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28 août 2008 4 28 /08 /août /2008 07:30

Ce texte a donné lieu à une tribune publiée par Libération le 28 août sous le titre « la guerre en questions »

La mort de 10 soldats français tombés en Afghanistan dans une embuscade a suscité une émotion qui révèle les inquiétudes et les interrogations de nos concitoyens à propos d’un conflit qui dure depuis près de 7 ans.

 Il s’agit bien d’une guerre et, même si la composante terroriste existe parmi ceux qu’on appelle les Talibans, il est évident qu’une partie de la population afghane participe à un combat contre ce qu’elle considère comme une « armée d’occupation ». Le récent bombardement américain dans l’Ouest de l’Afghanistan, qui a tué 90 civils (qui a moins ému l’opinion française que la mort de nos soldats, probablement en raison d’une plus faible médiatisation), ne va pas arranger les choses…

 Fin 2001, la guerre contre le régime des Talibans, reconnue comme une opération de « légitime défense » par le conseil de sécurité de l’ONU en réaction à l’attentat du 11 septembre, a été engagée par les Américains, avec un soutien international, dont celui de la France. Depuis cette date, la mission a évolué, puisque les Talibans ont été chassés du pouvoir et qu’il s’est agi de « reconstruire » l’Afghanistan, grâce à l’aide militaire, civile et financière de la communauté internationale. Dans le même temps, les Américains ont poursuivi une opération de contre guérilla (« Enduring freedom ») contre les poches de résistance de Talibans associés au réseau Al Qaïda.

 Force est de constater que la mission des forces françaises n’a jamais été clairement précisée (voir par exemple l’envoi de « forces spéciales » du COS aux côtés des Américains en 2003, puis retrait fin 2006….sans explication !). Plus récemment, la décision par N. Sarkozy d’envoyer 700 hommes supplémentaires, sans raison apparente…sauf celle d’être agréable à l’administration Bush, devait être accompagnée d’une demande par la France de redéfinition de la stratégie à l’égard de l’Afghanistan. Rien ne s’est produit jusqu’ici et le ministre des affaires étrangères annonce le 24 août « qu’il faut changer de stratégie en Afghanistan » !

 N. Sarkozy et le gouvernement doivent s’expliquer sur ces hésitations. Ils doivent aussi nous dire pourquoi les affirmations du candidat Sarkozy (« la présence à long terme de la France en Afghanistan ne me semble pas décisive » ; « aucune armée étrangère n’a réussi dans un pays qui n’est pas le sien ») sont totalement contredites aujourd’hui par les discours officiels.

 Des considérations de tactique politicienne ne doivent pas empêcher de traiter ce dossier avec sérieux et transparence. Cela est possible, puisque, d’après le nouvel article 35 de la Constitution, « le gouvernement doit préciser les objectifs poursuivis » par l’intervention militaire qui a été engagée.

 C’est pourquoi, je souhaite que le gouvernement affiche clairement (par écrit) et rapidement les objectifs de la participation de la France aux opérations menées en Afghanistan, en répondant notamment aux questions suivantes :

1-     La France fait-elle la guerre en Afghanistan ? Si oui, contre qui et dans le cadre de quelle opération ?

2-     Quels sont les objectifs de notre intervention militaire ?

3-     Qui décide de la stratégie générale à l’égard de l’Afghanistan ?

4-     Qui décide de la stratégie militaire ?

5-     Quel est le rôle des Etats-Unis dans la définition et l’application de ces stratégies ?

6-     Quels sont les moyens militaires et civils mis en œuvre et quel est leur coût ?

7-     Quel est le calendrier et quelles sont les étapes des actions à venir ?

 Ainsi informés, les Français jugeront et le Parlement pourra débattre, afin de dire les conditions dans lesquelles la présence de forces françaises en Afghanistan peut être ou non acceptée.

 Ce qui est certain, c’est que la France ne pourra pas continuer à participer à cette guerre si le Président de la République et le gouvernement ne clarifient pas leurs objectifs, en précisant le sens d’une présence militaire dans ce pays, qui, pour moi, ne peut se concevoir qu’intégrée dans une opération de l’ONU, avec un mandat global de reconstruction de l’Afghanistan.

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Published by Paul Quilès - dans Politique française
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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 18:05

Avant l'Université de La Rochelle, nous avons décidé,    avec Anne Ferreira, Marie-Noëlle Lienemann, Jean Mallot, Emmanuel Maurel, de publier l'appel ci-dessous, qui dessine la perspective d'un "pacte majoritaire" avec la gauche du PS. 
                                             Paul Quilès
                     
                                   ************************

Il faut sortir de la spirale actuelle : la gauche, éclatée et atone, semble incapable d'incarner une alternative crédible à une politique pourtant de plus en plus impopulaire.
Le PS déçoit son électorat. Face à la crise du système, il se contente d'analyses tièdes et de réponses convenues. Face à la droite, il peine à s'opposer résolument et efficacement.
Les militants, les sympathisants, sont déboussolés car les querelles internes l'emportent sur le nécessaire débat stratégique.

Réussir le Congrès de Reims, c'est créer les conditions d'un retour de l'espoir. Cela passe par des choix clairs, par des réorientations majeures. C'est pourquoi nous demandons aux autres signataires de contributions générales de se concentrer sur les objectifs prioritaires de ce congrès : Quelle analyse de la crise actuelle du capitalisme financier ? Quelles pistes pour construire une alternative économique et sociale ? Quelle stratégie pour gagner en 2012 ?
Pour notre part, nous défendons sur ces points des positions sans ambiguïté, que nous souhaitons faire partager au plus grand nombre de socialistes :

L'objectif du congrès :

1er point: Est-on d'accord pour choisir d'abord une ligne et une stratégie ?
Il ne s'agit pas de désigner le prochain candidat socialiste pour 2012, à travers le choix d'un 1er secrétaire. Ce congrès, plus que tout autre, devra définir une ligne politique claire, sans que les querelles de personnes et le choc des ambitions (souvent légitimes) viennent entraver le débat. Il devra aboutir à un texte dynamique, et non à des synthèses sans consistance et sans souffle.

2ème point : Est-on d'accord pour un nouveau fonctionnement et un nouveau développement du PS?
Le congrès doit aussi prendre des dispositions permettant d'assurer un fonctionnement nouveau et collectif du parti, préfigurant ce que pourrait être un parti rassemblant toute la gauche, associant réellement les militants et s'ouvrant largement à toutes les forces vives de la gauche (syndicats, associations, etc…). Le congrès devra arrêter un plan d'action et de développement, ainsi qu'une série de conventions thématiques, ouvertes à toute la gauche.

• 3ème point : Est-on d'accord pour un pacte majoritaire avec la gauche du PS ?
Si le congrès n'aboutit qu'à une redistribution de cartes entre les mêmes responsables qui ont tous dirigé, depuis plus de 10 ans, la majorité du PS, il est à craindre que les insuffisances et problèmes passés perdurent et empirent. Le premier changement dans le fonctionnement du PS serait que la gauche du PS et la jeunesse constituent un pôle majeur de la future majorité. Celle-ci doit être établie sur un pacte clair, qui doit être soumis au congrès avant l'élection d'un nouveau premier secrétaire.

La stratégie pour gagner et engager une véritable relance de la gauche :

4ème point: Est-on d'accord sur des alliances claires et à gauche ?
Pour nous, le rassemblement de la Gauche, seule voie garantissant le succès électoral et la capacité à transformer en profondeur la société, est incontournable. L'alliance au centre est une impasse, le cartel électoral de la gauche de gouvernement est insuffisant. Ce qu'il faut, c'est une nouvelle étape de l'unité de la Gauche.

5ème point : Comment engager cette nouvelle étape de l'Unité de la gauche ?
Tout plaide aujourd'hui pour la préparation d'un parti de toute la gauche qui fédère les partis existants (PS, PC, Verts, MRC, PRG....) et surtout qui crée un mouvement d'entraînement de celles et ceux qui, de plus en plus nombreux, ne se reconnaissent pas dans le paysage actuel de la gauche. La rénovation de la gauche ne peut s'opérer en vase clos ! Le congrès doit arrêter des initiatives concrètes en vue d'avancer rapidement dans cette direction.

L'analyse de la crise actuelle du capitalisme financier et les réponses à y apporter :

6ème point : Veut-on une gauche porteuse d'une alternative et sera-t-on au rendez vous du changement de cycle qui s'engage dans la mondialisation ?

Rares sont les contributions au Congrès de Reims qui mettent en avant l'urgence d'inventer une alternative au capitalisme financier transnational, pourtant en crise majeure. Les évènements récents révèlent l'ampleur de cette crise. Ils montrent aussi qu'un nouveau cycle est engagé, qui prépare des bouleversements importants (retours des Etats, nouvelle donne géostratégique), impose de profondes remises en cause (financiarisation, gaspillage des ressources, libre circulation des capitaux et des biens sans contrôle et sans protections…) et de nouvelles réponses.

7ème point : Est on prêt à « changer l'Europe », à rompre avec le libre échange généralisé ?
La crise actuelle montre les dérives et les dangers d'un libre échange multilatéral généralisé. Les échanges blocs à blocs reviennent au premier plan. On doit en tirer deux conséquences : l'urgence d'une réorientation majeure de la construction européenne d'une part ; la nécessité de penser des protections de nos économies et de nos sociétés, dans le cadre d'échanges équitables et négociés d'autre part. A un an des élections européennes, il est temps de faire des choix décisifs.

8ème point : Est-on prêt à la révolution écologique ?
Le réchauffement climatique, la raréfaction des matières premières et des énergies fossiles, l'état alarmant de la pollution des eaux et autres ressources naturelles obligent à repenser totalement notre mode de développement, à relocaliser bon nombre des activités productives et à investir massivement pour cette nouvelle économie durable. Il ne s'agit pas de proposer un ripolinage cosmétique, mais de se préparer à des bouleversements considérables dans nos pratiques.

9ème point : Sommes nous d'accord sur des points clés pour la reconquête idéologique et un nouveau projet de société ?
Nous souhaitons que le congrès affirme la détermination des socialistes d'agir au pouvoir pour casser la logique de la financiarisation et pour restaurer une véritable capacité d'intervention de la puissance publique, voire du capital public. Cela passe par la défense de nos services publics, par une relance vigoureuse de l'investissement public (recherche, innovation, infrastructures), mais aussi par la maîtrise collective de certains biens communs, comme l'eau. Redistribuer les richesses, regagner le terrain perdu par le travail par rapport au capital, repenser la fiscalité doit constituer des objectifs prioritaires pour la gauche.

10ème point : Est-on volontaire pour une opposition résolue et efficace contre Sarkozy et pour présenter des réponses aux attentes les plus urgentes des Français ?
Dans l'immédiat, le PS devrait proposer aux autres partis de gauche l'organisation d'Etats Généraux ayant pour but d'établir une plateforme immédiate de relance du pouvoir d'achat et de la croissance, mais aussi de jeter les bases d'un « manifeste pour une alternative économique et sociale ».

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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 18:06

Le ministre de la défense vient de déclarer que la France ne participait pas à une "guerre" en Afghanistan! Tel n'est pas l'avis du ministre des Affaires étrangères et de députés UMP (Hervé Mariton, Bruno Le Maire, Axel Poniatowski.
Je reviendrai prochainement sur cette question.....qui n'est pas seulement une affaire de vocabulaire et qui en dit long sur la confusion que l'on entretient sur le sens de la présence des forces françaises en Afghanistan.
En attendant, si vous souhaitez mieux comprendre ce que représente la lutte contre le terrorisme, je vous conseille de lire le rapport de la mission parlementaire que j'ai présidée fin 2001 (cliquez ici). Vous y verrez que l'analyse et les propositions faites quelques semaines seulement après le déclenchement de la guerre d'Afghanistan sont toujours pertinentes.

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 20:51
 
Regarder l'interview de Paul Quilès sur France 3 Midi Pyrénées au JT du 25 août, à propos de la politique de la France en Afghanistan.......Cliquer ici puis sur "édition du 25 août"(l'interview commence à 1'50)
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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 19:30

Communiqué de Marie-Noëlle LIENEMANN 
et Paul QUILES
 (19 août 2008)

 

 Le gouvernement sous estime gravement la profondeur de la crise mondiale et de ses conséquences. Non seulement il ne fait preuve d’aucune anticipation, mais il semble n’envisager que des mesurettes sans efficacité. Sa logique reste inchangée: recherche de la compétitivité par le moins d’impôt, des salaires tirés vers le bas, libre échange  généralisé, recul du capital et de l’investissement publics, abandon de l’intervention régulatrice de  l’Etat.

 Cette politique du gouvernement a déjà accru les difficultés du pays, en particulier avec l’injuste et absurde paquet fiscal, mais les dogmes  et prétendues réformes que défend Nicolas Sarkozy sont à rebours  de l’histoire, tant il veut  faire entrer la France dans  un système à bout de souffle et en pleine crise, percuté de plein fouet par ses propres  dérives.

 L’ampleur de la crise bouleverse la donne. Un nouveau cycle s’engage. C’est la responsabilité de la gauche de proposer une véritable alternative, une autre politique et d’y travailler de façon urgente. Les remèdes homéopathiques ne sont plus de mise et des profondes remises en cause deviennent indispensables. Les  propositions immédiates de relance doivent s’inscrire dans une telle perspective : soutien aux investissements publics et productifs, relance du pouvoir d’achat par une revalorisation des salaires, taxation des mouvements de capitaux, protections ciblées pour lutter contre les délocalisations et promouvoir des échanges équitables, relance du capital public pour accompagner de nouvelles politiques industrielles, répartition des richesses à travers une refonte complète de la fiscalité. 

 Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès demandent  à la direction du PS de proposer aux autres partis de gauche,  l’organisation d’Etats Généraux ayant pour but d’établir une plateforme immédiate de relance du pouvoir d’achat et de la croissance mais aussi de jeter les bases d’un « manifeste pour  une  alternative économique et sociale ». Les organisations syndicales, le mouvement associatif, les intellectuels et les forces vives du pays devraient y être étroitement associés. La gauche doit s’unir autour d’un nouveau projet. Les Français attendent une opposition résolue et efficace  à la politique de N. Sarkozy et une gauche unie proposant une voie d’avenir et de progrès.

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24 août 2008 7 24 /08 /août /2008 15:17

A l'issue de la cérémonie organisée à Castres samedi 23 août, en hommage aux soldats du 8ème RPIMa tombés en Afghanistan, j'ai remis la lettre suivante au colonel Bruno Meillan, commandant en second de ce régiment.                 

Mon colonel,

            Comme tous nos compatriotes, j’ai ressenti une immense peine à l’annonce de la mort des 10 soldats français tués en Afghanistan lors de l’accrochage qui s’est produit le 18 août dernier. 

            Quelles que soient mes positions d’homme politique sur la question de la présence et du rôle de la France en Afghanistan, je tiens à vous dire combien je respecte et j’admire le métier que vous faites, connaissant le professionnalisme et le courage des hommes du 8ème RPIMa. J’ai pu en juger notamment lorsque j’ai été ministre de défense, puis président de la commission de la défense et des forces armées à l’Assemblée Nationale.

            Je suis le fils d’un officier qui a exercé son commandement dans des opérations particulièrement risquées, en particulier en Indochine, à l’époque même où fut créé votre régiment. C’est dire si j’ai une pensée toute particulière pour les familles des victimes et des blessés. Je pense aussi à toutes les autres, dont je connais l’angoisse permanente, pour l’avoir éprouvée moi-même pendant de longues années dans ma jeunesse. Je souhaiterais que vous leur fassiez part de toute mon affection, même si je sais bien que les mots sont parfois d’un faible soutien.

            Je vous prie d’agréer, mon Colonel, l’expression de mes sentiments les plus cordiaux.

                                                  Paul Quilès,
                                                  ancien ministre             

 

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20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 16:30

A la suite de la mort de 10 soldats français en Afghanistan, Paul Quilès s'est exprimé à plusieurs reprises, notamment:
- sur RMC, le 19 août
- sur RTL, le 19 août....écouter
- sur France Inter, dont il a été l'invité le 20 août:
                 # regarder la vidéo de l'interview
                 # écouter le débat avec les auditeurs*
(attention: à 8'39'', bien réécouter la promesse de "N. Sarkozy candidat" à propos de l'Afghanistan. Aujourd'hui président, il tient le discours inverse!!)
- sur TF1, au JT de 20h du 20 août.....regarder

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 09:00

Cet article  de Paul Quilès a été publié par Le Figaro du 19 août 2008 sous le titre "La guerre du Caucase, un test pour l'Europe"
 

            Comme souvent dans les conflits entre Etats, il est difficile de dire qui a commencé et quand cela a commencé ! Sans remonter aux Mongols et au Moyen âge pour essayer de  comprendre les origines de l’affrontement entre Russie et Géorgie à propos de l’Ossétie, on voit bien que la décision de Staline de la séparer en 2 entités, l’une rattachée à la Russie, l’autre à la Géorgie, pèse encore de tout son poids.

            Celui-ci pensait alors contrer de la sorte les « tentations nationalistes » des peuples composant l’URSS. De fait, ces tentations n’ont pas disparu et, dans un contexte pourtant différent, les réflexes reviennent, attisés par les convoitises et les visées géo stratégiques des parties en présence:

            - réflexe de domination « impériale », hérité des Soviétiques, pour une Russie qui utilise les mouvements sécessionnistes (Abhkazie, Ossétie) afin d’essayer de garder pied dans le Caucase, une région où elle a perdu des positions depuis 1991.

            - réflexe de « guerre froide », pour un dirigeant géorgien voulant forcer la main aux « Occidentaux »….en réalité aux Américains, engagés depuis plusieurs années dans un processus d’encerclement de la Russie, par le biais de l’élargissement de l’OTAN.

            A ces paramètres s’ajoute la forte odeur de pétrole (et de gaz) qui imprègne les relations internationales dans cette partie du monde et qui conditionne les stratégies de la plupart des intervenants.

            D’autres conflits sont encore possibles dans cette région. On pense notamment à l’Abkhazie, où stationnent 3000 soldats russes et qui présente un intérêt stratégique important pour la Russie. Comment faire alors pour stopper ces enchaînements, qui risquent de conduire, de façon presque inéluctable, à des conflits meurtriers et contagieux ?

            On voit bien que les Etats-Unis sont empêtrés dans des contradictions insoutenables, compte tenu de leurs interventions militaires, notamment en Irak et qu’ils auront du mal à se présenter en médiateurs acceptables, d’autant qu’ils n’ont pas su (ou voulu) calmer les ardeurs provocatrices du président géorgien.

            Une fois de plus, compte tenu de sa composition et de ses modes de fonctionnement, le Conseil de sécurité de l’ONU restera impuissant.

            Quant à l’Union européenne, présidée actuellement par la France, que peut-elle apporter aujourd’hui de concret pour contribuer à résoudre le conflit? Le retour annoncé par N. Sarkozy de notre pays dans l’organisation militaire intégrée de l’OTAN a été compris comme un alignement sur les thèses de l’administration Bush et ne met donc pas l’Union dans une situation favorable pour une médiation efficace.

            Et pourtant, devant ce type de conflits aux frontières de l’Europe, l’Union devrait être en mesure d’aller au-delà des gesticulations diplomatiques probablement sans lendemain. Il ne suffit pas d’éprouver de la répulsion face à la brutalité du pouvoir russe et de l’agacement devant le caractère autoritaire et provocateur du président géorgien. Si elle veut compter vraiment, l’Union européenne devra à la fois :

·       manifester clairement son autonomie par rapport aux Etats- Unis dans l’appréciation des conflits internationaux ;

·       montrer sa cohérence et sa fermeté dans les réponses qu’elle propose d’apporter aux dossiers mettant en cause la paix et la sécurité ;

·       réaffirmer et prouver sa volonté de construire une défense européenne crédible, qui ne se confonde pas avec un appendice de l’OTAN ;

·       montrer sa capacité à traiter avec la Russie tant sur le plan politique que sur le plan commercial. En particulier, il ne sert à rien de feindre d’ignorer que la Russie détient d’énormes réserves d’hydrocarbures et qu’il existe une relation d’interdépendance objective entre celle-ci et les pays européens[1]. La conclusion d’un partenariat énergétique formalisé entre l’Union européenne et la Russie[2] pourrait prendre acte de cette interdépendance, ce qui ne signifie naturellement pas qu’il faudrait alors tout accepter de la Russie, mais cela permettrait certainement d’améliorer le dialogue. 

            C’est à ces conditions, me semble-t-il, que l’Union européenne pourra jouer un véritable rôle sur le plan international, qui consacrera son statut, encore incertain, de puissance régionale.


[1]  75% des recettes d’exportation d’énergie russe proviennent de l’Union européenne ; celle-ci dépend à 50% de la Russie pour son approvisionnement en gaz et en pétrole.

[2] Voir mes propositions dans le livre « la guerre de l’énergie n’est pas une fatalité »  (rapport 3468 de la mission d’information parlementaire de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, publié en novembre 2006)

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 11:25

C’est en tout cas ce qu’affirme Marianne, dans un article qui montre que le rapport Mucyo (commandé par le gouvernement rwandais pour « prouver » l’implication de la France dans le génocide de 1994) n’a pas vraiment fait dans la nuance.

On découvre ainsi que certains documents cités comme essentiels sont tout simplement des faux !

A vouloir trop prouver…..

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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 19:47

Pendant l’été, la préparation du Congrès de Reims du PS donne lieu à des manœuvres en coulisses, dont on aperçoit quelques manifestations publiques, peu susceptibles d’enthousiasmer les militants et les sympathisants socialistes,
qui attendent de cet évènement autre chose que des déclarations creuses, des anathèmes, des annonces d’alliances
et de contre alliances….

C’est pour essayer de replacer le débat dans son vrai contexte

que j’ai écrit la tribune qui suit

avec Marie-Noëlle LIENEMANN, Emmanuel MAUREL,

 Jean MALLOT et Anne FERREIRA.

____________________________________________________________

            Pour que demain ne soit pas comme aujourd’hui

(Ce texte a été repris par Libération sur son site Web)

             Quel décalage ! Le chômage augmente. La croissance ne cesse de chuter.  La moitié des Français ne partent pas en vacances. N. Sarkozy annonce qu’il va poursuivre à marche forcée ses «  réformes ». Le moral de  nos concitoyens est en berne et le mécontentement est profond. Pendant ce temps, les dirigeants socialistes  s’engluent dans la préparation du congrès de Reims !

            Premier parti d’opposition, le PS ne soulève guère l’enthousiasme, c’est le moins que l’on puisse dire. Les militants sont déboussolés, les sympathisants déçus, le peuple de gauche circonspect, voire quelquefois (et à juste raison) en colère. Plébiscité localement, le PS stagne nationalement. Il peine à incarner une opposition déterminée à Sarkozy…quand certains de ses dirigeants ne viennent pas carrément à sa rescousse. Il ne parvient pas à relayer efficacement les aspirations de sa base sociale et paraît peu crédible comme force de transformation sociale. Pire encore, au moment où le système craque de partout, certains de ses dirigeants semblent découvrir les vertus de l’économie libérale et du marché.  

Le « feuilleton » de l’été

            A cela s’ajoute l’exaspérant « feuilleton » socialiste de l’été, fait de petites intrigues, de mini rebondissements, de « téléphones qui chauffent », d’alliances de dernière minute. L’heure est, dit-on, à la recherche de « mini synthèses ». « Mini » : le terme est pertinent, tant les textes proposés ressemblent à un sympathique enfilage de perles. Les slogans creux masquent difficilement le seul objectif qui motive les signataires : redistribuer le pouvoir aux sortants. « Dorénavant, c’est comme avant » : telle est la ligne politique que nous proposent ceux qui dirigent le PS depuis plus de dix ans.

            Créer un  « parti socialiste cohérent et solidaire », susciter une « dynamique de changement », « préparer une véritable alternative », « vouloir « une mutation politique maîtrisée », « être à la hauteur des défis du socialisme moderne dans la mondialisation ». Qui au PS refuserait d’adhérer à cette sorte de minimum socialiste garanti ? Le problème –et il est de taille-, c’est qu’aucune réponse n’est apportée aux insuffisances qui sont la cause depuis des années de nos défaites successives aux élections nationales.

           Ce rassemblement sur des bases minimales, simple redistribution des cartes entre les mêmes mains risque de devenir un scénario catastrophe. Nous considérons qu’il est indispensable de proposer pour le congrès de Reims une autre voie, fondée sur une nouvelle dynamique unitaire, tant entre socialistes qu’avec toute la gauche, sur un renouveau des  analyses, des pratiques  et des propositions, autour d’objectifs de transformation profonde d’un système en crise. Pour nos concitoyens, « changer la vie » n’est pas un slogan vide de sens, parce qu’ils n’en peuvent plus de subir des injustices criantes, des reculs sociaux mais aussi de ne pouvoir espérer ! 

La « vraie » question

        Ceux qui n’ont eu de cesse, avec raison,  de dénoncer la « présidentialisation du régime » sont les premiers à tout assujettir à …l’élection présidentielle. Sans pourtant voir que la victoire future passe par la reconquête idéologique, que le succès électoral se bâtit autour d’une stratégie claire.

       Reconquête idéologique d’abord, tant les promoteurs du libéralisme se sont échinés à disqualifier toute remise en cause, toute recherche d’une  autre politique.  Une partie de la gauche européenne a d’ailleurs obtempéré, laissant croire que la politique n’était désormais qu’un arbitrage entre deux pragmatismes au sein d’un système incontesté et incontestable. 

Le PS doit renouer avec le combat pour la transformation sociale. Remettre en cause le libre échange généralisé, réorienter profondément la construction européenne, défendre un retour efficace de l’intervention publique, inventer un nouveau compromis social favorable au monde du travail : face à l’urgence sociale et écologique, les remèdes homéopathiques ne suffisent plus. 
 

Cap stratégique ensuite. L’alliance au centre est une impasse,    le cartel électoral de la gauche de gouvernement est insuffisant. Ce qu’il faut, c’est une nouvelle étape de l’unité de la gauche.  Tout plaide aujourd’hui pour la préparation d’un parti de toute la gauche qui fédère les partis existants (PS, PC, Verts, MRC, PRG....) et surtout qui crée un mouvement d’entraînement de celles et ceux qui, de plus en plus nombreux, ne se reconnaissent pas dans le paysage actuel de la gauche. La rénovation de la gauche ne peut s’opérer en vase clos ! 

            La réalité est que le neuf ne peut venir que de la gauche et des forces contestatrices souvent portées par la jeunesse, que notre parti a trop souvent anesthésiées. Elles ne pourront peut-être pas relever seules le défi, mais, sans elles et sans le nouveau cap stratégique, celui de l’unité de la gauche, sans des propositions qui rompent avec l’accompagnement du libéralisme et du capitalisme financier, demain sera comme aujourd’hui.  

La responsabilité de la « gauche du PS »

            La gauche n’a pas disparu. Contrairement à une partie de ses dirigeants prompts à traquer « l’archaïsme » et tentés par le renoncement, des millions d’hommes et de femmes continuent de croire en l’actualité de ses valeurs, à la pertinence de sa grille de lecture de la société, à sa mission historique, à ses luttes. Plus que jamais, la France et l’Europe ont besoin d’une gauche de combat.

            Les guerres picrocholines entre prétendants au poste de premier secrétaire ou au statut de présidentiable ne sauraient longtemps cacher le fait que ceux qui s’affrontent n’ont pas vraiment décidé d’incarner une vision d’avenir et qu’aucun leader ne s’impose de façon évidente. C’est probablement la raison pour laquelle ils tentent d’accréditer la thèse selon laquelle la « gauche du PS » serait totalement hors jeu et que ses idées ne sauraient avoir de réelle influence. Cette affirmation est aussi peu fondée que celle concernant la  prétendue disparition de la gauche dans le paysage politique français et elle risque de conduire aux mêmes impasses.

            On le voit, celles et ceux qui ont déposé, en vue du congrès de Reims, des contributions souvent convergentes sur des choix clairement de gauche ont une responsabilité particulière. Ils ne doivent pas sous-estimer leur influence et montrer leur volonté de rassembler, pour que le PS sorte de son enlisement et qu’il adopte une stratégie capable de remettre la gauche en mouvement. 

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Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez