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Le blog de Paul Quilès

Réflexions et informations sur la paix et le désarmement nucléaire, sur la démocratie et sur l'actualité politique.

Pourquoi il faut parler du désarmement nucléaire

Publié le 18 Décembre 2011 par Paul Quilès in Désarmement nucléaire

     explosion-nucleaire.jpg     Il était question du désarmement nucléaire l’autre soir à Albi[1]. Ce ne devait pas être un sujet très médiatique, puisque les médias n’étaient pas là….Pourtant, l’amphithéâtre de la Fac était bondé et, pendant toute la soirée, on a entendu les représentants des partis de gauche exprimer leur point de vue et débattre avec la salle, parfois avec passion, de la paix, de la guerre, de l’armement nucléaire, de l’ONU, de l’OTAN….

     Certains ironisent sur la prétendue inutilité de telles manifestations et le caractère parfois incantatoire de quelques proclamations auxquelles elles donnent lieu. Ils ont tort, car le débat est toujours utile en démocratie, particulièrement lorsque le sujet abordé ne fait pas partie des « figures imposées » par le monde médiatique et auxquelles se plie trop souvent le monde politique.

     Pour ma part, j’ai essayé de replacer la question dans son contexte historique, rappelant l’espoir qu’avait fait naitre la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 : celui de la fin de la course aux armements[2]et de l’ouverture d’une période favorable à la paix et au développement de la démocratie. Espoir déçu, lorsqu’on observe la succession impressionnante de conflits qui ont ravagé le monde depuis 22 ans : Serbie, Kosovo, Rwanda, Tchétchénie, Irak, Géorgie, Afghanistan, Israël/Palestine, Soudan, Région des Grands Lacs…..

     J’ai souligné que, plus que jamais dans la période de grave crise que traverse le monde, il va falloir que les gouvernants sachent faire preuve :

- de leur capacité à apporter des réponses claires à des populations inquiètes et de plus en plus excédées par les inégalités et les injustices, afin d’éviter qu’elles écoutent, comme en d’autres temps, les sirènes de la démagogie et de l’autoritarisme ;

-  d’une grande prudence dans les relations internationales ;

- d’une ferme volonté d’explorer toutes les voies qui apaisent les conflits : l’aide au développement, le soutien à la démocratie, le désarmement.

     Concernant ce dernier point, j’ai constaté que, malgré des avancées réelles en termes de réduction des arsenaux nucléaires[3], le processus de désarmement avançait trop lentement et que de nombreux blocages subsistaient.

     En particulier, la question de la pertinence de la dissuasion nucléaire devrait se poser, dès lors que la confrontation des blocs a pris fin. Cette stratégie était, par excellence, l’instrument de l’équilibre militaire entre l’Est et l’Ouest, mais l’état des risques et des menaces n’a aujourd’hui plus rien de commun avec ce qu’il était dans la période de la Guerre froide.

     Par contre, les principales menaces pour la sécurité du monde sont celles du terrorisme et de la prolifération nucléaire, qui appellent d’autres réponses que l’armement nucléaire (application du TNP[4], contrôle de la production d’uranium enrichi et de Pu, création de ZEAN[5], mise en vigueur du traité d’interdiction des essais nucléaires, convention internationale pour la répression des actes de terrorisme nucléaire….)

 

     Le désarmement nucléaire est donc une nécessité, non seulement parce que cette arme est inutile et coûteuse (100 milliards $/an, pour les 9 pays détenteurs de l'arme nucléaire), mais aussi parce qu’elle est dangereuse. On sait en effet maintenant qu’au cours de la Guerre froide, son emploi a été envisagé à une vingtaine d’occasions et qu’à 2 reprises (crise de Cuba en 1962, guerre du Kippour en 1973), il s’en est fallu de peu que des frappes nucléaires soient mises en œuvre !

     Le désarmement nucléaire ne se réalisera effectivement que si les pays nucléaires –dont la France, trop timide jusqu’ici- engagent des démarches multilatérales, se fixent des étapes et acceptent la mise en place de systèmes de garantie et de vérification.

     Il faudra aussi que les opinions publiques, seules capables d’influencer les décideurs (les politiques, mais aussi le lobby militaro- industriel …qui conseille les politiques), se mobilisent, ce qui suppose que soient dénoncés les « faux consensus », notamment sur « l’assurance-vie » que représenterait l’armement nucléaire.

     C’est parce que je suis convaincu de la nécessité de cette action que j’approuve la démarche de Global Zero (lire mon discours à Los Angeles ) et celle d’ELN, réseau de personnalités européennes qui agissent en ce sens.
    
C’est aussi pour cette raison que j’ai rejoint il y a 2 ans les « maires pour la paix » . Ce réseau, qui comprend une centaine de communes en France   et qui en rassemble 5000 au niveau mondial, a comme objectif de promouvoir une « culture de paix » et de relayer les campagnes internationales en faveur d’un monde sans arme nucléaire.
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[1] Réunion publique à l’invitation de l’Appel des Cent, du COT et du MAN, animée par Patrice Bouveret, Directeur de l’Observatoire des armements.

[2] Le nombre de têtes nucléaires a triplé en 30 ans, entre 1960 et 1990.

[3] Les arsenaux nucléaires sont passés en 20 ans de 70 000 armes à 23 000….ce qui représente encore l’équivalent de 450 000 bombes d’Hiroshima !

[4] Traité de Non Prolifération

[5] Il existe actuellement 6 ZEAN (Zones Exemptes d’Armes Nucléaires). Une réunion des signataires du TNP doit se tenir en 2012 pour examiner la faisabilité d’une ZEAN au Moyen Orient (voir « le danger du nucléaire au Moyen-Orient » )

Commenter cet article
L
Que sont devenues les anciennes armes?<br /> Supposons que sur les 47 000 armes retirées environ la moitié aient des charges de plutonium (ne serait-ce que pour "allumer" la bombe H). On a alors à disposition environ 200 tonnes de plutonium.<br /> dans un réacteur MOx, une recharge annuelle correspond à 200 kg de plutonium. En réutilisant uniquement le plutonium , on pourrait au niveau mondial alimenter une cinquantaine de réacteurs Mox<br /> pendant 20 ans. Un autre calcul de même type pourrait se faire au niveau de l'uranium enrichi... IL s'agit là bien sûr d'ordre de grandeurs. Même si l'on est pas fanatique du nucléaire civil, c'est<br /> un élément qu'on pourrait ajouter au débat du nucléaire civil ou militaire.... Qu'en pense Paul Quilès?
Répondre
P
<br /> <br /> La remarque est exacte, mais je ne pense pas que cet argument contribuerait à convaincre les défenseurs du rôle "magique" du nucléaire militaire (dissuasion="assurance vie", "pas chère",<br /> "efficace" etc....) pour qu'ils reconnaissent la nécessité d'accélérer le désarmement nucléaire. De plus, il pourrait donner l'impression qu'on veut en quelque sorte échanger le nucléaire<br /> militaire contre le nucléaire civil.....ce qui compliquerait les 2 débats!<br /> <br /> <br /> <br />