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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 14:54
Terribles exactions au Congo

      Les médias ont peu parlé des terribles exactions commises dans le Nord Kivu, en République démocratique du  Congo (à part un article publié dans La Croix du 22 mars 2016)

 

   Un ami vient de m’adresser ce texte rédigé par deux Pères Assomptionnistes (G. Mulimu et J.F. Petit). Il décrit bien l’horreur de ce qui se passe là-bas et qui ne peut nous laisser indifférents, même si notre attention est principalement focalisée sur les attentats terroristes en Europe et sur les guerres au Moyen-Orient.

 

     C’est très volontiers que je le publie, en espérant qu’il réveillera les consciences endormies....

 

***************

     « Après l’enlèvement de trois prêtres assomptionnistes (Jean-Pierre NDULANI, Anselme WASUKUNDI, Edmond KISUGHU) à Mbau au nord de la province du Nord-Kivu le 19 octobre 2012, dont on n’a aucune  nouvelle jusqu’à aujourd’hui, le dimanche 20 mars 2016 à 23 heures, une dizaine de soldats en uniformes des Forces Armées de la R. D. Congo, lourdement armés, ont fait irruption dans la maison et ont assassiné le Père Vincent MACHOZI.

 

     Il faut ici en donner les raisons.

 

      Ce qui se passe au Nord-Kivu

 

     Depuis le génocide rwandais de 1994, la province du Kivu, au Nord-Est de la RDC, est en sang. L’armée de l’ancien régime rwandais, celle des génocidaires, s’est déversée au Kivu avec tout son arsenal d’armement militaire, dissimulée dans les colonnes des réfugiés que les Kivutiens accueillaient généreusement. Cette armée est répartie en plusieurs maquis dans la forêt congolaise. Elle continue à tuer, à piller, à violer… La région est en effet très riche et convoitée pour ses minerais précieux. Il est difficile de ne pas penser que cette armée agit sous la protection directe ou indirecte du pouvoir en place dans le pays,  des pays voisins, notamment au bénéfice de multinationales anglo-américaines.

 

     Les présidences rwandaise et ougandaise, avec l’aide des gouvernants congolais, fabriquent ainsi de fausses rebellions et des milices satellites autour des maquis de cette ex-armée rwandaise (FDLR). Leur objectif véritable en est de chasser les populations congolaises de leurs terres par la violence afin de pouvoir y exploiter les minerais. Ils utilisent :

 

1-des assassinats : éliminer l’élite intellectuelle et toutes les formes de défense des droits de l’Homme ;

 

2- des enlèvements : des hommes, des femmes, des enfants, sont kidnappés et enrôlés dans les milices, où ils sont intoxiqués, drogués, pour des travaux forcés dans les mines, pour l’esclavage sexuel ;

 

3- un climat de terreur permanente, en vue de déplacement forcé des populations : plus d’un million de familles vivent dans des camps de fortune dans des conditions inhumaines ;

 

4- des viols massifs utilisés comme arme de guerre sur des femmes et des mineurs ;

 

5- l’incendie systématique des villages.

 

     Pour entretenir durablement ce chaos, leurs stratèges ont commencé par remporter la bataille de l’information en dissimulant, non seulement les vrais enjeux de ces  guerres, mais aussi et surtout les personnalités et les multinationales qui se procurent, par ce chaos, des profits faramineux.

 

   Ces massacres comportent aujourd’hui clairement une dimension génocidaire. Les populations congolaises tuées, violées et terrorisées fuient et abandonnent leurs terres, en général des terres très fertiles ou riches en gisement miniers. Elles peuvent alors être réoccupées par des populations en provenance du Rwanda et de l’Ouganda.

 

     La résistance des populations autochtones

 

     Les auteurs de ces violences sont toutefois confrontés à un obstacle : les populations autochtones de l’Est du Congo, en particulier les Nande, qui sont majoritaires dans la région et qui résistent à cette stratégie.

 

     C’est pourquoi, depuis 2010, se sont multipliés des enlèvements dans la population Nande : entre 2010 et 2013, plus de 800 personnes, dont 3 Assomptionnistes, ont été kidnappées. A partir d’octobre 2014,  la stratégie semble avoir changé : les gens sont tués sur place dans leurs maisons ou dans leurs champs, de manière à traumatiser les rescapés et ceux qui feront le constat. Ainsi, le 7 janvier dernier, à la cité de Miriki au Sud de Butembo, 18 personnes ont été sauvagement égorgées, à quelques 200 mètres du camp militaire des Forces Armées de R.D. Congo et à 500 m du camp des casques bleus de l’ONU (MONUSCO).

 

     Dans ces conditions, on peut  mieux comprendre l’assassinat du Père Vincent Machozi la nuit de dimanche des Rameaux. Il était devenu l’une des bêtes noires aussi bien pour Kigali et Kampala que pour Kinshasa, car il dénonçait publiquement ces exactions. Il avait entrepris de répertorier méticuleusement les atrocités commises dans la région en dénonçant les complicités. Il se savait menacé. "Priez pour moi parce que je vais être assassiné" avait-il dit récemment au P. Emmanuel Kahindo, vicaire général des Assomptionnistes. Il avait déjà échappé à plusieurs tentatives d'élimination.  Le site benilubéro.com  qu’il dirigeait met en lumière bon nombre de ces exactions.

 

     Par ailleurs, le Père Vincent Machozi était président d'une association culturelle qui œuvre pour le dialogue et la paix.

 

     Les congrégations de l'Assomption ont lancé un appel pour que soit menée une enquête internationale indépendante. N’hésitez pas à le signer : ICI  »

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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 16:15
Une catastrophe nucléaire ne s’arrêterait pas à nos frontières

   À l’heure où la plus haute autorité militaire française* évoque imprudemment l’utilisation d’armes nucléaires contre des groupes terroristes comme Daesh, le quatrième Sommet sur la sécurité Nucléaire pose les bonnes questions face aux menaces terroristes liées aux matières et aux armes nucléaires.

 

     Une cinquantaine de chefs d’Etat (dont F. Hollande) sont à Washington en ce moment (31 mars - 1er avril) pour cet ultime Sommet - initié par B. Obama en 2010 - qui vise à prévenir l'acquisition d'armes nucléaires ou de matières fissiles permettant de fabriquer des bombes sales par des Etats ou des organisations terroristes.

 

    Le risque d’attentat nucléaire semble ne pas être à négliger, au vu des déclarations de Yukiya Amano, Directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et des cas récents de menaces terroristes sur des installations nucléaires civiles et militaires (Belgique), comme le souligne l’organisation britannique ELN (European Leadership Network).

 

   Les dirigeants - et la France en particulier - doivent accélérer les efforts visant à prévenir cette menace et poursuivre leurs travaux au-delà de ce Sommet pour créer des normes mondiales pour sécuriser toutes les matières nucléaires (civiles et militaires). À ce titre, il ne faut pas oublier que 83% des « matières nucléaires sont militaires et se trouvent hors de portée des normes internationales actuelles en matière de sécurité, de mécanismes et de mesures de confiance.

 

  L'association IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire), que je préside, souscrit à l’appel lancé par son partenaire américain NTI (Nuclear Threat Initiative) pour prévenir le terrorisme nucléaire : « toutes les nations doivent agir pour prévenir le terrorisme nucléaire et une nouvelle course aux armements ».

 

  La France, puissance nucléaire, doit prendre la suite de cette initiative américaine et proposer la préparation d’un nouveau Sommet sur la sécurité nucléaire, où les contrôles et les mesures de désarmement et de non prolifération nucléaire seront cette fois au cœur d’un tel processus.

_______________________________________________________

* Général Pierre de Villiers, chef d'Etat major des armées: "je suis persuadé que nous avons à réfléchir sur cette évolution du terrorisme international qui se transformerait en Etat. Cette réflexion doit être corrélée au concept de la dissuasion nucléaire".

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 15:19
Dommage!

       Ma seule réaction devant l’enterrement par le Président de la République de la révision constitutionnelle qu'il avait lui-même initiée après les attentats de novembre et qui concernait principalement la déchéance de nationalité, est : DOMMAGE !

  • Dommage qu’il ait lancé ce débat inutile, inefficace et dangereux.
  • Dommage qu’il n’ait pas écouté les voix de la raison (voir ci-après mon texte du 26 décembre 2015)
  • Dommage qu’il n’ait pas suivi la proposition que je lui avais adressée avec près de 500 signataires (voir ci-après mon adresse du 30 décembre 2015)

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Texte de Paul Quilès (26 décembre 2015)

 

 Déchéance: que ce mot est laid ! Quelle que soit son utilisation, il suggère, d’après le dictionnaire,  la dégradation, l’abaissement, la décrépitude….On n’en parlait pas beaucoup jusqu’ici, alors que la déchéance de nationalité existe dans notre arsenal judiciaire, pour certains cas bien limités. L’inscrire dans la Constitution pour les binationaux nés en France et coupables d’actes de terrorisme créerait de facto deux catégories de citoyens français.

 

     Il est donc compréhensible que la décision du Président de la République interpelle tous ceux qui se demandent pourquoi celui-ci, élu par une majorité de voix de gauche, vient contredire avec cette mesure une valeur –le droit du sol- qui fait partie de l’ADN de la gauche.

 

      Ils ne comprennent pas pourquoi il prend le risque de donner des gages à ceux qui, à l’extrême droite et même à droite, n’hésitent jamais à pousser à la division des Français et qui, depuis quelques jours, applaudissent bruyamment l’annonce présidentielle.

 

      Nombre de Français, sensibles à l’appel, réitéré à la suite des récents attentats, à la défense de la République, ne comprennent pas non plus cette attaque contre un de ses symboles.

 

     Alors, pourquoi une telle décision ? A-t-on besoin de la menace de déchéance de la nationalité française pour dissuader un terroriste de perpétrer un attentat ? Personne ne le croit un seul instant, pas plus l’initiateur du projet que les spécialistes de l’anti-terrorisme ou simplement les citoyens dotés de bon sens. D’autres mesures, autrement plus efficaces, sont indispensables ; elles concernent le renseignement, les forces de sécurité, la coopération internationale, l’attaque du "mal" à la racine….autant de domaines dans lesquels des actions ont justement été entreprises.

 

      Ce constat et ce questionnement conduisent inévitablement à penser qu’au-delà du discours officiel, peu crédible, la décision répond à d’autres considérations, d’une autre nature….. Il pourrait s’agir de contraindre les parlementaires de gauche à voter positivement au Congrès de Versailles (où la majorité des 3/5èmes est requise), sous la menace d’un référendum. Cette opération ne serait pas sans risque, car l’opposition ne se priverait pas d’en dénoncer le caractère tactique.

 

      Et, si l’objectif était –ce que certains commentateurs suggèrent- une tentative de "triangulation" en vue de la prochaine élection présidentielle, il ne faudrait pas oublier que « les électeurs préfèrent l’original à la copie ». Attention, jeu dangereux !

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Adresse de Paul Quilès au Président (30 décembre 2015)
 
J’ai pris l’initiative de rédiger cette “adresse” au Président de la République pour proposer une voie de sortie de l’imbroglio actuel.
 
Le projet envisagé suscite en effet interrogations, inquiétudes et controverses, qui ne sont pas sans fondements.
 

Il comporte des risques non négligeables d'amplifier un climat de division entre les Français, voire de créer des fractures.

 

Il ouvrirait la porte à des extensions dangereuses, déjà demandées par l'extrême-droite "pour aller beaucoup plus loin". 

 

Soutenez la demande faite au Président dans cette “adresse”, qui consiste à ce que, “sans modifier la Constitution ni remettre en cause le droit du sol, le Parlement réécrive l'article 23-7 du code civil afin de l’adapter aux besoins actuels de la lutte contre le terrorisme et à la sécurité des citoyens.”

      

 

                         Signez l’adresse au Président de la République

 

*****

    Adresse à Monsieur le Président de la République 

Après l'émotion suscitée par les récents attentats qui ont meurtri les Français, le gouvernement a exercé sa pleine responsabilité en cherchant à réviser notre droit pour le rendre plus efficace dans la lutte contre le terrorisme international.  

Le 16 novembre dernier, vous avez annoncé devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles votre souhait de "pouvoir déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, même s'il est né Français". 

Le 23 décembre, par la voix de votre Premier ministre, le gouvernement a annoncé qu'il allait "proposer au Congrès d'inscrire dans la Constitution, à l'occasion d'une révision, la déchéance de nationalité pour les binationaux, impliqués dans les affaires de terrorisme"

Ce projet suscite interrogations, inquiétudes et controverses, qui ne sont pas sans fondements et il comporte des risques non négligeables d'amplifier un climat de division entre les Français, voire de créer des fractures. Il ouvrirait la porte à des extensions dangereuses, déjà demandées par l'extrême-droite "pour aller beaucoup plus loin"

C’est pourquoi, nous souhaitons nous faire les porte-parole de tous les Français : 

- qui ne s’opposent pas au principe de la déchéance de nationalité, qui existe dans notre code civil depuis 1938 et a déjà été appliqué à de nombreuses reprises ; 

- qui s’opposent à l’inscription dans la Constitution d’un projet de réforme de la nationalité qui constituerait une rupture d'égalité contredisant l'article premier du texte fondateur de notre République, proclamée "indivisible", et créerait des catégories de citoyens traités différemment selon qu'ils sont binationaux ou pas. 

C’est dans cet esprit que nous nous adressons à vous pour que, sans modifier la Constitution ni remettre en cause le droit du sol, le Parlement réécrive l'article 23-7 du code civil afin de l’adapter aux besoins actuels de la lutte contre le terrorisme et à la sécurité des citoyens.

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 10:50
Cordes....sur le ciel

       Belle surprise ce matin, à 8 heures, en sortant de chez moi: 

le haut de Cordes, sur fond de ciel bleu....

et la lune au dessus du clocher de l'église Saint Michel.

 

      Cela valait bien une photo!

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 22:32
Alain Decaux

     J'avais beaucoup d'admiration et d'affection pour Alain Decaux.

 

     ll n'était pas seulement pour moi le formidable conteur qui utilisait si bien la télévision pour faire revivre avec talent et simplicité les évènements de l'Histoire. Il se trouve que nous avons été pendant trois ans membres du même gouvernement et j'ai pu apprécier cet homme souriant, d'humeur égale, toujours positif dans ses jugements et modeste dans son comportement..... autant de qualités appréciables dans le monde politique.

 

     C'est très volontiers qu'il accepta de m'aider en 1994 à monter le grand spectacle "Ils ont tué Jaurès", mis en scène par Claude Moreau et joué en public sur le site de la Grande Découverte de Carmaux, encore en cours d’exploitation, devant plus de 40 000 spectateurs. 

 

     On peut constater dans cet extrait vidéo la façon magistrale dont il est intervenu tout au long du spectacle comme une sorte de fil conducteur de la grande fresque racontant la vie de Jaurès.

 

     Le document qu'on trouvera ci-dessous et qui figurait dans la brochure de présentation du spectacle, constitue également un témoignage du talent d'Alain Decaux et de sa sensibilité. Il s'agit d'une partie de l'hommage qu'il rendit à son prédécesseur, Jean Guéhenno, lors de son entrée à l'Accadémie Française le 13 mars 1980. Et, pour la première fois sous la coupole de l'Institut de France, résonna le nom de Jaurès!

Alain Decaux
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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 09:59
Les marchands d'illusions

      Les attentats terroristes qui frappent les pays occidentaux depuis quelque temps suscitent naturellement une forte émotion dans les opinions publiques. S’ajoutent à cette tristesse des inquiétudes légitimes sur l’étendue et la nature des menaces auxquelles risquent d’être confrontées les populations civiles.


     Profitant de ce climat de tension, entretenu par une médiatisation sans retenue, certains responsables politiques (surtout à l’extrême droite et à droite) et des commentateurs prétendument compétents assènent des analyses et des propositions visant à convaincre qu’il existe des solutions simples pour lutter contre le terrorisme.    

 

     La réponse au problème posé à notre société par le développement d’actions terroristes sur notre territoire voulu par Daesh serait donc simple !

 

     Pour ces marchands d’illusions, quoi de plus évident en effet, pour répondre au problème, que de stopper tout accueil de réfugiés en Europe ?

 

     Quoi de plus évident, pour répondre au problème, que de renforcer massivement le dispositif policier et de prendre des mesures pénales extrêmes (rétablissement de la peine de mort, prison à perpétuité…)

 

     Quoi de plus évident, pour répondre au problème, que de s’interroger sur la pertinence de l’arme nucléaire pour écraser l’Etat islamique ? Oui, vous avez bien lu : l’arme nucléaire, la bombe atomique ! Pour vous en convaincre, je vous suggère de lire ce court article d’un journaliste « expert » des questions de défense, qui pose innocemment  la question: "Contre l'Etat islamique, la dissuasion nucléaire?"

 

     Tous ces promoteurs d’idées (trop) simples, qui se dispensent d’analyses sérieuses et qui n’hésitent pas à tomber dans la caricature et la démagogie, sont dangereux. Le climat politique actuel favorise malheureusement cette compétition à base d’idées simples et "choc", de "bons mots"de petites formules, destinées à marquer l’opinion dans la perspective de la course en deux phases qui s'annonce (primaires, présidentielle).

 

     Face au terrorisme djihadiste de Daesh, il n’y a pas –je le répète depuis des années- de réponse simple ou magique. Faire croire le contraire est irresponsable et relève de la démagogie.

 

 

Relire et écouter à ce sujet

 

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 22:48
"La dissuasion, c'est moi!", dit l'inconnu de province

      Le documentaire « La France, le Président et la Bombe » diffusé le 22 mars sur une chaîne publique (France 5) peut être décrit comme un document de propagande sans nuance, avec des messages tronqués et des révélations surprenantes concernant la réalité de la responsabilité de la chaîne de commandement des forces nucléaires.

    Ce documentaire a été préparé avec le concours de spécialistes reconnus du monde de la défense et des médias et des plus hautes autorités politiques. Nul doute que celles-ci en ont été informées, si l’on en juge par les images tournées sur des sites stratégiques.

     Nous ne reviendrons pas sur les trop nombreuses contre-vérités (la paix avec la bombe, les sondages, l’Iran atomique,…) qui s’enchaînent dans ce documentaire. Par contre, nous souhaitons interpeller les autorités politiques au sujet d’une information apportée à la 42ème minute du film, qui semble casser le mythe du pouvoir nucléaire présidentiel.

A VOIR ET A LIRE  

  • Voir le film: ICI   
  • Retranscription (41’55 à 43’09)

- Général Bentegeat, Chef d’état-major particulier de J. Chirac 1999-2002, Chef d’état-major des armées 2002-2008 : « Il y a des procédures automatisées naturellement et extrêmement complexes, sécurisées, qui permettent de vérifier effectivement que c’est l’ordre du Président et qu’il n’y a pas d’ambigüité sur l’ordre donné ».

- Amiral Edouard Guillaud, Chef d’état-major particulier de J. Chirac et de N. Sarkozy (2006-2010), Chef d’état-major des armées (2010-2014) : « Toutes les procédures sont écrites, révisées, testées contres testées, on essaye régulièrement de les prendre en défaut ».

- Journaliste : « Reste l’hypothèse d’un président mort, kidnappé ou en incapacité. Que ce passerait-il, si cela arrivait en pleine crise internationale ? En principe, c’est le président du Sénat qui assure l’intérim et à défaut le gouvernement dans son ensemble. Mais en cas de guerre, des procédures spéciales sont prévues pour que l’ordre d’emploi de l’arme nucléaire puisse être dévolu en cas d’urgence. À l’époque du général de Gaulle, l’autorité allait au premier Ministre, puis [ce fut] au ministre de la Défense, puis à une personnalité dont l’identité était tenue secrète, peut-être en province ? Aujourd’hui les procédures ne sont sans doute pas très différentes, en tout cas le président peut désigner qui il veut ».

 

DECRYPTAGE 

     Le documentaire - par les voix de hauts gradés - explique très clairement que les procédures de transmission des ordres de l’utilisation des armes nucléaires (par la Force aérienne stratégique ou la Force océanique stratégique) ne peuvent émaner que du Président de la République. Tout est fait pour qu’il n’y ait aucune « ambigüité sur l’ordre donné ».

      Puis, deux scénarios, impliquant deux décisions différentes, sont indiqués :

  • Scénario N°1 : « un président mort, kidnappé ou en incapacité en pleine crise internationale. (…) C’est alors le Président du Sénat qui assure l’intérim et, à défaut, le gouvernement dans son ensemble ».
  • Très bien, cela respecte l’article 7 de la Constitution de la Ve République. Ce fut le cas en 1969 et 1974 : le Président du Sénat, Alain Poher, a assuré l’intérim à la suite de la démission de Charles de Gaulle du 28 avril au 20 juin 1969, date de l’élection à la présidence de Georges Pompidou puis à la suite du décès de ce dernier, du 2 avril au 27 mai, date de l’élection à la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.
  • Scénario N°2 : « en cas de guerre, des procédures spéciales sont prévues pour que l’ordre d’emploi de l’arme nucléaire puisse être dévolu en cas d’urgence ».

     S’agit-il encore, comme dans le scénario N°1, de l’hypothèse d’un président mort, kidnappé ou en incapacité ? On ne comprend pas pourquoi, tout d’un coup, « le Président du Sénat qui assure l’intérim et, à défaut, le gouvernement dans son ensemble » voient leur autorité disparaître au profit d’un parfait « inconnu de province » qui disposera de la capacité d’ordonner l’utilisation de nos missiles nucléaires !

     Dans ce scénario N°2, un inconnu résidant en province (!) - non élu par les citoyens et donc sans aucune légitimité - dispose en permanence d’un moyen (en cas d’incapacité du président) de donner l’ordre de déclenchement du feu nucléaire.

    Si cette hypothèse est vraie, c’est la crédibilité politique du Président qui est gravement atteinte. De plus, si cet « inconnu » est un militaire, cela pose la question de la supériorité du pouvoir militaire sur le pouvoir politique.

     Si les propos tenus sont inexacts, on peut s’étonner du passage sur une chaine publique de ce documentaire financé par de l’argent public et avalisé par des autorités et des personnes dont la compétence est habituellement reconnue.

     Une des raisons fortes qui poussa le Général de Gaulle à organiser un référendum (28 octobre 1962), pour faire adopter l’élection présidentielle au suffrage universel direct, fut qu’il souhaitait  donner au Président la légitimité pour « appuyer sur le bouton nucléaire ». Pierre Messmer justifia ainsi ce modèle électoral : « le chef de l’Etat a seul l’emploi de la force nucléaire stratégique. La conséquence dans un régime démocratique est que le chef de l’Etat doit être l’élu de toute la Nation, qu’il peut plonger dans de terribles épreuves ».

     Pour disposer de cette force, il doit donc avoir le consentement d’une majorité de la population, qui lui confère ce droit de vie ou de mort. Il est d’ailleurs significatif que, dans ce même documentaire, on affirme qu’on serait passé d’une monarchie symbolisée par le sacre du roi à Reins, à une monarchie nucléaire symbolisée par la transmission des codes de lancement, au moment de la prise de fonction du nouveau Président.

LES TEXTES 

     Les affirmations répétées -« le Président est le seul à donner l’ordre ultime », « la dissuasion c’est moi » (F. Mitterrand)- trouvent  leur fondement dans des textes juridiques et des sources non juridiques:

  • Les textes de loi : 

     - Le décret 64-46 du 14 janvier 1964, « relatif aux forces aériennes stratégiques » fixe initialement la compétence du chef de l’Etat de donner l’ordre d’engagement des forces nucléaires.

    - Le décret 96-520 du 12 juin 1996 « portant détermination des responsabilités concernant les forces nucléaires », abroge le précédant décret. Il a été codifié dans le code de la défense dans les articles R*1411-1 à R*1411-6 sous la section « préparation et mise en œuvre des forces nucléaires ». S’il est peu « prolixe sur la compétence propre du chef de l’Etat d’ordonner le feu nucléaire » comme le souligne les juristes F. Baude et F. Vallée[i], ces deux articles fixent clairement cette autorité nucléaire au Président :

  • R*1411-1, C : « La mission, la composition et les conditions d’engagement des forces nucléaires font l’objet de décisions arrêtées en Conseil de défense et de sécurité nationale ». Celui qui préside ce Conseil de défense et de sécurité est le Président. Par conséquent, de manière implicite, il est bien désigné comme le responsable « des conditions d’engagement ».
  • R*1411-5, C : « Le chef d’état major des armées est chargé de faire exécuter les opérations nécessaires à la mise en œuvre des forces nucléaires. Il s’assure de l’exécution de l’ordre d’engagement donné par le Président de la République ».
  • Les textes politiques (liste non-exhaustive): 

     - Discours du Président Hollande, 19 février 2015 : « Je vous l'ai dit, c'est ma responsabilité en tant que Président de la République, en tant que chef des Armées. En la matière, comme l'avait dit le président François Mitterrand, le chef de l'Etat est le premier citoyen en France à avoir son mot à dire et à décider. C'est la responsabilité suprême du Président de la République d'apprécier en permanence la nature de nos intérêts vitaux et les atteintes qui pourraient y être portées ».

     - Discours du Président Sarkozy, 21 mars 2008 : « Mon premier devoir en tant que chef de l’État et chef des armées, est de veiller à ce qu’en toutes circonstances la France, son territoire, son peuple, ses institutions républicaines, soient en sécurité. Et qu’en toutes circonstances, notre indépendance nationale et notre autonomie de décision soient préservées. La dissuasion nucléaire en est la garantie ultime. Prendre la mesure de cette réalité, c’est la lourde responsabilité de tout Président de la République ».

  - Discours du Président Chirac, 19 janvier 2006 : « C'est la responsabilité du chef de l'Etat d'apprécier, en permanence, la limite de nos intérêts vitaux. L'incertitude de cette limite est consubstantielle à la doctrine de dissuasion. […] Il appartiendrait au Président de la République d'apprécier l'ampleur et les conséquences potentielles d'une agression, d'une menace ou d'un chantage insupportables à l'encontre de ces intérêts. Cette analyse pourrait, le cas échéant, conduire à considérer qu'ils entrent dans le champ de nos intérêts vitaux.» 

    - Livre Blanc 2013 : « L’exercice de la dissuasion nucléaire est de la responsabilité du Président de la République ».

   - Livre Blanc 2008 : « La crédibilité de la dissuasion repose également sur la garantie donnée au Président de la République qu’il peut, à tout moment, donner des ordres aux forces nucléaires ».

    - Livre Blanc 1994 : « La crédibilité de notre posture dissuasive repose sur la disposition de moyens suffisamment souples et diversifiés, offrant, le moment venu, des options différenciées au Chef de l’Etat ». 

CONCLUSION 

      Ce que révèle ce documentaire - si les affirmations qu’il contient ne sont pas démenties- porte une atteinte grave au principe démocratique qui fonde notre Etat et qui le distingue des Etats fantoches.

     Si ces affirmations sont fausses, le fait qu’elles aient été diffusées sur une chaîne de service public est préoccupant et illustre le peu d’intérêt qui est porté à un sujet majeur qui touche à la défense de notre pays.

    Une clarification officielle du Président de la République et du Président du Sénat s’impose. 

 

Cette analyse a été réalisée par l'association IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire)

________________________________________________________________________________

[i] F. Baude, F. Vallée, « Droit de la défense », Paris, Ellipses, 2012

Article du Canard Enchaîné du 23 Mars

Article du Canard Enchaîné du 23 Mars

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 18:20
La République, aujourd'hui et demain
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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 15:43
Une révélation surprenante et inquiétante
Une révélation surprenante et inquiétante
Une révélation surprenante et inquiétante

             La chaîne publique France 5 s’apprête à diffuser mardi 22 mars, à une heure de grande écoute un film consacré à la dissuasion nucléaire française, intitulé "La France, le Président et la Bombe". Ce film contient une révélation surprenante et inquiétante concernant le cas d’empêchement du Président de la République de donner l’ordre d’une frappe nucléaire.

 

            Le documentaire explique en effet (42 à 43ème minute- visionner) qu’en cas de guerre et d’empêchement du Président de la République, l’ordre de tir nucléaire serait dévolu à un individu désigné secrètement par le Président et "sans doute situé en province". Ceci sans tenir compte des procédures de dévolution prévues par la Constitution.

 

            Ainsi, un individu, homme ou femme, pourrait se voir attribuer du jour au lendemain le pouvoir de donner la mort à des millions de personnes sans aucune légitimité constitutionnelle !

 

          Si cette information est exacte, elle nécessite des éclaircissements et des explications publiques. Si elle est fausse, elle discrédite un document censé informer les Français.

 

        Alors que l’on insiste sur la charge symbolique attachée à la dissuasion nucléaire et sur la lourde responsabilité du Président dans le déclenchement éventuel de l’apocalypse nucléaire, on ne peut que s’étonner sinon s’indigner devant tant de légèreté et de mépris pour l’opinion et la sécurité des Français.

    

         Cet incident souligne la nécessité d’un véritable débat ouvert sur la dissuasion nucléaire française.

 

       * Voir la vidéo de ce film  , qui est déjà en ligne

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        La traduction de ce texte en anglais  se trouve ICI

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 12:41
Jumelage Cordes sur Ciel-Kourou

Communiqué de presse

 

     La convention de jumelage entre Cordes sur Ciel et Kourou a été signée officiellement le 8 mars par Paul Quilès et François Ringuet, maire de Kourou. Cette signature a eu lieu au cours du déplacement en Guyane d’une délégation du Conseil municipal de Cordes composée du maire, Paul Quilès et de deux élues, Annie Dégardin et Marie-France  Gallais- Salingardes.

 

    Le jumelage entre Kourou et Cordes sur Ciel trouve son origine dans l’intérêt porté à l’espace par le maire de Cordes, qui fut ministre de l’espace de 1988 à 1992, alors que la politique spatiale prenait son essor. Plus tard, c’est lui qui, ministre de l’intérieur, signa le décret de changement de nom de Cordes, en validant l’appellation « Cordes sur Ciel ». Il est aussi à l’origine de l’évènement « le Ciel sur Cordes », organisé chaque année fin juillet dans le cadre historique et médiéval du village, avec le soutien du CNES et d’autres acteurs du monde spatial.

 

    Le jumelage contribuera au rayonnement de l’actualité spatiale et des cultures réciproques des régions de Guyane et de Languedoc Roussillon- Midi-Pyrénées.

 

   Les premières concrétisations du jumelage passeront par les établissements scolaires, qui favoriseront les échanges entre élèves.

 

    Une délégation de Kourou doit participer au Salon du livre de cuisine de Cordes sur Ciel les 4 et 5 juin prochains. A cette occasion, une démonstration de cuisine d’Amérique du Sud sera proposée.

 

    Au cours de son déplacement en Guyane, la délégation a pu assister, à l’invitation du Président du CNES, Jean-Yves Le Gall et en présence de Thierry Mandon, secrétaire d’Etat à la recherche, au lancement réussi d’une fusée Ariane 5 à partir du Centre Spatial Guyanais. Il est à noter que le satellite mis en orbite à cette occasion (EUTELSAT 65 West A) est destiné notamment à faciliter la transmission des émissions de télévision à partir du Brésil, lors des prochains Jeux Olympiques de Rio.

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dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez