Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 12:21

Retrouvez de larges extraits du passionnant débat qui a eu lieu à Cordes le 9 novembre 2009 sur "les murs qui séparent les hommes", entre:

- Alexandra Novosseloff,chercheure associée au Centre Thucydide de l’Université Paris 2,
- Dominique Paillarse,
ancien conseiller culturel à Berlin,
- Paul Quilès, ancien ministre,
- René Backmann, auteur d’“Un mur en Palestine”, journaliste au Nouvel Observateur,
             Les interventions......cliquez ici
                Le débat*..........
cliquez ici

* Les thèmes abordés:
-  René Backmann aborde les aspects financiers de la construction du mur israelo-palestinien.

-  Paul Quilès demande qu'on ne réécrive pas l'histoire.

-  Question de Paul Quilès : que peut faire l'opinion publique mondiale ?

-  Réponse d'Alexandra Novosseloff.

-  Réponse de René Backmann.
-  Réponse de Dominique Paillarse.

-  René Backmann évoque la vie quotidienne à Gaza durant le dernier conflit.

-  Paul Quilès évoque les autres murs qui nous entourent.
-  Paul Quilès resitue la chute du mur de Berlin dans son contexte de l'époque.

-  Dominique Paillarse dénonce les prévisions "extralucides" de certains.
-  Alexandra Novosseloff décrit les autres murs.

-  René Backmann explique l'importance du conflit israelo palestinien.

-  Conclusion, par Paul Quilès

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 14:50

Tribune de Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès, anciens ministres, animateurs du club Gauche Avenir, publiée ce jour par MEDIAPART
                 
        Tout a été dit sur la grossièreté de la manœuvre : le moment choisi pour parler de ce sujet sérieux et complexe –à quelques mois d’élections difficiles pour la droite- ; la problématique –des thèmes sélectionnés pour plaire à l’électorat d’extrême droite- ; la méthode –une fausse consultation, ignorant le Parlement, à partir d’un questionnement faussé et tendancieux- ; son maître d’œuvre - un renégat socialiste, ancien pourfendeur du sarkozysme et de ses inquiétantes dérives[1] -….
         Bref, tout concourt à disqualifier l’opération, dont la finalité électoraliste ne fait aucun doute.
La gauche a raison de ne pas se prêter au jeu politicien qui consiste à organiser des réunions dont le caractère superficiel et la finalité ne font aucun doute. Pour autant, elle ne doit pas se contenter de dénoncer la manœuvre, car elle peut la retourner contre ses auteurs, en requalifiant les enjeux et en refusant de se placer sur le terrain erroné et dangereux choisi par le « ministre de l’identité nationale et de l’immigration ». Héritière des conceptions universalistes et progressistes de notre histoire, elle doit répondre aux incertitudes nationales et démontrer que la politique du gouvernement est fondée sur l’exaltation des différences, la compétition entre groupes et communautés, le creusement des inégalités. La devise de la République, liberté, égalité, fraternité est vidée de sa force propulsive.


Une crise d’identité ? Plutôt un manque de perspective d’avenir.

         Nos concitoyens voient bien que cette opération est un dérivatif pour éviter le débat sur les sujets brulants: le chômage, les difficultés sociales, la désindustrialisation, les inégalités croissantes, la fiscalité et l’endettement, la remise en cause des services publics, la montée de la violence… Ils veulent des solutions concrètes à leurs problèmes, mais ils s’inquiètent de l’avenir de leur pays et de leurs enfants,  ils regrettent la perte de cohésion de la société et l’affaiblissement de la transmission des valeurs républicaines -auxquelles ils adhèrent très majoritairement- et ils aspirent à un projet commun qui porte une vision d’avenir, une perspective de progrès. 
         Car ils savent que l’identité nationale -si ce concept a réellement un sens- est d’abord la construction d’un espace politique autour de principes partagés, qui évoluent au cours du temps en s’enrichissant et autour d’une langue commune. Quand ce pacte n’est plus explicite, quand les promesses de progrès s’éloignent et que se creuse un fossé entre les principes et la réalité, le pays connait un lourd malaise et, d’une certaine façon, une crise d’identité.

La mondialisation libérale et la politique de Sarkozy menacent plus l’identité nationale que l’immigration

         Expliquer ce malaise et cette crise à partir de la question de l’immigration est inacceptable et erroné. En réalité, c’est plutôt la mondialisation libérale qui tend à contester et à remettre en cause les principes républicains, fondateurs de notre identité nationale. Ceux-ci se sont forgés au cours de l’histoire, se développant et s’élargissant, souvent grâce à l’apport décisif de la gauche. Ces éléments majeurs du pacte républicain, qui constituent l’identité française aujourd’hui, s’appellent :

-  la devise de la République: liberté, égalité, fraternité ;

-  les droits de l’homme et du citoyen ;

-  l’Etat, qui incarne l’intérêt général, garantit la cohésion nationale, prépare et garantit l’avenir du pays ;

-  le peuple souverain, qui entend maitriser son destin ;

-  la délibération collective, contre le pouvoir personnel ;

-  le droit du sol;

-  la laïcité ;

-  l’école publique et l’attention au développement et aux droits de l’enfant

-  la protection et la sécurité sociale ;

- les services publics, acteurs essentiels de l’égalité et garants des biens communs, en particulier des ressources naturelles

 

         Qui ne voit que ces conceptions ont été mises à mal par la montée du libéralisme économique et la domination des conceptions anglo-saxonnes ?           

         Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs clairement annoncé, au cours de sa campagne présidentielle, qu’il fallait rompre avec le modèle social français. Il s’est fait depuis le chantre de ces thèses, en sapant d’autres piliers de cette identité ou en prétendant la rénover : remise en cause de la laïcité (discours de Latran, Loi Carle, accord Kouchner/Vatican …) ; discrimination positive (tentative d’inscrire dans la constitution la reconnaissance des diversités !) ; accroissement de la dérive monarchique du pouvoir ; utilisation fréquente de propos « provocateurs », qui mettent à mal la vision humaniste que devrait promouvoir le chef de l’Etat. La Présidence de Nicolas Sarkozy est donc bien une menace pour l’identité française.

 

L’identité de la France, c’est la République.

 

         Plus largement, le problème vient surtout du fait que nos valeurs républicaines s’incarnent de moins en moins dans le réel et ne semblent plus orienter l’évolution de la société française. Comment convaincre que la devise inscrite sur nos frontons est notre ambition commune, quand les inégalités sociales s’accroissent, le racisme s’installe, la promotion sociale est stoppée, certains quartiers dérivent en ghettos, quand se développent les privilèges pour certains et se multiplient les handicaps pour les autres, quand l’héritage et la fortune transmise comptent plus que le travail et le talent de chacun, quand le mauvais exemple vient du haut et que la République est sans cesse convoquée pour imposer des contraintes, des limitations et de moins en moins  pour favoriser l’émancipation de tous ! Certains enragent, d’autres se résignent. Le pays est désorienté. 

         Il est évident que l’intégration des populations immigrées est plus difficile, si le pays doute de lui-même, perd ses repères  et ne se donne pas les moyens de la réussir.  

 

La France n’est ni un territoire unique, ni une nation ethnique.

         Le choix du terme « identité » est contestable, car il privilégie une vision intemporelle et statique de la nation : approche partagée par ceux qui nient l’apport permanent des immigrés à notre pays et ceux qui valorisent la référence à la terre « éternelle ». Tenter de rattacher cette identité à la terre est d’ailleurs assez cocasse. De quelle terre parle-t-on ? Celle de Philippe Auguste? De Louis XIV, qui lui ajouta quelques provinces étrangères comme l'Artois ou le Roussillon? De Napoléon Bonaparte, qui crut pouvoir l'étendre à toute l'Europe? Des colonies, de l'Algérie d'avant 1962?....Cela n'a pas de sens. La France n'a jamais été une réalité achevée, une donnée figée de la nature et de l'histoire. Ni territoire ni « esprit d'un peuple », la France est, comme l'a rappelé Fernand Braudel, un résidu, un amalgame, des additions, des mélanges. 
        Géographiquement, la France hexagonale est un carrefour entre des mondes  -continental, océanique, méditerranéen-, fait de centaines de micro-­milieux, d’une mosaïque de paysages marqués par l’homme, lui-même contraint par la diversité des milieux. Il n’existe pas une France naturelle, mais des France géographiquement différentes. C’est encore plus vrai aujourd’hui, avec l’apport de l’outre mer.
         La réalité démographique et ethnologique est, elle aussi, complexe et artificielle, faisant cohabiter les trois principaux mondes de l'Europe occidentale: germanique, celte et méditerranéen. La population française est - sur notre continent - celle qui a le plus précocement et le plus complètement brassé les ethnies. 
         Le pacte républicain est devenu le fondement déterminant de notre destin commun et le socle de l’unité de notre nation. C’est le 14 juillet 1790, au Champ de Mars, à Paris, que les représentants des provinces décidèrent de créer ce que Renan définissait comme "cette grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, qui crée une conscience morale qui s'appelle une nation".

La gauche a une responsabilité historique.

         La France naît à chaque instant d'un contrat collectif et d’un combat permanent qui, s'il s'interrompait, ferait tout s'écrouler. Peut être cette «  fragilité » apparente inquiète-t-elle nos concitoyens, surtout lorsque personne n’éclaire plus l’avenir. Là est la tâche de la gauche. 
         Elle a imposé l’égalité dans notre devise, alors que la droite l’a toujours contestée, en tentant, récemment encore, de lui substituer l’équité. Elle a promu la fraternité, en alliant reconnaissance des droits individuels, des droits fondamentaux avec l’indispensable solidarité, la mutualisation des risques, le brassage social. Elle a porté en permanence l’élargissement de l’idéal républicain à l’ensemble des champs de la vie collective et singulièrement dans l’économie et le social[2]
        Elle a toujours occupé une place déterminante dans les combats pour la liberté, dont certains reprennent, hélas, une singulière acuité, comme celui pour la laïcité, l’humanisme ou le développement des libertés publiques. Quant à l’internationalisme, c’est un des grands apports de la gauche, qui n’a jamais confondu la nation et le nationalisme, l’amour de la patrie et le repli sur soi ou le rejet des autres. Elle sait que, lorsque le nationalisme s’installe dans notre pays, il s’affaiblit, il recule et les problèmes intérieurs, les difficultés sociales s’accroissent. Elle sait aussi que la citoyenneté française n’exclut en rien la revendication de participer à une citoyenneté européenne et même l’espérance d’une citoyenneté mondiale.

         L’épopée républicaine de notre pays n’est pas achevée. Elle constitue toujours un moteur  puissant pour nos concitoyens et elle conserve une force d’attraction indéniable dans le monde. On le voit bien, la crise et les bouleversements actuels requalifient  le modèle français, que le cycle ultralibéral a tant malmené. Y a- t- il dans notre pays une volonté politique suffisante pour engager cette reconquête ? Aurons-nous l’audace et le courage d’affronter le grand défi de l’égalité ?  Sans progrès vers l’égalité, le doute prendra le pas sur l’espoir. La gauche a, là, une responsabilité majeure et doit porter cette vision mobilisatrice de l’avenir. L’identité nationale à moins besoin de débat que d’action.


[1] «  Les inquiétantes ruptures de M. Sarkozy » (Eric Besson- janvier 2007)

[2] Les références ne manquent pas : Jaurès, le Programme du CNR, la sécurité sociale, les services publics, les droits sociaux….

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Politique française
commenter cet article
12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 12:28
A l'occasion de la commémoration du 11 novembre, Sud Radio a organisé un débat, auquel a participé Paul Quilès, sur le thème : "Y a-t-il trop de commémorations en France?"
Pour écouter, cliquer ici (émission du mercredi 11 novembre, à partir de 5minutes)
Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Politique française
commenter cet article
10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 15:58

    La rencontre de Cordes a tenu ses promesses. Tout au long de cet après midi du 9 novembre 2009, un public passionné a participé au débat, écouté les explications d'Alexandra Novosseloff sur les photos de l'exposition et vibré au superbe concert donné par Augustin Dumay, Vanessa Wagner et Pavel Gomziakov. 
    Ce fut une autre façon de célébrer le 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin et de réfléchir ensemble aux nombreux murs qui séparent encore les hommes. 
    Je vous communiquerai prochainement l'enregistrement des principales interventions (Alexandra Novosseloff, René Backmann, Dominique Paillarse) faites au cours du débat que j'ai présidé.
    Les médias ont rendu compte de la rencontre et, tout particulièrement, France 3, partenaire de l'événement:
* Augustin Dumay en direct au JT de 18h30 de France 3 (Sélectionnez l'émission "18h30 aujourd'hui" du 09/11/2009; l'interview commence à 12'20 et la musique à 15'10).....cliquez ici 
Reportage sur la rencontre de Cordes sur France 3 Tarn (9 novembre)....cliquez ici
*  Interview d'Alexandra Novosseloff sur France 3 Sud (9 novembre)....cliquez ici
*  Article du site Bakchich Infos:"les murs n'arrêtent pas l'histoire"....cliquez ici
* et.....pour rappeler un souvenir personnel, mon intervention à la télévision, le 9 novembre 1989, à 19h45,  où j'ai été le premier homme politique français à commenter l'évènement........cliquez ici

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Cordes sur Ciel
commenter cet article
7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 10:20

Si vous n'avez pas la chance d'être à Cordes lundi 9 novembre, pour participer à la rencontre organisée à l'occasion du 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin, voici le diaporama qui sera présenté au début du débat et du concert. Il a été établi notamment à partir des photos des murs érigés à travers le monde prises par Alexandra Novosseloff et Franck Neisse (voir leur livre "des murs entre les hommes").
       Pour visionner le diaporama....cliquer ici

Vous pouvez aussi écouter quelques extraits de morceaux joués par le violoniste Augustin Dumay, qui donnera -avec Pavel Gomziakov et Vanessa Wagner- le concert de lundi à Cordes, en hommage à Rostropovitch
                    Pour écouter.....cliquer ici

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Cordes sur Ciel
commenter cet article
7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 10:10

        Jean Musitelli, ancien conseiller diplomatique de François Mitterrand, m'a aidé à préparer la rencontre de Cordes du lundi 9 novembre.
      Il a rédigé ce texte, qui pose de façon très claire les questions qui seront abordées au cours du débat.
                                           
                                    ***********

Le 9 novembre 1989, le Mur de Berlin, symbole de la division de l’Europe, était abattu dans l’allégresse, mettant fin à 28 ans de séparation physique entre les deux parties de l’Allemagne. Une fois de plus, la démonstration était faite que les murs érigés pour séparer les peuples ne servent à rien, sinon à faire des victimes inutiles. A Berlin comme ailleurs, le rempart de béton n’a pas empêché le désir de liberté de triompher. On pouvait alors raisonnablement penser que le temps des murs était révolu.

Pourtant, vingt ans après, le monde se hérisse de barrières, comme si elles devaient être plus efficaces demain qu’elles ne le furent hier.

Certes, les murs d’aujourd’hui sont différents de ceux d’hier. Ils ont changé, d’échelle, de nature, de fonction. Avec ses 155 km, le Mur de Berlin paraît dérisoire face aux 1139 km prévus pour le mur de séparation Etats-Unis-Mexique ou les 790 km de la « clôture de sécurité » dont Israël a engagé la construction. La technologie aussi a évolué. Les murailles de béton intègrent  désormais des capteurs électroniques, des systèmes de détection à infra-rouge, des moyens de surveillance par hélicoptère. Enfin et surtout, le mur a changé de fonction. A Berlin, il s’agissait d’empêcher la population de fuir. Aujourd’hui, il s’agit d’empêcher des indésirables d’entrer. Hier prison, aujourd’hui citadelle.

En ce sens, les murs d’aujourd’hui reflètent l’état du monde globalisé comme ceux d’hier reflétaient le monde façonné par la Guerre Froide. Ce n’est plus l’ère des affrontements idéologiques, de l’hégémonie des deux superpuissances, des stratégies d’intimidation et de dissuasion. C’est un monde où l’antagonisme dominant est celui qui oppose les riches aux pauvres, les nantis aux laissés pour compte du développement. Ce n’est pas un hasard si les murs poussent sur les lignes de fractures Nord-Sud (Rio Grande, Méditerranée) là où les différentiels de richesse sont les plus accusés. C’est la réincarnation moderne du limes antique, cette frontière fortifiée au-delà de laquelle les Romains cantonnaient le monde barbare.

L’objectif est de protéger les ilôts de prospérité contre les vagues migratoires, contre ces nouveaux barbares que sont les populations errantes jetées sur les routes et les mers par la misère. Le projet pharaonique de mur de séparation entre les Etats-Unis et le Mexique, constitué par une double clôture métallique sur plus de 1000 km, et dont plusieurs tronçons existent déjà, en est la manifestation la plus spectaculaire. L’Europe n’est pas en reste. On se souvient des images de ces clandestins agrippés aux grilles qui protègent les enclaves espagnoles au Maroc. Quand à la Méditerranée, loin d’être ce lien entre les continents qu’on célèbre dans des discours incantatoires, elle est devenue un mur d’eau où viennent se noyer les émigrants africains.

Autre type de mur, celui qui vise à séparer des communautés. A Chypre ou en Irlande du Nord, depuis longtemps. Entre Israël et la Palestine désormais, avec la construction d’une ceinture de béton et de barbelés, haute de 9 mètres dans les villes, doublée d’une barrière dite intelligente avec portiques électroniques et caméras tous les 50 m. Au prétexte d’interdire l’intrusion de terroristes palestiniens, cette clôture dont le tracé place de fait une partie des territoires occupés (riche en points d’eau) du côté israélien a été jugée contraire au droit international par la Cour internationale de justice en 2004.

Les murs sont toujours l’aveu d’un échec de la part de ceux qui les érigent : échec à vivre en paix avec ses voisins, échec à réguler les flux migratoires, échec à surmonter ses propres peurs obsidionales. La logique de militarisation des frontières qui les inspire combine l’inefficacité et l’inhumanité. Inefficacité : le nombre de clandestins qui franchissent le Rio Grande se compte par centaines de milliers ne serait-ce que parce que, privés de cette main d’œuvre à bas coût, des pans entiers de l’économie du sud des Etats-Unis s’effondrerait. Inhumanité : à la frontière mexicaine, les victimes se comptent par milliers. En Palestine, la vie quotidienne des habitants est littéralement pourrie par le mur.

Tel est le diagnostic. Alors, les murs sont-ils une fatalité ? Un monde sans murs est-il une utopie ? Comment abattre les murs ? Par quoi les remplacer ? Ce sont là quelques questions pour lancer le débat.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Cordes sur Ciel
commenter cet article
6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 18:38

La loi Carle
et la « liberté de l’enseignement »     

                par  Guy Georges, Marie Noëlle Lienemann, Paul Quilès, 
              animateurs du club Gauche Avenir         


              

            Le 22 octobre 2009, le Conseil Constitutionnel a déclaré conforme à la Constitution la "loi Carle", qui contraint les maires à financer des écoles privées de communes voisines, lorsque des enfants de leur commune fréquentent ces écoles. Cette loi entend garantir "la parité de financement" entre écoles publiques et privées. Dernier maillon d'une série commencée avec la loi Barangé de 1951, elle réalise la division "équitable" de la jeunesse, ce que les lois républicaines de 1882 et 1886 avaient écarté, en créant l'école laïque, gratuite, ouverte à tous sans distinction d'aucune sorte. A côté de celle-ci, fonctionnent donc des écoles gratuites ayant leur « caractère propre », c’est à dire leur particularité (religieuse pour la plupart, mais les partis de droite en promettent d’autres) et financées par l'impôt de tous les citoyens.
        
En tête des considérants de la décision du Conseil Constitutionnel, figure la référence à la "liberté de l'enseignement". Jean Louis Debré, intervenant de façon inhabituelle, eu égard au devoir de réserve lié à sa fonction, s’est exprimé devant le Congrès de l'Union Nationale de l'Enseignement Technique Privé[1], en reprenant deux contre-vérités, ressassées depuis un siècle:

- « Toute disposition législative qui aurait pour effet de créer un monopole de l'enseignement public porterait atteinte au principe de liberté de l'enseignement »

- "Je suis fils de l'enseignement public; j'ai compris à travers l'enseignement de mes maîtres, qu'il y avait une liberté à défendre, la liberté de l'enseignement".        

          Il faut en finir avec ce tour de passe-passe, qui consiste à invoquer la "liberté de l'enseignement", pour masquer des appétits idéologiques, sociologiques ou économiques. Qu'est-ce que la liberté de l'enseignement, sinon un enseignement indépendant, affranchi de contraintes doctrinales ou politiques? Quand le décret du 29 frimaire an II déclare, dans son article premier, que "l’enseignement est libre", cela signifie qu'il s'affranchit des tutelles antérieures, qu’elles soient religieuse et monarchique. Quand la Constitution de 1848 reprend, dans son préambule, la même phrase -"l'enseignement est libre"-, elle le libère des mêmes tutelles, revenues avec l'Empire et les monarchies dans la première moitié du siècle.

            La vraie liberté de l'enseignement, que Jean Rostand caractérisait par la belle formule "Former les esprits sans les conformer", c’est celle de l'école laïque, antinomique de l'enseignement dépendant du "caractère propre" d’un établissement.

         Les adversaires de cette liberté fondamentale lui en ont substitué une autre, celle de créer leurs propres établissements privés d’enseignement. Contrairement à ce qu’affirme Jean Louis Debré, la République n’a jamais interdit ni empêché une religion ou un mouvement particulier d’ouvrir de tels établissements (sauf évidemment pour des raisons d’ordre public). La seule disposition législative qui aurait «pour effet de créer un monopole» interdirait explicitement cette liberté. Il n’y a ni monopole ni tentation de qui que ce soit de vouloir instaurer un monopole de l’enseignement public. La question a été tranchée en 1905.

           Les républicains convaincus, comme les défenseurs de la laïcité de l’Etat, contestent que ces établissements privés assurent leur gestion avec l’argent public. En janvier 1910 déjà, la Chambre des Députés avait rejeté le projet de la droite réclamant la « répartition proportionnelle scolaire », au nom de l’unité de la Nation. Il est vrai que le régime de Vichy a ensuite ouvert la brèche, qu’ont élargie peu à peu les partis de droite.  La loi Carle en est aujourd’hui l’aboutissement et on parle de…. « parité » !

          Le Conseil Constitutionnel affirme que la « liberté de l’enseignement constitue l’un des principes fondamentaux reconnus par les lois de la République». Quelles lois ? Il est rare que ces textes ne soient pas précisément désignés. La référence au préambule de la Constitution de 1946, repris par celle de 1958, n’est pas pertinente. En effet, l’Assemblée constituante de 1946 a refusé à deux reprises l’inscription de la liberté de l’enseignement dans ce préambule, en particulier à cause de l’ambiguïté de l’expression et en considérant que cette liberté résidait dans la laïcité, inscrite, elle, dans le préambule. L’Eglise catholique a alors déclenché les hostilités, en appelant à voter « non » au référendum constitutionnel. Les partis de droite ont mené campagne sans relâche pour cette inscription dans la Constitution. Ils ont échoué fin août 1946.

         Et tout à coup, comme par magie, on attribue à cette notion une « valeur constitutionnelle » et on l’associe, comme si elle en était le corollaire, à son contraire, l’article premier de la Constitution, qui affirme : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race, ou de religion »

            Le fondement de la laïcité et de la démocratie est l’égalité des droits dans la richesse des différences et non l’égalité des différences dans la diversité des droits. Alors que l’école laïque répond au premier terme, l’égalité des citoyens, il est regrettable que les établissements privés aient obtenu l’égalité des différences, voie ouverte au communautarisme !

            Michel Debré, le père, avait senti le danger quand, le 31 décembre 1959, il déclarait, en présentant le projet de loi qui porte son nom: « Il n’est pas concevable pour l’avenir de la Nation qu’à côté de l’édifice public de l ’Education Nationale, l’Etat participe à l’élaboration d’un autre édifice qui lui serait en quelque sorte concurrent et qui marquerait, pour faire face à une responsabilité fondamentale, la division absolue de l’enseignement en France »

            Malheureusement, c’est chose faite maintenant, grâce à la loi Carle, avec l’appui public de Jean Louis Debré. Pour dénoncer ce recul de plus d’un siècle, le club « Gauche Avenir » a organisé le 10 octobre un colloque, afin que « renaisse la République indivisible, laïque démocratique et sociale ». A cette occasion, nous avons appelé au réveil des consciences, au réengagement de toutes les forces laïques, pour redonner corps et vigueur à l’idéal laïque.
         Et, puisque le gouvernement veut engager un débat sur l’identité nationale, ne considérons pas les remises en cause comme acquises et inéluctables ; redonnons sens et perspective à la République laïque, pilier de l’identité de la France.    
               
                                                                                                                                                                                                        

 


[1] qui se tenait à Paris les 19 et 20 octobre 2009.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Politique française
commenter cet article
5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 15:11

Retrouvez des informations sur la rencontre qui aura lieu le 9 novembre à Cordes à l'occasion du 20ème anniversaire
de la chute du Mur de Berlin,
sur le site de France 3, partenaire de l'évènement.....cliquez ici

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Cordes sur Ciel
commenter cet article
2 novembre 2009 1 02 /11 /novembre /2009 16:04
Le 9 novembre, les regards se tourneront vers Berlin, où sera célébré le 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin. L'événement donnera lieu à de nombreux reportages, articles et émissions.
Ce jour là, j'ai choisi d'organiser, dans la cité médiévale de Cordes sur Ciel, une rencontre dont l'ambition est de faire réfléchir à la signification des "murs qui séparent les hommes"....mais qui "n'arrêtent pas l'histoire".
Au cours de cette rencontre, se déroulera un débat, suivi d'une exposition photo et d'un concert exceptionnel (avec notamment le violoniste Augustin Dumay), en hommage à Rostropovitch, dont les quelques notes au violoncelle sous le Mur sont restées dans toutes les mémoires.

Le débat: LES MURS N’ARRÊTENT PAS L’HISTOIRE

Vingt ans après la chute du Mur, le monde se hérisse de barrières de toutes sortes.

Certaines d’entre elles ont pour principale fonction d’empêcher les “indésirables” d’entrer sur quelques îlots de prospérité, de protéger les pays les plus riches de l’afflux constant des vagues migratoires venues des pays les plus pauvres. D’autres visent à séparer des communautés : Chypre, Irlande du Nord, Palestine. Quelle que soit leur fonction, ces murs sont toujours l’aveu d’un échec : échec à vivre en paix avec ses voisins, à réguler les flux migratoires, à surmonter la peur de l’autre. Ces murs sont-ils une fatalité ? Comment les abattre ? Par quoi les remplacer ?

Débat avec :

Alexandra Novosseloff, chercheure associée au Centre Thucydide de l’Université Paris 2

Dominique Paillarse, ancien conseiller culturel à Berlin

Paul Quilès, ancien ministre

René Backmann, journaliste au Nouvel Observateur, auteur d'"Un mur en Palestine"

L'exposition: DES MURS ENTRE LES HOMMES

Alexandra Novosseloff est chercheure associée au Centre Thucydide de l’Université Paris 2. A l’occasion de missions tout autour de la planète, Alexandra Novosseloff, en collaboration avec Frank Neisse,  a eu l’occasion de faire de nombreuses photos, notamment de murs qui ont été récemment érigés un peu partoutdans le monde. L’exposition qui lui est consacrée au Musée de Cordes sur Ciel lui fournira l’occasion de montrer et de commenter certaines de ces photos.


Le concert: HOMMAGE À ROSTROPOVITCH

Peu après la chute du Mur, Mstislav Rostropovitch était à Berlin et participait à sa façon à l’allégresse de la population berlinoise en jouant du violoncelle, à proximité de ce mur, qui avait séparé l’Allemagne pendant 28 ans. Il avait notamment interprèté certaines pièces extraites des suites de J.S. Bach. Sans reprendre les thèmes des concerts que Rostropovitch a donnés unpeu partout à cette époque, ce concert constitue un hommage à un très grand artiste européen. Ce sera également l’occasion de saluer le courage et l’engagement des artistes de cette époque.

Le concert sera donné par :

Augustin Dumay, violoniste

Pavel Gomziakov, violoncelliste

Vanessa Wagner, pianiste
____________________________________________________________

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Cordes sur Ciel
commenter cet article
31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 12:02

 

Article de Paul Quilès, publié dans le quotidien l'Humanité du 31 octobre 2009, sous le titre "Il est regrettable que Nicolas Sarkozy oppose désarmement et lutte contre la prolifération" 

    
  
La stratégie de dissuasion nucléaire n’apparaît plus aujourd’hui comme une réponse adaptée aux principaux risques auxquels font face les
États qui la mettent en œuvre. Selon le Livre blanc, elle n’a pour objet que « d’empêcher une agression d’origine étatique contre les intérêts vitaux du pays ». On voit mal, dans la situation actuelle, d’où pourrait provenir cette agression.
      De plus, un système international dans lequel quelques États nucléaires considéreraient qu’ils ont seuls le droit de détenir un armement supposé leur assurer une garantie absolue de sécurité ne serait pas viable à terme. Les États non nucléaires qui estimeraient que leurs intérêts fondamentaux de sécurité ne sont pas pris en compte dans ce système s’efforceraient alors d’avoir accès à la bombe. Après Israël, l’Inde, le Pakistan, la prolifération s’étendrait de manière irrésistible à l’Iran puis à d’autres pays.         

         Il y a donc nécessité de se libérer des dogmes de la dissuasion, pour s’orienter vers une politique de sécurité coopérative prenant en compte les intérêts légitimes de tous les États. Défense et désarmement doivent être considérés par les puissances nucléaires comme des instruments complémentaires pour la garantie de leur sécurité.

         Les nouvelles orientations de la politique étrangère américaine peuvent aider à rétablir la confiance dans des processus de désarmement, vidés de leur contenu par l’équipe Bush. Déjà, les États‑Unis et la Russie se sont engagés à conclure un accord pour succéder au traité START de réduction des armements stratégiques[1]. Celui-ci aura surtout l’avantage de reposer sur un système de vérification, qui autorisera de nouveaux progrès vers une réduction contrôlée des armements. L’administration américaine s’est aussi fixé deux priorités : la ratification du traité d’interdiction complet des essais nucléaires et la négociation d’un traité d’arrêt de la production de matières fissiles à usage militaire. Un succès dans ces domaines créerait une véritable en faveur du désarmement nucléaire. 

         La lutte contre la prolifération ne sera cependant crédible et légitime que si elle s’accompagne d’un effort des puissances nucléaires pour « poursuivre de bonne foi des négociations » de désarmement nucléaire[2]. C’est ce caractère indissociable du désarmement et de la lutte contre la prolifération que vient de reconnaître le Conseil de sécurité de l’ONU[3]. 

         Il est regrettable que N. Sarkozy ait, à cette occasion, semblé opposer désarmement et lutte contre la prolifération, laissant entendre que seule la seconde répondait à une urgence réelle. Une telle position ne peut qu’entretenir l’idée, chez beaucoup de dirigeants de pays émergents, que la France cherche avant tout à défendre un monopole[4], sans beaucoup de préoccupation pour les intérêts de sécurité légitimes des autres États. 

         Les progrès du désarmement nucléaire passent aussi par le développement des contrôles sur les matières fissiles. Les négociations doivent porter, dans un premier temps, sur l’arrêt de la production des matières fissiles militaires. À plus long terme, il faudrait aboutir à un contrôle international de la production de toutes les matières fissiles. On atteindrait ainsi trois objectifs : une garantie solide contre toute tentative de prolifération, une transparence complète des arsenaux nucléaires et une protection efficace contre le danger de terrorisme nucléaire.

          Par ailleurs, si l’on veut persuader l’Inde, le Pakistan et Israël d’adhérer au Traité de non‑prolifération, il faut viser une réduction effective des arsenaux existants jusqu’au plus bas niveau possible, comme cela a commencé à être fait par les États‑Unis et la Russie.  

         Quant à la France, elle pourrait participer plus activement à ces efforts, en entrant dans un processus de négociation sur son armement nucléaire, sans se limiter à l’annonce de réduction du potentiel nucléaire français faite par N. Sarkozy en mars 2008[5]. Elle pourrait également interrompre totalement ou partiellement des programmes de modernisation des arsenaux existants[6], ce qui constituerait un pas décisif dans la voie du désarmement nucléaire.  


[1] Traité qui vient à expiration dans un mois.

[2] Comme le prévoit l’article 6 du Traité de non‑prolifération.

[3] Résolution 1887, adoptée le 24 septembre 2009.

[4] Il s’agit peut‑être aussi de justifier une position privilégiée de membre permanent du Conseil de sécurité.

[5] Réduction d’un tiers de la composante aéroportée, fixation d’un plafond de 300 unités pour les têtes nucléaires

[6] La France pourrait par exemple interrompre son programme de missile stratégique M 51, qui apparaît plus comme un héritage de la guerre froide que comme un instrument de défense adapté.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
commenter cet article

Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez