Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 18:19
undefined  Intervention de Paul Quilès au undefinedséminaire de l'ADAPES (22 janvier 2008)                                                  

L’énergie et plus particulièrement le pétrole et le gaz ne sont pas des biens comme les autres. Ce sont
 tout à la fois :

 des matières premières vitales dont l’obtention conditionne notre mode de vie et notre niveau de vie,

-   des biens dont la consommation sans limite a fini par mettre en péril notre planète malade du C02,

- des sources d’immenses richesses économiques et financières,

des instruments de négociation,

des attributs de la puissance.

         

          On sait, à cet égard, que l’histoire de l’énergie est une histoire violente, ponctuée par les tensions entre les compagnies pétrolières ou gazières et les Etats, par les guerres économiques ou militaires entre les pays, par les crises ou les conflits territoriaux entre les populations. Les questions énergétiques font surgir des revendications territoriales, apparaître de nouveaux rapports de force, justifient des alliances ou des coopérations. Elles pèsent souvent d’un poids décisif dans la définition de l’ordre du monde.

 

          Un simple retour sur l’actualité de ces dernières années démontre la place centrale occupée par cette question. On pense naturellement au Moyen Orient, à l’Irak, à l’Iran ; au Venezuela, à la Bolivie ; à plusieurs pays africains, objet de convoitises américaines ou chinoises. Plus proche de nous, il y a eu le conflit qui a opposé la Russie à l’Ukraine, puis celui entre la Russie et la Biélorussie, qui s’est conclu par un accord. Et pourtant, les conséquences ont été immédiates dans plusieurs Etats membres de l’Union Européenne  -Allemagne, Pologne, Hongrie, Slovaquie,..- confrontés au risque d’une rupture d’approvisionnement après la décision de la Russie de fermer le robinet de l’oléoduc de Droujba.

          On peut rappeler aussi ce qui s’est passé fin décembre 2006, à Lagos : l’explosion d’un oléoduc à la suite d’une tentative de vol de carburant par des populations voulant s’emparer de l’or noir, qui a fait plusieurs centaines de morts. Le Nigeria connaît de fréquentes pénuries de carburant qui résultent de mauvaises capacités de gestion et d’une forte corruption .Les actes de vandalisme se multiplient (plus de 2000 en cinq ans).

 

          Il faut bien avoir conscience que la crise énergétique à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui est d’un type nouveau. C’est avant tout une crise de la demande, qui remet sur le devant de la scène les relations entre Etats soucieux de réaffirmer leur souveraineté tant sur les ressources que sur la définition de leur politique énergétique. Cette crise est sans précédent, pour 3 raisons :

-        elle est mondiale – tous les pays sont affectés –,

-        elle est globale – nos modes de vie et notre environnement sont concernés –,

-        elle est durable – car les mutations qu’elle entraîne ne se réaliseront que sur une longue période, qu’il s’agisse des investissements à réaliser pour moderniser la production ou le raffinage, des politiques de recherche, des comportements individuels, ou de la protection de l’environnement.

 

          Pour cet ensemble de raisons, cette crise est porteuse de fortes tensions et de risques de conflits internationaux, qui conduisent naturellement à se demander : la guerre de l’énergie aura-t-elle lieu ?

 

          C’est à cette question que la mission parlementaire que j’ai présidée s’est employée à répondre, pour conclure de façon étayée par la négative : la guerre de l’énergie n’aura pas lieu… à certaines conditions. Il n’existe en effet pas de fatalité énergétique, mais seulement deux camps : ceux qui se résignent et ceux qui croient au volontarisme politique.

 

Une chose est certaine : la situation telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est plus tenable à terme.

 

- Tout d’abord, nous ne pourrons plus continuer à maintenir au même rythme la consommation mondiale de pétrole et encore moins répondre à une demande énergétique sans cesse croissante, si nous ne procédons pas à une diversification des sources d’énergie et à une amélioration importante de « l’efficacité énergétique »

 

Selon les experts de l’AIE, si la demande mondiale de pétrole augmente de 1,6 ou 1,7 % par an, le pic pétrolier qui correspond à la production maximum de pétrole serait atteint en… 2020. Actuellement, un Chinois consomme par an une tonne équivalent pétrole (TEP) contre 4 TEP pour un Européen et 8 TEP pour un Américain et 0,5 TEP pour un Africain. Si les Chinois étaient motorisés au même degré que les Européens, ils consommeraient 17 millions de barils par jour, soit la production du Moyen‑Orient – ce qui est impossible. L’AIE estime que la demande mondiale d’énergie devrait augmenter d’ici 2030 de 60%, cette progression provenant pour les 2/3 des pays émergents. En conséquence, avec une demande structurellement supérieure à l’offre, le moindre incident se répercute sur les prix.

 

- La fin de l’énergie à bon marché conduit, en second lieu, à un autre type de tension entre pays riches et pays pauvres.

Nous ne pouvons pas laisser s’accroître la fracture Nord/Sud, que la facture énergétique ne cesse d’aggraver. L’augmentation du prix du baril constitue une catastrophe économique pour les pays africains non producteurs de pétrole. L’envolée des prix du pétrole (+ 72%) de 2003 à 2005 a représenté pour les pays africains importateurs une perte de 3,5% du PIB sur cette même période. Cette hausse touche toujours plus durement les catégories les plus défavorisées, qui se retrouvent de ce fait privées d’accès aux énergies modernes : essence pour les transports, électricité pour les besoins de la vie quotidienne, etc. Sur le continent africain, la biomasse représente encore plus des 3/4 de l’énergie primaire consommée !

 

- Enfin, sur le plan mondial, la consommation effrénée des énergies fossiles a entraîné une augmentation des émissions de CO2 dans l’atmosphère, dont nous mesurons maintenant les conséquences désastreuses sur notre environnement.

 

Nous sommes donc contraints au changement, en même temps qu’il nous faut répondre à une triple interrogation : 

1)  Comment garantir, en préservant l’environnement, une sécurité énergétique qui assure le développement des pays émergents, le maintien de la croissance et du niveau de vie des pays développés, la garantie d’accès à l’énergie des Etats les plus pauvres ? 

2)  Comment cette sécurité énergétique peut-elle être obtenue dans un contexte international fortement concurrentiel et conflictuel, où chaque Etat ou groupe de pays poursuit ses objectifs propres ? 

3) Comment concilier la mondialisation du marché de l’énergie ‑ mondialisation des investissements, mondialisation des transports et des voies d’accès, mondialisation des prix, etc. – avec la réaffirmation de la souveraineté des Etats, qui n’entendent pas renoncer à l’exercer sur ce secteur hautement stratégique ?

 

          La mission d’information parlementaire a travaillé pendant près d’une année sur cette question analysée sous l’angle des relations internationales. Elle a étudié la situation de 7 grandes zones de la planète (Moyen Orient, Russie, Amérique du Sud, Asie, Afrique, Etats Unis, Europe) et elle a conclu de ses travaux que la question énergétique serait de plus en plus souvent à l’origine de tensions interétatiques ou interrégionales. Toutefois, la situation d’interdépendance dans laquelle se trouve l’ensemble des acteurs nus a amenés à penser que c’est la voie de la coopération qui sera privilégiée par les Etats, plutôt que la voie de la confrontation. Il s’agira pour les uns d’assurer la sécurisation de leur approvisionnement énergétique à un prix stabilisé, pour les autres d’assurer la garantie de leurs revenus et le financement de leurs investissements. On peut donc raisonnablement espérer que, si certaines conditions sont remplies, nous ne connaîtrons pas la guerre (ou des guerres ?) de l’énergie.

 

          Le plan d’action proposé par la mission parlementaire vise à prévenir les risques de crises liées à l’énergie en construisant une « paix énergétique » fondée sur neuf propositions, dont voici les principales:

 

- Tout d’abord pour éviter les crises diplomatiques la mission a préconisé de tenir avant chaque réunion du G8 une conférence internationale sur l’énergie réunissant pays producteurs et pays consommateurs dont les conclusions seraient inscrites à l’ordre du jour du G8.

 

- Le passé récent a démontré par ailleurs la nécessité de conclure un pacte énergétique entre l’Union européenne et la Russie. Le dialogue énergétique engagé depuis 2000 entre l’Union européenne et la Russie n’a pas permis jusqu’à présent de parvenir à un accord équilibré garantissant d’une part la préservation de la sécurité énergétique européenne, d’autre part les besoins d’investissements russes évalués à 735 milliards de dollars d’ici 2030. Il est temps de discuter d’égal à égal et de cesser de considérer que l’Union européenne ne peut fixer les termes du débat.

 

- Actuellement l’Europe peine à se doter d’une politique énergétique crédible. Malgré les annonces faites il y a 6 mois, il serait illusoire de prétendre à une politique commune de l’énergie, c’est le commissaire européen à l’énergie lui-même qui le reconnaît ! Il faut au contraire s’engager dans la voie d’une coopération intergouvernementale et créer un « Schengen de l’énergie » sous la forme d’un pacte de convergence énergétique. Ouvert à tous les Etats membres, ce pacte viserait aussi à instaurer un mécanisme de solidarité en cas de rupture d’approvisionnement avec à terme la mise en commun de stocks stratégiques.

 

- Construire la « paix énergétique » ne peut pas se réduire à prévenir les conflits et à garantir la sécurité des approvisionnements. Il faut également réduire l’inégalité d’accès à l’énergie des pays les plus démunis. Aujourd’hui, en Afrique subsaharienne, moins de 20 % de la population bénéficie des sources modernes d’énergie et 1,6 milliard de personnes n’ont pas accès à l’électricité.

La question du « partage énergétique » est essentielle. C’est pour cela que la mission parlementaire a proposé la création d’un fonds pour l’accès à l’énergie et la diversification énergétique, en partie alimenté par une contribution de solidarité sur les carburants. Parallèlement, la création d’un fonds de stabilisation contre les chocs énergétiques, financé par les principaux bénéficiaires du marché de l’énergie que sont les Etats producteurs et les compagnies pétrolières viserait à alléger le poids de la facture pétrolière des Etats les plus pauvres. Celle-ci représente en effet 20 % du PIB de nombreux Etats africains contre 2 % pour les pays de l’OCDE non producteurs.

 

- La question climatique enfin. Le rapport de Nicholas Stern estime que les conséquences du réchauffement de la planète pourraient être « plus grandes que celles des deux guerres mondiales et de la crise de 1929 » ! Cette question sera abordée dans un prochain séminaire, mais je voudrais dire un mot sur le protocole de Kyoto, qu’il faudra reconsidérer à partir de 2012. On sait qu’il n’a pas été signé par les Etats-Unis et l’Australie notamment, et qu’il ne concerne pas les pays en développement tels que la Chine ou l’Inde. Aussi, malgré les efforts engagés par les pays signataires, les émissions de CO2 progressent inexorablement et dangereusement.

Il faudra donc élargir le processus de Kyoto aux principaux pays émetteurs de CO2. Les émissions de gaz carboniques dues à la Chine devraient dépasser avant 2010 celles des Etats-Unis. Il n’est donc plus possible de faire peser la contrainte écologique sur les seuls pays développés. Par exemple, le développement de la filière du charbon propre par la Chine devient un impératif vital pour le monde entier.

Il faudra probablement aussi revenir sur l’exclusion de fait par le protocole de Kyoto du recours à l’énergie nucléaire, alors que celle-ci contribuerait à une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre et réduirait dans le même temps la dépendance des pays à l’égard des énergies fossiles. Mais ce « retour en grâce » du nucléaire pose la question de sa conciliation avec le principe de non prolifération. Il est donc impératif de définir les solutions permettant de satisfaire les besoins mondiaux en énergie sans s’exposer à ce risque de prolifération. Les Etats-Unis et la Russie ont fait des propositions qui visent à mettre en oeuvre une coopération internationale entre les pays maîtrisant l’ensemble du cycle du combustible et ceux qui pourraient en bénéficier sans disposer chez eux de la maîtrise de ces technologies. L’AIEA pour sa part réfléchit à la création d’une banque du combustible. Face à de telles initiatives la France ne peut rester muette et doit elle aussi énoncer sa propre proposition de consortiums internationaux.

 

          Au total, la mise en œuvre de l’ensemble de ces actions constitue une entreprise qui demandera du temps avant de pouvoir observer une correction des tendances et une évolution significative des comportements. C’est là que réside la principale difficulté ; nous savons qu’à terme, d’ici 30 à 50 ans, la situation ne sera plus tenable, et c’est dès aujourd’hui que nous devons agir.

 

         La crise que nous connaissons marque la fin d’une période d’inconscience généralisée, qui a duré près d’une vingtaine d’années, au cours desquelles la croissance non maîtrisée de la consommation d’énergie a entraîné des désordres climatiques et la dégradation accélérée de notre environnement.

          Cette surconsommation énergétique à bas prix est allée de pair avec la mondialisation de l’économie et la libéralisation des échanges, sur laquelle s’est notamment fondé le décollage économique de puissances émergentes telles que la Chine, l’Inde ou le Brésil. Nous mesurons aujourd’hui le caractère insoutenable de ce rythme de consommation et d’exploitation des richesses énergétiques.

« L’humanité exploite intensivement depuis un siècle et demi des matières fossiles qui se sont constituées en 300 millions d’années…cette exploitation peut encore durer 150 ans, il est clair qu’une telle consommation n’est pas « soutenable » à long terme… Un changement sera nécessaire car, en d’autres termes, l’homme aura épuisé en 300 ans ce que la nature aura mis 300 millions d’années à produire ».

 

          Au temps de l’insouciance succède désormais le temps des inquiétudes. Les Etats cherchent la sécurité énergétique, mais quel est le sens de cet objectif ? Que faut-il sécuriser : le niveau des approvisionnements, la garantie d’un accès au marché, la stabilité des prix, les réseaux de transports ? On voit à travers ces conceptions multiples que les pays producteurs n’ont pas les mêmes priorités ni les mêmes intérêts que les pays consommateurs qui, eux-mêmes, ne répondent pas de la même façon selon qu’ils sont riches ou pauvres, entièrement dépendants ou non de l’extérieur sur le plan énergétique.

         Si chaque pays conserve sa propre définition de sa sécurité énergétique, il apparaît néanmoins clair qu’aucune solution n’est viable à long terme si elle ne tient pas compte de l’interdépendance de tous les acteurs. Jamais l’Europe, les Etats-Unis ou le Japon ne seront dans une  situation d’indépendance énergétique. Il faut donc définir d’autres priorités et s’employer à réduire entre les Etats les risques de conflits, de tensions et d’instabilité liés à l’énergie. Energie et géopolitique sont intimement liées. 

          Le secteur de l’énergie, en raison de son caractère vital pour les économies, reste toujours marqué par l’exercice de la souveraineté des Etats. A cet égard, il est frappant de constater que les grandes compagnies multinationales, qui incarnent la mondialisation et l’effacement des Etats, ne sont pas, dans le domaine de l’énergie, les véritables maîtres du jeu. La toute puissance revient en fait aux compagnies nationales, preuve que les questions énergétiques relèvent bien des relations interétatiques.

          De ce double enseignement -d’une part l’interdépendance des intérêts des Etats en matière d’énergie, d’autre part la nécessité de répondre de façon collective à la menace commune que constitue le changement climatique, on peut déduire qu’il est possible de prévenir les risques de conflits. 

                                       

          Cette conclusion optimiste ne se vérifiera que si les hommes et les Etats sont prêts à entreprendre les efforts nécessaires que j’ai décrits pour empêcher les affrontements.

         

          Dans le passé, je crois qu’il n’y a jamais eu de guerre strictement et uniquement liée à l’accès et au contrôle des hydrocarbures (à part peut-être au Paraguay dans les années 30). Le pétrole –et maintenant le gaz- sont des paramètres, parfois importants, de nombreux conflits armés, mais les dimensions politiques, économiques, stratégiques ou idéologiques sont souvent déterminantes dans leur déclenchement.

         

          Pour l’avenir, les craintes majeures concernent :

 

1- l’affrontement larvé entre les Etats-Unis et la Chine, en raison de leurs besoins considérables qui les poussent à se disputer les accès aux approvisionnements (Moyen Orient, Afrique…). La diplomatie et l’économie se mêlent ; les moyens financiers mis en œuvre, directement ou par compagnies interposées, sont considérables. 

2- les difficultés de l’Europe vis-à-vis de la Russie, qui a tendance à préférer se tourner vers la Chine et les Etats-Unis…..alors que son marché principal est l’Union Européenne. 

3- la déstabilisation du Moyen Orient :

Ø    l’Irak, avec une guerre civile qui n’en finit pas

Ø    l’Iran, qui n’hésite pas à évoquer l’arme pétrolière face aux sanctions liées au dossier nucléaire (essai de missiles dans le détroit d’Ormuz….qui contrôle 30% du commerce pétrolier mondial)

Ø    l’Arabie Saoudite (25% des réserves mondiales de pétrole), dont le régime politique et social est incertain.

 

          Il reste à espérer que les efforts nationaux et internationaux pour améliorer l’efficacité énergétique et diversifier les approvisionnements (par la recherche, l’investissement, l’évolution des modes de vie) permettront d’alléger les causes de tension, encore grandes, dans le domaine de l’énergie. 

          
            Il faudra du temps, de l’argent et de la volonté.

 

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Energie et environnement
commenter cet article
22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 12:40
Regardez bien et écoutez ce document. C'était en 2004 et N. Sarkozy, président de l'UMP, affirmait haut et fort qu' "à chaque grande étape de l'intégration européenne il faut solliciter l'avis du peuple. Sinon, nous nous couperons du peuple."
Non, vous ne rêvez pas! 
Raison de plus pour continuer à demander un référendum pour la ratification du traité de Lisbonne. On voit mal comment N. Sarkozy pourrait se déjuger à ce point....
Cliquez ici
Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Politique française
commenter cet article
16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 17:12
   Communiqué de Paul Quilès, ancien ministre de la défense 

 

porte-avions.jpgL’annonce par le Président de la République de la création d’une base navale française à Abu Dhabi pose de sérieux problèmes, à la fois sur la forme et sur le fond.

 

Sur la forme :

- Je constate une fois de plus que le Président de la République vient de prendre une décision grave sans qu’aucun débat n’ait eu lieu. Il faut lire la presse pour savoir que cette décision s’inscrirait dans le cadre de l’accord de défense qui nous lie avec les Emirats Arabes Unis !

- De plus, celle-ci intervient alors même que la Commission du livre blanc de la défense n’a pas fini ses travaux….au cours desquels il a été demandé que le Parlement puisse examiner les accords de défense signés par la France ! Force est de constater que nous n’allons va vers plus de démocratie et de transparence.

 

Sur le fond :

- Cette annonce survient au moment où les Etats-Unis font monter la pression militaire et où la France renforce sa présence en Afghanistan, à la demande des Américains. Il est difficile de ne pas penser que N. Sarkozy est en train d’amorcer un changement de politique de la France au Moyen- Orient.

- Par ailleurs, si cette décision signifiait que notre pays veut se lancer dans une politique de protection militaire des approvisionnements énergétiques, à l’image des Etats-Unis, il s’agirait d’une prétention hors de propos eu égard aux moyens et à la puissance militaire de notre pays. Il faut en effet rappeler que les Etats-Unis consacrent 50 milliards de dollars par an* à la défense des voies de communication maritimes et à l’assistance militaire aux pays fournisseurs de pétrole !

- Dans le contexte actuel du Moyen- Orient, la création de cette base navale pose plus de problèmes qu’elle n’en règle. Est-elle compatible avec les efforts des autres pays, notamment européens, engagés dans des efforts diplomatiques destinés à  trouver une réponse internationale à la crise avec l’Iran?

* Estimation fournie par l’« Institut pour l’analyse de la sécurité globale »

 

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans International et défense
commenter cet article
14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 09:53
Article de Paul Quilès, publié par Libération du 14 janvier 2008


undefinedLa réforme des institutions ou comment renforcer le pouvoir personnel sans le dire 
 

 

Lorsqu’il était candidat, Nicolas Sarkozy se plaisait à affirmer que la question constitutionnelle était secondaire et que les maux de la France étaient dus à « l’absence d’idées » et au « déficit d’action », pas aux « grands équilibres institutionnels ». Or, le voici qui se lance dans une réforme apparemment urgente.

On nous dit qu’il ne s’agit que d’une proposition de modernisation des institutions, destinée à recueillir le consensus. Un examen sérieux du projet, aujourd’hui réduit à l’essentiel, fait apparaître qu’il s’agit en fait de consolider et de développer la pratique personnelle du pouvoir dans laquelle Nicolas Sarkozy s’est engagé depuis son élection.

 

Une remise en cause fondamentale

 

Jusqu’ici, le premier ministre et les ministres exécutaient, en période de coïncidence des majorités présidentielle et parlementaire, la politique sur laquelle le Président de la République avait été élu. Mais celui-ci se réservait un rôle d’expression d’un intérêt national supérieur, au-delà des clivages du moment. Le Premier ministre, de son côté,  conservait une marge d’autonomie à la fois dans la formulation détaillée des politiques et dans la réponse aux difficultés de la conjoncture. Son autorité sur les administrations confortait cette autonomie. Ce n’est qu’en cas de nécessité ou pour définir une ligne de conduite en matière internationale ou de défense que le Président intervenait directement en faisant jouer le poids de son autorité propre. Le Premier ministre avait en outre la tâche plus particulière de veiller à la cohésion de la majorité parlementaire.

C’est cette pratique que Nicolas Sarkozy remet en cause en accaparant la totalité du pouvoir exécutif. Non seulement il dicte aux ministres la conduite générale à tenir dans les différents domaines de l’action publique, mais il leur fait prendre telle ou telle mesure ponctuelle qu’il juge opportune.

On comprend dès lors pourquoi il tient tant à ce que la Constitution lui donne le plus rapidement possible le pouvoir de s’adresser directement au Parlement. Cela confèrerait une base juridique à sa pratique des institutions, qu’il pourrait développer par la suite sous de nouvelles formes. Le gouvernement, pourtant responsable devant l’Assemblée nationale, n’aurait plus qu’un rôle d’exécution et de mise en forme législative des annonces présidentielles. La proposition retirant au Premier ministre la mission d’assumer devant le Parlement la responsabilité de la défense nationale est à cet égard révélatrice.

En situation de coïncidence des majorités présidentielle et parlementaire, ce nouveau droit présidentiel ne peut mener qu’à l’abaissement du Parlement, puisque toute inflexion demandée dans la politique de l’exécutif apparaîtra comme une rébellion.

En situation de cohabitation, le pouvoir d’intervention direct du Président conduira inévitablement à des conflits graves avec l’Assemblée nationale, sans que la Constitution offre le moyen de les résoudre autrement que par des compromis paralysants pour l’action publique. Le risque d’une crise de régime ne pourrait alors pas être exclu.

Par ailleurs, dans tous les cas de figures, comment un Président à ce point engagé dans l’action politique quotidienne et dans la direction de sa majorité parlementaire pourrait‑il, par exemple en cas de circonstances internationales graves, exprimer de manière crédible l’intérêt supérieur de la Nation ?

 

L’irresponsabilité du Président

 

L’un des paradoxes de la Constitution réside dans la concentration de pouvoirs majeurs entre les mains d’une autorité irresponsable. Le Parlement n’a en effet aucun moyen de contraindre le Président de la République à rendre compte de son action, à la justifier et encore moins à démissionner[1].

L’institution d’une procédure d’intervention du Président devant le Parlement aggraverait cette situation déjà préoccupante. Le Président déciderait seul du moment de son allocution. Il n’aurait à répondre à aucune interpellation. Son discours ne pourrait tout au plus donner lieu qu’à des commentaires auxquels il ne serait pas tenu de réagir.

L’irresponsabilité du Président a trouvé jusqu’ici une atténuation dans la responsabilité du gouvernement. Tant que ce dernier garde un rôle propre, agit en fonction d’un programme que l’Assemblée nationale a approuvé, les procédures habituelles du contrôle parlementaire gardent leur pertinence. Si en revanche le gouvernement perd toute autonomie politique, les débats parlementaires en présence des ministres s’apparentent à un théâtre d’ombres. Le Parlement se trouve privé de toute possibilité de débattre des circonstances dans lesquelles ont été prises la plupart des grandes décisions politiques, puisqu’elles procèdent directement du Président de la République.

 

Quel pouvoir réel pour le Parlement ?

 

On objectera que la réforme prévoit un ensemble de mesures destinées à renforcer les pouvoirs du Parlement. Certaines d’entre elles représenteraient un réel progrès, si le travail parlementaire ne se limitait pas désormais à la transposition législative et réglementaire des choix préalables du Président. Pour la majorité, il ne s’agira plus que d’un ajustement à la marge de textes écrits ailleurs et, pour l’opposition, d’interpellations et de critiques adressées à un gouvernement privé de toute capacité d’action autonome.

L’opinion et les médias se détourneront davantage encore de débats parlementaires éloignés de la réalité du pouvoir. Quant aux parlementaires, ils concentreront leur attention sur des questions d’intérêt local, d’autant plus que le cumul des mandats continuera à être autorisé et largement pratiqué. 

 

Souvent des modifications en apparence simples de la Constitution ont conduit à une transformation profonde du fonctionnement des institutions : il en a été ainsi de l’élection du Président de la République au suffrage universel et, plus récemment du quinquennat. Sous son apparence anodine, le pouvoir d’intervention directe du Président de la République devant le Parlement ne manquera pas de provoquer, de la même façon, un changement fondamental des règles du jeu politique.

La Vème République a apporté la stabilité politique au prix d’un regrettable effacement du Parlement, mais elle avait su partager le pouvoir exécutif pour le rendre moins écrasant. Il est à craindre que le projet de Nicolas Sarkozy ne conduise à faire sauter ce dernier rempart contre les dérives du pouvoir d’un seul.



[1] Sous réserve de la procédure exceptionnelle de l’article 68.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Médias
commenter cet article
12 janvier 2008 6 12 /01 /janvier /2008 14:42

Blair-Sarko.jpgJe viens de voir à la télévision Tony Blair ovationné par les cadres de l'UMP et encensé par N.Sarkozy. 
J'imagine la réaction indignée de ces millions d'hommes et de femmes de gauche qui ne peuvent croire un seul instant que le leader de la droite, adepte d'une ligne dure, se soit converti aux idées de la gauche!
    Il ne s'agit là naturellement que de la continuation du brouillage idéologique entrepris (avec succès) par N.Sarkozy, citant un jour Jaurès et Blum, rendant hommage une autre fois à Guy Mocquet, attirant dans ses filets quelques socialistes fascinés par les ors du pouvoir....et arrangeant aujourd'hui une complicité avec le socialiste britannique Tony Blair.
     Au-delà du caractère politico-médiatique évident et agaçant de cette nouvelle opération sarkozienne, je pense qu'elle aura au moins un mérite, celui d'ouvrir enfin les yeux des socialistes qui ont appelé de leurs voeux et théorisé la nécessité d'une "ligne blairiste" en France.
     En tout cas, on le savait déjà, mais c'est confirmé: la droite aime les socialistes.....quand ils sont morts ou quand ils sont étrangers. 

Retrouvez ce sujet sur le site du Nouvel Observateur
 

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Réflexions à haute voix
commenter cet article
10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 15:04

undefinedLe référendum interdit?undefined
                  par Paul Quilès


Je suis atterré par l’annonce que les parlementaires socialistes boycotteront la réunion du Congrès de Versailles, qui, le 4 février, doit voter la révision constitutionnelle préalable à la ratification du traité de Lisbonne.

Cette décision (si c’en est une!) relève de l’hypocrisie la plus totale.

Que l’on soit favorable ou non à ce traité –copie conforme du projet de Constitution européenne, refusé par le peuple français en 2005- c’est à lui et à lui seul de s’exprimer à nouveau par référendum. C’est une question de cohérence et de démocratie.

Les socialistes ne peuvent accepter l’argument de Nicolas Sarkozy, qui prétend, contre toute réalité, qu’il s’agirait d’un "traité simplifié", d’un "mini traité", qui n’a pas à être soumis aux Français.

Ils ne peuvent non plus baisser les bras, en considérant que Nicolas Sarkozy, parce qu’il a été élu, peut imposer sa volonté. Il se trouve que le référendum peut être obtenu. Il suffit pour cela que la révision constitutionnelle soit rejetée au Congrès de Versailles par 2/5 des parlementaires, ce qui est faisable. Boycotter ce congrès, c’est donc accepter que le référendum n’ait pas lieu.

Pourtant, d’après un sondage (peu popularisé en France), plus de 70% de nos concitoyens sont favorables à ce référendum! Il serait d’ailleurs souhaitable que de nouveaux sondages ou enquêtes soient organisés par les médias et les sites Internet, habituellement très friands de cette méthode de "mesure de l’opinion". On verra bien alors ce que pensent les Français.

J’ose espérer que les socialistes, la gauche, mais aussi ceux, au centre et à droite qui considèrent que la démocratie n’est pas négociable, ne laisseront pas s’accomplir ce véritable déni de démocratie, car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Ce n’est pas non plus en privant les peuples de débat et d’expression qu’on permettra l’appropriation de la construction européenne par les Européens.

Sous des apparences techniques, ce dossier est finalement emblématique d’une vision de la politique, de la démocratie et même de la morale.
                                                        
                                                   **********************************************
Cet article est également publié sur le site
www.rue89.com , sur lequel vous pouvez réagir...et voter.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Politique française
commenter cet article
4 janvier 2008 5 04 /01 /janvier /2008 12:01
la--cit--.jpg


Cet excellent article de Henri PENA-RUIZ a été publié dans Le Figaro du 3 janvier 2008

Henri Pena-Ruiz* est philosophe, professeur, écrivain, ancien membre de la Commission Stasi sur l’application du principe de laïcité dans la République. Il est un des initiateurs de l’appel de Gauche Avenir.  


 la--cit---positive.jpgLe récent discours de M. Sarkozy au Vatican est choquant à plus d’un titre. Soutenir, en somme, que la religion mérite un privilège public car elle seule ouvrirait sur le sens profond de la vie humaine, est une profession de foi discriminatoire. Il est regrettable qu’à un tel niveau de responsabilité cinq fautes majeures soient ainsi conjuguées.

 

Une FAUTE MORALE d’abord.

Lisons :«ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d'intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent.» 
     Dénier l’espérance aux humanistes athées est inadmissible. Certes, la liberté de ne pas croire leur est accordée. Mais quel manque de respect pour ceux qui fondent leur dévouement humain sans se référer à un dieu! Ils seront nombreux en France à se sentir blessés. Était-ce bien la peine de rendre hommage au résistant communiste athée Guy Moquet, pour le disqualifier ensuite en lui déniant toute espérance et toute visée du sens ? En fait, Monsieur le Président, vous réduisez indûment la spiritualité à la religion, et la transcendance à la transcendance religieuse. Le jeune héros de la Résistance n’a-t-il pas transcendé la peur de mourir pour défendre la liberté commune ? Quelle espérance a grâce à vos yeux ? Celle d’une monde meilleur ici-bas, ou celle d’un au-delà de compensation aux injustices du monde présent ? Est-ce celle d’un progrès effectif dans ce monde-ci  ou le « supplément d’âme d’un monde sans âme » ?

 

Une FAUTE POLITIQUE.

          Tout se passe comme si Monsieur Sarkozy était incapable de distinguer ses convictions personnelles, relevant de sa sphère privée, et ce qu’il lui est permis de dire publiquement dans l’exercice de ses fonctions, celles d’un président de la République qui se doit de représenter tous les Français à égalité, sans discrimination ni privilège. Comme tel, notre président ne peut s’exprimer publiquement de façon aussi partisane, en simple homme politique. Si un simple fonctionnaire, un professeur par exemple, commettait une telle confusion, il serait à juste titre rappelé au devoir de réserve. Il est regrettable que le chef de l’État ne donne pas l’exemple. Curieux oubli de la déontologie.

 

Une FAUTE JURIDIQUE.

          Dans un état de droit, il n’appartient pas aux tenants du pouvoir politique de hiérarchiser les options spirituelles, et de décerner un privilège à une certaine façon de concevoir  l’accomplissement humain. Kant dénonçait le paternalisme des dirigeants politiques qui infantilisent le peuple en valorisant autoritairement une certaine façon de concevoir sa vie. Majeurs, les citoyens sont assez grands pour savoir ce qu’ils ont à faire, et ils n’ont pas besoin de leçons de spiritualité conforme. La notion de majorité civile n’a-t-elle plus de valeur?

          Lisons : « Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ». On est surpris d’une telle hiérarchie éthique entre l’instituteur et le curé. L’école de la République a été inventée pour que les êtres humains puissent un jour se passer de maître, en devenant maîtres d’eux-mêmes.

          Grâce à l’instruction, exclusive de tout conditionnement mais non de toute éducation, l’autonomie éthique de chaque personne se fonde sur son autonomie de jugement. Elle n’a donc pas à être jugée inférieure à la direction de conscience religieuse. Étrange spiritualité que celle qui veut assujettir la raison à la croyance et lui dénie tout rôle autonome dans le choix des valeurs ! La critique confuse de l’idéal des Lumières va d’ailleurs de pair avec ce privilège accordé à la foi.

 

Une FAUTE HISTORIQUE.

          L’éloge du christianisme passe sous silence les terribles réalités historiques qui remontent à l’époque où l ‘Église catholique disposait du pouvoir temporel comme de son « bras séculier ».

          L’Occident chrétien peut-il s’enorgueillir du thème religieux du « peuple déïcide » qui déboucha sur un antisémitisme très virulent là où l’Église était puissante ? Peut-on oublier les hérésies noyées dans le sang  et les guerres de religion (3500 morts en un jour à Paris en 1572 lors du massacre de la Saint Barthélémy: autant que lors des attentats islamistes du 11 septembre contre les Twin Towers) ? Les croisades et les bûchers de l’Inquisition (Giordano Bruno brûlé vif en 1600 à  Rome) ? L’Index librorum prohibitorum, et l’anathématisation de la liberté de conscience (Syllabus de 1864)? Quelles racines pour l’Europe ? L’héritage religieux est pour le moins ambigü…

          Quant aux droits de l’homme d’abord proclamés en Europe, ils proviennent de la théorie du droit naturel, elle-même inspirée de l’universalisme stoïcien, et non du christianisme. Si on veut évoquer les racines, il faut les citer toutes, et de façon équitable. Dissocier la religion des crimes historiques qui s’en sont réclamés, et ne pas le faire pour les autres idéaux est injuste. Si Jésus n’est pas responsable de l’inquisiteur Torquemada, pourquoi Marx le serait-il du dictateur Staline ? De grâce, monsieur le Président, ne réécrivez pas l’histoire à sens unique !

 Comment par ailleurs osez-vous parler de la Loi de séparation de l’État et des Églises de 1905 comme d’une sorte de violence faite à la religion, alors qu’elle ne fit qu’émanciper l’État de l’Église et l’Église de l’État ? Abolir les privilèges publics des religions, c’est rappeler que la foi religieuse ne doit engager que les croyants et eux seuls. Est-ce manquer de respect envers la religion que de traiter à égalité toutes les options spirituelles ? Si la promotion de l’égalité est une violence, alors le triptyque républicain en est une.

 

Une FAUTE CULTURELLE.

Toute valorisation unilatérale d’une civilisation  -et de sa religion dominante- risque de déboucher sur une logique de choc des civilisations et de guerre des dieux. Il n’est pas judicieux de revenir ainsi à une conception de la cité qui privilégie un particularisme religieux, au lieu de mettre en valeur les conquêtes du droit, faites souvent à rebours des traditions religieuses, parfois dans le sang et les larmes.

Si l’Europe a une voix audible, ce n’est pas par la valorisation  de ses racines religieuses, mais par la portée universelle de telles conquêtes. La liberté de conscience, l’égalité des droits, l’égalité des sexes, sont des idéaux universalisables. Ils signent non la supériorité d’une culture, mais la valeur exemplaire de luttes qui affranchissent les cultures de leurs préjugés, à commencer par la culture « occidentale ». « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir pratiquait cette distanciation salutaire pour l’Occident chrétien. Taslima Nasreen fait de même au Bengladesh pour les théocraties islamistes. La culture, entendue comme émancipation du jugement, délivre ainsi des cultures, entendues comme traditions fermées. Assimiler les individus à des groupes particuliers  et ceux-ci à des identités religieuses collectives c’est les détourner de la recherche des droits universels, vecteurs de fraternité comme d’émancipation. Le danger du communautarisme n’est pas loin.

 

La laïcité sans adjectif, ni positive ni négative, ne fut jamais antireligieuse, mais simplement hostile aux privilèges politiques des religions. Elle libère la spiritualité de toute tutelle et vise à la plénitude de l’égalité de traitement, par la République et son président, des athées et des croyants. Telle est la condition de la fraternité, dans la référence au bien commun. Monsieur le Président, le résistant catholique Honoré d’Estienne d’Orves et le résistant athée Guy Moquet, celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas, ne méritent-ils pas même considération ?

 

* Derniers ouvrages parus : « Qu’est-ce que la laïcité ? »(Gallimard) et « Leçons sur le bonheur » (Flammarion)
Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Politique française
commenter cet article
31 décembre 2007 1 31 /12 /décembre /2007 17:56
Parmi mes récentes lectures, j’ai bien aimé ces articles, que je vous recommande vivement (cliquez sur le lien) : 


Ø   
« En 2008, accélérez, monsieur le Président »
 undefined

    Dans cette chronique acide et percutante, Frédéric Lemaître dénonce avec humour « la politique qui gagne de N. Sarkozy » .….dans Le Monde du 30 décembre 2007

 Ø    « Le discours d’un président soumis au Vatican »  undefined

ou comment le Président de la République a remis brutalement en cause la laïcité………..dans Le Patriote du 28 décembre 2007

 Ø     « 2007, l’année où la com’politique a basculé »   undefined

pour comprendre le rôle désormais écrasant de la communication et de la « peoplisation » dans la vie politique française…sur le site de Rue 89 (30 décembre 2007)

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Médias
commenter cet article
31 décembre 2007 1 31 /12 /décembre /2007 11:50
 undefinedQuitte à choquer, j’affirme que N. Sarkozy n’a pas de projet pour la France. En disant cela, je n’oublie pas que d’autres que lui, dont il est proche ou dont il s’inspire, ont, eux, une vision globale de la France qu’ils appellent de leurs vœux.

          En réalité, depuis son élection, le Président de la République ne fait que proposer –et, plus souvent, imposer- secteur par secteur, les projets de ses soutiens : un jour ceux la droite la plus conservatrice, un autre jour ceux du patronat, un autre jour encore ceux de l’église catholique… Il y rajoute quelques ingrédients issus de ses choix personnels liés à son tempérament, son histoire, ses rêves, ses pulsions.

          Cela finit par dessiner les contours d’une France inquiétante où le    lien social est mis à mal, où les inégalités s’accentuent, où la laïcité est contestée, où l’individualisme est exacerbé.

          Pendant ce temps là, le pouvoir applique la fameuse recette des empereurs romains, qui considéraient que, pour calmer le peuple, il fallait lui donner du pain et des jeux (« panem et circenses »). En satisfaisant ainsi des besoins censés représenter ses aspirations, les empereurs pensaient détourner son attention de la façon dont ils géraient les affaires publiques.

          De la même façon, mais avec des moyens de communication autrement plus développés, on propose aujourd’hui au peuple les amusements du feuilleton de la vie publique et privée du Président (les jeux) et on lui promet de gagner plus en travaillant plus (le pain). Il n’est pas sûr à cet égard que les mesures sur le pouvoir d’achat, les retraites et le temps de travail emporteront sa conviction, mais pour l’instant, la recette est appliquée avec un systématisme qui ne laisse rien au hasard. Les médias –qui feignent de s’étonner de la volonté d’omniprésence du Président, alors qu’ils ne cessent de l’organiser- rapportent jour après jour le nouvel évènement, la nouvelle aventure, la nouvelle initiative, la nouvelle « réforme »[1]. Comment oser critiquer une telle activité, une telle présence sur tous les terrains, une telle efficacité….bref une telle modernité ? Inutile de faire remarquer les contradictions entre les mots et les actes. Inutile, à moins d’être ronchon et archaïque, de suggérer que les droits de l’homme, la laïcité, le pouvoir d’achat, la séparation entre vie publique et vie privée ne trouvent pas leur compte dans cet étalage médiatique et dans cette fébrilité. Ce qui compte, c’est l’image, qui doit primer, qui doit s’imposer et faire oublier le reste.

          Mais il n’y a pas que ces opérations médiatiques dans la stratégie de N. Sarkozy. Il y a le discours, , qui vise, à l’aide de citations émouvantes et de références historiques bien préparées par les « penseurs » Guaino et Gallo, à troubler les gens de gauche. Certains trouvent d’ailleurs là une bonne excuse pour franchir le pas vers le pouvoir en toute bonne conscience…..puisqu’on leur a expliqué que désormais, la frontière entre droite et gauche n’existe plus. On sait bien pourtant –et j’y reviendrai- qu’il n’en est rien !

          La France de Monsieur Sarkozy présente un autre risque : celui de voir cette primauté envahissante du Président de la République traduite dans nos institutions. Un texte réformant les institutions va en effet être proposé dans quelques jours au vote du Parlement. Si l’on veut bien ne pas se laisser anesthésier par le discours officiel et le « politiquement correct », on va s’apercevoir que, sous prétexte de modernisation, il s’agit bien de fournir une justification institutionnelle à la pratique personnelle du pouvoir dans laquelle s’est engagé N. Sarkozy depuis son élection.

          Toutes ces dérives sont dangereuses. Elles annoncent une « France d’après » dont nous ne voulons pas. Il devient urgent de le dire, de combattre cette politique et de tracer les contours de la France de demain, un France qui respecte les valeurs de la République (définie par notre Constitution comme « indivisible, laïque, démocratique et sociale ») et dont s’éloigne de plus en plus celle de Monsieur Sarkozy.  



[1] Avec la nouvelle signification : suppression d’avantages sociaux, considérés comme indus.

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Réflexions à haute voix
commenter cet article
26 décembre 2007 3 26 /12 /décembre /2007 21:54
 2008 Comme chaque année à pareille époque, j’ai eu la tentation de me livrer au geste fatalement répétitif et un peu vain qui consiste à souhaiter largement bonheur, santé, chance, amour…sachant fort bien que, pour la plupart d’entre vous, je n’y peux pas grand-chose.

       Eh bien, j’ai résisté et je me  permets plutôt de vous livrer une réflexion qui me semble pouvoir être utile en 2008 à celles et ceux qui s’intéressent à la vie publique et à l’action politique.
undefinedElle m’a été suggérée par l’historien Jean Pierre Rioux, lors d’un récent colloque. Il était question de savoir si Jean Jaurès parlait à la gauche du 21ème siècle. J.P. Rioux nous a rappelé que pour Jaurès, on ne pouvait avancer que si l’on était capable de :

- se respecter et de respecter les autres

- conjuguer la « petite » et la « grande » patrie

- ne pas perdre le sens de la réalité du monde

- refuser un monde désenchanté

       Un siècle plus tard, malgré l’évolution de nos sociétés, le conseil me semble toujours aussi pertinent, notamment celui de refuser le désenchantement. Si l’état du monde, avec ses désordres et les risques qui nous menacent, n’incite pas à l’optimisme, nous avons le devoir de ne pas le peindre chaque jour en noir. Sinon, comment agir si on n’a pas l’espoir d’un monde meilleur ?
Martin-Luther-King.jpgCet espoir, que certains appellent la foi, n’est pas uniquement de nature religieuse. Martin Luther King le définissait d’une belle formule en disant que c’est « monter la première marche, même quand on ne voit pas tout l’escalier ».

        escalier.jpgVoila justement ce que je nous souhaite : d’avoir en 2008 le courage et l’envie de « monter la première marche », celle de l’action au service des autres et du bien public et de la préparation de l’avenir…même si nous ne voyons pas « tout l’escalier », celui du monde de demain.

       C’est ainsi que nous éviterons le désenchantement et que nous vivrons pleinement la nouvelle année qui s’annonce.

       Bonne année !

                                         Paul Quilès

Repost 0
Published by Paul Quilès - dans Réflexions à haute voix
commenter cet article

Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
cordes-nuages-8-bp--R-solution-de-l--cran-.jpg

 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez