviolet du soleil qui pourrait nous brûler la peau. La couche d'ozone a été menacée par l'emploi abusif de chlorofluorocarbures (CFC) qui sont utilisés notamment dans les bombes aérosols. Le protocole de Montréal en 1987 a permis de limiter les émissions de CFC et donc de préserver la couche d'ozone, indispensable pour la vie sur Terre.

    Le principal défaut du dioxyde de carbone (CO2) est d'être un gaz à effet de serre, facilement produit par l'activité humaine et s'accumulant dans l'atmosphère. Une quantité raisonnable de CO2 permet d'avoir une température viable sur Terre mais un excès entraîne une surchauffe avec un risque d'emballement du climat. Il est donc urgent et vital de limiter les émissions de CO2, car le climat ne négocie pas. Le sommet de Copenhague en décembre est donc une bonne occasion de faire des progrès majeurs et le président ne devrait pas négliger de réviser le sujet s'il veut s’assurer une certaine crédibilité.

     Lors de ce même entretien télévisé en direct du G20, Nicolas Sarkozy s'est félicité d'avoir mis fin aux excès de la finance, notamment les paradis fiscaux et les bonus. Les paradis fiscaux ne seraient plus des paradis fiscaux, car ils auraient signé des conventions avec un minimum de douze autres pays. Mais quand on regarde de près, on s'aperçoit que les paradis fiscaux ont signé une grande partie de leurs conventions avec d'autres paradis fiscaux : il est facile d'imaginer que les conventions en question ne soient pas spécialement contraignantes. Affirmer que « les paradis fiscaux, c’est fini », ça s'appelle « prendre les gens pour des cons ».

     Par ailleurs, réguler les bonus revient à combattre les symptômes d'une maladie au lieu d'attaquer le mal à la racine, c'est-à-dire une prise de risques inconsidérée. En dehors d'une obligation d'augmenter les capitaux propres, rien n'a été fait pour limiter le risque systémique et empêcher une nouvelle crise économique. Personne ne semble décidé à présenter l’addition aux banquiers et aucune personnalité politique ne semble s'inquiéter des dettes publiques qui atteignent des proportions inouïes.

     Affirmer que les problèmes sont résolus constitue, au mieux de l'aveuglement, au pire du cynisme qui se cache derrière un mélange de mauvaise foi et de démagogie. Le président préfère laisser la France s'endetter jusqu'au cou, plutôt que de remettre en question un bouclier fiscal qui protège surtout les déjà très riches.

     Enfin, le plus grave est l'actuelle dérive monarchiste, type « république bananière », qui entretient une confusion des pouvoirs. Nicolas Sarkozy a renforcé son pouvoir de nomination sur le président de France Télévisions, portant un premier coup à la liberté de parole des journalistes qui y travaillent. Il a par ailleurs lancé une mise au pas de l’université, en augmentant les pouvoirs des présidents d’université, sous couvert d’une réforme pour l'autonomie qui n’en a que le nom : la recherche ne se pilote pas comme une industrie, sinon ce ne serait plus de la recherche. Pour finir, et c’est clairement la plus dangereuse des réformes, le président remet en question l'indépendance de la justice, en supprimant le juge d'instruction.

     Cerise sur le gâteau : l'affaire du Prince Jean. Jean Sarkozy, ayant déjà redoublé ses deux années de droit, a quatre ans de retard et aucune expérience professionnelle suffisante pour présider l'EPAD. Contrairement à ce qu'affirment ses courtisans, il n'est pas un élu comme un autre. Il a profité d’une élection dans un fauteuil, dans les Hauts de Seine qui votent toujours à droite, et où les candidats de droite sont régulièrement élus dès le premier tour. Jean Sarkozy n’est pas un petit génie de la politique : c’est un fils à papa, dont le papa est président de la République.

     Au lieu de se vautrer dans ses privilèges comme un nouveau riche, Nicolas Sarkozy devrait se méfier : les Français ont une nature rebelle, ils n'aiment guère l'injustice et ils pourraient bien détrôner le roi en 2012.

Partager cet article

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Politique française
commenter cet article

commentaires

Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez