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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 22:39

Lors du Conseil National du PS du 8 juin, il n'a malheureusement pas été possible de s'exprimer séparément sur les différents sujets en discussion:

les primaires, le non-cumul des mandats, l'organisation des congrès et

l'application de la parité, du renouvellement et de la diversité.

Un vote unique a été demandé et cela m'a conduit, bien que favorable à certaines dispositions proposées, notamment en ce qui concerne

le non-cumul,

à voter contre le texte,

en raison de mon opposition au projet d'organisation de primaires ouvertes.

Vous trouverez ci-après l'explication

de ma position.

 

********** 

Les primaires ouvertes, un pari intenable

 

            En 2000, j’ai été un des rares responsables socialistes à critiquer publiquement le changement imposé par L. Jospin (quinquennat et inversion du calendrier électoral). J’avais mis en garde contre le double danger dans lequel il nous enfermait : idéologique (le renforcement du présidentialisme, aspect le plus inacceptable du fonctionnement de la Vème république), la perte automatique des élections législatives, en cas d’échec  à la présidentielle. C’est malheureusement ce qui s’est passé et nombre de ceux qui se sont tus à l’époque regrettent aujourd’hui de n’avoir rien dit. 

            C’est pourquoi, comme d’autres j’espère,  je n’ai pas l’intention de rester silencieux devant une des dispositions proposées pour « rénover » le PS. La volonté à nouveau affichée par le Parti socialiste de se rénover n’est certes pas critiquable. Encore faudrait-il que les propositions qui sont faites soient à la mesure des intentions proclamées.  

            Affirmer que ces « primaires ouvertes » seraient un moyen de « mettre en mouvement la société française », de « donner aux citoyens la possibilité de peser sur l’histoire et le destin de notre pays », de se dégager des « états majors politiques, médiatiques et des instituts de sondage », alors qu’actuellement les citoyens et les militants « jouent jusqu’à la fin un rôle passif de spectateur, convoqués aux urnes lorsque la bataille est jouée et achevée »[1]….est pour le moins excessif et décalé !  

            Dire que ces primaires seraient « une méthode pour sortir enfin de l’ambigüité institutionnelle entretenue jusqu’ici par la Vème République »[2] est étrange, alors que ce processus tend à entretenir  ce qu’un éditorialiste appelle « la folie présidentielle » !  

            Quand, de plus, il est clairement expliqué que ces primaires seront une occasion de choisir par ce vote « projet, candidat, alliances »[3] (et un premier texte parlait même des « équipes » du candidat), on imagine la confusion qui peut s’emparer des électeurs de gauche !  

            Car ces primaires auront à l’évidence l’objectif de départager des candidats socialistes (les partenaires n’en veulent pas), sans qu’il ait été tenté de définir ce que pourraient être les grands axes d’une politique de gauche, à mettre en œuvre par un gouvernement issu des 2 victoires en mai et juin 2012. C’était pourtant le mandat que les militants socialistes avaient donné lors de la consultation du 1er octobre 2009 (option 1-2).

           Le risque est donc de crisper un peu plus les différentes composantes de la gauche et de l’écologie, à l’opposé de la démarche proposée par un certain nombre de responsables de gauche, qui consisterait à organiser des Etats généraux où seront débattues et élaborées les grandes orientations d'une politique de gauche et écologique pour la France. Il est en effet essentiel de chercher les convergences les plus ambitieuses, sans toutefois nier les différences d’approche, voire les désaccords. Le rassemblement  tirera sa force et sa crédibilité de ce que nous pourrons faire ensemble, de ce qui fera accord, de nos engagements communs. Il les tirera aussi de notre capacité à gérer les différences, à reconnaitre des désaccords.  

            C'est ainsi que l'on redonnera de la vigueur à notre démocratie, qui ne saurait être réduite à des choix de personnes. Les institutions de la Vème République et l’hyper-présidentialisation du quinquennat de Nicolas Sarkozy veulent nous enfermer dans ce piège, mais nous ne sommes pas obligés d’y tomber !

 

            Or, l'idée des primaires socialistes ouvertes, non seulement esquive la question du rassemblement de la gauche, qui ne peut se faire sans débat préalable sur les idées, mais elle suggère que le choix d'un candidat fera office d'arbitrage sur la ligne politique et les grands axes du programme.  

            Ceci est un leurre, d'autant plus que cet arbitrage pourrait bien être fait par l'électorat de droite, comme le montre de façon indiscutable le sondage CSA publié dans le Parisien du 4 juin. On y découvre en effet que 71% des sympathisants socialistes et 43% de "l'ensemble des Français" iraient voter.....ce qui signifie que 20 à  25% des électeurs de droite participeraient à ces primaires socialistes et même plus de 30% des électeurs du Front National!! Chacun imagine bien ce que pèserait dans ces conditions l'obligation qui serait faite aux votants de "soutenir les valeurs de la gauche"....  

            Sur la base de ce sondage, voici 2 cas de figure, avec 2 candidats (A et B), qui montrent la situation politiquement intenable créée par un candidat élu de justesse…contre la volonté de l’électorat de gauche !

 

Candidat

A

B

Electeurs de gauche

(65% du corps électoral des primaires)

55%

45%

Autres électeurs

(35% du corps électoral des primaires)

40%

60%

Résultat

49,7%

50,3%

 

Candidat

A

B

Electeurs de gauche

60%

40%

Autres électeurs

30%

70%

Résultat

49,5%

50,5%

 


[1]  Extraits du rapport de la Commission de la rénovation

[2]  Idem

[3]  Idem

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Published by Paul Quilès - dans Primaires
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commentaires

babelouest 11/06/2010 16:02


Bonjour.
Souvent, bien que non inscrit au PS, je donne mon avis sur le blog Ile de Ré, ou chez Jean-Louis Bianco. Cette fois, c'est chez vous que je me permets une intrusion. Merci.

Il est indispensable que la position du PS soit révélée sans langue de bois, clairement, à tous les Français. Et ce, le plus vite possible maintenant : nous sommes déjà à la mi-2010. Il est aussi
indispensable que les candidats à la candidature devront faire leur ce programme, de A à Z, quitte à ce que, dans l'exercice du pouvoir, de petits aménagement soient nécessaires. De petits
aménagements qui ne ressemblent pas à un terrible changement de direction comme en 1982.

Ne nous leurrons pas, au vu de ses fonctions et de ses positions, Dominique Strauss-Kahn est éliminé d'office : ce n'est pas un homme de gauche, et il ne le sera jamais. Pour les autres, leur
acceptation d'un vrai programme de gauche est la clef de leur crédibilité. C'est en fonction de leur engagement pour ce programme qu'il faudra choisir un candidat crédible.
Amicalement.


Bernard Gilleron 09/06/2010 14:14


Absolument d'accord avec cet exposé.
"On" nous avait dit pas choix de candidats sans un projet préalable.
Nos "partenaires naturels" ont prévenu depuis longtemps le PS qu'ils parleraient "projet" et non "Candidats" les mieux placés.
Et pourtant, comme avant, au sein du seul PS, les "candidats potentiels" sont prompts à aller se montrer sur le plateaux de télé, mais beaucoup moins à défendre le "modèle"(pourtant pas un modèle,
une transition seulement vers une autre société),qu'à faire des plaidoyers pro-domo!
Et les écuries présidentielles de se remettre en marche:Mosco, Hollande, Aubry, DSK,(et même Valls!!) reconstituent leurs réseaux d’idolâtres.
Quant à l'élaboration d'un "projet commun" porté par un candidat de toute la Gauche, nos dirigeants ont considéré qu'il allait de soi qu'avec les scores réalisés par Le PS aux élections régionales,
UN CANDIDAT SOCIALISTE aura, automatiquement, le soutien inconditionnel des autres force de la Gauche politique, syndicale et associative!
Erreur funeste! Il n'est que d'écouter le niveau d'estime pour le PS qu'ont la beaucoup de syndicalistes(de FO à la CGT) pour comprendre que cette stratégie est vouée à l'échec!
Que faire?
Continuer inlassablement nos actions unitaires: exigences-citoyennes-retraites, États généraux de la Gauche, clubs et fondations, tels G.A. et Copernic,
Et enfin appliquer les statuts du Parti: se syndiquer et adhérer a une association:dans ces lieux où on ne parle pas qu'en "langage et slogans socialistes officiels", mais où chaque idée doit être
défendue auprès de non- socialistes.
NB: Hélas, le Parti Socialiste reste un parti d'élus, de collaborateurs d'élus,et d'agents des collectivités locales, qui en tant qu'obligés de l'élu PS qui les a embauchés, ne jugent pas
nécessaire de se syndiquer.D'où l'autisme où dont souffrent beaucoup trop de militants!


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- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
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