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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 19:31

 

Jeunes et socialistes, nous ne nous résignons pas.
 Le changement est nécessaire et possible. C'est pour cela que nous avons fait le choix de nous engager, autour d'Emmanuel Maurel, Anne Ferreira, Paul Quilès, Marie-Noëlle Lienemann et Jean Mallot pour la contribution " Changer ! "
  

Audrey Ait Kheddache (62), Flavien Chailleux (75), Alexandre Cousin (62), Antoine Galewski (62), Xavier Henry (75), Julien Kien (95), Maxime Lonlas (17), Alexandrine Nancy (91), Matthieu Salesse (81), Bertrand Vasnier (75), Matthieu Vittu (62)

                                                         ***********
Qu'est ce qui a bien pu motiver toute une génération à combattre le FN en 2002, le CPE en 2004, la loi Pécresse en 2007…..si ce n'est
le désir de changer !

Malgré nos mises en garde répétées, la droite piétine aujourd'hui la jeunesse. Génération précaire, génération qu'on fout en l'air. Stages faiblement rémunérés à répétition, liste d'attente dantesque pour des chambres de 9m2, petits boulots pour survivre, bourses au compte goutte pour éviter de sombrer. La  jeunesse attend une politique éducative offensive, une offre salariale alléchante, on lui répond appauvrissement universitaire et contrats précaires. Une immense tache est à relever pour les socialistes : remettre l'éducation et la formation au cœur de toutes nos préoccupations. C'est parce que nous sommes socialistes que
nous n'acceptons pas cette situation.

La responsabilité de notre parti est immense.
Trop souvent en proie à un social défaitisme dévastateur, il a renoncé à mener la bataille culturelle. Et lorsqu'on renonce, on perd à coup sûr ! Un grand nombre de jeunes sont engagés dans les mouvements associatifs et syndicaux, délaissant le combat politique. Le PS ne parvient pas à capter ce profond désir de changement qu'exprime la jeunesse de ce pays. C'est pourquoi il doit profondément se rénover : être un parti plus ouvert, pluriel. Nous devons engager un grand processus de rassemblement de toute la gauche, qu'il s'agisse des partis politiques ou des acteurs du mouvement social. Un tel défi a besoin d'un moteur, que pourrait être le Parti Socialiste. Une telle bataille, nous souhaitons la mener.

Nos valeurs sont porteuses d'avenir et d'espérance. Nous voulons défendre l'intérêt général et le bien commun, les droits fondamentaux, qu'ils soient civiques, politiques, ou sociaux, nous devons lutter pour une véritable augmentation des salaires. Nous voulons revenir aux fondamentaux du socialisme et de la Gauche en les adaptant au monde d'aujourd'hui. Nous sommes une génération qui croit au vivre-ensemble, à la construction d'une destinée commune reposant sur les fondamentaux laïcs et républicains. Nous combattons le repli identitaire, qui se manifeste, à travers un retour du religieux, à des décrets innommables. Des créneaux horaires dans les piscines, des salles des sports réservées aux femmes : chaque fois qu'un élu recule face à l'intégrisme quel qu'il soit, c'est la République toute entière qui en prend un coup ! L'émancipation individuelle ne peut se faire qu'à partir d'un socle commun de valeurs collectives. Nous devons veiller à l'imperméabilité de ces acquis. 

Nous sommes profondément européens. Mais nous sommes des citoyens exigeants. Nous n'acceptons pas l'opacité de la construction européenne et de son mode de fonctionnement. L'Europe doit redevenir celle des peuples : c'est le message qu'ont clairement exprimé les Français et les Néerlandais en 2005, les Irlandais aujourd'hui. Nous, la génération Erasmus, savons que l'échange universitaire est réservé à quelques rares privilégiés intégrés socialement. C'est pourquoi nous souhaitons ardemment qu'un Erasmus des salariés soit mis en place. L'idée serait qu'un salarié ait le droit une fois dans sa vie à un congé de formation, fiancé par un partenariat entre son employeur et l'Union Européenne, lui permettant d'acquérir une nouvelle expérience dans un autre pays. L'Europe sociale ne doit pas être qu'un slogan de campagne !

Nous nous sentons particulièrement concernés par le défi écologique à relever. Et il est immense ! Crise énergétique, crise alimentaire, nous vivons de plein fouet une inversion de cycle. La crise écologique ne sera pas résolue par le marché, mais par un changement radical d'organisation de la société. Nous n'avons pas peur de parler de relocalisation des activités industrielles, de taxation offensive sur les échanges mondiaux. Nous sommes pour une reprise en main par la collectivité de ses ressources naturelles comme l'eau, le gaz et le pétrole. Il est particulièrement idiot de laisser au pouvoir financier le droit de spéculer sur nos richesses communes. Ce big-bang écologique doit également passer par une réorganisation complète de notre politique agricole. Les petits producteurs, littéralement étranglés par la pression des grands groupes, tirent au maximum sur les prix au risque de mettre en péril la santé du consommateur. A cela s'ajoutent les échanges mondiaux de denrées alimentaires qui s'opèrent à un rythme effréné ! Nous, jeunes, saurons nous passer de fraises en hiver ! 

Le système financier transnational est à bout de souffle. Nivellement par le bas des droits sociaux sous prétexte de rentabilité, financiarisation à outrance des échanges, spéculation financière sur tout ce qui peut apparaître comme mercantile, telle est aujourd'hui la donne mondiale. Une voie nouvelle est possible, elle doit passer par un retour en force de la puissance publique, dont l'affaiblissement est le leitmotiv des libéraux. Nous devons réinstaurer l'intervention publique dans l'économie : nationalisations, investissements, interventions sur les prix, planification. Cela doit s'opérer par la création de fonds souverains à la française, qui permettront de protéger nos industries, de conserver nos brevets technologiques et scientifiques.

Nous sommes la génération unité. Nous ne voulons pas des stratégies d'alliances douteuses consistant à choisir nos partenaires électoraux au gré des sondages. Oui, on peut être jeune et croire que seule l'union des forces de gauche peut permettre de reconquérir le pouvoir central. Ce n'est pas en nous compromettant qu'on retrouvera la confiance de nos électeurs. L'unité doit être notre leitmotiv, l'objectif à atteindre.
Si cela doit passer par un parti de toute la gauche, nous serons de l'aventure.
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Les jeunes socialistes qui souhaitent signer cette tribune peuvent le faire en envoyant un mail à  contact@changerlavie.eu     

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24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 16:29

        PS  CONGRES DE REIMS :     PRESENTATION DE LA     CONTRIBUTION  « CHANGER ! » 


 
La contribution « Changer ! » (voir sur site* www.changerlavie.eu) va être présentée par Marie-Noëlle Lienemann (Députée européenne, Ancien Ministre, membre du bureau national du PS), Paul Quilès (Ancien Ministre, Responsable national du PS aux questions stratégiques), Jean Mallot (Député de l’Allier), Emmanuel Maurel (Conseiller régional, membre du bureau national du PS), Anne Ferreira (Députée européenne).  

A l’écart des affrontements de personnes, cette contribution propose aux socialistes une nouvelle orientation et des propositions fortes pour changer la vie. Elle invite le PS à choisir clairement la stratégie d’unité de la Gauche. 

Elle est signée par des militants, élus et responsables, dont de nombreux jeunes, issus de différentes sensibilités historiques du PS, partageant :

- une même conviction : face aux crises, les remèdes homéopathiques ne sont plus d’actualité

- une même volonté : le chemin de la reconquête passe par l’unité de la Gauche

* Les militants socialistes sont invités à soutenir cette contribution (en signant directement sur le site Internet), à la commenter et, s'ils le souhaitent, à proposer des amendements.    

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 15:11
Interview de Paul Quilès sur BFM à propos du Livre blanc de la défense (16 juin 2008)
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19 juin 2008 4 19 /06 /juin /2008 11:30
 Ce texte a été publié le 19 juin 2008 sur le site de Libération (Rebonds), sous le titre:
"Face aux crises, le parti socialiste doit changer!"
Tribune co-signée par Marie Noëlle Lienemann (députée socialiste européenne), Jean Mallot (député socialiste de l'Allier),
Paul Quilès (ancien ministre), Alain Vidalies (député socialiste des Landes)

  

Notre monde est ébranlé par quatre grandes crises aux effets cumulatifs. A la déstabilisation financière s’ajoutent en effet une crise alimentaire, une crise énergétique et des matières premières, une crise écologique. Partout, les répercussions sont graves: famine dans le Sud, baisse du pouvoir d’achat dans le Nord pour les couches populaires et de plus en plus pour les couches moyennes.

 

Cette fois-ci, c’est bien la logique du système -un capitalisme devenu financier et transnational, adossé à un libéralisme conquérant- qui est en cause. Le diagnostic est désormais partagé, même par de brillants  économistes, qui concluent de leur constat qu’il faut faire autrement et changer de cap, de logique économique et sociale, de mode de développement, d’organisation des pouvoirs.

 

Nicolas Sarkozy, imperméable à la gravité de ces crises, ne propose aucune stratégie et se contente d’accélérer ses « réformes » libérales, à contretemps des évolutions en cours. Alors que la France va présider l’Union Européenne, il n’avance aucune idée d’envergure pour réorienter les choix européens. A vrai dire, les autres conservateurs européens semblent tous décidés à attendre, à subir et à ne rien changer.

 

Comment alors ne pas espérer que se fasse entendre en France et en Europe la voix du camp progressiste, pour porter ces exigences et proposer ! Mais  les partisans de la « mondialisation heureuse » se font discrets, la social démocratie européenne est aux abonnés absents. La gauche française doit réagir. Devant les catastrophes qui se préparent et les désordres qui atteignent aussi notre pays, les socialistes ne peuvent pas en rester à des batailles de mots, à des luttes de personnes, à des stratégies incertaines. Lors de son prochain congrès à Reims, le Parti Socialiste doit prendre la mesure de cette tâche historique et proposer des réponses à la hauteur des attentes des Français.

 

L’histoire nous enseigne que ces périodes troublées conduisent parfois à des révoltes, à des révolutions et même à des guerres, qu’elles peuvent se traduire par un durcissement du capitalisme, mais aussi à des réorientations majeures, comme le « new deal » aux Etats-Unis, après la crise de 1929. De ces bouleversements peuvent naître le pire ou le meilleur. Nouvelle ère de progrès partagé ou dérive nationaliste, voire fascisante ou intégriste? Il est de la responsabilité du politique, des partis et de ceux qui prétendent gouverner  de  proposer  une analyse  sérieuse de la situation, une vision d’avenir, mais aussi des mesures immédiates pour éclairer un autre chemin.   

 

Changer : l’intervention publique plutôt que la financiarisation à tout crin ! 


- La crise financière, accentuée par les « subprimes » américaines s’est répercutée sur tout le système bancaire et financier mondial (1000 milliards de pertes !). Elle témoigne des conséquences gravissimes de la libéralisation des capitaux et du mouvement d’autonomisation complète de la sphère financière par rapport à l’économie productive. La transparence, proposée comme remède,  ne suffira pas à domestiquer la folle course au profit maximum par le simple jeu de placements financiers. L’idée d’une taxe sur les transactions  financières (taxe Tobin), trop vite abandonnée, montre aujourd’hui toute sa pertinence. Un certain volontarisme aurait pu changer le cours des événements.

Il y a urgence à protéger nos économies de cette redoutable pression des fonds spéculatifs, qui se manifeste par le chantage aux délocalisations et un recul de nos modèles sociaux. Partout, les Etats et la puissance publique reviennent en force, pour tenter de dégager des marges de manœuvre. Ici, il s’agit de conserver la maîtrise des ressources naturelles ; là, on veut éviter les déroutes bancaires, là encore, on veut asseoir une influence géoéconomique en créant des fonds souverains.

Alors, puisque le pouvoir est plus que jamais dans la détention du capital, créons nous aussi des fonds souverains ! Comme il semble peu probable de les envisager dans un cadre européen, l’Union s’obstinant dans ses dogmes d’un autre temps, prenons-en l’initiative dans notre pays. Entre la nationalisation à 100 % et la privatisation, les participations*, même minoritaires, au capital d'entreprises industrielles peuvent permettre de peser sur les choix stratégiques de ces entreprises.
 

Changer : des protections ciblées, des échanges négociés, plutôt que le libre échangisme généralisé 


- La  conférence de Rome n’a rien résolu de la crise alimentaire. L
’ouverture des marchés a amené beaucoup de pays, en particulier africains, à se détourner de l’agriculture vivrière. L’impossibilité d’encadrer les prix et de taxer les importations n’a pas permis de protéger les petits producteurs locaux. Les instances internationales, en particulier le FMI et la Banque mondiale, ont poussé à privilégier les exportations, plutôt que les productions de nourriture locale! La spéculation financière a fait le reste.

Le temps est venu de réorganiser les échanges autour de grands pôles continentaux, en lieu et place d’un libre échangisme à peine entravé par quelques règles minimales. Retrouvons l’esprit d’origine de la construction de l’Europe avec la préférence communautaire. C’est vrai pour l’agriculture, où nous devons faire reconnaître pour chaque pays le principe de la souveraineté alimentaire. C’est vrai aussi pour les normes sociales et environnementales, qui doivent être imposées à nos importations, sans attendre d’hypothétiques règles mondiales. Cette stratégie devrait mettre en place des protections ciblées, équitables, anti-dumping, fondées si possible sur des accords équilibrés avec les pays les plus pauvres.   

 

Changer : une fiscalité redistributrice et écologique, plutôt que la course aux exonérations d’impôts

 

- L’augmentation des coûts du pétrole, du gaz, des matières premières génère d’immenses difficultés pour le plus grand nombre et des profits record pour quelques uns. Selon certains, il s’agirait d’« une opportunité écologique », la hausse des prix conduisant à des pratiques vertueuses. Ce qui est sûr, c’est que les plus pauvres sont les plus pénalisés et que, le plus souvent, ils ne sont pas en mesure d’investir dans des produits, des aménagements, des installations économes ou dans les énergies renouvelables. Il est clair que le changement climatique impose de repenser de fond en comble notre mode de développement, mais cette évolution ne saurait se faire au prix d’inégalités sociales accrues et de la fragilisation dangereuse de pans entiers des activités.

C’est pourquoi il est nécessaire d’instaurer des aides ciblées pour certaines professions et surtout une profonde refonte de la fiscalité (TVA, TIPP….) pour que l’Etat puisse mieux réguler les prix. Il faut aussi dégager les indispensables financements publics (économie d’énergie, énergies renouvelables). Taxons les profits exceptionnels des grandes entreprises et en particulier ceux de Total, non pas sous forme de versements immédiats mais en actions, en capital, ce qui aurait l’avantage de ne pas obérer ses capacités d’investissement et permettrait à la puissance publique de toucher de substantiels dividendes et d’abonder, grâce à ces actions, les fonds souverains nationaux ! 

 

Changer : un monde multipolaire plutôt qu’un multilatéralisme

impuissant et pollueur 
                      

- La lutte contre l’effet de serre va imposer une réorganisation profonde des échanges et donc une certaine forme de relocalisation par grande région mondiale. Cela paraît la seule façon de réduire l’absurde pollution induite par des transports et des déplacements inutiles que génère la délocalisation de la production dans des pays à faible exigence sociale ou écologique. De même, la mise en œuvre d’une « taxe carbone » universelle doit être engagée, avec l’aide de l’Europe, qui peut l’imposer aux importations.

                       

                                               **************************

 

Compte tenu de l’ampleur de ces crises et de leurs conséquences possibles, nous ne pouvons nous résigner au fatalisme auquel on cherche à nous habituer.

Nous ne prétendons pas détenir des solutions magiques, mais nous souhaitons que les éléments de réponses apportées par les socialistes témoignent qu’on peut, qu’on doit changer de politique si l’on veut changer le monde ! 



 * Il est possible de mobiliser des financements, par exemple à partir de la Caisse des dépôts ou du Fonds de réserve des retraites, qu’il faut renforcer.

 

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Published by Paul Quilès - dans Médias
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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 09:44

Demain, N.Sarkozy va présenter à grand renfort de publicité le "Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale".

Au nom du PS, je participerai aujourd'hui à une conférence de presse, qui rendra public le rapport préparé sur ce sujet par la Commission défense du PS, que je préside.

On trouvera ci-après un résumé de mon analyse, publiée dans le quotidien "les Echos" de ce jour.
                                                   Paul Quilès
___________________________________________________________
 

 

Un nouveau livre blanc de la défense était nécessaire. Il était nécessaire, parce que le contexte stratégique a changé depuis 1994, date du précédent livre blanc. Il était nécessaire, parce que nous devions prendre le virage vers une véritable Europe de la défense.

          De nombreux commentaires peuvent être faits sur ce document. Je voudrais pour ma part exprimer ici 3 critiques. 

1-    Sur la méthode d’abord :    

          L’écriture de ce Livre blanc a été présentée comme un exercice de démocratie associant les militaires, des experts de la société civile et quelques parlementaires….dont le nombre a malgré tout été chichement compté. On pouvait espérer qu’il y aurait un vrai débat au sein de cette commission, mais très rapidement, il est apparu que ce ne pouvait pas être le cas. En effet, les annonces du Président de la République se sont succédées, alors même que le livre blanc n’avait pas fini ses travaux : création du conseil de défense et de sécurité nationale, annonce de la construction d’une base navale à Abu Dhabi, révision des accords de défense africains, retour dans le commandement militaire intégré de l’OTAN….

          Dans le même temps, l’exercice de révision générale des politiques publiques (RGPP) était mis en œuvre, avec comme finalité de conduire à une réduction drastique des fonctions « soutien et logistique » des armées. Dans le langage militaire, cela veut dire moins de troupes projetables ! Voilà comment, en partant d’un exercice purement comptable, on en est arrivé à définir les missions et les moyens des armées. Tout s’est passé comme si le point d’arrivée avait été déterminé avant même que les travaux du Livre blanc ne commencent, l’exercice de rédaction du document consistant essentiellement à habiller ce résultat final. L’annonce par le Président de la République du retour prochain de la France dans le commandement intégré de l’OTAN a été en quelque sorte la cerise sur le gâteau ! Constatant que, plus les travaux avançaient, plus il était évident que la rédaction du Livre blanc était téléguidée de l’Elysée, les parlementaires socialistes ont fini par quitter la commission.

2-   
Sur les conséquences :

          Malgré la qualité indéniable de certains de ses membres, la commission du Livre blanc a donc donné lieu à un simulacre de démocratie. Mais l’application du Livre blanc lui-même se traduira aussi par « moins de démocratie » : création du conseil de défense et de sécurité nationale, création d’un coordinateur du renseignement auprès du Président de la République, création d’un conseil des affaires étrangères auprès du Président de la République. La présidentialisation du pouvoir deviendra totale dans les domaines de la défense et de la sécurité. La plupart des décisions et des choix seront concentrées dans les mains d’un homme, sans que le Parlement puisse les contrôler, comme cela est le cas dans toutes les grandes démocraties. 

   3-    Sur le virage atlantiste :

          Ce Livre blanc représente un virage raté vers l’Europe. Au-delà des querelles institutionnelles, il est devenu évident que l’Europe de la défense est une nécessité pour affirmer, dans un monde incertain, l’Union européenne comme un pôle de paix et de stabilité. Il était donc nécessaire d’engager la discussion de ce document dans un cadre européen. Au lieu d’actes, on s’est contenté de mots, en affirmant qu’il sera nécessaire de rédiger un livre blanc européen….ce que nous demandons depuis déjà de nombreuses années.

          En réalité, ce livre blanc n’est pas à tonalité européenne, comme on veut nous le faire croire, il est à tonalité « otanienne », c’est à dire américaine. Ce n’est pas faire de l’anti-américanisme que d’affirmer que nous ne pourrons infléchir les positions des Américains sur les grands dossiers internationaux que grâce à une Europe forte. L’idée d’un pilier européen de l’OTAN n’est pas une idée nouvelle ; elle date d’avant la guerre froide et elle n’a jamais réussi à donner le moindre résultat.

          Seule une Europe de la défense autonome -ce qui n’exclut pas l’action des Européens, y compris des Français dans l’Alliance atlantique- nous permettra à la fois d’être mieux entendus des Américains et de conduire une vraie diplomatie européenne sur la scène internationale. Cette ambition, qui était celle de la France depuis 40 ans, va être abandonnée au bénéfice de quelques postes pour des militaires français au quartier général de l’OTAN (SHAPE) et au prix d’une présence accrue dans le bourbier afghan.

          L’alignement atlantiste de la France, salué chaleureusement par le Président Bush il y a quelques jours, aura également comme conséquence que nos partenaires européens, à commencer par les Britanniques et les Allemands, ne verront plus l’intérêt de faire avancer l’Europe de la défense, puisque le pays qui lui a donné les plus fortes impulsions semble lui-même renoncer. Dans ces conditions, la présidence française de l’Union européenne, qui démarre dans 15 jours,  risque fort d’être un échec….que l’on tentera probablement d’imputer à la réponse négative des Irlandais au référendum sur le traité de Lisbonne.  

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 09:28

 

A propos du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale 
 (Rapport de la Commission défense du PS, présenté ce jour à la presse)
   
La rédaction d’un nouveau Livre blanc sur la défense est un exercice salutaire et nécessaire. Le dernier, qui datait de 1994, était obsolète, décalé par rapport à la réalité. Nous regrettons  que cette initiative n’ait pas été réalisée d’emblée dans un cadre européen, comme nous le préconisons depuis des années, alors même que la France est sur le point de présider l’Union européenne.  

1) Nous contestons la méthodologie qui a été employée et ce sur 3 points. 

- En premier lieu, il est rapidement apparu que la commission du Livre blanc était une  opération guidée par Nicolas Sarkozy. Les véritables décisions, comme le retour de la France dans l’OTAN, étaient prises à l’Elysée, et ont été rendues publiques tout au long des travaux de la commission. La commission n’a finalement servi qu’à justifier les décisions présidentielles. L’intrusion permanente de Nicolas Sarkozy dans les travaux d’une commission  qui se voulait indépendante a remis en cause  le déroulé de ses travaux. C’est ce qui a conduit les parlementaires socialistes à quitter cette commission au début du mois d’avril. 

- En second lieu, il est apparu également que le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale n’influerait en rien sur la politique de défense. La revue générale des politiques publiques (RGPP), en supprimant garnisons et emplois, façonnera de fait notre nouveau modèle d’armée et influera de manière bien plus décisive que le Livre blanc sur le futur de nos armées. Le gouvernement a inversé la logique de travail, les conclusions du Livre blanc venant finalement confirmer et justifier les décisions de la RGPP.  

- Enfin, la procédure d’information du Parlement ouverte le 14 mai ne permet pas à la représentation nationale de prendre véritablement connaissance du document. Le Parlement n’est en rien consulté et les débats en son sein n’auront aucune incidence sur le contenu du Livre blanc. Aucun vote n'est prévu au Parlement pour approuver ce document, alors même que nous le demandons depuis le début du processus: le grand débat promis et annoncé n’aura pas lieu. 

2) Le retour de la France dans l’OTAN constitue l’objectif unique mais également l’erreur principale.

Le choix n’était pas entre une stricte politique d’indépendance nationale et la réintégration dans l’OTAN. Nicolas Sarkozy a fait le choix de s’aligner sur une administration Bush finissante, néo-conservatrice et en échec sur tous les territoires où elle intervient, contre la perspective de créer une Europe de la défense.(Il est en effet illusoire que l’on puisse constituer un pilier européen au sein l’OTAN). Seule la construction d’une Europe de la défense autonome pouvait servir de bras de levier pour conduire les Etats-Unis à mieux entendre leurs alliés européens et c’est grâce à cette position spécifique que les premières briques de la politique européenne de sécurité et de défense avaient pu naître depuis 1998. Cette réintégration dans l’OTAN n’augmentera pas les capacités de l’OTAN et ne permettra pas à la France de voir ses intérêts mieux pris en compte ; elle revient simplement à abdiquer l’espoir de construire l’Europe de la défense. Derrière se cache également la volonté de Nicolas Sarkozy  de réduire nos engagements pour les faire porter par l'Union européenne, ce que la réintégration dans l’OTAN ne permettra en aucun cas.  

3) L’analyse des menaces faites dans le Livre blanc nous laisse perplexe.

Chacun sait que la situation mondiale présente des incertitudes, mais aucune solution politique n’est dessinée ici pour faire face à ce que l’on qualifie de « nouvelles menaces ».  Celles-ci sont  globalisées et présentée sous un aspect dramatisant. L’absence d’analyse quant à la cause des menaces a conduit la commission à envisager des réponses trop sécuritaires et militaires. Les réponses qui devraient être essentiellement de nature politique et diplomatique, touchant l’origine même des menaces (instabilité, pauvreté etc.), ne sont pas données. Le Livre blanc ne présente aucune vision positive du monde : ce qu’il faut à la France et à l’Europe, c’est une diplomatie active qui permette de remettre de la stabilité dans un monde instable, de promouvoir la bonne gouvernance et la reconstruction politique quand elle est nécessaire. Or, l’outil militaire et sécuritaire n’est pas mis au service d’un tel projet de politique internationale. Que propose le Livre blanc pour mieux assurer la sécurité des Français ? Ni plus de moyens, ni plus de cohérence, ni plus de lisibilité. L’image catastrophiste des conséquences possibles d’une menace ne vise qu’à produire de l’anxiété dans notre population et risque de justifier toutes les dérives sécuritaires.
Notre sécurité se joue aujourd’hui sur les territoires extérieurs, grâce à notre diplomatie et à des opérations de prévention et de stabilisation. Or, le volume projetable de notre armée sera réduit, conséquence mécanique d’une logique budgétaire mal comprise, et non d’une analyse des besoins de notre défense.  

4) La démocratie sort affaiblie de ce Livre blanc.

L’exercice de rédaction du Livre blanc a été tellement cadré par l’Elysée que ce qui pouvait faire son originalité (la méthode démocratique associant parlementaires de la majorité et de l’opposition) a été réduit à néant par Nicolas Sarkozy. Les années à venir vont voir une concentration accrue des pouvoirs en matière de défense dans les mains du Président de la République. Le SGDN, jusqu’à présent sous la tutelle du premier ministre, travaillera en réalité auprès du Président de la République. La nomination d’un Coordinateur au renseignement auprès du Président nous fait craindre les pires dérives : opacité des politiques menées, perte de contrôle sur les services de renseignement, car le Parlement ne peut contrôler l’action du Président et des structures qui lui sont ou seront rattachés.

La présidentialisation ne concerne pas uniquement la défense : le Livre blanc sur la politique étrangère et européenne prévoit la création d’un Conseil des affaires étrangères auprès du Président de la République. Tout ceci s’inscrit dans une logique de concentration du pouvoir dans les mains d’un seul homme dans tous les domaines de l’action de l’Etat et ce, alors même que le Parlement n’a aucun pouvoir de contrôle sur lui. Au lieu du rééquilibrage des pouvoirs qui était promis, ce sont les pouvoirs du Président qui sont renforcés, empêchant tout contrôle, et donc tout renforcement du Parlement. Nous y voyons un affaiblissement de la démocratie.

Le projet de réforme des institutions n’a pas répondu à nos attentes concernant le contrôle des opérations extérieures. Il faudra attendre 4 mois pour que le Parlement puisse se prononcer sur l’envoi de troupes à l’étranger, ce qui est loin du standard démocratique en vigueur chez nos partenaires européens. Le déploiement de 900 hommes de troupes supplémentaires en Afghanistan annoncé lors du sommet de Bucarest nous sert d’ailleurs d’exemple. Près de 3 mois après cette annonce nous ne savons exactement ni le nombre de troupes qui seront exactement déployés, ni la nature de ces troupes, ni la mission qui sera affectée à ces troupes, ni les règles d’engagement et chaîne de commandement, toutes choses que nos homologues européens connaissent dans leurs pays respectifs. 

                                       **********************

Sans renier la spécificité de nos intérêts, il eut été nécessaire d’initier cet exercice dans le cadre européen en profitant notamment de la présidence française de l’Union européene. Une telle initiative, qui reste nécessaire pour relancer l’Europe de la défense que les Français et les Européens appellent de leur vœux depuis de années, aurait permis d'éviter ce sentiment de dérive sécuritaire qui transparaît dans le Livre blanc. Elle aurait évité que le Livre blanc devienne un exercice biaisé chargé d’habiller les fermetures de garnisons sans concertation avec les élus.


Ce livre blanc bouscule sans ménagement un monde militaire qui vient juste d’absorber le choc de la professionnalisation des armées. Les premières réactions négatives traduisent l’inquiétude de l’institution dans son ensemble, officiers, sous-officiers et personnels civils, devant un manque de transparence et de cohérence. Le choc risque d’être bien plus brutal que lors de la fin de la conscription.

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Published by Paul Quilès - dans International et défense
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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 17:18

Voici quelques chiffres, extraits d'un rapport de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, qui concernent les avantages procurés par ce qu'on appelle les "niches fiscales". Ils donnent des indications très intéresantes sur l'"inéquité fiscale" en France:

- 116 des 1 000 contribuables ayant déclaré les revenus imposables les plus élevés au titre de 2006 ont réduit leur impôt de 93 % grâce aux avantages fiscaux;

- parmi les 10 000 contribuables les plus riches en termes de revenu, 150 n'ont pas payé d'impôt ou ont obtenu une restitution du Trésor public, alors que leur revenu fiscal était en moyenne d'environ un million d'euros;

- le plafonnement global des niches fiscales par foyer rapporterait de 600 millions à un milliard d'euros dans les caisses publiques;

- entre 2003 et 2008, le nombre de niches fiscales est passé de 418 à 486, et leur coût de 50 milliards à 73 milliards d'euros, soit près de 27% des recettes fiscales et 3.8% du produit intérieur brut.

Quand les ministres nous répètent que "les caisses sont vides", on se dit qu'ils ne doivent pas bien lire les rapports parlementaires!!

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Published by Paul Quilès - dans Réflexions à haute voix
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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 16:28

Que peut-on ajouter au flot d’indignation –oh combien justifiée- qui a suivi le  jugement du tribunal de grande instance de Lille annulant un mariage, au motif que la virginité était une « qualité essentielle » (sic) de la femme avant le mariage ?

Je n’ai pas encore entendu d’explication sérieuse de la part du magistrat qui a rendu ce jugement et qui se contente d’invoquer la « jurisprudence classique ». J' aimerais savoir si ce « classicisme » se serait appliqué à la situation inverse !!

On peut être heureux que les réactions, à la regrettable exception de celle de la ministre de la justice, semblent transcender les clivages politiques et que tous les responsables s’indignent de cette décision
anti-républicaine, anti-laïque et anti-féministe. Il devrait alors être aisé de refuser ce jugement, pour qu’il ne fasse pas jurisprudence.

Il faut modifier rapidement la loi, afin que de telles stupidités, dignes d’autres lieux et d’autres temps, ne viennent pas ternir l’image d’un pays où la laïcité est une valeur cardinale et où les droits de la femme, acquis de haute lutte, sont une donnée définitive de notre vie publique.

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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 17:28

On nous dit que la « déclaration de principes » du PS est sa « carte d’identité », qui permettrait, à travers quelques phrases, de définir sa compréhension du monde, ses objectifs pour le changer et les valeurs qui justifient que des hommes et des femmes rejoignent son combat. Dans ce cas, fallait-il la réécrire et, si oui, comment fallait-il le faire ?
                                                                            
                                                                     ************ 

Depuis l’époque de la rédaction de l’actuelle déclaration de principes (1990), alors que l’on tentait d’imaginer les conséquences de la chute du mur de Berlin, le monde a certes bougé : des bouleversements considérables ont affecté et affectent la planète, le capitalisme mondialisé subit une crise profonde, les socialistes français et la gauche ont vécu plusieurs expériences (échecs électoraux, cohabitation, exercice du pouvoir, opposition…). Autant d’évènements et d’évolutions qui justifient une réflexion en profondeur et probablement des ajustements. Mais alors, pourquoi ne pas procéder de façon plus transparente, plus démocratique et, finalement, plus efficace ?

 

En effet, la méthode suivie laisse perplexe plus d’un militant socialiste, comme j’ai pu le constater au cours des réunions auxquelles j’ai participé. Le nouveau texte proposé au vote des socialistes dans quelques jours serait, nous dit-on, le fruit d’un « consensus » entre les responsables des courants.

- Dois-je rappeler que les courants, appelés désormais pudiquement « sensibilités », se définissent au moment des congrès, par le vote sur des motions d’orientation ? Quelle est aujourd’hui la réalité de courants qui sont en train de se défaire et de se recomposer, en préparation du prochain congrès ? Quelle est la  légitimité de ces responsables des anciens courants, qui ne manifestent pas -c’est le moins qu’on puisse dire !- une grande continuité dans leurs convictions et leurs projets ? Un jour on affiche haut et fort l’objectif de la 6ème République, un autre jour on recherche un « compromis historique » avec les défenseurs de la monarchie républicaine ; un jour on promet de lutter impitoyablement contre le cumul des mandats, un autre jour on « oublie » de s’appliquer à soi même cette exigence !

- Quant au terme de « consensus », mot nouveau dans le fonctionnement du PS, qui est normalement régi par la règle de la majorité, on voit bien qu’il a été utilisé pour empêcher tout débat. Les choses sont claires : « seules les propositions qui auront fait l’objet d’un travail collectif en vue de trouver un consensus au sein de la fédération pourront être transmises » (l’Hebdo des socialistes-26 avril 2008). En d’autres temps, le Parti socialiste dénonçait le « centralisme démocratique »….des autres partis, où les militants n’avaient comme seul rôle que d’avaliser les décisions des dirigeants !

 

Il est d’ailleurs surprenant que ces mêmes dirigeants, qui ont inscrit à l’article 21 de la nouvelle déclaration de principes la nécessité de respecter les règles et les statuts du PS et qui ne se privent pas de les invoquer pour condamner et exclure, aient accepté de délibérément les violer. En effet, pour réviser la « carte d’identité » du Parti socialiste, les statuts prévoient (article 14) une procédure étalée sur 2 congrès qui permet de se donner du temps pour consulter les militants. De plus, il est bien indiqué qu’il faut clairement préciser « les points susceptibles d’être modifiés ». Comment se fait-il alors que le texte actuel , dont je vous recommande la lecture, n’ait pas été diffusé, avec la mention des sujets qui feraient problème ? Il ne suffit pas de dire….ou de laisser dire qu’il s’agirait d’un texte archaïque ou « démodé » pour en justifier l’abandon. Quels sont les formulations ou les concepts qui sont décalés ou insuffisants dans le texte actuel?

Prenons quelques exemples. Ce texte donne-t-il le sentiment que les socialistes ont peur du marché (lequel ?) ou de la concurrence ? A-t-il tort de citer explicitement la laïcité de l’école, exprimant ainsi l’engagement prioritaire des socialistes pour le rayonnement et l’efficacité de l’école laïque, école de la République ? Devrions-nous nous affirmer comme libéraux ? L’ «Europe sociale» serait-elle devenue un simple slogan de campagne ? L’expression « le réformisme au service des espérances révolutionnaires » (article 1 du texte actuel) est-elle un gros mot, qu’il convient de faire disparaître pour ne pas effaroucher les électeurs modérés ? On aurait pu à ce sujet réfléchir au sens que donnait Jaurès à la réforme, qui devait permettre ce qu’il appelait, dans une formule paradoxale mais forte, l’«évolution révolutionnaire». Pour Jaurès –que j’ai la faiblesse, comme Gilles Candar, de préférer à Clémenceau-, « les réformes ne sont pas seulement des adoucissants : elles sont, elles doivent être des préparations. Ainsi, (…), elles prennent un caractère et une efficacité révolutionnaire ».


Ce texte n’est donc pas acceptable. Non seulement parce que, on l’a vu, il a été élaboré dans des conditions critiquables, en contradiction avec nos règles et en tenant à l’écart les militants, appelés à le ratifier par une sorte de plébiscite, mais aussi parce qu’il traite des débats de fond de façon trop sommaire.

 

Finalement, ce texte vient trop tard ou trop tôt.

- Trop tard : On nous dit que c’est l’échec de 2007 qui rendrait nécessaire la réécriture de la déclaration de principes. Mais alors, pourquoi n’a-t-on rien fait depuis l’échec précédent, celui de la présidentielle de 2002, qui avait causé un véritable traumatisme au PS et à la gauche ?

- Trop tôt : Si l’objectif est de réfléchir en profondeur aux raisons de ces échecs et de préciser les nouveaux fondements du projet, de la stratégie et du fonctionnement du PS, il faut se donner du temps. On ne peut pas « évacuer » des questions aussi essentielles que la réponse au capitalisme globalisé par des formules qui se veulent habiles, mais qui ne sont pas dénuées d’ambiguïté, comme le « réformisme de transformation sociale radicale ».

 

Ce temps à prendre est celui de la préparation du congrès. Plutôt que de se passionner pour l’« écurie » la plus prometteuse, de vivre au rythme fou et trompeur des sondages, d’inventer des clivages sur le dernier mot à la mode venu enrichir la langue socialiste ou sur la dernière petite phrase à la « une » des médias, parlons sérieusement :

- de la modernité de la gauche et des réponses qu’elles propose à la véritable crise de civilisation qui se dessine ;

- de notre fidélité aux valeurs qui distinguent clairement la gauche de la droite ;

- de notre devoir d’opposition, face à une droite décomplexée ;

- de notre stratégie pour accéder au pouvoir, en contribuant au nécessaire rassemblement de la gauche, qui ne peut se confondre avec l’appel illusoire lancé à « tous ceux qui partagent ses valeurs » à rejoindre le PS (article 22 de la nouvelle déclaration de principes).

 

Alors, peut-être, si le prochain congrès s’intéresse à ces sujets, sans se concentrer sur des combats incertains, si les militants font entendre leur voix dans de vrais débats, sans se laisser enfermer –comme on le leur propose trop souvent- dans des votes automatiques, si les courants issus des motions jouent leur rôle sans se contenter de répartir les postes….alors le Congrès de Reims marquera l’histoire du Parti socialiste. Il ouvrira, pour la Gauche, la voie de l’espérance.

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 18:23

J'ai beaucoup apprécié ce texte de Gilles Candar et je vous en recommande la lecture. Historien, responsable de l’édition des Œuvres de Jaurès chez Fayard, Gilles Candar est aussi un des premiers signataires de l'appel de Gauche Avenir.
Il nous montre que, si l'on veut faire parler l'histoire, il faut éviter de la déformer et qu'à force de vouloir "faire moderne", certains socialistes peuvent tomber dans d'étranges et regrettables reniements.                                         
                                   
                                                                                    ******************

                            Jaurès, Clémenceau et Valls

 

 À l’issue de son dernier livre (Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche), Manuel Valls évoque le débat Jaurès / Clemenceau à la Chambre des députés de juin 1906 et il indique que ses préférences vont vers le président du Conseil Clemenceau, et ses « cathédrales républicaines » patiemment construites, non vers le fondateur de L’Humanité Jean Jaurès et ses « palais de fééries ».


             En un sens, historien de la période, je pourrais me réjouir de cet intérêt pour des controverses un peu anciennes. J’hésite à le faire. De toute évidence, Manuel Valls ne veut pas proposer une lecture nouvelle des débats entre socialistes et radicaux au début du siècle, il choisit un prétexte pour dire que les socialistes doivent rompre avec leurs traditions, leurs réflexes, leur mémoire, et s’inventer un nouveau passé… Je ne suis pas sûr que les références imprécises et vagues auxquelles est contraint Manuel Valls l’aident dans sa tâche, ni que celle-ci soit nécessaire ou souhaitable.


             Prendre au mot Manuel Valls pourrait s’avérer cruel : de quoi est-il question dans ce fameux débat de 1906 ? Les mineurs se sont mis en grève, après la catastrophe de Courrières. Onze cent victimes environ, catastrophe nationale qui pose le problème de la sécurité, du profit et des vies humaines. Vingt mille soldats sont envoyés dans le Nord-Pas-de Calais pour reprendre le contrôle de la situation. C’est le moment clef qui voit Clemenceau, champion de la gauche radicale et ardent dreyfusard, se muer en « premier flic de France », bientôt « le Tigre », ministre de l’Intérieur efficace et promoteur de ce que je proposerais d’appeler « une gauche d’ordre ». En ce même printemps 1906, Clemenceau, « le briseur de grèves » pour reprendre une expression de Jacques Julliard (Clemenceau briseur de grèves, Julliard/Gallimard « archives », 1965), mate aussi un mouvement social chez les postiers : ces fonctionnaires ne sauraient avoir le droit de faire grève, bloque le déploiement syndical du 1er mai en plaçant Paris dans une sorte de « petit état de siège » (45 000 soldats contrôlent la capitale avec de nombreuses réquisitions militaires) tandis que le secrétaire général de la CGT, Griffuelhes, est arrêté et poursuivi pour complot contre la sûreté de l’État, en compagnie de quelques militants monarchistes (cf. Frédéric Monier, Le Complot dans la République, La Découverte, 1998).


            C’est contre ce comportement assurément nouveau de la part du pouvoir radical, qui tranche en tout cas avec celui des années du Bloc des gauches, que s’élèvent Jaurès et les socialistes. Jaurès n’est pas du côté des nuées et des vues générales. Certes, il a un projet d’ensemble pour la société, il croit alors en la nécessité de la socialisation de la propriété, ce qui n’est peut-être plus notre cas, du moins plus selon les mêmes modes. Mais c’est aussi un homme de réalisations, de réforme, d’action quotidienne… Il l’a prouvé, dans l’affaire Dreyfus, et tout récemment en contribuant largement au vote de la loi de séparation des Églises et de l’État (sans doute davantage que Clemenceau, mais là aussi, il faudrait un vrai débat, forcément plus long et complexe…). Il veut fonder le débat politique sur des bases rationnelles, librement et largement discutées. Il demande pour l’heure une autre politique sociale : les retraites ouvrières et paysannes, enfin ! l’impôt sur le revenu, etc. Clemenceau ne croit guère dans les « masses », il a une conception élitaire de l’humanité, beaucoup plus individualiste. Il est davantage l’homme des « coups », parfois efficaces : il va être un « grand ministre de l’Intérieur » et il gagne en mai 1906 les élections législatives grâce à sa posture répressive et ses habiletés tactiques.


            Mais après ? Le programme social (retraites, journée de dix heures, réforme fiscale, contrats collectifs…) est évacué ou du moins remis en position marginale. L’essentiel est la gestion et surtout l’ordre… Eh bien, dans la mémoire de la gauche, cette période (1906-1909) dominée par Clemenceau a peu compté, ou alors comme un contre-exemple. Je ne crois pas qu’il y ait intérêt à la ressusciter et à s’en inspirer. 

           En revanche, Jaurès, Sembat, Guesde, les socialistes et les syndicalistes du début du siècle, s’ils ne peuvent fournir les solutions concrètes pour les programmes du XXIe siècle, d’autant que leurs messages n’étaient pas univoques, ni immuables, restent nos références par leur volonté d’émancipation, leur courage et leur patience, leur quête de vérité, au quotidien comme par leurs conceptions d’ensemble (les cathédrales ont aussi besoin d’architectes, sinon l’effondrement menace…). 

              Peut-être par cet excès d’optimisme que certains prêtaient à Jaurès, j’ai la faiblesse de croire qu’en y réfléchissant mieux, Manuel Valls se rapprochera des bancs socialistes de l’hémicycle en 1906 et finira par entendre Jaurès.

  
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- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez