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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 17:26

Intervention de Paul Quilès

 

 au Colloque de MONS- 22-24 mai 2013 

 

 INTRODUCTION

 

             Le nucléaire a toujours été entouré de mystère et d’une volonté affirmée de garder secret nombre d’informations et d’éléments de nature tant technique que politique et stratégique. Au début de « l’ère nucléaire », il s’agissait de discrétion, car on considérait que la maîtrise des techniques et la possession de l’arme faisaient partie de secrets militaires, qu’il ne fallait pas divulguer. La course démentielle aux armements qu’a connue le monde entre 1945 et le début des années 90, aussi bien en termes de volume que de modernisation, a conduit à empêcher tout débat sur la pertinence de l’arme nucléaire des doctrines qui justifiaient son existence.

 

            A l’évidence, le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de la Guerre froide, avant 1989. Et pourtant, la question de l’armement nucléaire et de son utilité est toujours peu abordée, sauf dans des milieux assez fermés. Pour la majorité des Français, le sujet semble très loin de leurs préoccupations quotidiennes et les incertitudes générées par la crise économique les inquiètent beaucoup plus.

 

            On peut comprendre qu’à l’époque de la guerre froide, dans un monde marqué par le face à face entres les blocs soviétique et américain, la présentation de l’arme nucléaire comme garantie absolue de la sécurité de la France avait de quoi rassurer…..même si cela peut être jugé aujourd’hui comme illusoire.

 

            Mais chacun voit bien que le monde a changé et que les menaces ne sont plus de même nature. Malgré cela, le discours officiel, largement relayé par les prescripteurs d’opinion, fait toujours appel aux mêmes formules lénifiantes, assez fortes pour ne pas nécessiter de démonstration. Elles forment la base d’un discours officiel qui postule l’existence d’un « consensus », en réalité par défaut, puisque le débat public n’a pas encore eu lieu !

 

            En France, l’engagement éventuel de l’arme nucléaire est devenu, depuis le décret du 14 janvier 1964, une prérogative absolue du Président de la République. François Hollande, qui a réaffirmé que « la dissuasion nucléaire demeure encore aujourd’hui la garantie fondamentale de notre sécurité », doit considérer qu’il n’y a pas lieu par conséquent de débattre de la pertinence de l’arme nucléaire (exemple : absence du nucléaire dans le récent Livre blanc !)

 

            Il s’appuie aussi sur le prétendu consensus dont ferait l’objet cette doctrine, qui se nourrit d’affirmations selon lesquelles l’arme nucléaire serait notre « assurance vie », qu’elle ne coûterait pas cher et que, grâce à sa capacité dissuasive, elle resterait une « arme de non emploi ». On nous dit aussi que « l’arme nucléaire a permis la paix pendant 60 ans », qu’elle « assure l’indépendance de la France » et que, grâce à elle, notre pays « peut maintenir son statut de grande puissance et se faire entendre dans le monde ».

 

            Toutes ces affirmations sont contestables. Par exemple, l’argument du « statut », qui fait référence (à tort)  à la présence de la France parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU parce qu’elle détient l’arme nucléaire, ne tient pas. De plus, comment ne pas souligner la contradiction qui consiste à la fois à dénoncer la prolifération nucléaire et à mettre en avant l’argument du « statut » que donnerait la possession de la bombe ! Cet argument peut pousser des pays, désireux de faire eux aussi entendre leur voix, au niveau régional par exemple, à acquérir un tel armement.

 

            Pour mieux comprendre comment les responsables politiques construisent leurs décisions et engagent leurs actions dans le domaine de l’armement nucléaire, il faut d’abord examiner comment cette question est abordée par ceux qui en sont les acteurs et les observateurs.

 

            En France (mais probablement aussi dans d’autre pays disposant de cet armement), les responsables politiques, dans l’opposition ou au pouvoir, sont conseillés par des militaires, eux-mêmes sous influence des industriels et des experts. Ces influences sont encore plus marquées lorsqu’elles s’exercent auprès des décideurs du plus haut niveau de l’Etat.

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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez