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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 11:35
Brexit: mes réponses à des questions

Ma récente analyse des conséquences du Brexit sur la position des Britanniques à l'égard de la dissuasion nucléaire a amené un de mes lecteurs à poser 3 questions.


Voici mes réponses:

 

1) La question nucléaire a été évacuée des attendus du Brexit

 

Bien entendu, ce sujet a été évacué des attendus du Brexit et pas seulement celui-ci ! On voit bien, dans la confusion qui a suivi le résultat du vote des Britanniques, que David Cameron (tout comme les promoteurs du Brexit) n’avaient pas conscience des risques, nombreux et divers, que cette décision faisait courir à leur pays et à l’Europe.

 

2) Paragraphe 4 "un certain prestige international": je reste sceptique, ne voyant pas pourquoi.

 

Si le Royaume-Uni décide d’abandonner sa  force de dissuasion, il pourra s’en servir comme une force politique, afin d’apparaître au plan  international comme une grande nation responsable et pour gagner en respectabilité.  Ce “prestige” lui serait conféré par le fait d’être la première nation nucléaire – autorisée par le TNP à avoir la bombe  -  qui décide de l’abandonner.

Londres ne pourra dans ces conditions que se rallier aux thèses développées dans différentes instances internationales  ayant trait aux  dangers et aux risques liés à ces armes. La Grande Bretagne sera alors fidèle à la formule de Margaret Beckett, ministre britannique des Affaires étrangères (25 juin 2007): "Pour ce qui est de susciter ce nouvel élan en faveur du désarmement nucléaire mondial, je veux que le Royaume-Uni soit au premier plan de la réflexion comme des actions à mener. Qu’il soit, pour ainsi dire, un laboratoire du désarmement"

 
3) Paragraphe 8 "impact diplomatique : pressions de plus en plus fortes de la part de pays opposés à l'armement nucléaire", à savoir?
 
La fin de la dissuasion nucléaire britannique aurait trois conséquences:
 
- D’abord, les gouvernements et organisations non gouvernementales favorables au désarmement nucléaire en Europe ne manqueraient pas de renouveler leurs pressions en faveur de gestes de la part de la France, dont le territoire resterait le seul en Europe sur lequel serait déployées des armes nucléaires. Cela se traduirait en particulier par des demandes d’abandon de la composante aéroportée, en parallèle de celui avec l’abandon des armes nucléaires tactiques américaines entreposées en Europe.
 
- Ensuite, la fin du nucléaire britannique mettrait fin aux espoirs de certains de pouvoir créer une “culture européenne” de la dissuasion.
 
- Enfin, il est probable qu’un débat serait lancé en France sur l’utilité de disposer d’une force de dissuasion alors qu’un allié, de puissance comparable, fonderait sa défense sur un système non-nucléaire.
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Published by Paul Quilès - dans Désarmement nucléaire
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26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 16:12
Brexit nucléaire ?

Beaucoup a été dit, écrit, commenté à propos de la décision de la majorité du peuple britannique de quitter l’Union Européenne. Il est par contre étrange que l’impact de cet évènement sur la force nucléaire de la Grande Bretagne n’ait pas encore été évoqué.

 

J’ai de la peine à imaginer que le Premier ministre David Cameron, instigateur imprudent du référendum, n’ait pas réfléchi à toutes les conséquences en série de ce vote négatif. C’est ainsi que l’indépendance de l’Ecosse, clairement revendiquée par la première ministre de l’Ecosse, Nicola Sturgeon (« le peuple écossais voit son avenir dans le cadre de l'Union européenne »), ne semble pas une hypothèse fantaisiste. En effet, dans le nouveau contexte, tout porte à croire que les Ecossais, qui ont voté non en septembre 2014 lors du premier référendum par peur d’une récession économique en cas d’indépendance, feront le choix contraire pour intégrer le marché économique européen.

 

Les Britanniques seraient alors dans l’obligation, dans les années qui suivront, de rapatrier leur arsenal nucléaire, actuellement basé à Faslane, à 40 Km de Glasgow. Le problème pour eux  est qu’ils ne disposent d’aucune base sous-marine nucléaire « de rechange ». Pour construire une telle base, il leur faudrait investir plusieurs dizaines de milliards de livres dans des travaux d’infrastructure. Le poids de ces dépenses, qui s’ajouteraient au programme de modernisation des armements nucléaires, estimé à 41 milliards de livres, serait insupportable pour le budget britannique.

 

Il n’est pas impossible, dans ces conditions, que se dégage une majorité politique en Grande Bretagne choisissant l’abandon progressif de l’arsenal nucléaire. Cette voie, qui ferait disparaître le pays de la scène des puissances nucléaires, lui permettrait de retrouver un certain prestige international.

 

Mais cet évènement pourrait également avoir une influence sur la posture nucléaire de la France, une France qui s’accroche au concept de dissuasion et envisage une modernisation coûteuse de ses forces nucléaires. De très nombreuses décisions doivent être prises en ce sens dans les prochaines années. Il est certain qu’une diminution - voire un arrêt - de la dissuasion nucléaire britannique aurait un triple impact sur la force de frappe française :

 

- impact budgétaire : la remise en cause du traité de coopération sur le programme de simulation des essais nucléaires (projet Epure, Traité de Lancaster House) entraînerait une nouvelle augmentation du coût et un net ralentissement de ce programme, qui a pour but de moderniser les futures ogives nucléaires.

 

- impact sur la crédibilité des ogives : la perte de savoir-faire et de maîtrise de la capacité scientifique qui en découlerait pourrait remettre en cause la sécurité et le fonctionnement des ogives nucléaires.

 

- impact diplomatique : devenant la seule puissance nucléaire au sein de l’Union Européenne, la France pourrait être l’objet de pressions politiques de plus en plus fortes de la part des pays opposés à l’armement nucléaire.

 

Les responsables politiques devront aussi tenir compte de l’évolution du contexte international, qui pourrait se traduire, dans quelques mois, par le vote à l’Assemblée générale des Nations-Unies d’une résolution lançant la négociation d’un traité d’interdiction des armes nucléaires.

 

Il est à souhaiter que cette situation nouvelle fasse réfléchir en France ceux qui s’arc- boutent sur des concepts anciens et qui refusent tout débat sur la pertinence de l’armement nucléaire.

 

Si j’avais été un électeur britannique, je n’aurais certainement pas voté pour le Brexit, malgré les nombreuses et graves insuffisances du fonctionnement actuel de l’Union européenne. Par contre, militant pour le désarmement nucléaire et analysant l’effet que pourrait avoir le Brexit sur le nucléaire militaire, j’ai tendance à reprendre le proverbe qui dit « A quelque chose malheur est bon » !

 

Paul Quilès

Ancien ministre de la défense

Président d'IDN

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 15:24
Visite au pays des sous-marins nucléaires

Invité il y a quelques jours par l'Université européenne de la paix à Brest, je suis intervenu sur le thème de la dissuasion nucléaire.

 

Cette rencontre, à deux pas de l'Ile Longue, base des SNLE (Sous-marins Nucléaires Lanceurs d'Engins), a été pour moi une occasion de redire la nécessité d'engager un vrai débat sur ce sujet majeur, trop souvent occulté en France, comme je l'explique fréquemment sur ce blog, dans les médias, avec le soutien de l'association IDN

 

Regarder le reportage de France 3 Bretagne (1'54)

 

Lire l'article du magazine "Le Peuple breton"

Visite au pays des sous-marins nucléaires
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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 11:27
Les « scoops de l’épouvante »

Cette excellente tribune de Hasna Hussein [1],

 dont j’approuve totalement. les termes,

a été publiée par Le Monde, sous le titre 

Terrorisme : assez avec les « scoops de l’épouvante »

 

Les experts médiatiques doivent cesser de reproduire sans critique, à la télévision, le matériau des djihadistes, faute de quoi ils ne font que s’en faire les porte-parole, avertit Hasna Hussein, sociologue des médias.

 

Un couple de fonctionnaires du ministère de l’intérieur, dont un policier, a été assassiné dans la nuit du lundi 13 au mardi 14 juin à leur domicile de Magnanville (Yvelines). Cet attentat a été perpétré au nom de l’organisation Etat islamique (EI) par Larossi Abballa, un individu condamné en 2013 pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes.

 

La couverture médiatique de ce double meurtre vient confirmer le rôle négatif joué par les médias audiovisuels et principalement par les chaînes d’information en continu, ainsi que par certains journalistes et « experts » du djihad en France dans le relais et le traitement de l’information.

 

Peu de temps après ces assassinats, ces « experts » se sont empressés de diffuser sur les réseaux sociaux des détails mis en ligne par l’auteur des crimes lui-même, contribuant ainsi à élargir de façon exponentielle l’assiette du public réceptif (l’auteur venait tout juste de créer son compte sur Twitter) de quelques dizaines ou de centaines de ses amis sur Facebook à plusieurs centaines de milliers.

 

Semer la terreur

 

Depuis, ces chaînes d’information et la presse diffusent ces détails qui ne font que répondre à l’objectif principal de ce genre d’attaque : semer la terreur au sein de la société française.

 

Ce n’est pas sur le fait de relayer l’information au sujet de l’assassinat du couple de Magnanville que nous mettons l’accent ici, mais sur le fait de livrer les détails morbides du modus operandi de l’individu, comme se sont plu à le faire certains observateurs, commentant le live Facebook utilisé par le criminel comme on commente un match de foot en direct.

 

Il est indigne de partager sur les réseaux sociaux des informations relatives à la mise en ligne de la vidéo de ces assassinats, comme par exemple des photos des victimes ou de l’auteur se mettant en scène sur un réseau social, de reprendre les détails du contenu de son message de revendication, de son appel au meurtre au nom du djihad, de ses interrogations sur le sort à réserver à l’enfant de 3 ans du couple assassiné ou d’autres menaces que cet individu a pu proférer.

 

Des détails qui ont été « likés », « retweetés », partagés ou repris par plusieurs centaines d’internautes, voire par plusieurs milliers, ainsi que par de nombreux médias audiovisuels et écrits français. Ces détails ont également suscité une forme de curiosité morbide chez d’autres internautes, confinant dans certains cas à la fascination, les incitant à retrouver le contenu original posté par l’assaillant.

 

Inversion des valeurs

 

Le scoop de l’épouvante recherché, grâce à la diffusion de ce genre d’information brutale, par certains « experts » du djihad, et par les médias les relayant, contribue à catalyser l’angoisse et la terreur des Français.

 

Dépourvus de tout esprit critique et éthique dans leur traitement de l’actualité du djihad, ces « experts » se posent en purs et simples relais de la parole belliqueuse à travers leurs comptes Facebook ou Twitter. Ils semblent ne rechercher que le scoop ou le buzz de leurs propres profils de réseaux sociaux, sans jamais apporter la plus-value des sciences humaines et sociales ou même d’un travail journalistique conscient et conséquent : le traitement critique.

 

Or, rapporter des faits n’est pas, en l’espèce, suffisant. Donner le matériau djihadiste brut sans déconstruire les soubassements de la propagande, ou sans aucune mise à distance, n’est ni professionnel ni responsable. On voudrait ici nous faire croire que, sur un tel sujet, la (prétendue) neutralité est souhaitable et que toute manifestation d’indignation ou de condamnation est déjà un manque d’objectivité. Inversion des valeurs…

 

Faire le récit du déroulé d’images du criminel après son acte, depuis le pavillon de ses victimes, ou bien les capter et les rediffuser, manque au plus élémentaire des devoirs éthique et déontologique.

 

Pas le moindre esprit critique

 

On peut aussi se demander si les relais médiatiques ayant diffusé en boucle des images d’un Abaaoud ou d’un Merah souriants face à la caméra n’ont pas contribué à une sorte d’« héroïsation » – fût-ce d’un héros négatif, pour reprendre l’expression de Farhad Khosrokhavar – de ces personnages qui, précisément, recherchaient cette exposition médiatique.

 

Le porte-parole de l’EI, Abou Mohammed Al-Adnani, a prononcé récemment un nouveau discours sur le thème « Ils tuent et se font tuer », appelant les sympathisants de son organisation terroriste à commettre des attentats pendant le mois sacré du ramadan.

 

L’enregistrement audio, qui a été diffusé par l’entreprise de production de l’EI, Al-Forqân, et mis en ligne depuis le début du mois de juin, est uniquement en langue arabe. Depuis, les « experts » du djihad se sont, encore une fois et dans un souci de faire croître leur notoriété, précipités sur les médias audiovisuels français pour reproduire le message, toujours sans le moindre esprit critique ! Ce moment où l’expert devient un porte-parole du porte-parole !

 

Le propagandiste du IIIe Reich, Joseph Goebbels, disait : « Nous ne parlons pas pour dire quelque chose, mais pour obtenir un certain effet. » Effet réussi quand des « experts », cherchant également à conserver un statut privilégié auprès de leur réseau d’informateurs, se gardent bien de les froisser en évitant soigneusement de démonter, de critiquer ou même d’analyser la propagande djihadiste.

 

Failles du système médiatique

 

Ces « experts » semblent faire tout pour ne pas susciter la colère de leurs centaines de contacts numériques sympathisants de l’EI. Dans le numéro 8 de son magazine francophone, Dar Al-Islam, paru en novembre 2015, l’EI prend la défense d’un « pauvre » « expert » malmené pour avoir affirmé, sur Twitter, la « force » et la légitimité « islamique » de l’EI.

 

Voilà comment les membres d’une organisation terroriste ou ses sympathisants, considérés comme idiots ou psychopathes, s’appuient ironiquement sur les failles du système médiatique contemporain, sur la course à l’info et à l’« expertise », tout autant que sur l’inconséquence analytique et critique de certains « experts », pour faire la promotion de leurs basses œuvres. Le pire est de faire passer cela pour de la neutralité ou de l’objectivité.


[1] Hasna Hussein est sociologue des médias, chercheuse associée à l’Observatoire des radicalisations (EHESS-FMSH, Paris) et au Centre Emile Durkheim (Bordeaux). Elle est également membre du conseil scientifique du Centre d’action et de lutte contre la radicalisation des individus (Capri).

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9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 07:24
L'OTAN fait-elle de la Russie son adversaire principal?

Tribune que j'ai signée

dans l'Humanité du 9 juin 2016

sous le titre "Avancer vers une solution politique durable"

 

Lire aussi mon intervention sur le site d'ELN:

"Planning for Warsaw, waiting for the next US President"

 

      Née pour combattre une menace soviétique qui avait disparu, l’OTAN s’est attribué en 2010 deux missions principales : la gestion des crises partout dans le monde et la constitution d’un réseau de partenariats avec de multiples pays, parfois lointains.

 

     Du point de vue militaire, la gestion des crises était au centre des préoccupations. L’OTAN s’est ainsi engagée dans une mission de « stabilisation » sur le théâtre afghan. Cette mission de combat, qui a mobilisé jusqu’à une centaine de milliers d’hommes, est aujourd’hui achevée, l’OTAN n’assurant plus qu’une mission d’entraînement et de soutien des forces afghanes.

 

     Le bilan de cet engagement est plus que médiocre : en l’absence de tout dialogue national sérieux, l’Afghanistan n’a pas retrouvé la paix ; ses perspectives de développement sont quasi-nulles ; sa dépendance à l’égard de l’économie de la drogue est considérable.

 

     Par ailleurs, ajoutant au malaise de l’OTAN, Obama avait annoncé dès 2011 un « pivot »  des priorités de la défense américaine vers l’Asie. C’est alors qu’est survenue au printemps 2014 la crise ukrainienne. Le soulagement était perceptible dans les états-majors de l’Alliance, qui pouvait se présenter à nouveau comme l’ultime protection, y compris nucléaire, de l’Europe contre la Russie. Les États-Unis annonçaient un certain renforcement de leur présence militaire européenne.

 

      Parallèlement, l’OTAN développait son rôle de soutien pour les opérations antiterroristes de ses membres, renforçant par là même la militarisation d’une lutte qui devrait au contraire faire d’abord appel aux ressources de la diplomatie, du renseignement et de la police. Elle poursuivait sa politique d’élargissement, avec l’ambition d’acquérir une hégémonie stratégique sur le continent européen.

 

     Il est à craindre que, lors du prochain sommet de l’OTAN à Varsovie, toutes ces tendances soient confirmées et amplifiées: accroissement des capacités de la Force de réaction rapide, consolidation des huit nouveaux états-majors à l’Est, déploiement de trois unités multinationales aux frontières polonaises, installation d’un site de défense antimissile en Pologne, adhésion du Monténégro pour montrer que « la porte reste ouverte » à d’autres…

 

      Ce n’est certainement pas de cette façon que l’OTAN facilitera le dialogue avec la Russie, qu’elle déclare pourtant souhaiter. Il ne suffit pas d’annoncer, comme le fait le Secrétaire général de l’OTAN, une reprise des travaux du Conseil OTAN-Russie. Encore faudrait-il donner une substance à ces travaux, par exemple dans le domaine de la défense antimissile et du désarmement nucléaire.

 

      Au-delà des décisions de l’OTAN, le dialogue entre Ukrainiens, Russes et Occidentaux, dans le cadre de l’OSCE, est par ailleurs essentiel. C’est la seule voie qui permettra d’avancer vers une solution politique durable.

 

Paul Quilès

Ancien ministre de la défense,

Président de l’association IDN

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 16:09

On s'en souvient, Cordes a été élu "Village préféré des Français" en 2014.

 

Deux ans plus tard, le magazine Détours en France vient d'éditer un numéro Hors Série qui présente les villages en compétition pour l'édition 2016.

 
On y lit aussi un reportage, accompagné de superbes photos du village préféré 2014: Cordes sur Ciel (voir ci-après).
 
Il y a 2 ans: Cordes village préféré des Français !
Il y a 2 ans: Cordes village préféré des Français !
Il y a 2 ans: Cordes village préféré des Français !
Il y a 2 ans: Cordes village préféré des Français !
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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 10:21
La dissuasion nucléaire, obstacle à la paix

Intervention de Paul Quilès au cours de cette rencontre internationale

 

"Un autre monde est (toujours) possible" 

 

 

Un grand dirigeant international a dit : « s’il n’y a pas eu de catastrophe nucléaire depuis les années 50, ce n’est pas en raison de l’intelligence des responsables politiques mais grâce à la chance ! » Si cela est vrai, il est terrible de penser que l’on a abandonné le sort de l’humanité et de la planète à la chance.

 

Cela peut encore être le cas aujourd’hui, car, 71 ans après les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, le risque nucléaire n’a pas disparu et la dissuasion nucléaire est un des principaux obstacles à l’instauration d’une paix durable dans le monde.

 

Je vais vous en donner 4 preuves et faire 2 propositions concernant la façon dont on pourrait sortir de la logique de la dissuasion nucléaire.

 

1) J’affirme que l’accumulation d’arsenaux nucléaires ayant une capacité démesurée de destruction est en elle-même une menace constante pour la paix.

 

Il existe actuellement plus de 16 000 armes nucléaires dans le monde ; environ 95 % de ces armes se trouvent dans les forces américaines et russes. Des centaines d’entre elles sont déployées dans le cadre de procédures d’alerte qui permettent le déclenchement en quelques minutes d’un tir d’une puissance démesurée, de 10 à 30 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima. Or on connaît aujourd’hui de nombreux exemples d’erreurs d’évaluation ou de défaillances des systèmes de détection qui auraient pu conduire à un échange catastrophique de tirs nucléaires.

 

À ces dangers d’accident nucléaire s’ajoutent ceux créés par l’actuelle situation géopolitique. Pendant toute la durée de la Guerre froide, le risque du tir par erreur a pu être conjuré malgré des situations de grande tension (pensons à la crise de Cuba en 1962).

 

Mais nous ne vivons plus à présent dans le monde bipolaire globalement stable de la Guerre froide. Dans la situation actuelle d’indétermination stratégique quant aux « lignes rouges » des protagonistes nucléaires, des affrontements directs entre ces protagonistes ne sont plus à exclure, par exemple en Crimée ou en mer de Chine.

 

Cette situation est d’autant plus dangereuse qu’on assiste à une tendance à l’accroissement de la précision des armes nucléaires. Les États-Unis développent actuellement, en particulier pour le théâtre européen, une bombe qu’ils qualifient de « première arme nucléaire guidée de précision ».

 

Compte tenu de la situation géostratégique actuelle, il est difficile de ne pas voir dans cette course à la précision des armes nucléaires l’acceptation d’une possible bataille nucléaire aux conséquences humanitaires et écologiques totalement catastrophiques ?

 

2) J’affirme que la dissuasion nucléaire établit entre les principales puissances une relation de défiance, qui rend plus difficile leur dialogue pour le maintien de la sécurité internationale.

 

Il ne peut pas y avoir de négociation sur les principaux différends internationaux sans implication des principales puissances nucléaires, ne serait-ce que parce que certaines de ces puissances sont aussi membres permanents du Conseil de sécurité.

 

Or, dans la situation actuelle d’impasse dans tous les domaines du désarmement nucléaire, les relations stratégiques entre les États-Unis, la Russie ou la Chine sont de plus en plus dominées par leur antagonisme nucléaire

 

Le dépassement de cet antagonisme passe donc par une relance du désarmement nucléaire. C’est essentiel pour permettre le retour à une coopération plus confiante, notamment au sein du Conseil de sécurité, afin de progresser dans le règlement des crises internationales les plus déstabilisantes, comme par exemple le conflit syrien.

 

3) J’affirme que la dissuasion nucléaire est une incitation à la prolifération.

 

En elle-même, la stratégie de dissuasion nucléaire constitue une incitation à sortir du régime de non-prolifération nucléaire. Les pays dotés de l’arme nucléaire déclarent fonder leur sécurité sur la possession de cette arme et proclament qu’elle est seule de nature à les protéger contre toute agression. Alors, comment s’étonner que d’autres cherchent à terme à se doter de la même garantie, compte tenu en particulier de la diffusion croissante des savoir-faire nucléaires dans le cadre civil ?

 

Le régime de non-prolifération apparaît à beaucoup de pays comme discriminatoire, puisque certains États (dotés de l’arme nucléaire) ont accès à des garanties de sécurité interdites aux autres. La légitimité du traité de non-prolifération (TNP) est donc fragile, comme le montre d’ailleurs l’échec de sa dernière conférence d’examen.

 

Il n’y aura donc de consolidation durable du régime de non-prolifération que si les pays nucléaires remplissent l’obligation de désarmement nucléaire inscrite à l’article VI du TNP. Dans le cas contraire, le régime de non-prolifération ne pourrait reposer en dernière analyse que sur la force et la contrainte, perspective à long terme illusoire.

 

4) J’affirme qu’il est inexact de prétendre qu’un monde sans armes nucléaires serait plus dangereux.

 

Certains experts qui bénéficient en France d’une audience privilégiée (cf. film France 5 « la France, le Président et la bombe ») estiment qu’il est impossible de « faire rentrer le génie nucléaire dans sa bouteille ». Ils affirment que, dans un régime d’interdiction de l’arme nucléaire, l’incitation à la fraude serait considérable en raison de l’avantage stratégique qu’obtiendrait un éventuel contrevenant. A cette objection je réponds que l’actuel régime de non-prolifération montre précisément qu’il est possible d’interdire l’accès à l’arme nucléaire aux pays qui ne la détiennent pas actuellement.

 

Des solutions techniques comme le perfectionnement des mécanismes de vérification de l’AIEA, l’interdiction de l’enrichissement national de l’uranium ou des obligations strictes de transparence peuvent considérablement renforcer ce régime.

 

Les détenteurs de fait de l’arme nucléaire (Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord) le sont en raison de circonstances historiques particulières et parce qu’ils bénéficient de la tolérance d’une ou plusieurs grandes puissances. Si ces puissances faisaient le choix du désarmement, elles ne pourraient que mettre un terme à cette tolérance, d’ailleurs considérée comme provisoire dans les textes pertinents de l’ONU.

 

Je considère que l’élimination des armes nucléaires fait partie des intérêts communs de l’humanité (au même titre que la lutte contre les effets du réchauffement climatique) et qu’il faut donc substituer à la logique de la dissuasion celle du désarmement et de la sécurité collective.

 

Il faut être conscient que les conséquences humanitaires et écologiques d’un seul tir nucléaire, nécessairement suivi d’autres en représailles, seraient catastrophiques. Le seul moyen de s’en prémunir de manière assurée est d’interdire l’arme nucléaire.

 

En effet, la simple possession de cette arme porte en elle le risque de son emploi, puisque la stratégie de dissuasion n’est supposée fonctionner qu’à condition que toutes les dispositions soient prises pour sa mise en œuvre sous faible préavis, y compris dans le contexte d’un échange de tirs nucléaires.

 

L’élimination des armes nucléaires est donc de l’intérêt de tous les peuples, dès lors qu’elle est réalisée sous un contrôle effectif et de manière progressive, en vue d’éviter toute déstabilisation stratégique.

 

Je voudrais également souligner que, dans le contexte stratégique actuel, l’arme nucléaire n’a aucune pertinence face aux crises : elle n’a pas dissuadé la Russie d’annexer la Crimée, pas plus qu’elle n’a dissuadé la Chine de militariser certains îlots contestés dans les eaux qui l’environnent, ni Daesh de mener des opérations terroristes.

 

Quant à l’efficacité de la « dissuasion élargie » qui est à la base de la doctrine militaire de l’OTAN, elle est plus que douteuse. C’est une stratégie qui n’a pour but que de rassurer des pays sur lesquels ne pèse pourtant aucune menace directe et immédiate.

                                                     

J’en viens à mes 2 propositions

 

1) L’intérêt bien compris des puissances nucléaires devrait être, plutôt que de se lancer dans des programmes de modernisation extrêmement coûteux, de négocier des accords de maîtrise de leurs armements, ce qui présenterait le double avantage de leur éviter des dépenses inutiles et de renforcer leur sécurité commune.

 

2) Concernant l’ensemble des pays, une démarche comme celle qu’ont engagée de nombreux Etats à l’ONU devrait conduire à mettre en place un régime d’interdiction de l’ensemble des armes de destruction massive qu’elles soient nucléaires, chimiques ou biologiques.

 

Un monde sans armes nucléaires serait un monde d’où seraient bannies certaines catégories particulières d’armes en raison de leurs caractéristiques inacceptables d’un point de vue humanitaire.

 

Ce régime d’interdiction devrait naturellement faire l’objet de règles et de procédures de vérification particulièrement strictes.

Il devrait être consolidé par des mécanismes renforcés de non-prolifération passant notamment par l’internationalisation du cycle du combustible.

Il ne pourrait enfin être instauré qu’au terme d’un processus progressif de désarmement, dont la relance est à présent devenue urgente, en ce qui concerne en particulier :

- l’interdiction complète des essais (le traité TICE n'est toujours pas ratifié par les Etats-Unis);

- l’interdiction de la production de matières fissiles à fins militaires;

- l’extension des zones dénucléarisées, notamment au Moyen-Orient.

 

C’est ainsi que pourraient être posés les jalons du passage progressif de la logique de dissuasion à une logique de sécurité collective, dans laquelle l’ensemble des États se coaliseraient pour maintenir et défendre, dans l’intérêt de l’humanité tout entière, les régimes d’interdiction de l’arme nucléaire et, plus généralement, de toutes les armes de destruction massive.

*****

Pour lutter contre l'indifférence qui entoure ce sujet (partis politiques, parlementaires, médias...), j'ai créé l'association IDN*, dont l'engagement rejoint celui de très nombreuses personnalités internationales ayant exercé de hautes fonctions..

 

* Voir le Comité de parrainage d'IDN

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 10:51
Pour les gastronomes!

Plus de détails sur le site du salon:

 

ICI

 

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Published by Paul Quilès - dans Cordes sur Ciel
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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 09:01
L'hypocrisie

     Si la visite de Barack Obama, premier président américain en exercice à se rendre sur le site d’Hiroshima, restera dans les livres d’histoire, ce ne sera malheureusement pas le cas de son discours…

     Certes, la compassion devant les victimes des bombardements atomiques a été forte, avec l’évocation des souffrances endurées par les  populations civiles, accompagnée de formules choc telles que la « mort tombée du ciel », « la lumière aveuglante », « le mur de feu ».

      Mais il est décevant d’entendre Barack Obama répéter qu’il sera difficile d’achever durant sa vie ce vœu d’un « monde sans armes nucléaires », laissant entendre que la modernisation des arsenaux est aujourd’hui un choix obligatoire…

     Nous aurions souhaité non seulement qu’il dise sa volonté d’un « monde sans armes nucléaires », mais surtout qu’il annonce les gestes politiques forts qu’il allait consacrer au cours des derniers mois de sa présidence.

    Le Président a appelé à une « révolution morale », sans remarquer que celle-ci s’est déjà manifestée: par exemple avec la création de « zones exemptes d’armes nucléaires » (Amérique latine et les Caraïbes, le Pacifique, l’Asie centrale, l’Afrique, l’Antarctique, la Mongolie, l’Asie du Sud-est), ou encore avec les intenses réunions à l’ONU qui montrent la volonté de nombreux Etats (plus d’une centaine) de vouloir mettre en œuvre un traité d’interdiction des armes nucléaires.

     Mais peut-être le Président Obama lançait-il cet appel en direction des dirigeants des puissances nucléaires…dont il fait partie!

     Cette journée pourra difficilement être qualifiée d’historique, puisque le prix Nobel de la paix n’a pas apporté de réponse concrétisant son engagement de Prague* de 2009 . Il n’aura fait que reprendre sa fameuse phrase pour l’adapter au contexte d’Hiroshima : « Nous connaissons la douleur de la guerre. Ayons le courage, ensemble, de répandre la paix et de construire un monde sans armes nucléaires »…

* Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009 : “J’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à bâtir un monde débarrassé des armes nucléaires.”

       Lu sur le site d'IDN

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Je viens de recevoir ce commentaire d'une amie:

"  Je souscris entièrement à ton analyse des propos d'Obama au Japon. "La Mort tombée du ciel"," la lumière aveuglante", "le mur de feu" et autres métaphores bibliques dont il a agrémenté son discours tendraient à accréditer le fait que cette bombe fut une espèce de châtiment de Dieu, or cette bombe est bien tombée d'un avion américain, qui n'a rien à voir avec le bras de Dieu. 

Cette rhétorique aux accents bibliques que beaucoup de commentateurs ont appréciée, a bâti un discours lyrique qui certes, poétiquement parlant, avait de la force, mais que vient faire la poésie dans la mort de centaines de milliers d'innocents? La décence eût été de parler de la folie des hommes et du danger nucléaire.

Amicalement

Annie Massacry, écrivain "

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 11:58
Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009 : "J’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à bâtir un monde débarrassé des armes nucléaires."

Barack Obama à Prague, le 5 avril 2009 : "J’affirme clairement et avec conviction l’engagement de l’Amérique à bâtir un monde débarrassé des armes nucléaires."

Obama hypocrite! 

A Hiroshima, pour cette visite "historique", on a eu droit de la part de Barack Obama à un discours convenu, à base de formules creuses, sans contenu pratique.

Quelle déception que cette attitude de l'ancien prix Nobel de la paix, récompensé après son discours prometteur de Prague en 2009, où il disait son attachement à l'objectif d'un monde sans armes nucléaires!

Ce n'est pas une raison pour baisser les bras et il faut continuer à expliquer, comme nous le faisons avec IDN , pourquoi ces armes représentent plus un danger qu'une sécurité.

Je vous recommande la lecture de cet article qui fait bien le point sur "l'enterrement de la belle ambition" de Barack Obama.
 
Il faut également lire cette analyse pertinente de deux physiciens américains du MIT sur le coût et la pertinence de la dissuasion nucléaire des Etats-Unis: "Moderniser la force de dissuasion américaine: à quel prix?"
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Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez