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31 août 2007 5 31 /08 /août /2007 16:43
Par Michaël Moglia, membre du conseil national du PS, collectif des socialistes pour le renouveau de la gauche, signataire de l’appel de Gauche Avenir (article paru dans Libération du vendredi 31 août 2007)

 

Les jeunes lions parient sur l’oubli de ce qu’ils ont été pour s’abstraire de leurs responsabilités.

 Après les éléphants, leurs éléphanteaux et la gazelle étaient apparus triomphants au soir même du second tour des élections législatives, les jeunes lions devenus en quelques semaines poissons rouges : pas plus de trois minutes de mémoire.

Autoproclamés rénovateurs, ils auraient, alors que le processus d’analyse de la séquence écoulée proposé par le premier secrétaire ne fait que débuter, réponse à tous les maux qu’ils auraient eux-mêmes identifiés. Selon de vieilles méthodes éculées consistant essentiellement à parier sur l’oubli de ce qu’ils ont été ou ont défendu il y a quelques semaines encore, ils pensent s’abstraire de leur propre responsabilité. Pour nos poissons rouges, la lourde défaite, quoique logique, de Ségolène Royal, serait due à l’inorganisation du Parti socialiste, à la plupart de ses responsables qui auraient manifesté peu d’entrain à la soutenir et à un programme jugé peu crédible.

Sur la forme, les «rénovateurs» n’ont pas de mots assez durs contre ceux qui ont animé le parti, ces dernières années, en ayant en ligne de mire principale François Hollande. Pensant qu’une fois de plus la communication peut l’emporter sur le fond, ils multiplient basses attaques, petites phrases et slogans. Il y a quelques jours encore n’est-ce pas Manuel Valls qui souhaitait, sur les ondes d’une radio nationale, curieuse proposition, faire imploser le parti ?

Le Parti socialiste, tant contourné, méprisé lors de la campagne présidentielle, n’aurait plus aucun crédit à leurs yeux. Nous sommes nombreux et principalement depuis le 21 avril 2002 à avoir mis le doigt sur les dysfonctionnements dont souffre le PS : notabilisation, absence de renouvellement de ses animateurs, décrochage d’avec sa base idéologique. Dommage que ceux qui se veulent aujourd’hui l’avant-garde aient, lors des précédents congrès, systématiquement préféré signer de molles synthèses permettant au premier secrétaire de poursuivre sa tâche.

Il est ainsi étonnant de voir Gaëtan Gorce, néorénovateur lui aussi, si virulent aujourd’hui, alors qu’il mit systématiquement toutes ses forces, jusqu’à ce jour, au service de la majorité, contribuant par là même à maintenir le système qu’il dénonce désormais si facilement.

Réclamant des «têtes» pour mieux y mettre la leur (?), ils n’en sont pas à une contradiction près. Qui, si ce n’est le rénovateur Arnaud Montebourg, permit, en retirant sa candidature lors de l’élection du président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, la réélection de Jean-Marc Ayrault, pourtant à ce poste depuis une décennie maintenant ?

Ce curieux attelage de responsables, n’ayant a priori en commun que leur année de naissance, aurait également réglé les questions de fond. Tous trois partagent l’analyse de Ségolène Royal selon laquelle les propositions volontaristes de généralisation des 35 heures et d’augmentation du pouvoir d’achat par le Smic à 1 500 euros nous auraient menés à la défaite. Tous trois ont pourtant approuvé, comme elle d’ailleurs, en le votant, le projet des socialistes qui contenait ces mesures de justice sociale. Les 35 heures, mesure phare du gouvernement Jospin, ne furent-elles pas défendues à l’époque par Manuel Valls, conseiller en communication du Premier ministre ? Gaëtan Gorce, tout comme Arnaud Montebourg, n’a-t-il pas soutenu et voté ce texte à l’Assemblée nationale ? Ce dernier, tout comme moi, n’a-t-il pas milité, lors des congrès de Dijon puis du Mans, en faveur de leur généralisation ? Quant à porter le Smic à 1 500 euros, lorsque l’on est militant socialiste et qu’on aspire à la fonction suprême, que peut-on trouver de si «peu convaincant» dans cette proposition qui apparaît comme une évidence aux yeux de ceux qui attendent tant de la gauche une fois au pouvoir ? Faut-il rappeler que dans notre pays plus de 16 % des salariés touchent le Smic ? Ce sont donc trois millions de personnes qui perçoivent moins de 1 000 euros par mois en échange de leur travail.

Nous sommes tous d’accord, aujourd’hui, c’est une évidence, pour dire qu’il nous faut revoir profondément notre logiciel idéologique. Comment pourrait-il en être autrement après une telle défaite ? Mais cet aggiornamento signifie-t-il l’abandon de ce qui fait de nous des socialistes ? Nos propositions, si identitaires, sont-elles amenées à être remplacées, sous couvert de modernité, par des mesurettes démagogiques si éloignées des préoccupations de ceux qui souffrent le plus ? Mettre un drapeau aux fenêtres en chantant la Marseillaise restera certainement l’exemple le plus frappant de cet abandon du fond au profit de la forme.

De plus, les «rénovateurs» nous demandent de tenir compte de la droitisation de la société française, élément d’explication supplémentaire, selon eux, de la victoire de Nicolas Sarkozy. S’il y a droitisation, c’est bien du côté du Parti socialiste qu’il faut regarder. Courant derrière Nicolas Sarkozy, qui lui-même courait après Jean-Marie Le Pen, Ségolène Royal n’a eu de cesse de faire campagne sur des thèmes inhabituels pour la gauche (sécurité, nation, immigration), délaissant, parfois même remettant en cause, les fondamentaux du socialisme.

Cette stratégie fut perdante. D’abord parce qu’en mettant en avant les thématiques de la droite, Ségolène Royal et son staff de campagne les ont légitimées, ensuite parce que le dialogue privilégié entamé avec François Bayrou, nommé Premier ministre avant même le second tour, eut pour conséquence un mauvais report de voix des électeurs de gauche et d’extrême gauche.

Loin des formules à l’emporte-pièce ou des bons mots si faciles, ce dont le Parti socialiste a besoin dans les semaines et les mois à venir, c’est d’avoir le courage de la vérité. Avoir le courage d’affronter lucidement, en commençant par le reconnaître, le verdict des urnes et de redéfinir, sur la base de nos valeurs, nos orientations. Il nous faut également, impérativement, doter notre appareil politique de nouvelles procédures de délibération et d’organisation. Pour ce faire, il faut ouvrir grand les portes et les fenêtres, associer à nos travaux les syndicats, les associations, les citoyens, toutes celles et ceux intéressés par notre démarche de reconstruction, de refondation. Le programme est ambitieux, indispensable, les Français, attachés au pluralisme, le souhaitent. Les électeurs de gauche, qui se désespèrent si souvent du Parti socialiste, nous le demandent.

Les poissons rouges, en travaillant un peu leur mémoire, ont leur place dans cet immense chantier. Il faudrait qu’ils acceptent, s’ils veulent être constructifs, d’arrêter de faire monter les enchères de la provocation, de vouloir, dans le but d’épater les militants, toujours sauter plus haut, en prenant le risque, un jour, de tomber du bocal.

 

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17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 16:39

 Par Loïc Fauchon, président du Conseil mondial de l'eau.  

"La réalité d'aujourd'hui, et pour longtemps encore, c'est la croissance anarchique de mégacités assoiffées. C'est l'augmentation de pollutions effarantes des fleuves et des mers"

           En ce milieu d'été, l'Europe éternue ou suffoque. C'est selon. Inondations, feux de forêts, bourrasques, canicule. C'est selon, et parfois à l'inverse des logiques géographiques. Et de montrer du doigt, le responsable de tous nos maux : ce changement climatique dont on se demande bien pourquoi l'on a attendu le début de ce siècle pour crier si fort au loup.
            Peut-être notre attention est-elle aussi bornée que notre égoïsme. Si peu dans les médias, ces derniers jours, concernant les 20 à 30 millions, peut-être plus, d'Indiens, de Bengalis, de Chinois et d'autres, noyés sous les trombes d'eau, jetés sur les routes, réfugiés dans leurs propres pays.
            Mais là-bas, dira-t-on, on a l'habitude, les débordements du fleuve Jaune, la montée des eaux dans le delta du Gange, cela dure depuis des siècles. Alors que nous, pauvres Européens, nous seuls, sommes victimes du changement climatique, car c'est bien connu, la fonte des glaciers et l'élévation du niveau des océans n'atteindront que les pays riches...
            Au risque d'aller à contre-courant (et c'est bien le mot qui convient) des thèses du moment, disons fortement que le climat a toujours eu de ces variations soudaines, de ces colères imprévisibles, et que l'homme les a subies, payant régulièrement un lourd tribut à ces écarts. Ceux qui le découvriraient liront avec intérêt, Emmanuel Le Roy Ladurie, le meilleur historien du climat, pour s'en convaincre.
            Attention, il ne s'agit pas ici, de nier que le climat puisse s'emballer. C'est possible, mais nous n'en sommes pas certains non plus. Il faut surtout clamer haut et fort que si nous devons, bien sûr, prémunir une partie de l'humanité contre des changements qui sont à venir, nous avons d'abord à nous soucier de la situation faite aujourd'hui à l'autre partie de la population planétaire. Celle des pauvres, celle des faibles, celle des oubliés, les naufragés du progrès, les exclus du développement.
            Un milliard et plus qui ne savent pas ce qu'est un robinet, ou alors de loin. Le double à qui on n'accorde même pas la dignité que confère l'usage de sanitaires.
            La situation, de surcroît, ne s'arrange pas, car la réalité d'aujourd'hui, et pour longtemps encore, c'est la croissance anarchique de mégacités assoiffées. C'est l'augmentation de pollutions effarantes des fleuves et des mers. Tout cela fait de ces concentrations urbaines de véritables bombes sanitaires dont les mèches sont déjà allumées.
            Non, il est important de le dire, le climat, quelle que soit son évolution, ne doit pas servir de bouc émissaire à nos inconséquences.
            Non, le réchauffement, quelle que soit son ampleur, ne peut être le paravent derrière lequel nous allons masquer l'incurie et l'insouciance de l'homme.
            Et pourtant les solutions existent. Elles s'appellent réservoirs plus vastes, transferts plus importants, dessalement plus accessible, réutilisation d'eaux usées généralisée, fuites mieux détectées, énergies alternatives et d'autres encore. Le génie de nos chercheurs y pourvoit. La compétence de nos ingénieurs y contribue chaque jour un peu plus. Leur génie conjugué autorise des évolutions technologiques qui permettent à la fois de sécuriser les ressources et de les distribuer plus rationnellement.
            Le problème n'est pas là. Il n'est plus là, il est tout simplement « politique ». Ah, le vilain mot ! Comment, tout cela ne serait que politique ? Et on ne le disait pas.
            Oui, à cet instant, l'eau, son accès au plus grand nombre, souffre d'un grave déficit d'intérêt.
            Oui, à cet instant, l'accès à l'eau souffre d'insuffisance de financements, de médiocre gouvernance, d'absence rationnelle de transferts de savoir-faire.
            Toutes choses qui dépendent de ceux qui décident, de ceux qui gouvernent, à tous niveaux.
            Oui, dans le monde entier, les budgets militaires continuent à augmenter et ceux de l'aide au développement à stagner.
            C'est pour mieux informer du sort inacceptable fait à l'eau, c'est pour éclairer les choix qui s'y rapportent, c'est pour amener les gouvernants, les décideurs, à exercer les responsabilités pour lesquelles ils ont été élus ou désignés que le Conseil mondial de l'eau a créé les forums du même nom.
            Le prochain, le 5e Forum, se tiendra dans un an et demi à Istanbul. Avec nos collègues turcs, nous avons décidé d'y convier les chefs d'État, et les responsables de gouvernement. Pour qu'ils viennent dire avec nous : oui, l'eau est un préalable à la survie de l'humanité et à son développement, et nous allons faire ce qu'il faut pour cela, qu'ils viennent avec nous dire ces choses simples aux médias et au grand public.
            Ceux qui viendront auront fait leur devoir. Ceux qui ne viendraient pas, ne pourront pas dire : « Je ne savais pas. » Nous tous, nous saurons tout simplement qu'ils ne voulaient pas.
 

 


Article publié dans le Figaro le 14 août 2007
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12 août 2007 7 12 /08 /août /2007 18:42

   Quelques belles photos de Cordes et de ses environs

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Nul n’a mieux décrit la fascination que Cordes peut exercer sur le visiteur qu’Albert Camus lorsqu’il en parlait :
»

 "On voyage pendant des années sans trop savoir ce que l’on cherche et l’on parvient soudain dans un de ces deux ou trois lieux qui attendent patiemment chacun de nous en ce monde"

 

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12 août 2007 7 12 /08 /août /2007 11:53
D'après un sondage du Financial Times rélisé par l’Institut Louis Harris dans plusieurs pays (Allemagne, Espagne, France, Italie, UK, USA), les peuples du monde développé ont une opinion plus que nuancée sur la mondialisation.

 

"Les habitants des pays riches ne se sentent pas en sécurité. Ils pensent que la mondialisation va à l'encontre de leurs intérêts, ils s'inquiètent de la montée des inégalités, ils n'admirent pas les patrons des grosses entreprises et ils attendent des dirigeants politiques qu'ils rendent le monde plus juste.

Telles sont les conclusions brutes du sondage Financial Times/Harris, relevées dans chaque pays étudié, que ce soit aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, traditionnellement libéraux, ou dans les pays européens plus dirigistes.

Ces résultats ouvrent la voie aux populistes cherchant le soutien de l'anti-mondialisme et promettant un contrôle plus étroit de l'économie.

La mondialisation a beau être difficile à définir, même par les spécialistes, la population des pays riches ne la voit pas moins d'un mauvais œil. Dans tous les pays étudiés, le nombre de personnes pensant que la mondialisation a un effet positif sur leur pays est inférieur à celui des personnes pensant qu'elle a un effet négatif. En Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Espagne notamment, moins d'une personne interrogée sur cinq voit un avantage dans la mondialisation.

La plupart des spécialistes estimant que la mondialisation a favorisé les performances économiques des pays, riches comme pauvres, ces conclusions sont plutôt inquiétantes.

Il est presque certain que les personnes interrogées sont notamment préoccupées par la mondialisation car elles ont le sentiment que le fossé entre les riches et les pauvres se creuse dans leur pays. Partout, sauf en Espagne, plus des trois quarts d'entre elles estiment en effet que les inégalités augmentent.

Les énormes rétributions empochées par les dirigeants des entreprises sont mal perçues par le reste de la population des pays riches. Seuls les Italiens déclarent en majorité "plutôt" ou "beaucoup" admirer leurs grands dirigeants. C'est en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis qu'on est le moins enclin à respecter les patrons, avec 38% des personnes interrogées outre-Manche déclarant ne pas admirer "du tout" les responsables des grandes entreprises.

Des deux côtés de l'Atlantique, on approuve majoritairement une hausse des impôts sur les revenus les plus élevés. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, c'est en France que l'on soutient le moins une telle mesure, avec tout de même 52% des personnes interrogées favorables à une augmentation de la fiscalité pour les riches.

Mais les réponses ne sont pas aussi unanimes dans tous les pays et laissent apparaitre de nombreuses différences nationales. Dans la question sur l'égalité face aux chances de réaliser son potentiel, on observe notamment une divergence notoire entre ce qui semble évident et l'impression réelle du public.

Alors que de nombreuses études sur les inégalités intergénérationnelles montrent que les enfants de pauvres ont plus de risques d'être également pauvres aux Etats-Unis et au Royaume-Uni que dans le reste de l'Europe, c'est dans les pays anglo-saxons que les personnes estiment que l'origine sociale ne joue pas de rôle important dans l'ascension économique."

Source et texte complet

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8 août 2007 3 08 /08 /août /2007 11:08

« Cap à droite : une stratégie perdante », 
article de Philippe Marlière dans Politis 

 Maître de conférences en science politique à l’université de Londres, signataire de l’appel de Gauche Avenir, Philippe Marlière prévient le Parti socialiste : l’ouverture au centre de la gauche italienne s’est soldée par un échec.
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4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 22:27

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Relire Jaurès

 Trop souvent, la référence à Jaurès se fait sur le mode convenu, en oubliant la réalité de ses combats, à tel point qu’on a même vu récemment la droite tenter de récupérer son image !

La gauche doit savoir revenir à Jaurès, à sa pensée, moderne par bien des aspects et rappeler quelques vérités. C’est ce qu’ont fait les signataires de Gauche Avenir dans la presse à l’occasion de la commémoration de la mort de Jaurès (31 juillet) : Gilles Candar par un article dans Libération, Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès dans le Figaro.

 

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1 août 2007 3 01 /08 /août /2007 22:47

Dsc01480.jpg Copie-de-Paul----Cordes--2006-.JPG          Le retour de Jaurès
                    par Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès
                                     signataires de l’appel de Gauche Avenir                  
(article paru dans le Figaro du 1er août 2007 sous le titre « Jaurès aurait-il voté Sarkozy ?) 

Jaurès fut indiscutablement l’un des héros de la campagne de 2007. Pas tant en raison des maigres références des socialistes et de leur candidate au grand tribun, mais parce que Nicolas Sarkozy l’appela abondamment en renfort
[1]. 

Ce n’est pas la première fois qu’un candidat de droite s’essayait à cette récupération. François Mitterrand y avait en son temps répondu : « la droite adore les socialistes….quand ils sont étrangers ou morts ! » Mais si, le temps passant, l’œuvre de Blum et de Jaurès est plus largement saluée, c’est que la plupart des grandes avancées sociales, voir sociétales sont nées en France de l’action de la gauche et des socialistes. Refuser que nos figures historiques  participent du patrimoine commun du pays serait la preuve d’un sectarisme déplacé, mais accepter leur banalisation, l’affaiblissement ou le rangement au musée de leurs idées serait tout aussi inacceptable.

Jaurès, à partir du projet républicain, n’a cessé d’appeler à son dépassement, pour qu’il embrasse tous les champs de la vie, et bien sûr celui du social et de l’économie. La citoyenneté ne pouvait pas rester exclue des entreprises, l’égalité exigeait des politiques publiques volontaristes et un engagement contre toutes les injustices sociales, la fraternité condamnait l’exploitation de l’homme par l’homme. Cette synthèse originale et exigeante entre  la vision républicaine et le mouvement ouvrier est la matrice originale du socialisme français. Jaurès était un visionnaire et défendait des valeurs fondamentales et universalistes qui traversent le temps.  Elles demeurent d’une profonde modernité et, par certains aspects, d’une totale actualité.

Dès 1888, Jaurès, qui n’est pas encore socialiste, condamne la réaction qui  veut « accroître les impôts de consommation qui pèsent partout, à la campagne comme à la ville, sur les pauvres gens ». Et il propose: « nous voulons remplacer l’impôt foncier par un accroissement des droits qui frappent les successions au-dessus d’un certain chiffre », car « nous pouvons demander quelques sacrifices aux capitaux mobiliers ou immobiliers que les générations se transmettent souvent sans les féconder sans les légitimer par leur travail propre ». On imagine mal Jaurès votant la réforme fiscale de N. Sarkozy !

La récidive ? La délinquance ? Des sujets évoqués aussi par les politiques de l’époque, qui dénoncent déjà la fascination pour l’argent facile, la perte des repères, le rôle des médias dans l’exaltation de « bandits tragiques » en même temps que la surexcitation des peurs. Non seulement Jaurès, mais l’ensemble de la gauche se battent pour une justice plus humaine, qui ne soit pas seulement répressive, mais aussi éducative. A cette époque aussi, il fallait convaincre et ce n’était pas facile, mais Jaurès estimait qu’il fallait parfois savoir « dépenser sa popularité » en allant à contre-courant de l’opinion, de la mode, « ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe »

Pas étonnant que, sur tous ces sujets, N. Sarkozy ne cite plus Jaurès ! Et il est bien dommage que la gauche, oublieuse d’elle-même, n’ait pas l’audace de le faire.

Durant la campagne, la candidate socialiste, au-delà de quelques références convenues à Jaurès et Blum, a préféré vanter fréquemment Prodi et Blair, démobilisant un peu plus l’électorat de gauche. L’appel à la rénovation sonnait et sonne encore souvent comme un hymne  au renoncement et à l’abandon des valeurs du socialisme français, à ses racines, à son esprit rebelle, qui ne s’accommode guère  de l’ordre dominant. Nous pensons, au contraire que l’avenir est à une gauche décomplexée qui propose des réponses renouvelées tout en ne craignant pas d’assumer son identité. Une gauche qui, selon la méthode jaurésienne, n’oublie jamais la réalité.



[1] Par exemple, Jaurès fut cité 32 fois dans le discours de N. Sarkozy à Toulouse (12 avril 2007)

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30 juillet 2007 1 30 /07 /juillet /2007 23:01

 

 

Paru dans Libération (Rebonds) du 31 juillet 2007 

 

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Jaurès contre Sarkozy   
 Sarkozy.jpg

La politique gouvernementale à la lumière des écrits de   cette figure historique de la gauche.


Par Gilles Candar, historien, jaurésien, signataire de l’appel de Gauche Avenir

 

  

La commémoration de l’assassinat de Jaurès, le 31 juillet, prend cette année un relief particulier, en raison des nombreuses invocations, sollicitations et références dont il a été l’objet au cours des récentes campagnes électorales, et en premier lieu de la part du candidat élu président, Nicolas Sarkozy.

 

Sans doute peut-on penser qu’il entrait dans cet enthousiasme récent une part de calcul politique, le plaisir et l’intérêt d’élargir sa base et de jeter la confusion chez l’adversaire. Mais pourquoi pas ? C’est un peu la loi du genre, et au fond, si Jaurès devient aussi une référence obligée de la droite, il assure ainsi sa consécration nationale, fait pleinement partie de notre patrimoine commun, et c’est très bien. Nous pouvons même espérer que les choses vont aller plus loin encore, et, qu’au-delà des hommages et des cérémonies, chacun prenne un peu de temps pour entendre la voix de Jaurès, être attentif à ce qu’il a cru, voulu et pensé.

Prenons l’actualité de cet été 2007 : réforme fiscale, loi sur la récidive, réforme des universités. Évitons les polémiques faciles, contentons-nous par exemple de feuilleter la collection de La Dépêche, «journal de la démocratie du Midi» comme elle s’appelait si joliment alors.

 

Le 15 avril 1888, Jaurès, qui est encore loin d’être socialiste - il se définit comme républicain et défend l’action de Gambetta et de Ferry -, s’en prend à la réaction qui veut «accroître les impôts de consommation qui pèsent partout, à la campagne comme à la ville, sur les pauvres gens». Il lui oppose son projet : «Nous voulons remplacer l’impôt foncier par un accroissement des droits qui frappent les successions au-dessus d’un certain chiffre» car «nous pouvons demander quelques sacrifices aux capitaux mobiliers ou immobiliers que les générations se transmettent souvent sans les féconder sans les légitimer par leur travail propre».

Sans abuser du parallèle historique, au titre de jeu d’été, ce Jaurès, encore bien modéré, aurait-il voté le projet gouvernemental ?

 

L’autonomie des universités ? Un sujet de prédilection pour Jaurès, maître de conférences à la faculté de Toulouse, avant et après son premier mandat de député, et aussi adjoint au maire de Toulouse (1890-1893) chargé de l’instruction publique dans son ensemble, mais en fait d’abord du projet de création d’une université régionale. Jaurès n’a rien d’un centralisateur, et ce défenseur de la «liberté universitaire» (titre d’un article de La Dépêche, 25 juin 1894) va même plus loin que la plupart des républicains de son temps quand il envisage des «expériences» diverses. Rappelons-nous aussi qu’il vit dans un temps où même l’enseignement secondaire reste réservé à une infime minorité, mais cela dit, le fond de sa pensée est bien que la République suppose une démocratie, donc des citoyens instruits. Sa préoccupation est d’assurer l’enseignement du peuple : c’était alors la fonction de l’instruction primaire, aujourd’hui le même objectif suppose un accès généralisé aux universités, qui ne soit pas seulement formel, mais substantiel. C’est toujours l’enjeu des débats actuels.

 

La récidive ? La délinquance ? Des sujets qui deviennent sans doute des questions politiques au temps de Jaurès, avec déjà la fascination pour l’argent facile, la perte des repères, le rôle des médias dans l’exaltation de «bandits tragiques» [la bande à Bonnot, ndlr] en même temps que la surexcitation des peurs. A l’époque, non seulement Jaurès, mais l’ensemble de la gauche se bat pour une justice plus humaine, qui ne soit pas seulement répressive, mais aussi éducative, qui refuse les facilités de l’élimination sociale. Jaurès mena en vain le dernier grand combat parlementaire contre la peine de mort (1908) avant celui que put faire aboutir deux générations plus tard Robert Badinter (1981).

 

Ce n’était pas facile, mais le généreux Jaurès professait aussi qu’il fallait parfois savoir «dépenser sa popularité» en allant à contre-courant de l’opinion, de la mode, « ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe» (lycée d’Albi, discours à la jeunesse, 30 juillet 1903). Il citait Hugo («construire des écoles, c’est abattre les murs des prisons») et qualifia un jour le code pénal de «barbare», un mot rare chez lui. Se serait-il reconnu dans le projet de loi défendu par Mme Dati ?

 

Bien sûr, le monde a changé. Jaurès ne donne pas de solutions pratiques à tout. Mais il reste une référence, un inspirateur : nous l’avons bien entendu voici quelques semaines. Et il n’est pas inutile de revenir aux valeurs sur lesquelles il s’appuyait. Nos interprétations seront diverses, des discussions probables. Mais nous sommes certainement nombreux à espérer qu’une politique de gauche moderne, efficace et résolue puisse continuer à faire entendre et à renforcer l’autorité du message jaurésien. Une initiative comme celle de Gauche Avenir n’a pas d’autre ambition que d’y contribuer.

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27 juillet 2007 5 27 /07 /juillet /2007 10:36

Faites connaissance avec la superbe cité médiévale de 
Cordes sur ciel, dont Paul Quilès est le maire, en allant 
sur le site       
  

www.cordes-sur-ciel.org 

Cordes-au-printemps-3.jpg


Informez-vous sur la vie de la cité en cliquant sur 
www.cordes-sur-ciel.org/bulletin_cordes_infos_n48.pdf

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16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 17:51

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Première réussie pour Gauche Avenir 81 !

 

Belle réussite pour la première réunion de Gauche Avenir 81 : le vendredi 13 juillet, à Cordes-sur-Ciel, plus de 80 personnes avaient répondu à l’invitation à débattre autour de Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès, deux des premiers signataires de l’appel national de Gauche Avenir.

 

Au fil des interventions, plusieurs constats ont été faits. Après le troisième échec consécutif de la gauche à l’élection majeure qu’est l’élection présidentielle, c’est la question de l’identité de la gauche qui est posée.

 

En premier lieu, il y a ce sentiment d’effondrement chez beaucoup d’hommes et de femmes de gauche au lendemain de la défaite, avec des défections, des pertes de repères. Combien de gens sont aujourd’hui désorientés en voyant l’état du Parti socialiste, et au-delà, de la Gauche en général ? Alors que la droite est totalement décomplexée (Sarkozy, quoiqu’on en pense, est parvenu à lui rendre une certaine fierté), beaucoup à gauche ont tendance à baisser les bras. Face à ce sentiment, quelles idées pour la reconquête ?

 

Pour Marie-Noëlle Lienemann, la société française n’a pas basculé à droite : le mouvement contre le CPE et le résultat du référendum sur le Traité constitutionnel sont des témoignages du fait que la critique du libéralisme reste une donnée forte. Sur la question de l’alliance sociologique sur laquelle doit s’appuyer la Gauche pour la reconquête, elle propose de s’appuyer sur la réalité de ceux qui produisent (quels que soient leur statut) face à ceux qui vivent de la rente notamment.

 

Dans un monde en mutation, traversé par des tendances inédites (montée de la Chine et de l’Inde, problèmes du dumping social) et face à de nouveaux défis (questions autour de la souveraineté alimentaire, des matières premières, de la ressource en eau ou de la protection de l’environnement et de l’enjeu écologique), la Gauche doit se définir en se positionnant sur la défense des biens publics mondiaux.

 

Sur la question nationale et le modèle républicain, la Gauche doit redonner du sens au rôle de l’Etat et en ouvrant des pistes nouvelles (droit effectif au logement, service civique…).

 

D’autres questions ont également été abordées dans le débat, comme celle de l’organisation de la Gauche (« ça n’est pas dans le huis clos des partis que les difficultés vont se régler »), du pacte stratégique entre idéologie et projet, ou de la nécessaire diversité de la Gauche.

 

Au bout du compte, loin du discours convenu des partis politiques, deux heures d’écoute et d’échanges riches en contenu, auxquels ont pris part des élus (vice-Président communiste du Conseil Général, plusieurs maires et conseillères régionales), des syndicalistes, des militants et des citoyens désireux de redonner un avenir à la Gauche.

 

A la demande des participants à la rencontre, rendez-vous est pris pour une nouvelle réunion à la rentrée.

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Published by Paul Quilès - dans Gauche Avenir
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Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez