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Le blog de Paul Quilès

Réflexions et informations sur la paix et le désarmement nucléaire, sur la démocratie et sur l'actualité politique.

Mobilisation pour Jaurès

Publié le 27 Juillet 2013 par Paul Quilès in Jaurès

       Je sors de la réunion tenue à Carmaux, en présence du maire de la ville, Alain Espié, du secrétaire de l'association "Histoire(s) du Pays de Jaurès", Pierre Battaglia et du metteur en scène, Claude Moreau, pour présenter le spectacle "Jaurès, une voix pour la paix", qui sera joué du 8 au 15 octobre dans la salle François Mitterrand.

 

      J'ai perçu avec satisfaction le même enthousiasme que lors de la préparation du spectacle "Ils ont tué Jaurès" (1994) parmi les bénévoles qui participeront au montage et à la réalisation de ce beau projet.

 

Revoir des extraits du spectacle de 1994

 

       Bientôt, un site Internet vous en dira plus sur le contenu du spectacle et sur sa préparation. Vous y trouverez aussi des documents sur Jaurès et sur l'actualité de son message.

 

       A quelques jours du 31 juillet, où l'on commémorera le 99ème anniversaire de la disparition de Jaurès.....souvenons-nous.

 

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" Ils ont tué Jaurès" 

 

        Ce cri terrible résonne dans les rues de Carmaux dès l’annonce de l’assassinat de Jean Jaurès. L’émotion et la tristesse sont à la mesure de l’événement que constitue la disparition tragique de celui qui vient,    deux mois plus tôt, d’être élu pour la 6ème fois député socialiste de Carmaux.

 

          La tragédie est double : Jaurès assassiné le 31 juillet 1914 et le lendemain, c’est  la guerre !

 

        Pendant toute la journée du 31, Jaurès s’affaire à la Chambre des députés pour tenter de s’opposer à un conflit dont il pressent qu’il pourrait être effrayant. Il débat avec le groupe socialiste. Il rencontre le sous- secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et il demande une médiation anglaise, pour faire reculer l’Allemagne. Mais il comprend que rien désormais n’est plus possible et que la marche vers la guerre est malheureusement inéluctable. Alors, il passe à son journal, à l’Humanité, pour préparer un article cinglant dénonçant les fauteurs de guerre. Auparavant, il va dîner avec quelques amis au Café du Croissant et c’est là que Raoul Villain tire sur lui les 2 coups de feu qui mettent fin à ses jours.

 

       Ce tragique événement a été le point de départ de la grande fresque que nous avons réalisée ici, à Carmaux, il y a quelques années. Nous avons voulu faire revivre les moments forts de la vie du grand tribun socialiste que fut Jaurès, parce que c’est ici qu’il a ancré son adhésion au socialisme, ici qu’il a mené ses premiers combats aux côtés des mineurs et des verriers, ici qu’il a façonné les chemins de sa pensée politique. C’est certainement pour cela que le spectacle a rencontré un immense succès à travers toute la France et tout particulièrement dans le Carmausin. Pour les 500 bénévoles et pour tous ceux qui ont vibré à l’évocation de l’histoire de Jaurès, ces moments inoubliables ont laissé une marque indélébile dans les mémoires.

 

       Mais le rappel d’un souvenir, l’évocation d’un événement, aussi fort soit-il, ne suffit pas. Les hommes et les femmes de gauche ne doivent pas oublier la modernité et l’actualité de la pensée de Jaurès !

 

      Modernité et actualité… que d’affirmer la nécessité d’aller plus loin dans l’approfondissement de la République ; …que de répéter que les droits sociaux sont indissociables des droits politiques ;…que de combattre pour l’abolition de la peine de mort ;…que de plaider pour l’arbitrage international des conflits et de rejeter les solutions militaires pour les résoudre.

 

      Ce sera justement le but du spectacle de 2013, joué à Carmaux en avant première des commémorations de 2014, qui fera revivre l'actualité du message de Jaurès sur la guerre et sur les causes des conflits qui conduisent parfois à l'affrontement: nationalismes, racisme, exploitation du travail, rivalités économiques.....

 

      Il faut relire Jaurès, quand on est socialiste. Méditer son histoire, sa pensée et surtout sa pratique. Celle d’un Jaurès à la fois intellectuel et philosophe brillant, homme politique influent, journaliste courageux, militant socialiste ardent et sans tache, parlementaire actif, présent sur tous les terrains, sachant faire la synthèse entre l’action locale, les discours à la tribune de la Chambre des députés, les débats dans les congrès de son parti et l’action au sein de l’Internationale socialiste.

 

       Orateur exceptionnel, qui maniait le verbe avec un rare bonheur devant tous les publics, Jaurès ne cédait jamais à la démagogie, même sur la forme, puisqu’il considérait qu’il ne fallait pas mépriser le peuple en réservant la belle langue aux élites.

 

      Mais la grandeur de Jaurès, c’était probablement d’agir, car qu’est-ce que la parole sans l’acte ? Et Jaurès n’a cessé d’agir : pour la paix, contre la guerre ; pour l’unité des socialistes ; pour la défense des plus humbles ; pour la justice (son combat pour la réhabilitation de Dreyfus). Comme il agissait, il était critiqué, détesté. Nul ne fut plus que Jaurès l’objet d’un tel dénigrement, d’une telle haine. Il ne faut pas l’oublier, car, avec le temps, on a parfois tendance à donner de lui une image consensuelle, presque « bonhomme », alors qu’il était un homme au tempérament fort, un lutteur déterminé à défendre à tout prix ses convictions.

 

       Il en fut d’ailleurs la victime le 31 juillet 1914. Ce jour là, son assassin pensait tuer tout ce qu’il représentait. Près d'un siècle plus tard, sa mémoire reste bien vivante, son message de paix reste toujours actuel. Sa pensée porte l’espoir, plus que jamais.

 

        Laissons le dernier mot à François Mitterrand, qui parlait si bien de Jaurès :

 

      « Sa pensée est une espérance, mais elle n’est jamais un système. Parce qu’elle plonge ses racines dans le goût pour la vie, elle en affronte toutes les contradictions. Ce sont les contradictions de la République elle-même : entre ordre et progrès, entre raison et liberté. Jaurès aura tenté, sans jamais se lasser malgré les épreuves, cette difficile synthèse (…) Il a toujours su s’écarter des deux périls opposés qui menacent tout engagement politique : l’excès d’idéalisme et l’excès d’opportunisme ; la tentation de préférer à l’homme une théorie de l’homme ; la tentation de capituler, au nom de la raison, devant les résistances du réel.

 

      C’est l’honneur de Jaurès d’avoir conjuré ces périls : d’avoir affirmé qu’il n’y a science, ni progrès hors de la démocratie ; d’avoir tracé la voie entre les dogmatismes qui conduisent à la terreur et les renoncements qui fomentent les servitudes. Puisse cet exemple de courage demeurer vivant dans les mémoires »

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* D'après un discours que j'ai prononcé à Carmaux le 31 juillet 2006

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