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Le blog de Paul Quilès

Réflexions et informations sur la paix et le désarmement nucléaire, sur la démocratie et sur l'actualité politique.

Un "fort" sentiment d'indignation

Publié le 14 Mars 2011 par Paul Quilès in International et défense

Libye-massacres.jpgLes terribles souffrances des Japonais et leurs angoisses devant les dangers qui les menacent éclipsent dans les médias les autres drames de la planète. Je le comprends tout à fait, car nous devons faire preuve de compassion à l’égard du peuple japonais et manifester notre solidarité.

     N’oublions pas cependant que d’autres peuples traversent en ce moment des épreuves, qui, sans être de même nature et sans qu’il soit question de définir une échelle de l’horreur, risquent de devenir insupportables.

     Insupportable, par exemple, l’écrasement programmé par Kadhafi des populations libyennes révoltées, sans que la Communauté internationale décide au moins d’empêcher le tyran d’utiliser son aviation pour mitrailler les opposants ! Depuis 3 semaines, elle « réfléchit », elle « se concerte », elle « hésite », elle « étudie »….Chacun voit qu’au-delà des discours, des effets de manche, des dénonciations, les arguments techniques invoqués ne tiennent pas. Ils ne sont que les paravents d’une absence de volonté politique, qu’il va bien falloir analyser et dénoncer.
     Le plus mauvais exemple a malheureusement été donné par Barack Obama, qui n’a rien trouvé de mieux à dire, dans la plus pure langue de bois, que la Communauté internationale « a l’obligation de faire ce qu’elle peut ». Il est vrai qu’il y a près de 2 ans, en marge du sommet du G8, il avait déclaré : « Dans certaines circonstances exceptionnelles, l’intervention internationale devient un impératif moral », en invoquant l’absence coupable de l’ONU au moment du déclenchement du génocide du Rwanda en avril 1994. « Mais », ajoutait-il, « il doit y avoir un fort sentiment d’indignation internationale. Le seuil à partir duquel une intervention est appropriée doit être très élevé ».

     Et, pour que les choses soient claires, Barack Obama vient de préciser qu'une intervention se justifiera "si on commence à voir des civils sans défense massacrés par les forces de Kadhafi". Il faut donc des images fortes, des morts, du sang à la une, des massacres….si possible à la télévision, pour que la Communauté internationale puisse mener une « intervention appropriée » !

      Dans le cas de la Libye, qu’ils se rassurent, il n’y aura pas d’images. Les journalistes et les photographes sont tenus à distance par Kadhafi, certains d’entre eux ont été violentés et même torturés. On ne saura que plus tard les horreurs de la « reprise en main » par les fidèles du dictateur. Et puis, comme un malheur ne vient jamais seul, les écrans sont occupés par le drame qui martyrise le Japon.

    Alors, que dire, que faire ? Comme le conseille Stéphane Hessel : « Indignons-nous »….c’est tout ce qu’il nous reste pour l'instant. 

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F
<br /> Totalement en accord avec Paul QUILÈS<br /> Je suis indigné.<br /> Je suis triste.<br /> Je suis catastrophé!<br /> Merci de dire tout haut ce que beaucoup pensent.<br /> Si au moins nous n'avons pas le sens de l'honneur et de la solidarité, ayons au moins celui de nos intérêts.<br /> <br /> <br />
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V
<br /> La communauté internationale, et en particulier les USA, craignant une somalisation du conflit, a perdu sur le plan des valeurs morales à court terme et peut-être fait un pari dangereux sur le plan<br /> stratégique à long terme. Même si je sais que les Etats démocratiques n'agissent qu'en fonction de leurs seuls intérêts (c'est d'ailleurs pour cela que leurs représentants sont élus), toutes autres<br /> considérations ne constituant qu'un "habillage" destiné au "sentimentalisme" de leurs opinions publiques, le spectacle qu'ils sont en train de donner risque de laisser des traces. Peut-être pas<br /> dans leurs opinions publiques déjà sans illusions au sujet de leur capacité à s'entendre, mais plutôt dans la rue arabe qui a manifesté une confiance sans faille dans l'Occident, les valeurs<br /> démocratiques dont il se réclame, ses moyens de communications, sa presse, organe de contre-pouvoirs. Cette amertume, je l'ai lue sur un tweet déclarant : "Obama, envoie-nous tes marines et tu<br /> auras tout le pétrole que tu voudras". Il reste aux jeunes arabes qui arriveront à échapper à la torture, à la prison et à la mort, à comprendre que le fait d'avoir du pétrole ne suffit pas à leur<br /> donner accès à la liberté. Il leur faudra s'exiler, créer un gouvernement qui ait l'aval des grandes puissances, afin d'obtenir la "légitimité" que le bain de sang a échoué à leur donner. Le jour<br /> et à l'heure où les grandes puissances le décideront, si elles le décident, ils seront alors autorisés à lever une armée de libération. Mais le fils du tyran pouvant apparaître comme étant plus<br /> "présentable", ce jour risque de ne jamais arriver. Quel choix leur reste-t-il donc ? S'enfuir pour aller travailler ailleurs, pour certains, s'enfuir vers des camps d'Al Quaïda (qui d'autre ?) en<br /> emmenant assez d'argent pour pouvoir, en exil, se fournir au marché noir (ce qu'ils auraient dû faire déjà) ce qui leur permettra de chasser le tyran (en espérant que la communauté internationale<br /> ne lui permettra pas de s'armer à nouveau...), pour les autres. On finira donc, peut-être, par obtenir ce que l'on veut précisément éviter : à avoir un état hostile à l'Occident en Méditerranée.<br /> Car que restera-t-il comme autre option aux malheureuses tribus qui ne sont pas celles qui bénéficient des largesses du régime ? Il fut un temps où on appartenait au bloc occidental ou à celui de<br /> l'Est ; à présent, ils n'ont guère de choix même s'ils ne le souhaitent pas... Et ils devront en payer le prix par une autre soumission (Castro en sait quelques chose...). Nous aurons donc aussi<br /> perdu sur le plan de la stratégie. Le printemps arabe a pris de cours un monde sans souplesse et incapable de s'adapter à des changements rapides, imprévus et de les accompagner. Il faudra aux<br /> jeunes arabes tirer les leçons de l'attitude de la communauté internationale et de cette candeur qui les a poussés à manifester pacifiquement. Il leur faudra apprendre à hurler avec les loups et à<br /> peser sur la scène internationale s'ils veulent réussir à exister. Les jeunes Baïrenis sont en train d'en faire l'amère expérience... Les égyptiens comprendront vite que cette armée dont ils sont<br /> si fiers est un carcan dont il n'est pas possible de se libérer ; quant aux libyens, je suis d'autant plus écoeurée par leur drame qu'ils se réclament des Lumières et que nous avons donc une<br /> responsabilité morale vis-à-vis d'eux et que Kadhafi n'est pas seulement un dictateur mais aussi un malade mental. Si je vivais en Libye et que je survivais à cet enfer, je me poserais de sérieuses<br /> questions sur la démocratie...<br /> <br /> <br />
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