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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 22:48
"La dissuasion, c'est moi!", dit l'inconnu de province

      Le documentaire « La France, le Président et la Bombe » diffusé le 22 mars sur une chaîne publique (France 5) peut être décrit comme un document de propagande sans nuance, avec des messages tronqués et des révélations surprenantes concernant la réalité de la responsabilité de la chaîne de commandement des forces nucléaires.

    Ce documentaire a été préparé avec le concours de spécialistes reconnus du monde de la défense et des médias et des plus hautes autorités politiques. Nul doute que celles-ci en ont été informées, si l’on en juge par les images tournées sur des sites stratégiques.

     Nous ne reviendrons pas sur les trop nombreuses contre-vérités (la paix avec la bombe, les sondages, l’Iran atomique,…) qui s’enchaînent dans ce documentaire. Par contre, nous souhaitons interpeller les autorités politiques au sujet d’une information apportée à la 42ème minute du film, qui semble casser le mythe du pouvoir nucléaire présidentiel.

A VOIR ET A LIRE  

  • Voir le film: ICI   
  • Retranscription (41’55 à 43’09)

- Général Bentegeat, Chef d’état-major particulier de J. Chirac 1999-2002, Chef d’état-major des armées 2002-2008 : « Il y a des procédures automatisées naturellement et extrêmement complexes, sécurisées, qui permettent de vérifier effectivement que c’est l’ordre du Président et qu’il n’y a pas d’ambigüité sur l’ordre donné ».

- Amiral Edouard Guillaud, Chef d’état-major particulier de J. Chirac et de N. Sarkozy (2006-2010), Chef d’état-major des armées (2010-2014) : « Toutes les procédures sont écrites, révisées, testées contres testées, on essaye régulièrement de les prendre en défaut ».

- Journaliste : « Reste l’hypothèse d’un président mort, kidnappé ou en incapacité. Que ce passerait-il, si cela arrivait en pleine crise internationale ? En principe, c’est le président du Sénat qui assure l’intérim et à défaut le gouvernement dans son ensemble. Mais en cas de guerre, des procédures spéciales sont prévues pour que l’ordre d’emploi de l’arme nucléaire puisse être dévolu en cas d’urgence. À l’époque du général de Gaulle, l’autorité allait au premier Ministre, puis [ce fut] au ministre de la Défense, puis à une personnalité dont l’identité était tenue secrète, peut-être en province ? Aujourd’hui les procédures ne sont sans doute pas très différentes, en tout cas le président peut désigner qui il veut ».

 

DECRYPTAGE 

     Le documentaire - par les voix de hauts gradés - explique très clairement que les procédures de transmission des ordres de l’utilisation des armes nucléaires (par la Force aérienne stratégique ou la Force océanique stratégique) ne peuvent émaner que du Président de la République. Tout est fait pour qu’il n’y ait aucune « ambigüité sur l’ordre donné ».

      Puis, deux scénarios, impliquant deux décisions différentes, sont indiqués :

  • Scénario N°1 : « un président mort, kidnappé ou en incapacité en pleine crise internationale. (…) C’est alors le Président du Sénat qui assure l’intérim et, à défaut, le gouvernement dans son ensemble ».
  • Très bien, cela respecte l’article 7 de la Constitution de la Ve République. Ce fut le cas en 1969 et 1974 : le Président du Sénat, Alain Poher, a assuré l’intérim à la suite de la démission de Charles de Gaulle du 28 avril au 20 juin 1969, date de l’élection à la présidence de Georges Pompidou puis à la suite du décès de ce dernier, du 2 avril au 27 mai, date de l’élection à la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.
  • Scénario N°2 : « en cas de guerre, des procédures spéciales sont prévues pour que l’ordre d’emploi de l’arme nucléaire puisse être dévolu en cas d’urgence ».

     S’agit-il encore, comme dans le scénario N°1, de l’hypothèse d’un président mort, kidnappé ou en incapacité ? On ne comprend pas pourquoi, tout d’un coup, « le Président du Sénat qui assure l’intérim et, à défaut, le gouvernement dans son ensemble » voient leur autorité disparaître au profit d’un parfait « inconnu de province » qui disposera de la capacité d’ordonner l’utilisation de nos missiles nucléaires !

     Dans ce scénario N°2, un inconnu résidant en province (!) - non élu par les citoyens et donc sans aucune légitimité - dispose en permanence d’un moyen (en cas d’incapacité du président) de donner l’ordre de déclenchement du feu nucléaire.

    Si cette hypothèse est vraie, c’est la crédibilité politique du Président qui est gravement atteinte. De plus, si cet « inconnu » est un militaire, cela pose la question de la supériorité du pouvoir militaire sur le pouvoir politique.

     Si les propos tenus sont inexacts, on peut s’étonner du passage sur une chaine publique de ce documentaire financé par de l’argent public et avalisé par des autorités et des personnes dont la compétence est habituellement reconnue.

     Une des raisons fortes qui poussa le Général de Gaulle à organiser un référendum (28 octobre 1962), pour faire adopter l’élection présidentielle au suffrage universel direct, fut qu’il souhaitait  donner au Président la légitimité pour « appuyer sur le bouton nucléaire ». Pierre Messmer justifia ainsi ce modèle électoral : « le chef de l’Etat a seul l’emploi de la force nucléaire stratégique. La conséquence dans un régime démocratique est que le chef de l’Etat doit être l’élu de toute la Nation, qu’il peut plonger dans de terribles épreuves ».

     Pour disposer de cette force, il doit donc avoir le consentement d’une majorité de la population, qui lui confère ce droit de vie ou de mort. Il est d’ailleurs significatif que, dans ce même documentaire, on affirme qu’on serait passé d’une monarchie symbolisée par le sacre du roi à Reins, à une monarchie nucléaire symbolisée par la transmission des codes de lancement, au moment de la prise de fonction du nouveau Président.

LES TEXTES 

     Les affirmations répétées -« le Président est le seul à donner l’ordre ultime », « la dissuasion c’est moi » (F. Mitterrand)- trouvent  leur fondement dans des textes juridiques et des sources non juridiques:

  • Les textes de loi : 

     - Le décret 64-46 du 14 janvier 1964, « relatif aux forces aériennes stratégiques » fixe initialement la compétence du chef de l’Etat de donner l’ordre d’engagement des forces nucléaires.

    - Le décret 96-520 du 12 juin 1996 « portant détermination des responsabilités concernant les forces nucléaires », abroge le précédant décret. Il a été codifié dans le code de la défense dans les articles R*1411-1 à R*1411-6 sous la section « préparation et mise en œuvre des forces nucléaires ». S’il est peu « prolixe sur la compétence propre du chef de l’Etat d’ordonner le feu nucléaire » comme le souligne les juristes F. Baude et F. Vallée[i], ces deux articles fixent clairement cette autorité nucléaire au Président :

  • R*1411-1, C : « La mission, la composition et les conditions d’engagement des forces nucléaires font l’objet de décisions arrêtées en Conseil de défense et de sécurité nationale ». Celui qui préside ce Conseil de défense et de sécurité est le Président. Par conséquent, de manière implicite, il est bien désigné comme le responsable « des conditions d’engagement ».
  • R*1411-5, C : « Le chef d’état major des armées est chargé de faire exécuter les opérations nécessaires à la mise en œuvre des forces nucléaires. Il s’assure de l’exécution de l’ordre d’engagement donné par le Président de la République ».
  • Les textes politiques (liste non-exhaustive): 

     - Discours du Président Hollande, 19 février 2015 : « Je vous l'ai dit, c'est ma responsabilité en tant que Président de la République, en tant que chef des Armées. En la matière, comme l'avait dit le président François Mitterrand, le chef de l'Etat est le premier citoyen en France à avoir son mot à dire et à décider. C'est la responsabilité suprême du Président de la République d'apprécier en permanence la nature de nos intérêts vitaux et les atteintes qui pourraient y être portées ».

     - Discours du Président Sarkozy, 21 mars 2008 : « Mon premier devoir en tant que chef de l’État et chef des armées, est de veiller à ce qu’en toutes circonstances la France, son territoire, son peuple, ses institutions républicaines, soient en sécurité. Et qu’en toutes circonstances, notre indépendance nationale et notre autonomie de décision soient préservées. La dissuasion nucléaire en est la garantie ultime. Prendre la mesure de cette réalité, c’est la lourde responsabilité de tout Président de la République ».

  - Discours du Président Chirac, 19 janvier 2006 : « C'est la responsabilité du chef de l'Etat d'apprécier, en permanence, la limite de nos intérêts vitaux. L'incertitude de cette limite est consubstantielle à la doctrine de dissuasion. […] Il appartiendrait au Président de la République d'apprécier l'ampleur et les conséquences potentielles d'une agression, d'une menace ou d'un chantage insupportables à l'encontre de ces intérêts. Cette analyse pourrait, le cas échéant, conduire à considérer qu'ils entrent dans le champ de nos intérêts vitaux.» 

    - Livre Blanc 2013 : « L’exercice de la dissuasion nucléaire est de la responsabilité du Président de la République ».

   - Livre Blanc 2008 : « La crédibilité de la dissuasion repose également sur la garantie donnée au Président de la République qu’il peut, à tout moment, donner des ordres aux forces nucléaires ».

    - Livre Blanc 1994 : « La crédibilité de notre posture dissuasive repose sur la disposition de moyens suffisamment souples et diversifiés, offrant, le moment venu, des options différenciées au Chef de l’Etat ». 

CONCLUSION 

      Ce que révèle ce documentaire - si les affirmations qu’il contient ne sont pas démenties- porte une atteinte grave au principe démocratique qui fonde notre Etat et qui le distingue des Etats fantoches.

     Si ces affirmations sont fausses, le fait qu’elles aient été diffusées sur une chaîne de service public est préoccupant et illustre le peu d’intérêt qui est porté à un sujet majeur qui touche à la défense de notre pays.

    Une clarification officielle du Président de la République et du Président du Sénat s’impose. 

 

Cette analyse a été réalisée par l'association IDN (Initiatives pour le Désarmement Nucléaire)

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[i] F. Baude, F. Vallée, « Droit de la défense », Paris, Ellipses, 2012

Article du Canard Enchaîné du 23 Mars

Article du Canard Enchaîné du 23 Mars

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 18:20
La République, aujourd'hui et demain
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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 15:43
Une révélation surprenante et inquiétante
Une révélation surprenante et inquiétante
Une révélation surprenante et inquiétante

             La chaîne publique France 5 s’apprête à diffuser mardi 22 mars, à une heure de grande écoute un film consacré à la dissuasion nucléaire française, intitulé "La France, le Président et la Bombe". Ce film contient une révélation surprenante et inquiétante concernant le cas d’empêchement du Président de la République de donner l’ordre d’une frappe nucléaire.

 

            Le documentaire explique en effet (42 à 43ème minute- visionner) qu’en cas de guerre et d’empêchement du Président de la République, l’ordre de tir nucléaire serait dévolu à un individu désigné secrètement par le Président et "sans doute situé en province". Ceci sans tenir compte des procédures de dévolution prévues par la Constitution.

 

            Ainsi, un individu, homme ou femme, pourrait se voir attribuer du jour au lendemain le pouvoir de donner la mort à des millions de personnes sans aucune légitimité constitutionnelle !

 

          Si cette information est exacte, elle nécessite des éclaircissements et des explications publiques. Si elle est fausse, elle discrédite un document censé informer les Français.

 

        Alors que l’on insiste sur la charge symbolique attachée à la dissuasion nucléaire et sur la lourde responsabilité du Président dans le déclenchement éventuel de l’apocalypse nucléaire, on ne peut que s’étonner sinon s’indigner devant tant de légèreté et de mépris pour l’opinion et la sécurité des Français.

    

         Cet incident souligne la nécessité d’un véritable débat ouvert sur la dissuasion nucléaire française.

 

       * Voir la vidéo de ce film  , qui est déjà en ligne

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        La traduction de ce texte en anglais  se trouve ICI

Une révélation surprenante et inquiétanteUne révélation surprenante et inquiétante
ww.idn-france.org

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 12:41
Jumelage Cordes sur Ciel-Kourou

Communiqué de presse

 

     La convention de jumelage entre Cordes sur Ciel et Kourou a été signée officiellement le 8 mars par Paul Quilès et François Ringuet, maire de Kourou. Cette signature a eu lieu au cours du déplacement en Guyane d’une délégation du Conseil municipal de Cordes composée du maire, Paul Quilès et de deux élues, Annie Dégardin et Marie-France  Gallais- Salingardes.

 

    Le jumelage entre Kourou et Cordes sur Ciel trouve son origine dans l’intérêt porté à l’espace par le maire de Cordes, qui fut ministre de l’espace de 1988 à 1992, alors que la politique spatiale prenait son essor. Plus tard, c’est lui qui, ministre de l’intérieur, signa le décret de changement de nom de Cordes, en validant l’appellation « Cordes sur Ciel ». Il est aussi à l’origine de l’évènement « le Ciel sur Cordes », organisé chaque année fin juillet dans le cadre historique et médiéval du village, avec le soutien du CNES et d’autres acteurs du monde spatial.

 

    Le jumelage contribuera au rayonnement de l’actualité spatiale et des cultures réciproques des régions de Guyane et de Languedoc Roussillon- Midi-Pyrénées.

 

   Les premières concrétisations du jumelage passeront par les établissements scolaires, qui favoriseront les échanges entre élèves.

 

    Une délégation de Kourou doit participer au Salon du livre de cuisine de Cordes sur Ciel les 4 et 5 juin prochains. A cette occasion, une démonstration de cuisine d’Amérique du Sud sera proposée.

 

    Au cours de son déplacement en Guyane, la délégation a pu assister, à l’invitation du Président du CNES, Jean-Yves Le Gall et en présence de Thierry Mandon, secrétaire d’Etat à la recherche, au lancement réussi d’une fusée Ariane 5 à partir du Centre Spatial Guyanais. Il est à noter que le satellite mis en orbite à cette occasion (EUTELSAT 65 West A) est destiné notamment à faciliter la transmission des émissions de télévision à partir du Brésil, lors des prochains Jeux Olympiques de Rio.

Jumelage Cordes sur Ciel-Kourou
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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 19:57
Le nucléaire dans les années 80

Je suis intervenu pendant quelques minutes lors du colloque organisé à l'Assemblée Nationale le 21 janvier 2016, à l'occasion du 20ème anniversaire de la mort de François Mitterrand.

 

Une occasion pour moi de revenir sur quelques souvenirs personnels à propos de la dissuasion nucléaire: ce qu'en disaient Reagan, Gorbatchev, Thatcher, Mitterrand; la réalité du lobby militaro-industriel.....

 

Le nucléaire dans les années 80Le nucléaire dans les années 80
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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 15:17
Conférence sur le Moyen-Orient

          L'objet de cette réunion est d'essayer de comprendre:

 

 - les origines, lointaines et récentes, de l'imbroglio actuel;

 

- les stratégies, souvent complexes et même contradictoires des forces en présence (voir l'infographie ci-après, extraite d'un dossier du Monde);

 

- les conséquences des crises qui ravagent le Moyen-Orient;

 

- les chances de parvenir à une situation plus apaisée.

Conférence sur le Moyen-Orient
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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 12:22
Elections en Irlande : un échec à méditer

      Les élections irlandaises du 26 février étaient une épreuve électorale pour les politiques imposées par les autorités européennes à partir de 2010 à ce pays comme à une grande partie de la zone euro.

 

     Ce test pour le gouvernement sortant du premier ministre Enda Kenny s’est traduit par un échec cuisant. Il donne l’occasion au journaliste Romaric Godin de tirer 3 leçons en direction  des dirigeants européens et de la social-démocratie européenne.

 

      A méditer….y compris en France.

 

Lire l’article de La Tribune

 

Résumé

 

1ère leçon: la croissance du PIB ne suffit pas pour effacer les effets néfastes de l'austérité et de certaines réformes.

En effet, la prospérité qu’elle engendre est très inégale. Elle repose sur l'abaissement du coût du travail, avec une précarisation et des salaires faibles pour les plus fragiles, mais aussi des transferts sociaux réduits et des services publics dégradés.

 

2ème leçon: la destruction des systèmes politiques.

En abandonnant l'idée de proposer de vraies réponses alternatives pour être capables de retrouver de l'utilité en imposant leurs vues à la zone euro, les partis ont perdu leur capacité de mobilisation. L'électorat est désorienté, parce qu’il n’a plus le choix qu'entre voter pour des formations qui conduisent la même politique ou céder à la tentation des extrêmes et du populisme.

 

3ème leçon: une réflexion pour la social-démocratie européenne.

Le Labour, enfermé dans une logique d'absence d'alternative, est devenu le parti TINA (selon la formule de Margaret Thatcher : « There Is No Alternative »). Au lieu d’apparaître comme une alternative au centre-droit, il est devenu son bras armé et il est considéré comme un parti d'opportunistes sans foi ni loi, inutile politiquement. 

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 10:37
 Renouveler la politique étrangère de la France

Tribune de Paul Quilès publiée par l'Humanité du 1er mars 2016

sous le titre "Nous entrons dans une période nouvelle"

 

 

      Comme ses prédécesseurs, François Hollande s’est engagé à suivre une politique étrangère de paix en mettant l’accent sur le développement durable et la sécurité, qui sont deux des principales conditions structurelles de la paix.

 

     En septembre 2015, il a ainsi annoncé à la tribune de l’ONU une augmentation de l’aide française au développement de 4 milliards d’euros en 2020. En décembre 2015, le Sommet de Paris a posé les bases d’une action solidaire pour combattre le dérèglement climatique, nouvelle et grave menace pour la sécurité internationale.

 

      La France a par ailleurs conduit avec succès des actions militaires de stabilisation en Afrique ; elle joue un rôle important dans l’endiguement du terrorisme au Sahel et contribue à la lutte contre le prétendu « État islamique ». En Europe, François Hollande a su mettre en place un cadre adapté* pour le règlement de la crise ukrainienne, qui réunit les chefs des exécutifs français, allemand, ukrainien et russe. Ce cadre de négociation a permis la conclusion en février 2015 des accords de Minsk II, qui offrent la seule perspective juste et réaliste de retour à la paix (autonomie des régions d’Ukraine de l’Est, contre un rétablissement plein et entier de la souveraineté ukrainienne).

 

      Si l’on excepte le succès récent de la COP 21, la diplomatie française manque de visibilité, son message de paix est peu ou mal entendu.

 

      Pour surmonter cette relative marginalisation, il paraît nécessaire d’opter résolument pour une « diplomatie de mouvement ». D’abord en prenant acte, au-delà même du terrain économique, de la réintégration de l’Iran dans la communauté des nations, dès lors qu’il respecte ses engagements. De même, pourquoi n’envisager aucune évolution dans notre rapport à la Russie, au moment où les blocages dans l’application de Minsk II se font surtout sentir du côté ukrainien ? Enfin est-il réaliste de persister à demander le départ immédiat d’Assad au lieu d’envisager son éloignement comme le résultat d’un processus politique inclusif, dans le cadre d’un retour progressif à la stabilité** ? Dans cette crise également, une relation plus confiante avec la Russie renforcerait les chances de la paix.

 

      Notre politique étrangère ne peut pas se résumer aux consensus élaborés au sein de la communauté euro-atlantique ou de l’Union européenne. La France doit  savoir faire entendre une voix spécifique au service de la paix. Elle a parfois eu tendance à affirmer sa singularité dans la surenchère, comme on l’a vu à propos du programme nucléaire iranien ou de la riposte aux crimes d’Assad. Elle pourrait le faire de manière plus constructive, par exemple pour la reconnaissance de la Palestine comme État ou pour la construction d’une nouvelle architecture de sécurité européenne.

 

      Enfin, la France doit savoir définitivement s’affranchir des postures du passé. La stratégie de dissuasion ne peut plus être l’alpha et l’oméga de sa sécurité. Après l’échec inquiétant de la dernière conférence d’examen du TNP, elle devrait adresser au monde un message de désarmement. François Hollande a annoncé vouloir enfin relancer les négociations pour un traité d’interdiction des matières fissiles à usage militaire. Il a présenté un projet de traité à cet effet. Pourquoi ne pas avoir imaginé d’autres actions dans le prolongement de cette démarche, comme un moratoire sur les modernisations d’armes nucléaires ?

 

     Nous entrons dans une période nouvelle, bien différente de celle de l’immédiat après-Guerre froide. Le terrorisme, la multiplication des États en crise, les conduites agressives, les tentations de prolifération, l’insuffisance manifeste des organisations internationales font naître de nouveaux dangers. La politique étrangère doit se renouveler profondément pour y faire face.

 

Paul Quilès

Ancien ministre de la défense

Ancien président de la Commission de la défense de l’Assemblée Nationale

Président d’IDN

 

 

* Ce cadre de négociation est connu sous le nom de « format Normandie »

 

** Selon les termes du « groupe d’action sur la Syrie », réuni à Genève en juin 2012, sous l’égide de l’ONU.

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 17:00
EDF : la fin de l’Etat dans l’Etat ?

   Je vous recommande la lecture de cette tribune très pertinente de Benjamin Dessus, Président de l'association "Global Chance", dans laquelle il traite de la situation d'EDF et des contradictions préoccupantes entre certaines annonces et les engagements de la "transition énergétique".

 

**************

       "La découverte récente des difficultés d’EDF avec la chute de la valeur de ses actions - de 85,50 € le 22 novembre 2007 à 10,90 € le 18 février dernier (une perte de valeur de 157 milliards d'euros de 2016 pour l’Etat actionnaire) - et les craintes suscitées pour l’avenir par le mur d’investissement à réaliser pour engager la politique que son président a présentée le 16 février suscitent évidemment de nombreux commentaires.

       Dans son éditorial du 17 février, le quotidien Le Monde y voit « la fin d’une époque où EDF et son armée d’ingénieurs du nucléaire, véritable Etat dans l’Etat, dictaient aux gouvernements la politique de la France ». On pourrait s’en réjouir pour la démocratie si les circonstances n’étaient pas si graves pour le service public et les finances de l’Etat, et si, au moins, c’était tout à fait exact."  (....)

 

                                                                                     Lire la tribune

 

Lire aussi: " la combine d'EDF pour sauver son parc"

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 22:15
Une belle école

     J'aime beaucoup cette récente photo de notre école intercommunale, située au pied de la cité médiévale de Cordes sur Ciel et dont le mur extérieur est décoré par la fresque que viennent de peindre les élèves.

 

      La Communauté de communes que je préside est fière de cette belle école, remarquable par son architecture, son insertion dans le site et son caractère bioclimatique.

 

En savoir plus sur l'école

 

 

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Recherche

Cordes sur Ciel

CORDES

Faites connaissance avec

la cité médiévale

dont Paul Quilès est le maire
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 Avant de venir à Cordes, consultez:

     * site de l'Office du tourisme 

     * site de la mairie     

Bibliographie

- 2013: Arrêtez la bombe (avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin)

- 2012: Nucléaire, un mensonge français

- 2011: On a repris la Bastille (avec Béatrice Marre)  
- 2010: 18 mois chrono (avec Marie-Noëlle Lienemann et Renaud Chenu)
- 2005: Face aux désordres du monde (avec Alexandra Novosseloff )

- 2001: Les 577, des députés pour quoi faire (avec Ivan Levaï)
-
1992: Nous vivons une époque intéressante
- 1985: La politique n'est pas ce que vous croyez