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27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 18:43
Vite, vite, des décisions courageuses et efficaces !

      Des avions français viennent de frapper un camp d’entraînement de l’EI en Syrie. Le Président de la République invoque la "légitime défense" pour justifier cette opération, qui contredit la position défendue par la France jusqu’ici. L’utilisation de cet argument, qui s'appuie sur l’article 51 de la Charte de de l’ONU, nécessitera une application complète des dispositions qu’il prévoit et notamment la mise en œuvre d’un plan approuvé par le Conseil de sécurité. J’y reviendrai.

 

      Article 51

Aucune disposition de la présente Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un Membre des Nations Unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Les mesures prises par des Membres dans l'exercice de ce droit de légitime défense sont immédiatement portées à la connaissance du Conseil de sécurité et n'affectent en rien le pouvoir et le devoir qu'a le Conseil, en vertu de la présente Charte, d'agir à tout moment de la manière qu'il juge nécessaire pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.

 

      Souvenons-nous de la situation en Syrie il y a 6 mois. Dans une tribune publiée le 2 mars par le Figaro et intitulée « Syrie: il est urgent d’agir pour éteindre l’incendie », après avoir analysé les forces en présence et proposé des "initiatives diplomatiques courageuses", je concluais par une mise en garde :

     

 « Aujourd’hui, notre adversaire principal, notre ennemi, c'est l’organisation de l’Etat islamique. Elle semble subir des revers. (…) Mais si nous laissions la Syrie dériver vers le chaos, nous pourrions lui rendre involontairement de nouvelles forces, au détriment de notre sécurité. » 

 

      Or, que constate-t-on depuis ? Beaucoup de proclamations, d’hésitations, de contradictions, de tergiversations, de revirements et, de façon concrète, une action militaire de bombardements aériens engagée par une coalition militaire autour des Etats-Unis.

 

      Le résultat se lit à travers la litanie effrayante des chiffres qui traduisent le martyre du peuple syrien et qui montrent l’augmentation du nombre de victimes, du nombre de populations déplacées à l’intérieur comme à l’extérieur de la Syrie, ainsi que la progression très nette de l’implantation de l’EI sur le territoire de la Syrie et de l’Irak.

 

      Pour bien prendre conscience de cette réalité, rien de mieux qu’une carte. Ce remarquable schéma interactif CLIQUEZ ICI. vous montrera que les bombardements (plus de 90% sont américains ; la France a procédé de son côté à 215 frappes en Irak), même s’ils infligent de lourdes pertes à l’EI, ne l’empêchent pas d’élargir son l’implantation.

 

      Par ailleurs, le fiasco du programme de 500 millions de dollars lancé par les Etats-Unis au début de l'année, pour former et équiper environ 5 000 rebelles par an pendant trois ans, est préoccupant. Il s’agissait de les préparer et de les équiper pour aller se battre en Syrie contre l’EI. Mais il n'a pour l'instant permis que de former deux groupes de 54 et 70 combattants, selon les chiffres du Pentagone. Devant le Sénat, le général Lloyd J. Austin a admis le 16 septembre que seuls "quatre ou cinq rebelles syriens combattaient de manière effective sur le terrain". De plus, le Pentagone avait affirmé que "toutes les armes et tous les équipements" remis à ces rebelles étaient sous leur contrôle… ce qui n’est plus tout à fait crédible.

 

     Espérons que les contacts prévus à partir de demain à l’ONU permettront de s’engager dans une voie plus sérieuse de définition d’un plan politico-militaire. Cela suppose une négociation entre les pays qui ont intérêt, à des titres divers, à mettre un terme à l’emprise et au développement de l’EI.

 

    Les évolutions de plusieurs pays (Russie, Iran, Arabie Saoudite notamment) indiquent qu’une telle solution est vraisemblable. L’option d’une vaste coopération militaire entre les pays occidentaux, la Russie et les puissances de la région peut donc être envisagée, pour autant que le récent déploiement russe ait pour seule mission de combattre l’EI et pas de sauver le régime syrien

 

      Cette coopération ne permettra d’envisager une sortie de conflit qu’à condition d’être accompagnée par un plan politique visant à la constitution en Syrie d’un gouvernement de transition disposant des pleins pouvoirs exécutifs et rassemblant toutes les forces politico-militaires, à l’exception de l’EI et des fractions radicales des combattants islamistes. Quant à Bachar el Assad, il ne devrait plus jouer, dans un premier temps, qu’un rôle marginal et symbolique, dans la perspective de son éloignement définitif du pouvoir.

 

      Cette hypothèse n’est pas nouvelle, puisque la conférence de Genève de juin 2012 parlait déjà de constituer en Syrie un « gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs » et que, dans une tribune publiée le 27 février 2015, Laurent Fabius et Philip Hammond (ministre britannique des affaires étrangères) ont admis que cet organe gouvernemental devrait comprendre "certaines structures du régime existant".

 

      Si l’on veut enfin traiter les causes des drames qui ensanglantent les pays du Moyen-Orient et qui commencent à affecter dangereusement les pays européens, il devient urgent de prendre vite des décisions courageuses et efficaces !

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 19:46
La nécessité d’une réaction ferme

      Demain, un jeune Saoudien de 21 ans, Ali Mohammed Al-Nimr devrait être "décapité, puis son corps attaché à une croix et laissé jusqu'à pourrissement"

 

      C’est ainsi que, dans ce pays aux mœurs médiévales, on traite un jeune, mis en prison alors qu'il n'avait que 17 ans, torturé et victime d’une mascarade de procès, parce qu’il a participé à une manifestation contre le régime et surtout parce qu’il est chiite et neveu d’un des opposants au régime.

 

      Ce triste épisode n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres de la conduite de l’Arabie Saoudite en matière de liberté religieuse et de droits de l’Homme et de la Femme. Fin août 2015, le nombre d’exécutions, le plus souvent barbares, se monte à 130 dans ce pays, c’est-à-dire plus que celles dont se rendent coupables les groupes terroristes.

 

      Il est insupportable que l’on apprenne dans le même temps que l'Arabie saoudite va diriger une instance stratégique du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Nommé discrètement en juin, Faisal bin Hassan Trad, ambassadeur de l’Arabie saoudite à l'Office des Nations unies à Genève, vient en effet de prendre la tête du panel du Conseil des droits de l'Homme. Oui, vous avez bien lu : "des droits de l’Homme" !!

 

      La diplomatie française a protesté, trop mollement selon moi, contre l’exécution du jeune Ali Mohammed. Je souhaite –et beaucoup de Français avec moi, très certainement- que les dirigeants du pays qui se présente comme "la patrie des Droits de l’Homme" interviennent avec plus de vigueur.

 

      Une déclaration ne suffira naturellement pas à changer rapidement les mœurs rétrogrades du régime saoudien, mais, puisqu’il paraît que nous avons des relations "amicales" avec ce client friand de nos avions militaires, ce serait bien de lui parler amicalement…..mais fermement !

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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 09:20
Débat sur le 2ème septennat de F.Mitterrand

Sur la chaîne parlementaire LCP, lundi 21 septembre

(rediffusion le 9 octobre)

-  20h30: documentaire

  "Présidentielle 1988 : l’élection des illusions perdues ?" :

"Entre le 24 avril et le 8 mai 1988, la France vit un entre-deux tours d’élection présidentielle entre François Mitterrand et Jacques Chirac. La théâtralisation ainsi que les enjeux de cette élection font de ce moment un point de tension et de bascule particulièrement aigu. Ce documentaire replonge dans ces 14 jours qui firent haleter le pays. Evènements étrangers ou nationaux, avidité du pouvoir, tous les éléments de l’Histoire récente de la France sont à l’œuvre dans ces deux semaines."

- 21h20: débat    

 "Mitterrand 88 : qu’a-t-il fait de sa victoire ?"

           Invités: -  Bernard Debré, député Les Républicains de Paris.

               -  Renaud Dely, journaliste à L’Obs.

             - Paul Quilès, ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Espace sous les gouvernements Rocard I et II, puis de l’Equipement, des Transports et de l’Espace sous le gouvernement Cresson et ministre de l’Intérieur sous le gouvernement Bérégovoy.

               - Arlette Chabot, journaliste.

Visionner le débat

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 15:09
Faut-il encore s’en indigner ?
Faut-il encore s’en indigner ?

      Ce matin, 554 députés étaient absents du débat et du vote en séance plénière  sur la vente des navires de guerre Mistral à la Russie. Sans me prononcer ici sur le fond du dossier (le texte a été voté par 13 voix pour, 8 voix contre et 2 abstentions), je constate à nouveau que tous les sujets importants ne mobilisent pas de la même façon la « représentation nationale ».

 

      Il suffisait d’observer l’état de l’hémicycle hier et avant-hier, à l’occasion des débats sur les réfugiés et sur la politique de la France à l’égard de la Syrie. Ces débats n’ont pas donné lieu à des votes (malheureusement), mais les médias et notamment la télévision étaient très présents…..et les députés aussi !

 

      Au cours des dernières années, c’est la 4ème fois que je constate avec tristesse cet absentéisme parlementaire, qui donne une image dévastatrice de la politique.

 

      Ainsi, le 15 janvier 2009, je m’indignais de voir que plus de 500 députés avaient « séché » le débat sur l’intervention israélienne à Gaza? LIRE

Extrait :  «  Le monde entier s'émeut de ces affrontements sanglants et de ces morts, que toutes les télévisions nous montrent presqu'en permanence; des manifestations se déroulent partout, y compris en France; l'ONU et les grandes puissances s'efforcent -avec plus ou moins d'efficacité- de trouver une issue à ce terrible conflit qui embrase à nouveau le Proche Orient; on s'inquiète de la montée des passions et des risques de "contagion" dans notre pays......et voici que 500 députés au moins considèrent qu'ils ont plus urgent et plus important à faire que d'être présents à ce débat! »

 

      Le 11 avril 2009, je constatais que la loi Hadopi avait été rejetée par 21 voix contre 15.   LIRE 

Extrait : « Alors que ce thème du piratage sur Internet passionne l’opinion publique, qu’il mobilise les débats dans les médias et sur le Web... 541 députés ont préféré vaquer à d’autres occupations, probablement plus importantes à leurs yeux. Où étaient donc jeudi ces 541 députés ? La réponse à cette question serait instructive et ferait certainement apparaître le peu de considération qu’ont les parlementaires eux-mêmes pour les tâches essentielles de leur fonction. »

 

      Le 4 mai 2010, je notais qu’il n'y avait qu’une vingtaine de députés en séance dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, à s’intéresser au débat, suivi d’un vote, sur le prêt à la Grèce. LIRE

 Extrait : « Seulement 20 sur 577 ! Probablement parce que les 557 autres pensaient qu’il s’agissait d’un "petit sujet" et que, de toute façon, ce que disent les députés importe peu….

"Petit sujet", il est vrai, que l’avenir d’un pays ami, membre de l’Union Européenne, étranglé par la spéculation internationale, à la suite de la gestion calamiteuse  d’un gouvernement de droite….

 "Petit sujet" que de savoir comment va réagir le peuple grec, à qui l’on administre une cure d’amaigrissement sans précédent ….

 "Petit sujet" que de s’interroger sur l’attitude de l’Europe devant pareil drame… »

 

      Il y a 15 ans, j’avais analysé (dans un livre écrit avec Ivan Levaï : « Les 577, des députés, pour quoi faire ? ») les raisons et les conséquences de ce que je considère comme un mauvais fonctionnement de nos institutions, préjudiciable à ce que devrait être notre démocratie et qui contribue à ce que nos concitoyens se détournent un peu plus de la vie politique et de ceux qui l’animent. J’avais formulé des propositions pour y remédier, afin que le Parlement ne soit pas une chambre d’enregistrement ou un théâtre d’ombres. La plupart d'entre elles sont encore malheureusement d’actualité.....

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 22:15
Traiter enfin les causes du désordre !Traiter enfin les causes du désordre !

       "Pendant combien de temps encore va-t-on tourner en rond?" C'est ce que je me disais ce matin en écoutant la radio. On y commentait abondamment l’annonce imminente de frappes françaises en Syrie et l’on affirmait doctement qu’il faudrait quand même s’intéresser aux causes du flux de réfugiés qui trouble tant l’Europe en ce moment.

 

      Que de temps perdu ! Que de tergiversations ! J’ose à peine rappeler ce que je ne cesse, avec d’autres, de répéter depuis des mois. Je n’ai rien à retirer à ce que j’écrivais le 2 mars dernier dans une tribune au titre très parlant -« Syrie: il est urgent d’agir pour éteindre l’incendie »et dans laquelle je m’inquiétais d’une passivité coupable susceptible de créer une situation dramatique, dont une des conséquences serait des mouvements de réfugiés de grande ampleur.

 

      Cette situation, nous y sommes….malheureusement. On n’en sortira pas avec des positionnements politiciens, des surenchères verbales et des approximations peu glorieuses. Le plus urgent est d’analyser lucidement les choses, en commençant par comprendre quelles sont les forces en présence et leurs objectifs (écouter ICI).

 

      Le sujet est complexe, parce que la plupart des intervenants ont eu (ou ont encore) des positions ambigües, voire contradictoires : la Turquie, les pétromonarchies du Golfe, l’Iran, la Russie, les Etats-Unis et même la France.

 

       Il est encore plus complexe si l’on veut bien se souvenir  des évènements qui ont contribué à la profondeur des drames que vivent actuellement les populations du Moyen- Orient. Sans remonter aux erreurs qu’ont commises les puissances occidentales à la suite de la seconde guerre mondiale (traité de Sèvres, puis de Lausanne), il suffit de citer quelques dates :

      - 1979 : invasion de l’Afghanistan par l’Armée Rouge, qui sera combattue par les Moudjahidines afghans et les Islamistes (Ben Laden), soutenus et financés par l’Arabie Saoudite, le Pakistan et les Etats-Unis.

     - 1983 : le Hezbollah, soutenu par l’Iran et la Syrie, chasse les forces américaines et françaises du Liban.

      -1989-89 : départ des forces soviétiques d’Afghanistan, qui prélude à la prise de pouvoir des talibans et au développement d’Al Qaïda.
      - 1990 : 1ère guerre du Golfe, suivie par le maintien des Américains en Arabie Saoudite, qu'utilise le Saoudien Ben Laden pour développer son réseau en encourageant le sentiment anti-américain et anti-occidental ; par ailleurs, la promesse faite aux Etats arabes par les USA de favoriser la création d’un Etat palestinien après la guerre n’est pas tenue…

      - années 90 : série d’attentats contre les intérêts américains, qui culmine avec la destruction des tours du World Trade Center le11 septembre 2001

    - 2001- 2014 : intervention internationale (ONU) en Afghanistan, puis maintien des forces américaines.

     - 2003- 2011 : intervention américaine en Irak et longue présence de forces militaires dans le pays, tout en soutenant un régime corrompu, inefficace et sectaire.

     - à partir de 2010: « printemps arabes », qui renversent la plupart des régimes autoritaires (sauf en Syrie).

     - 2011 : intervention internationale (ONU) en Libye, mais aucun suivi de la situation politique, qui tourne au chaos, cz dont profitent les Islamistes radicaux.

 

    Cette brève chronologie n’est naturellement pas exhaustive (voir à ce sujet plus de détails ICI et dans le rapport que j’ai présenté à l’Assemblée nationale le 12 décembre 2001). Elle montre quand même que les désordres du Moyen-Orient ont des origines multiples et que les Occidentaux, notamment les Américains, y ont pris toute leur part !

 

      Aujourd’hui, face à la nouvelle forme de la menace terroriste et devant les désastres qu’elle peut engendrer, il ne faut pas se tromper de diagnostic et de remèdeNous n’avons pas à nous impliquer directement dans le conflit entre Sunnites et Chiites, qui n’a d’ailleurs plus grand-chose à voir avec un affrontement religieux et qui a connu des formes diverses au cours des siècles. Par contre, nous devons désigner l’adversaire principal et nous donner les moyens de le combattre et de le réduire.

 

      Cette lutte prendra du temps et il serait naïf de croire que quelques frappes aériennes et une illusoire (et dangereuse) action au sol en Syrie, sous l’égide de pays occidentaux, permettraient de venir à bout de l’EI.

 

       La seule solution pour conjurer ces périls est de nature politico-militaire. Elle suppose une négociation entre les pays qui ont intérêt, à des titres divers, à mettre un terme à l’emprise et au développement de l’EI. Les évolutions de plusieurs de ces pays (Russie, Iran, Arabie Saoudite notamment) sur la scène internationale indiquent qu’une telle solution politico-militaire est vraisemblable.

 

      Quant à l’attitude à adopter à l’égard de Bachar el Assad, l’idée d’une transition politique semble faire son chemin. Il est heureux que ceux qui rejetaient cette perspective avec fermeté il n’y a pas longtemps semblent vouloir se faire plus discrets. Je n’oublie pas que la conférence de Genève de juin 2012 parlait déjà de constituer en Syrie un « gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs » et que, dans une tribune publiée le 27 février 2015, Laurent Fabius et Philip Hammond (ministre britannique des affaires étrangères) ont admis que cet organe gouvernemental devrait comprendre « certaines structures du régime existant ».

 

      Alors, vite, que les décideurs prennent les initiatives courageuses qui permettront enfin de traiter les causes des drames qui ensanglantent les pays du Moyen-Orient et qui commencent, sous d’autres formes, à affecter dangereusement les pays européens. 

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 15:21
Il ne suffit pas de s’émouvoir et de s’indigner !Il ne suffit pas de s’émouvoir et de s’indigner !

     Il y a 43 ans, la photo de la petite Vietnamienne de 9 ans, Kim Phuc, fuyant le bombardement au napalm d’un avion américain qui l’a gravement brûlée et a failli lui coûter la vie, a ému le monde entier. C’était le 8 juin 1972. Malheureusement, la guerre du Vietnam durera encore 3 ans et fera beaucoup d’autres victimes.

 

     La photo du petit Syrien échoué sur une plage turque il y a quelques jours est effectivement terrible et il est heureux qu’elle suscite de l’émotion et de l’indignation. Passons sur la polémique (inintéressante) autour de la question de l’opportunité de sa publication, pour réfléchir à la facheuse impression donnée par le soudain fracas médiatico-politique que l'on vient de découvrir le drame de ces réfugiés.

 

      Cela fait  des mois, et même des années, que l’on sait que, par dizaines de milliers, des hommes, des femmes et des enfants fuient l’horreur des massacres qui ensanglantent la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye et tant d’autres pays. Et, contrairement à une facilité de vocabulaire qui autorise à faire des sondages approximatifs qui se nourrissent de la peur de l’immigration (et qui la renforcent !), il ne s’agit pas de "migrants", mais bien, pour la plupart d’entre eux, de " réfugiés à la recherche d’un asile, comme il y en a eu tant dans l’Histoire.

 

     Qu’on se souvienne par exemple de l’accueil par la France de 140 000 Arméniens dans les années 1920 ou encore de la "Retirada", l'exode des réfugiés espagnols, lorsque, à partir de février 1939, plus de 450 000 Républicains franchirent la frontière franco-espagnole à la suite de la chute de la Seconde République espagnole, écrasée par le général Franco.

 

     Il est un peu triste que l’émotion médiatique semble être la seule façon de "réveiller les consciences", comme on l'entend dire depuis quelques jours. Ce réveil ne doit pas seulement concerner les solutions à apporter à des situations effectivement dramatiques. Il doit aussi amener les responsables politiques en France, en Europe et même à l’ONU à s'attaquer rapidement aux causes profondes de ces drames. Sinon, il faudra bientôt recommencer lorsque d’autres photos décriront d’autres drames épouvantables, comme ceux des milliers de suppliciés, victimes des dictatures et des groupes terroristes, qui, chaque jour, tuent, violent, torturent, massacrent, en toute impunité. Qu'on songe par exemple aux 276 adolescentes enlevées par Boko Haram au Nigéria il y a 500 jours et dont la situation tragique fait moins la Une des médias.

 

     En attendant, si la pression des associations et des mouvements citoyens fait bouger les décideurs politiques, le petit  Aylan ne sera pas mort pour rien !

Il ne suffit pas de s’émouvoir et de s’indigner !
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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 17:50
Les armes nucléaires, nées du péché, vouées à être interdites

 

      Dans cet excellent article, Marc Finaud (Conseiller Principal de Programme au Centre de Politique de Sécurité de Genève) retrace l'histoire du développement des armes nucléaires et montre combien le risque qu'elles représentent pour la planète dépasse de loin les avantages présumés de sécurité qu'elles apportent à quelques États possesseurs de ces armes.

 

**************

 

      Alors que la communauté internationale commémore la destruction de Hiroshima et Nagasaki par des bombes atomiques, il importe de rappeler qu’à l’origine de ces armes dévastatrices figure le régime nazi, l’un des pires de l’Histoire.

 

     Si la dissuasion nucléaire, en dépit de l’absence de preuve absolue, est créditée, au bénéfice du doute, d’avoir garanti la paix et la stabilité entre les deux superpuissances et leurs alliés au cours de la Guerre froide, la poursuite d’un tel équilibre de la  terreur n’est plus acceptable aujourd’hui par la majorité de nos sociétés, parce que les risques qu’il fait courir à la planète l’emportent sur les prétendus avantages qu’il confère à la sécurité de quelques possesseurs de l’arme nucléaire.

 

     La conscience collective associe communément la première arme nucléaire au Projet Manhattan  lancé en 1941 par le président américain Franklin D. Roosevelt. Cette mobilisation sans précédent de ressources scientifiques, industrielles et militaires fut en réalité la conséquence de la mise en garde solennelle adressée à Roosevelt en août 1939 par les scientifiques juifs allemands Leo Spitz (alias Szilard) et Albert Einstein à l’égard du projet nazi de mise au point d’une arme fonctionnant grâce à l’énergie nucléaire.

 

      Cette crainte avait été justifiée par les informations relatives aux succès des savants allemands dans la séparation de l’uranium publiées début 1939. Bien que le régime nazi n’ait jamais dédié à la recherche et au développement de l’arme nucléaire des ressources semblables à celles que les Etats-Unis lui consacreront en collaboration avec la Grande-Bretagne et le Canada, c’est bien l’Allemagne qui a réussi à produire de l’énergie nucléaire à l’automne 1944, quelque neuf mois avant les Américains.

 

      En effet, Hitler nourrissait l’espoir de mettre la main sur l’« arme miracle » qui renverserait l’avancée alliée en territoire allemand ou permettrait de lancer une riposte qui anéantirait les villes britanniques. Il expliqua dans sa tristement célèbre directive dite de la « terre brûlée » de mars 1945 : « Il se peut que nous soyons détruits, mais si c’est le cas, nous entraînerons avec nous un monde en flammes. » L’arme convoitée était décrite comme « d’un effet si puissant que toute vie humaine serait exterminée dans un rayon de trois ou quatre kilomètres autour du point d’impact. »

 

      L’avance gagnée par les Etats-Unis et l’effondrement de la machine de guerre nazie a sauvé le monde d’une bombe atomique nazie. Mais cet avantage a aussi permis aux Américains de choisir le Japon comme cible de leurs premières armes atomiques. La conséquence n’en fut pas réellement d’accélérer la capitulation du Japon, contrairement à la thèse officielle,  car Tokyo ne se résignera à cette capitulation qu’après l’entrée en guerre de l’Union soviétique contre le Japon et l’invasion de la Mandchourie. Certes, le président Truman entendait mettre un terme à la guerre le plus tôt possible, mais le bombardement du Japon devait principalement servir de test « grandeur nature » à la fois des armes à fission et à fusion et constituer une démonstration de force en direction de l’Union soviétique.

 

      Les Américains n’ont à aucun moment hésité devant des considérations morales ou juridiques quant au risque de causer des pertes civiles massives. Les bombardements conventionnels « stratégiques » et incendiaires sur l’Allemagne et le Japon avaient déjà provoqué la mort de centaines de milliers de civils, bien davantage que le nombre de victimes que causeront « Little Boy » et « Fat Man ». Certes, seulement deux bombes atomiques ont suffi au lieu de centaines de tonnes d’explosifs classiques, mais les effets de ces armes se sont révélés infiniment plus dévastateurs car la moitié des victimes non tuées immédiatement par la chaleur et le souffle de l’explosion ont succombé à des brûlures, à l’irradiation ou d’autres blessures aggravées par la maladie ou la malnutrition pendant plusieurs mois, sans mentionner l’accroissement de fausses couches, malformations de nourrissons, mortalité infantile ou cancers mortels durant de longues années.

 

     Aujourd’hui, sept décennies plus tard, avec neuf pays possesseurs d’armes nucléaires, en dépit de la réduction considérable du nombre d’armes par rapport au maximum atteint pendant la Guerre froide (environ  15 000 contre 70 000), la puissance destructrice des arsenaux nucléaires subsistants équivaut encore à 2 000 fois la puissance de feu totale utilisée au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Un seul sous-marin Trident américain est capable de lancer l’équivalent de 7 000 à 11 000 bombes de type Hiroshima !

 

      Heureusement, les doctrines militaires ont évolué parallèlement au droit international, rendant le ciblage délibéré de populations civiles illégal et inacceptable pour les nations civilisées. Toutefois, les pays possesseurs d’armes nucléaires estiment toujours que leur sécurité repose précisément sur la menace de telles pertes civiles massives. En menaçant même de recourir à l’emploi d’armes nucléaires en riposte à toute attaque, fût-elle conventionnelle – comme le font toujours plusieurs puissances nucléaires – les possesseurs d’armes nucléaires ne sont pas loin de les considérer comme des armes de terreur si l’on se réfère à la définition des actes de terrorisme proposée par Kofi Annan en 2005: « tout acte […] commis dans l’intention de causer la mort ou des blessures graves à des civils ou à des non-combattants, dans le dessein d’intimider une population ou de contraindre un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir un acte ou à s’abstenir de le faire. »

 

      C’est pour cette raison que les armes chimiques et biologiques ont été interdites et quasiment éliminées : après le Protocole de Genève de 1925, la Convention sur les armes biologiques de 1972 a reconnu dans son Préambule que «  la conscience de l'humanité réprouverait l'emploi de telles » armes, et la  Convention sur les armes chimiques de 1993 a exprimé la détermination d’exclure leur emploi « dans l'intérêt de l'humanité tout entière. ».

 

      De même, les mines terrestres anti-personnel ont été interdites par le Traité d’Ottawa de 1977 afin de « faire cesser les souffrances et les pertes en vies humaines causées par les mines antipersonnel qui tuent ou mutilent des centaines de personnes chaque semaine, pour la plupart des civils innocents et sans défense, en particulier des enfants. »

 

      La Convention d’Oslo de 2008 a également visé à « faire définitivement cesser les souffrances et les pertes en vies humaines causées par l’utilisation des armes à sous-munition. »

 

      Plus récemment, le Traité sur le Commerce des Armes a rappelé que « la grande majorité des personnes touchées par les conflits armés et la violence armée sont des civils et en particulier les femmes et les enfants » et s’est donné pour but de « réduire la souffrance humaine. »

 

     Ne serait-il pas paradoxal que les armes nucléaires, dotées de la puissance la plus dévastatrice et aptes à engendrer potentiellement des conséquences catastrophiques pour toute l’humanité, continuent à être exemptées de ce processus graduel d’interdiction et d’élimination ? La doctrine de la dissuasion nucléaire proclamée par la plupart des pays possesseurs considère précisément que tout agresseur serait dissuadé par les effets des armes nucléaires qui l’emporteraient sur tout avantage potentiellement retiré de l’agression. Mais cette doctrine ne repose que sur des suppositions, que certains comparent à des croyances religieuses. Si son succès était tellement garanti, pourquoi les puissances nucléaires investiraient-elles tant dans des capacités de riposte ou la défense antimissiles ?

 

     Certains affirment que, pendant toute la Guerre froide, les armes nucléaires ont assuré la paix et la stabilité entre les puissances nucléaires et leurs alliés. Mais il n’existe pas plus de preuve irréfutable de cette affirmation que de son contraire. Comme Noam Chomsky l’a noté en 2005 : « Si l’on met en relation le nombre d’actions étatiques étonnamment imprudentes et irresponsables, les accidents souvent répétés et terrifiants et la simple chance, on ne peut qu’en conclure qu’il est remarquable que nous ayons survécu à l’ère nucléaire jusqu’ici. » Dans le monde instable et incertain d’aujourd’hui, des conflits régionaux impliquant des pays possesseurs d’armes nucléaires pourraient connaître une escalade incontrôlée ; certains acteurs armés non étatiques puissants pourraient prendre le contrôle d’armes nucléaires ; même dans les pays avancés industriellement, scientifiquement ou militairement, des accidents ou catastrophes nucléaires sont toujours possibles comme à Tchernobyl ou Fukushima, mais aussi mettant en cause des armes nucléaires comme le montrent plusieurs rapports.

 

    De surcroît, la plupart des puissances nucléaires reconnaissent aujourd’hui que les principales menaces à leur sécurité proviennent de « groupes [terroristes] », d’« extrémistes violents », d’« Etats fragiles et affectés par des conflits [où] naissent et se propagent des maladies infectieuses, les armes illicites, les trafiquants des drogue ou les flots déstabilisants de réfugiés », les « faillites de gouvernance et la corruption endémique », le « danger de cyber-attaques perturbatrices voire destructrices », le « risque d’une nouvelle crise économique mondiale »  (extraits de la "Stratégie nationale de sécurité 2015 des Etats-Unis)

 

     . Laquelle de ces menaces peut-elle sérieusement être dissuadée par les armes nucléaires ? Même si l’on prend en considération la prolifération potentielle des armes de destruction massive, comment tout le régime de non-prolifération peut-il demeurer crédible et durable tant qu’il repose sur l’argument selon lequel les armes nucléaires sont légitimes pour quelques Etats privilégiés, afin de garantir leur sécurité mais trop dangereuses entre les mains d’autres Etats ?

 

      Le processus sur l’impact humanitaire des armes nucléaires lance à Oslo en 2013 et poursuivi au Mexique en 2014 puis à Vienne en 2015 a démontré sans équivoque que la vaste majorité des Etats  et des représentants de la société civile étaient déterminés à interdire l’arme nucléaires. Certes, un traité international se bornant à interdire les armes nucléaires (probablement en l’absence des pays possesseurs) ne conduira pas automatiquement ou rapidement à leur élimination. Il aura fallu près de 25 ans pour éliminer les armes chimiques après leur interdiction. Mais cette étape historique dans le développement des normes viendrait couronner l’édifice juridique construit depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et ouvrirait une nouvelle ère au cours de laquelle les possesseurs d’armes nucléaires subiraient la pression de la communauté internationale pour enfin négocier un véritable désarmement nucléaire, conformément à leur engagement aux termes de l’Article VI du Traité de Non-Prolifération. 

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 12:48
Adieu Claude

    La disparition de Claude Cabanes m’attriste. Même si nous avions eu de solides désaccords lorsqu’il défendait (sans nuance, à mon goût) la ligne officielle de son parti, nous avons fait un bout de chemin ensemble, dont j’ai gardé un souvenir fort.

 

     C’était en 2007 et la gauche se cherchait (déjà !) En créant le club Gauche Avenir, auquel il a activement contribué pendant plusieurs années, nous avons tenté de définir ce qui nous rendait "fiers d’être de gauche".

 

     La relecture de ce texte, publié en mai 2008, montre combien nous avons pensé pouvoir faire converger ceux qui considéraient que la défense des valeurs auxquelles nous étions attachés passait par le rassemblement des forces de gauche. Le climat politique actuel n’incite malheureusement pas à l’optimisme à cet égard.

 

     Adieu Claude. Je garderai un souvenir fort de l’enthousiasme et la chaleur de tes démonstrations, de ton goût pour le débat et la confrontation des idées. Ce n’est pas un hasard si nous nous sommes retrouvés pour rappeler fréquemment la pertinence du concept d’"évolution révolutionnaire"* si chère à Jean Jaurès.

 

__________________________________________________________________

* Dans le débat, très « chaud » à l’époque sur la façon de combattre le capitalisme et de faire triompher le socialisme –réforme ou révolution ?-, Jaurès reprenait la formule de Marx sur "l’évolution révolutionnaire", en la précisant : "elle consiste à introduire dans la société d’aujourd’hui des formes qui la dépassent et préparent la société nouvelle… "

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 09:57
Risque de conflit (suite)

       J'ai reçu ce commentaire très pertinent d'un lecteur de mon blog à la suite de la publication de ma tribune "D'inquiétants obstacles à la paix"

 

      Je pense utile de le publier ici, en remerciant son auteur pour ses remarques, qui complètent mon analyse sur certains points . 

 

***************

      Merci pour cette analyse géopolitique qui jette une lumière sur des déterminismes économiques à l’œuvre dans les tensions mondiales actuelles. A propos des nombreuses guerres « chaudes » lors de la guerre froide, je ne suis pas convaincu qu’il s’agissait seulement de conflagrations par procuration. A mon sens, de nombreux conflits avaient certes éclaté avec le soutien respectif de part et d’autre de l’Occident et du bloc dit communiste. Mais ceci n’était qu’un aspect des conflits dont les racines locales ne peuvent pas être occultées car déterminantes. A contrario, certaines guerres oubliées ont pu se dérouler sans le soutien manifeste, ou même dans l’indifférence de l’un ou l’autre des grands protagonistes que vous évoquez.

      A mon avis, les dirigeants américains ont voulu croire à la fable de la « fin de l’Histoire » du fait de la quasi-généralisation du modèle capitaliste libéral après la chute de l’URSS. Une victoire qu’ils considéraient comme leur fait. Obsédés par l’anticommunisme, ils analysaient les conflits essentiellement en termes d’affrontement idéologique entre l’Est et l’Ouest et non dans une perspective bien plus longue de luttes de libération nationale ou de conflits entre nations. La manière dont les responsables politiques américains envisageaient la guerre du Viêt-Nam en est une terrible démonstration. Dès la chute du mur de Berlin, des conflits éclataient dans les Balkans, au sein même de l’Europe, dans un déchainement de nationalismes longtemps contenus.

      De manière quasi-symétrique, les dirigeants de l’URSS considéraient d’abord les rivalités entre leur pays et les USA comme un conflit idéologique qui devait se terminer par la victoire du « socialisme », but ultime qui ne fit longtemps aucun doute pour eux.

      Notre réveil est douloureux : nous savons désormais que les rivalités entre nations demeurent le plus grand danger de destruction pour notre civilisation. Dans un monde rongé par les déséquilibres économiques et les injustices sociales, le risque est accru par la possession d’armes nucléaires et leur dissémination. Ces antagonismes sont longtemps artificiellement passés sur le compte de la concurrence entre modèles de société. 

      Ainsi, je ne suis pas sûr que Poutine ait besoin de se trouver un nouvel ennemi pour exacerber le nationalisme russe. Cet adversaire est tout désigné à travers la lutte pour la suprématie aux frontières de l’ex-URSS et même à l’intérieur de celle-ci comme c’est le cas en Ukraine.

     Oui, bien d’accord, le risque de conflit est réel. Il ne devrait pas être oublié car perçu comme moindre que d’autres grands problèmes, réels et préoccupants, tels que le terrorisme ou l’évolution climatique.

 

            Bernard Pradines                                          

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 10:24
D’inquiétants obstacles à la paixD’inquiétants obstacles à la paix

   Tribune de Paul Quilès publiée sur le site de Marianne

 

     Pendant 45 ans, les Etats-Unis ont dû partager leur hégémonie sur le monde avec l’Union soviétique. La méfiance mutuelle entre les deux Grands s’est traduite par ce que l’on a nommé la Guerre froide, mais aussi par de très nombreuses guerres "chaudes", qu’ils ont menées "par procuration" dans les parties de la planète qui n’étaient pas sous leur dépendance directe. Elle a également conduit à une coûteuse et dangereuse course aux armements, notamment nucléaires.

 

     Après la chute du Mur de Berlin, les Américains ont eu le sentiment, dans un premier temps, que leur leadership mondial n’était plus contesté, en tout cas pas par la Russie, désorganisée par la dislocation de l’URSS.

 

     Puis est venue la prise de conscience qu’une nouvelle puissance pourrait à terme les concurrencer : la Chine, avec son développement économique rapide, ses prétentions commerciales et financières au plan mondial, son affirmation d’une volonté expansionniste (y compris militaire) en Asie de l’Est.

 

     Ce contexte les a amenés à s’impliquer beaucoup plus dans cette partie du monde. Pour cela, il leur fallait dégager des moyens, en allégeant leur présence au Proche-Orient, source principale de leur approvisionnement pétrolier et région dans lequel ils avaient concentré depuis 60 ans beaucoup de moyens, militaires, humains, financiers. Cette évolution est encore plus marquée depuis la présidence de Barack Obama, dont la politique tranche avec les graves erreurs des Américains, qui ont parfois accentué durablement certaines crises (Irak).

 

     Le choix des Etats-Unis de se désengager du Proche Orient a été conforté par le développement important du gaz et du pétrole de schiste sur leur propre territoire, qui les a rendus quasiment autosuffisants sur le plan énergétique.

 

     L’intérêt qu’ils portent à cette partie du monde est pourtant loin d’avoir disparu, comme on le voit chaque jour au Moyen Orient, d’autant plus que l’Arabie Saoudite, mécontente du rôle joué par Barack Obama dans la conclusion de l’accord iranien, a décidé d’augmenter considérablement sa production de pétrole. L’effet à la baisse sur le prix des hydrocarbures a été immédiat et les Américains se trouvent aujourd’hui dans une situation délicate, avec leur industrie de pétrole de schiste en grande difficulté.

 

    Dans les préoccupations géostratégiques des Etats-Unis, l’Europe n’occupe plus la place prépondérante qui était la sienne lorsqu’ils la considéraient comme un enjeu capital dans leur rivalité avec l’URSS. Aujourd’hui, tout se passe comme s’ils avaient choisi de s’appuyer d’abord sur l’OTAN pour traiter des questions de sécurité susceptibles de se poser face à la Russie. Ils utilisent l’OTAN, où leur hégémonie est indiscutée, comme un démultiplicateur de puissance dans leur définition, conforme à leurs intérêts, des conditions de la sécurité européenne.

 

     Or, cette organisation est avant tout militaire[1] et l’aspect politique des tensions avec le Président russe ne semble pas beaucoup la préoccuper. A travers plusieurs évènements récents, relativement peu médiatisés, l’OTAN et la Russie semblent en fait se rejouer des scénarios de la Guerre froide, en donnant le sentiment qu’elles ont besoin de cette ambiance pour justifier leur existence. Vladimir Poutine est à la recherche d’un "vrai ennemi", de façon à exacerber le patriotisme russe, à justifier sa stratégie d’influence et à revenir sur les conséquences de ce qu’il faut bien appeler une défaite russe à l’issue de la Guerre froide (défaite largement causée par l’incapacité de Gorbatchev et de Eltsine à gérer la fin de l’URSS). L’OTAN, soulagée de ne plus avoir de déploiements lointains, qui se sont soldés par des échecs (Afghanistan, Libye), se retrouve sur son "cœur de métier", la défense d’un bloc occidental qu’elle envisage d’élargir indéfiniment, jusqu’à heurter de front les intérêts nationaux de la Russie.

 

     En termes de sécurité, l’intérêt de la France, comme celui de l’Europe et du reste du monde, est pourtant que tous les efforts soient entrepris sur le plan politique pour que puisse s’engager un processus de réduction des tensions avec la Russie. Tout doit être mis sur la table, les sujets d’inquiétude, les griefs de chaque partie: le projet américain de bouclier anti missile, les exercices militaires à dimension nucléaire, les mécanismes de communication de crise entre l’OTAN et la Russie, la situation militaire en Ukraine, la polémique autour du respect de l’accord de 1987 sur les « armes nucléaires intermédiaires » (les Américains reprochant aux Russes de développer un missile de croisière d’une portée interdite par l’accord ‑  entre 500 et 5500 km).

 

     Si une telle volonté ne se manifeste pas des deux côtés, les risques d’affrontement ne sont pas une vue de l’esprit. L’histoire des conflits enseigne quelles peuvent être les conséquences d’un climat de défiance mutuelle nourri par des griefs et des incompréhensions réciproques, dont les origines historiques sont parfois lointaines. Il suffit de penser à ce propos aux causes profondes de la Première Guerre mondiale.

 

    Un tel climat peut favoriser les enchaînements qui conduisent aux grandes déflagrations. Dans ce contexte, l’armement nucléaire est une source de danger indéniable: le maintien en alerte permanente d’arsenaux nucléaires toujours considérables au sein de forces qui ne cessent de simuler des combats au cœur même de l’Europe n’est pas pour rassurer.

 

Lire: "Pour réduire le risque d’affrontement militaire entre la Russie et l’OTAN"

Lire et écouter sur RFI"Des règles de bon voisinage entre Russie et Occidentaux?"

____________________________________________________________________

[1] Au passage, on peut se demander ce que le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN décidé par N. Sarkozy, alors Président de la République, a apporté à la France….

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- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

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- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez